{"id":1204,"date":"2024-03-09T12:34:00","date_gmt":"2024-03-09T12:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=1204"},"modified":"2024-04-09T12:37:35","modified_gmt":"2024-04-09T12:37:35","slug":"le-soufisme-marocain-et-ses-multiples-ramifications-africaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/le-soufisme-marocain-et-ses-multiples-ramifications-africaines\/","title":{"rendered":"LE SOUFISME MAROCAIN ET SES MULTIPLES RAMIFICATIONS AFRICAINES"},"content":{"rendered":"\n<p>Docteur Mohamed chtatou &#8211; Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Internationale de Rabat<\/p>\n\n\n\n<p>LE SOUFISME MAROCAIN ET SES MULTIPLES RAMIFICATIONS AFRICAINES<\/p>\n\n\n\n<p>Docteur Mohamed chtatou &#8211; Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Internationale de Rabat<br>Le soufisme est commun\u00e9ment appel\u00e9 mysticisme, la mystique de l\u2019islam, mais s\u2019agit-il bien de mysticisme et quelle est sa relation avec l\u2019islam ? Malgr\u00e9 ses diverses expressions et les tentatives modernistes et r\u00e9formistes de le dissocier de l\u2019islam, le soufisme est la spiritualit\u00e9 de l\u2019islam. Tant\u00f4t fond\u00e9 sur les saints, tant\u00f4t sur les textes, il vise \u00e0 mettre l\u2019\u00e2me en relation avec la saintet\u00e9 de l\u2019autre monde, l\u2019orientant ainsi vers la v\u00e9rit\u00e9 divine1.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme se consid\u00e8re ainsi comme l\u203aach\u00e8vement de l\u2019islam, son incarnation vivante, en opposition au formalisme juridique et \u00e0 la scolastique th\u00e9ologique, mais pas en opposition aux lois et doctrines musulmanes. Son objectif est la saintet\u00e9, l\u2019incarnation de la saintet\u00e9 divine d\u00e9crite par le Coran. Il s\u2019agit donc d\u2019un chemin vers la saintet\u00e9, non pas en tant que perfection de la vertu humaine, mais en tant que prolongement de la proph\u00e9tie de l\u2019islam, en relation int\u00e9grale avec les perspectives \u00e9thiques et th\u00e9ologiques de l\u2019islam2.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme au Maroc<\/p>\n\n\n\n<p>Les soufis marocains se concentrent sur la recherche d\u2019un chemin int\u00e9rieur qui les m\u00e8nera \u00e0 Dieu. Ils croient que le chemin vers Lui peut \u00eatre trouv\u00e9 par la m\u00e9ditation et la purification. \u00c9tant donn\u00e9 que le soufisme est tellement ax\u00e9 sur l\u2019int\u00e9rieur, les soufis sont consid\u00e9r\u00e9s comme des personnes apolitiques et non impliqu\u00e9es dans les affaires politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme au Maroc encourage les croyants \u00e0 se d\u00e9sengager du monde mat\u00e9riel, qui comprend la politique et le gouvernement, pour mieux s\u2019aligner sur le monde spirituel et apprendre la v\u00e9rit\u00e9 de Dieu. Le soufisme enseigne que le monde mat\u00e9riel n\u2019est qu\u2019illusion et qu\u2019en raison de sa nature illusoire, il est pr\u00e9f\u00e9rable de se lib\u00e9rer des limites de la vie mat\u00e9rielle et de rechercher la r\u00e9alit\u00e9 et la compr\u00e9hension dans le divin.<\/p>\n\n\n\n<p>La religion a toujours \u00e9t\u00e9 importante pour les Marocains, mais elle est rest\u00e9e mod\u00e9r\u00e9e et tol\u00e9rante.3 Les Juifs ont v\u00e9cu et prosp\u00e9r\u00e9 au Maroc pendant 2 000 ans, gr\u00e2ce \u00e0 cette mod\u00e9ration. Lorsque les Juifs s\u00e9farades ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s d\u2019Espagne en 1492, le Maroc a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des rares pays \u00e0 leur ouvrir ses portes4.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019islam au Maroc est un m\u00e9lange de soufisme et de maraboutisme. Les soufis sont arriv\u00e9s de l\u2019est vers le XVe si\u00e8cle et se sont r\u00e9pandus dans tout le pays, pr\u00eachant un islam mod\u00e9r\u00e9 \u00e0 des agriculteurs sans \u00e9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 leur mort, ils \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s au rang de saint : le marabout. Les gens construisaient des sanctuaires sur leurs tombes et leur donnaient la baraka &#8211; la gr\u00e2ce divine &#8211; des attributs qui permettent des pouvoirs de gu\u00e9rison et de miracles5.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe des centaines de sanctuaires de saints dans tout le Maroc, r\u00e9put\u00e9s pour leurs diff\u00e9rents pouvoirs de gu\u00e9rison et dont la baraka est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque ann\u00e9e \u00e0 la fin du cycle agricole par une f\u00eate, moussem, organis\u00e9e par toute la tribu pendant des jours, rappelant les anciens rites pa\u00efens du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme marocain, repr\u00e9sent\u00e9 par le maraboutisme, est tol\u00e9rant, ouvert et accepte l\u2019autre dans son \u00abalt\u00e9rit\u00e9\u00bb. Il a valu au pays un respect mondial. Aujourd\u2019hui, de nombreux pays se rapprochent du Maroc pour b\u00e9n\u00e9ficier de son exp\u00e9rience religieuse, notamment dans la formation des imams. Des dizaines d\u2019\u00e9tudiants \u00e9trangers sont inscrits \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des imams de Rabat (L\u2019Institut Mohammed VI de Formation des Imams Mourchidine et Mourchidat)6.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivant l\u2019\u00e9cole de pens\u00e9e islamique Maliki, l\u2019islam marocain s\u2019est fortement appuy\u00e9 sur le soufisme pour unir les Marocains et promouvoir les int\u00e9r\u00eats du pays \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et surtout en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Soufisme, rempart contre l\u2019Islamisme au Maroc<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que l\u2019islamisme cherche \u00e0 impr\u00e9gner tous les domaines ext\u00e9rieurs de la vie, le soufisme se concentre sur le fonctionnement interne de chaque individu. Cette interpr\u00e9tation de la religion met l\u2019accent sur l\u2019illumination personnelle en encourageant tous les gens \u00e0 regarder en eux-m\u00eames afin de trouver Allah. Les soufis se concentrent sur la recherche d\u2019un chemin int\u00e9rieur qui les m\u00e8nera \u00e0 Dieu, et croient que le chemin vers Lui peut \u00eatre trouv\u00e9 par la m\u00e9ditation et la purification.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que le soufisme est tellement ax\u00e9 sur l\u2019int\u00e9rieur, les soufis sont consid\u00e9r\u00e9s comme intrins\u00e8quement apolitiques et non impliqu\u00e9s dans les affaires politiques. Le soufisme encourage les croyants \u00e0 se d\u00e9sengager du monde mat\u00e9riel, qui comprend la politique et le gouvernement, afin de mieux s\u2019aligner sur le monde spirituel et d\u2019apprendre la v\u00e9rit\u00e9, Dieu. Le soufisme enseigne que le monde mat\u00e9riel n\u2019est qu\u2019illusion et qu\u2019en raison de sa nature illusoire, il est pr\u00e9f\u00e9rable de se lib\u00e9rer des limites de la vie mat\u00e9rielle et de rechercher la r\u00e9alit\u00e9 et la compr\u00e9hension dans le Divin.<\/p>\n\n\n\n<p>Sidi Ahmad at-Tijani (1737\u20131815)<\/p>\n\n\n\n<p>Sidi Abou Abbas Ahmed at-Tijani (Sidi Ahmed Tijani ; arabe : \u0633\u064a\u062f\u064a \u0623\u062d\u0645\u062f \u0627\u0644\u062a\u062c\u0627\u0646\u064a) est le fondateur de la Tariqa Tijaniyya, l\u203aun des plus grands ordres soufis au monde qui met l\u2019accent sur les bonnes intentions et les actions plut\u00f4t que sur des rituels \u00e9labor\u00e9s ou extr\u00eames. Ses adeptes sont principalement bas\u00e9s en Afrique du Nord et de l\u2019Ouest, avec une pr\u00e9sence \u00e9galement au Kerala, en Inde7.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans, il \u00e9tait mari\u00e9 mais avait perdu ses deux parents \u00e0 cause de la peste. Il a \u00e9tudi\u00e9 le Qur\u2019\u00e2n, le Fiqh Maliki et le tasawwuf dans sa ville natale avant d\u2019\u00e9migrer \u00e0 F\u00e8s en 1757. \u00c0 F\u00e8s, il a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 \u00e0 trois ordres, \u00e0 savoir la Qadiriyya, la Nasiriyya et l\u2019ordre d\u2019Ahmed al-Habib ibn Mohammed. Il retourne en Alg\u00e9rie pour enseigner dans un village appel\u00e9 al-Abiad o\u00f9 il passe 5 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Zaou\u00efa Tijaniyya de F\u00e8s, havre de spiritualit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re visite de Sidi Ahmed at-Tijani \u00e0 Fes est d\u00e9crite par Ruggero Vimercati Sanseverino dans les termes suivants8 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Alors qu\u2019A\u1e25mad al-\u1e62aqall\u012b est encore en vie, un autre saint illustre visite Ouezzane et F\u00e8s ; il s\u2019agit d\u2019A\u1e25mad al-Tij\u0101n\u012b (m. 1230\/1815), le fondateur de la Tij\u0101niyya. D\u2019origine saharienne, il visite la ville de Mawl\u0101y Idr\u012bs pour la premi\u00e8re fois en 1171\/1757-1758 afin d\u2019\u00e9tudier les hadiths et trouver des ma\u00eetres spirituels. Il rencontre les grands personnages du nord du Maroc, tels al-\u1e6cayyib al-Wazz\u0101n\u012b, qui le b\u00e9nit et lui transmet les litanies de la Wazz\u0101niyya, A\u1e25mad al-\u1e62aqall\u012b, et le ma\u00eetre de la z\u0101wiya Ma\u2018an, al-\u2018Arab\u012b Ma\u2018an (m. 1188\/1775). Il est \u00e9galement initi\u00e9 \u00e0 la Q\u0101diriyya et, apr\u00e8s un certain temps, \u00e0 la N\u0101\u1e63iriyya, puis \u00e0 la voie d\u2019A\u1e25mad al-\u1e24ab\u012bb al-Sijilm\u0101s\u012b al-Ghumm\u0101r\u012b al-\u1e62idd\u012bq\u012b (m. 1165\/1751). Il se rattache aussi au courant mal\u0101mat\u012b \u00e0 travers un certain A\u1e25mad al-\u1e6caww\u0101sh (m. 1204\/1790) et, en Alg\u00e9rie, \u00e0 la Ra\u1e25maniyya de \u2018Abd al-Ra\u1e25m\u0101n al-Azh\u0101r\u012b (m. 1208\/1794) qui lui transmet les litanies de la Khalwatiyya.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p>En 1772, il entame son voyage vers La Mecque pour effectuer le Hajj. Au cours de son voyage, il est initi\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre des Khalwati et enseigne pendant un an \u00e0 Tunis. Il part ensuite en \u00c9gypte o\u00f9 il passe du temps avec Mahmoud al-Kurdi de l\u2019ordre Khalwati au Caire. Il atteint finalement La Mecque \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1773 et accomplit le Hajj. Au cours de son voyage, il rencontra le Cheikh Mohammed ibn Abdel Karim as-Samman, originaire de M\u00e9dine et fondateur de la branche Sammaniyya de l\u2019ordre Khalwati. Le Cheikh lui a dit qu\u2019il allait devenir un qutb (p\u00f4le) dominant dans la r\u00e9gion. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 M\u00e9dine, Cheikh at-Tijani retourna au Caire o\u00f9 il enseigna les m\u00e9thodologies de l\u2019ordre Khalwati avec l\u2019ij\u00e2za de Cheikh Mahmoud al-Kurdi. Il retourne ensuite en Alg\u00e9rie, et s\u2019installa \u00e0 Tlemcen pendant deux ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019est ensuite install\u00e9 dans la ville oasis de Boussemghoun. C\u2019est l\u00e0 que le Cheikh at-Tijani a re\u00e7u une vision du proph\u00e8te Mohammed \ufdfa qui lui a ordonn\u00e9 d\u2019initier une nouvelle tar\u00eeqa. En 1782, le Cheikh \u00e9tablit l\u203aordre Tijanniyah et une zaou\u00efa dans la ville. Il a pass\u00e9 environ 15 ans \u00e0 Boussemghoun, attirant de nombreuses personnes vers la voie Tijanniyah, avant de retourner \u00e0 F\u00e8s en 1796.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Cheikh at-Tijani fut bien accueilli par le sultan du Maroc, Moulay Slimane9, malgr\u00e9 son apparente aversion pour certaines tar\u00eeqas. Le Cheikh a re\u00e7u une maison et a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans le conseil du sultan. Apr\u00e8s avoir d\u2019abord pratiqu\u00e9 le culte dans la mosqu\u00e9e de Moulay Idriss et dans sa propre maison, il a \u00e9tabli une zaou\u00efa Tijani \u00e0 F\u00e8s. Il a envoy\u00e9 plusieurs disciples dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions d\u2019Afrique du Nord et de l\u2019Ouest pour faire conna\u00eetre la Tijaniyya. L\u2019ordre est rapidement devenu l\u2019une des tar\u00eeqas les plus importantes et les plus influentes du monde musulman10.<\/p>\n\n\n\n<p>Cheikh at-Tijani est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 F\u00e8s en 1815 et a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans sa zaou\u00efa o\u00f9 un mausol\u00e9e a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9. On lui attribue la pri\u00e8re populaire sur le proph\u00e8te Mohammed \ufdfa, Sal\u00e2t al-F\u00e2tih (la pri\u00e8re de l\u2019ouvreur) qui lui a \u00e9t\u00e9 apparemment donn\u00e9e par le proph\u00e8te \ufdfa lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>La Tijaniyyah est l\u2019ordre soufi le plus important d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, notamment du S\u00e9n\u00e9gal, et vous verrez \u00e0 F\u00e8s des adeptes aux parures color\u00e9es dans les rues environnantes, se rendant \u00e0 la mosqu\u00e9e pour se recueillir sur sa tombe. Comme le veut la coutume, les non-musulmans n\u2019y sont pas admis.<\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e8s, capitale de l\u2019illumination du savoir islamique<\/p>\n\n\n\n<p>La destination \u00e9vidente pour tout chercheur de connaissances islamiques dans le contexte maghr\u00e9bin \u00e9tait F\u00e8s, la capitale politique, intellectuelle, culturelle et religieuse \u00e9tablie de longue date dans la r\u00e9gion. Le jeune Cheikh Tijani passait son temps \u00e0 F\u00e8s \u00e0 \u00e9tudier les hadiths et, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 rechercher les gens de pi\u00e9t\u00e9 et de religion. Parmi ses professeurs \u00e0 F\u00e8s, il y en avait beaucoup qui \u00e9taient c\u00e9l\u00e8bres pour leurs connaissances et leur saintet\u00e9. Leurs noms sont donn\u00e9s ici pour montrer le contact du Cheikh Ahmad at-Tijani avec certaines des plus importantes sommit\u00e9s du soufisme marocain du XVIIIe si\u00e8cle :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>At-Tayyib b. Muhammad ash-Sharif de Ouezzane (m. 1180\/1767), qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le chef de l\u2019ordre soufi Wazzaniyya et l\u2019\u00e9l\u00e8ve du c\u00e9l\u00e8bre Cheikh Tuhami descendant du Cheikh Jazouli Ahmad as-Sarsari, donna \u00e0 Tijani la permission de donner une instruction spirituelle, mais le jeune \u00e9rudit refusa afin de travailler davantage sur lui-m\u00eame avant de devenir un guide spirituel ;<\/li>\n\n\n\n<li>Sidi Abdullah b. \u2039Arabi al-Mada\u203au (m. 1188) \u00e9tait \u00e9galement impressionn\u00e9 par son \u00e9l\u00e8ve, lui disant que Dieu le guidait par la main, et avant que Tijani ne le quitte, le vieux savant a lav\u00e9 son \u00e9l\u00e8ve avec ses propres mains ;<\/li>\n\n\n\n<li>Un autre \u00e9rudit \u00e0 pr\u00e9dire \u00e0 Tijani un accomplissement spirituel exalt\u00e9 fut Sidi Ahmad at-Tawash (m. 1204) ;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>-De Sidi Ahmad al-Yemeni, Cheikh Tijani prit l\u2019ordre soufi Qadariyya ;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Et d\u2019Abou Abdoullah Sidi Mohammed at-Tizani il prit l\u203aordre Nasiriyya, et ;<\/li>\n\n\n\n<li>Il a \u00e9galement suivi l\u203aordre d\u2019Abou Abbas Ahmad al-Habib as-Sijilmassi (m. 1165), qui est venu \u00e0 lui dans un r\u00eave, a mis sa bouche sur la sienne et lui a enseign\u00e9 un nom secret.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Bien que Tijani ait re\u00e7u la permission spirituelle (idhn) de ces grands ma\u00eetres du soufisme, son association avec eux ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel de son d\u00e9veloppement spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019empreinte de son affiliation pr\u00e9coce \u00e0 ces ordres n\u203aa pas \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement perdue avec le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de la Tijaniyya, et leur accent sur un soufisme \u00aborthodoxe\u00bb d\u2019\u00e9lite, fermement enracin\u00e9 dans les limites du Qur\u2019\u00e2n et de la Sunnah, \u00e9tait une composante essentielle du nouvel ordre de Cheikh Tijani.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re visite de Cheikh Tijani \u00e0 F\u00e8s, la motivation ascendante du jeune \u00e9rudit semblait \u00eatre l\u2019obtention d\u2019une ouverture spirituelle (fath). Aussi, lorsqu\u2019un autre de ses professeurs, Sidi Mohammed al-Wanjili (m. 1185), un homme connu pour sa saintet\u00e9, lui pr\u00e9dit un maq\u00e2m (station spirituelle) de Qutbaniyyah (Polarit\u00e9) semblable \u00e0 celui d\u2019Abou Hasan ach-Chadhili, Tijani h\u00e2ta son d\u00e9part de F\u00e8s. Il passa quelque temps dans la zaou\u00efa du d\u00e9sert du c\u00e9l\u00e8bre Qutb Sidi Abd al-Qader b. Mohammed al-Abiad (connu sous le nom de Sidi ach-Cheikh) avant de retourner \u00e0 Ain Madi, pour ensuite quitter \u00e0 nouveau sa maison pour retourner \u00e0 al-Abiad avant de se rendre \u00e0 Tlemcen. Ses activit\u00e9s pendant cette p\u00e9riode consistaient \u00e0 enseigner l\u203aex\u00e9g\u00e8se coranique (tafs\u00eer) et le hadith dans la ville o\u00f9 il se trouvait, tout en poursuivant une pratique apparemment rigoureuse de l\u2019asc\u00e9tisme, y compris le je\u00fbne fr\u00e9quent et le culte sur\u00e9rogatoire. Pendant son s\u00e9jour \u00e0 Tlemcen, il re\u00e7ut par inspiration divine une plus grande assurance de sa grande illumination \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc \u00e0 partir du sud-ouest de l\u2019Alg\u00e9rie que Cheikh Ahmad at-Tijani partit en 1186\/1773 pour accomplir le p\u00e8lerinage islamique (Hajj). La premi\u00e8re \u00e9tape importante de Cheikh at-Tijani en route vers La Mecque fut Alger, o\u00f9 il rencontra Sidi Mohammed b. Abd al-Rahman al-Azhari (m. 1793), un \u00e9minent mouqaddam (guide spirituel) de l\u2019ordre soufi Khalwatiyya qui avait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par Cheikh al-Azhar Mohammed al-Hifni. La Khalwatiyya, originaire d\u203aAnatolie au XIVe si\u00e8cle, \u00e9tait devenue au XVIIIe si\u00e8cle, sous la tutelle de Mustafa al-Bakri, l\u2019un des ordres les plus importants d\u2019\u00c9gypte et un lieu de renouveau islamique et soufi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affiliation de Cheikh at-Tijani \u00e0 cet ordre a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 l\u2019influence la plus significative sur sa pens\u00e9e avant ses rencontres \u00e9veill\u00e9es avec le Proph\u00e8te, et il n\u2019a pas quitt\u00e9 Alger avant d\u203a\u00eatre initi\u00e9 aux mains d\u2019al-Azhari. Nul doute qu\u203aune telle rencontre lui aurait donn\u00e9 un \u00e9lan suppl\u00e9mentaire pour rencontrer, comme il le fera plus tard, certains des savants khalwati les plus renomm\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, tels que Mahmoud al-Kourdi et Mohammed as-Samman, lors de son passage en \u00c9gypte et dans le Hijaz.<\/p>\n\n\n\n<p>Ziyarah du mausol\u00e9e du Cheikh Sidi Ahmed at-Tijani \u00e0 F\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, la Tijaniyya, un ordre soufi dont les principales bases se trouvent en Alg\u00e9rie et au Maroc, s\u2019est r\u00e9pandue en Afrique subsaharienne. Par cons\u00e9quent, les musulmans tijanis d\u2019Afrique de l\u2019Ouest effectuent le p\u00e8lerinage au Maroc sans interruption depuis le XIXe si\u00e8cle, \u00e9tablissant ainsi une autre tradition importante de p\u00e8lerinage africain en plus du Hajj.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au milieu du XXe si\u00e8cle, le p\u00e8lerinage avait deux objectifs. Le premier \u00e9tait d\u2019effectuer une visite pieuse dans les mausol\u00e9es du Cheikh Ahmad at-Tijani, fondateur de la Tijaniyya en Afrique du Nord. Le deuxi\u00e8me objectif \u00e9tait l\u2019avancement intellectuel. Les p\u00e8lerins \u00e9taient \u00e9galement des \u00e9tudiants ; ils s\u00e9journaient pendant un certain temps dans des centres d\u2019apprentissage le long du chemin et dans les sites de p\u00e8lerinage eux-m\u00eames pour \u00e9tudier et recevoir des qualifications intellectuelles en tant que savants et chefs religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, deux \u00e9volutions ont affect\u00e9 la tradition du p\u00e8lerinage. L\u2019une d\u2019eux est l\u2019\u00e9mergence de grands sites de p\u00e8lerinage tijanis en Afrique de l\u2019Ouest, o\u00f9 les musulmans tijanis, en particulier ceux qui viennent d\u2019autres r\u00e9gions d\u2019Afrique, se rendent toute l\u203aann\u00e9e. La seconde est l\u2019installation d\u203aune importante diaspora musulmane ouest-africaine en Occident. Les immigrants musulmans ouest-africains ont investi d\u2019abondantes ressources mat\u00e9rielles dans le maintien des liens entre leur pays d\u2019origine, les centres de p\u00e8lerinage des terres saintes musulmanes, en Afrique du Nord, et leurs soci\u00e9t\u00e9s d\u2019accueil. Ils ont non seulement cr\u00e9\u00e9 de nouvelles routes de p\u00e8lerinage, mais ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 transformer radicalement l\u2019exp\u00e9rience du p\u00e8lerinage.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que la plupart des immigrants \u00e9taient des \u00e9rudits religieux voyageant pendant de longues p\u00e9riodes \u00e0 la recherche de connaissances, l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des p\u00e8lerins sont aujourd\u2019hui des la\u00efcs qui remplissent leurs obligations religieuses et, pour beaucoup, s\u2019adonnent en m\u00eame temps au tourisme de loisir ou au commerce dans les grands centres. La diaspora et la connexion aux flux mondiaux ont chang\u00e9 \u00e0 la fois la participation au p\u00e8lerinage et sa nature en peu de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Sidi Ahmed at-Tijani h\u00f4te du sultan Moulay Slimane<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but d\u2019un ordre \u00abTijani\u00bb distinctif peut \u00eatre situ\u00e9 avec l\u2019apparition du proph\u00e8te Mohammed au Cheikh Ahmad at-Tijani dans une vision \u00e9veill\u00e9e. Cela s\u2019est produit en 1784, dans l\u2019oasis d\u00e9sertique de Boussemghoun. Le Proph\u00e8te l\u2019informa qu\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame son initiateur sur le Chemin et lui dit de quitter les Cheikhs qu\u2019il avait suivis auparavant. Le Cheikh re\u00e7ut alors la base d\u2019un nouveau wird et re\u00e7ut la permission de donner une formation spirituelle \u00e0 la cr\u00e9ation dans [\u00e0 la fois] le g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019illimit\u00e9 (itl\u00e2q). Le Proph\u00e8te lui a dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abTu n\u2019es redevable d\u203aaucune faveur de la part des cheikhs de la Voie, car je suis ton moyen (wasitah) et ton soutien dans la r\u00e9alisation [spirituelle], alors laisse l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ce que tu as pris dans toutes les tar\u00eeqas.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Cheikh Ahmad at-Tijani et un groupe de ses plus proches compagnons ont pris r\u00e9sidence \u00e0 F\u00e8s \u00e0 partir de 1213\/1798. Au moment de son arriv\u00e9e \u00e0 F\u00e8s, la renomm\u00e9e du Cheikh at-Tijani en tant que savant poss\u00e9dant un charisme religieux ou une b\u00e9n\u00e9diction (baraka) s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue dans tout le Maghreb, de sorte que son entr\u00e9e dans la ville \u00e9tait une question d\u203aimportance pour l\u203aestablishment politique et religieux. Le Cheikh a \u00e9t\u00e9 accueilli par une d\u00e9l\u00e9gation de savants s\u00e9lectionn\u00e9s par le Sultan. La relation qui s\u203aest d\u00e9velopp\u00e9e entre le Cheikh at-Tijani et le Sultan Moulay Slimane est importante pour comprendre la personnalit\u00e9 religieuse des deux hommes. Apr\u00e8s une s\u00e9rie de tests visant \u00e0 v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9 des pr\u00e9tentions du Cheikh at-Tijani \u00e0 la saintet\u00e9, comme le fait de donner de l\u203aargent au saint d\u203aune mani\u00e8re qu\u2019il n\u2019aurait pas pu accepter en tant qu\u203ahomme de religion, Moulay Slimane s\u2019est li\u00e9 \u00e9troitement au nouveau venu, le nommant \u00e0 son conseil de savants religieux et lui offrant une grande maison (\u00abla Maison des Miroirs\u00bb). L\u2019initiation du Sultan \u00e0 la Tijaniyya a souvent \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e par les non-Tijanis, mais les Tijanis ont maintenu son statut de disciple de leur Cheikh. La tradition tijani a relat\u00e9 une s\u00e9rie de lettres entre le Cheikh at-Tijani et le Sultan indiquant clairement une relation Cheikh-disciple.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre le lien \u00e9sot\u00e9rique qui existait entre le Sultan et le fondateur de la Tijaniyya, une autre explication de l\u203aaccueil chaleureux que Moulay Slimane r\u00e9servait \u00e0 Cheikh Ahmad \u00e9tait le fait que le Sultan trouvait, en sa personne, le symbole qui personnifiait par son comportement et son enseignement, les pr\u00e9ceptes ind\u00e9l\u00e9biles de la sharicah. Il est certain que la situation du Cheikh, qui inscrit fermement le soufisme dans la loi sacr\u00e9e islamique, tout en maintenant l\u203aascendant de la Tar\u00eeqa Mouhammadiyya, la \u00abvoie du Proph\u00e8te\u00bb, sur les traditions historiques du soufisme et du Fiqh (jurisprudence), aurait \u00e9t\u00e9 attrayante pour le Sultan r\u00e9formateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps pass\u00e9 par le Cheikh \u00e0 F\u00e8s a \u00e9t\u00e9 largement consacr\u00e9 \u00e0 la solidification de la tar\u00eeqa et \u00e0 la formation et l\u2019envoi de mouqaddams (propagateurs). Avant la fin de sa vie, il avait attir\u00e9 des milliers de disciples et envoy\u00e9 des mouqaddams tels que Ali Harazem al-Barada, Mohammed Ghali et Mohammed al-Hafiz aussi loin que le Hijaz et la Mauritanie. Avant l\u2019ach\u00e8vement de la zaou\u00efa Tijaniyya, ses disciples se r\u00e9unissaient dans la propre maison du Cheikh, la \u2018\u2019Maison des Miroirs\u2019\u2019. Cette maison peut encore \u00eatre visit\u00e9e aujourd\u2019hui, et bien qu\u203aelle soit tomb\u00e9e dans un \u00e9tat de d\u00e9labrement, sa majest\u00e9 originale n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 perdue. Elle poss\u00e8de une vaste cour enti\u00e8rement d\u00e9cor\u00e9e de carreaux de zelliges bleus et jaunes, avec une grande fontaine au milieu, flanqu\u00e9e d\u203aun certain nombre de pi\u00e8ces, dont ce qui \u00e9tait la biblioth\u00e8que du Cheikh, une pi\u00e8ce pour la khalwa (retraite spirituelle), un salon, la chambre \u00e0 coucher, la cuisine, etc. Il est facile d\u2019imaginer que la maison sert de centre de pri\u00e8re, d\u2019enseignement et de diffusion des id\u00e9es du Cheikh.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tabli \u00e0 F\u00e8s, le Cheikh ne cessa de gagner en popularit\u00e9, ce qui l\u2019incita en 1215 (1800), sur ordre du Proph\u00e8te, \u00e0 entreprendre la construction de la zaou\u00efa Tijaniyya qui sert encore aujourd\u2019hui de lieu de rassemblement pour l\u2019ordre. La construction de ce fabuleux sp\u00e9cimen d\u2019art marocain a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par les disciples du Cheikh at-Tijani ainsi que par ses propres fonds \u00e0 lui. Cheikh Ahmad at-Tijani a quitt\u00e9 ce monde en 1230 (1815) \u00e0 l\u203a\u00e2ge de quatre-vingts ans. Il a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui un ordre fermement \u00e9tabli, la Tariqa Tijaniyya, dont l\u203aimportance a inspir\u00e9 nombre de ses disciples ult\u00e9rieurs \u00e0 renouveler et \u00e0 r\u00e9pandre l\u203aislam dans diverses communaut\u00e9s \u00e9loign\u00e9es de la zaou\u00efa m\u00e8re de F\u00e8s. Cheikh Ahmad Tijani a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans sa zaou\u00efa de F\u00e8s, qui reste aujourd\u203ahui un centre de rassemblement pour les Tijanis du monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme marocain en Afrique de l\u2019ouest<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme marocain a eu une influence d\u00e9cisive sur le d\u00e9veloppement et la diffusion de l\u2019islam en Afrique de l\u2019Ouest. Bien qu\u2019il ait fait l\u203aobjet d\u2019un nombre consid\u00e9rable de travaux universitaires, le soufisme en Afrique de l\u2019Ouest reste sous-\u00e9tudi\u00e9 et souvent mal compris. Les visions coloniales fran\u00e7aises et britanniques de l\u2019islam ont eu un impact durable sur la perception du soufisme en Afrique, entra\u00eenant sa d\u00e9pr\u00e9ciation comme une sorte d\u2019islam \u00abpopulaire\u00bb des masses ignorantes. Un examen plus approfondi des \u00e9minents chefs soufis d\u2019Afrique de l\u2019Ouest et de leurs mouvements, notamment la Qadiriyya, la Tijaniyya et la Mouridiyya, r\u00e9v\u00e8le que le soufisme s\u2019est exprim\u00e9 de diverses mani\u00e8res au cours des trois derniers si\u00e8cles et qu\u2019il continue d\u2019\u00eatre une formidable force spirituelle, intellectuelle et sociale dans de nombreux pays de la partie occidentale du continent africain11.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soufisme tijani est l\u2019une des traditions religieuses\/intellectuelles les plus populaires et les plus importantes du continent. Au cours des deux derniers si\u00e8cles, le soufisme tijani est devenu l\u2019un des mouvements religieux les plus influents et les plus populaires en Afrique de l\u2019Ouest. Mais avant d\u2019explorer l\u2019histoire du soufisme tijani, nous devons d\u2019abord expliquer ce qu\u2019il est. Le terme \u00absoufisme tijani\u00bb a deux composantes, \u00abTijani\u00bb et \u00absoufisme\u00bb, la premi\u00e8re qualifiant la seconde. Le soufisme est un terme qui traduit approximativement le mot arabe ta\u1e63awwuf. Le ta\u1e63awwuf a re\u00e7u des milliers de d\u00e9finitions de la part de ses partisans, dont \u00abune r\u00e9alit\u00e9 sans forme\u00bb , \u00abla science du r\u00e9el\u00bb , \u00abla science des c\u0153urs\u00bb , \u00abagir sur la connaissance\u00bb , \u00ables bonnes mani\u00e8res\u00bb , \u00able caract\u00e8re\u00bb , \u00abl\u2019excellence\u00bb, \u00able go\u00fbt\u00bb , \u00abla sinc\u00e9rit\u00e9\u00bb , \u00abl\u2019amour\u00bb , \u00abla certitude\u00bb et \u00abvoir les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les besoins de ce travail, nous prendrons le ta\u1e63awwuf comme le nom de la tradition la plus populaire et la plus influente de l\u2019\u00e9sot\u00e9risme, du mysticisme et de la spiritualit\u00e9 islamique. Ici encore, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une dichotomie :<br>\u00abislamique\u00bb et \u00ab\u00e9sot\u00e9risme, mysticisme et spiritualit\u00e9\u00bb. Le soufisme est islamique parce qu\u2019il d\u00e9coule et se fonde sur la r\u00e9v\u00e9lation islamique, \u00e0 savoir le Qur\u2019\u00e2n et la Sunnah (l\u2019exemple du proph\u00e8te Momammed). Le soufisme est \u00e9sot\u00e9rique en ce qu\u2019il met l\u2019accent sur les aspects int\u00e9rieurs (b\u0101\u1e6din) du Qur\u2019\u00e2n et de la Sunnah ; il est mystique en ce qu\u2019il met l\u2019accent sur une connaissance existentielle du Divin ou sur une perception directe qui transcende la description discursive ; il est spirituel en ce que son centre d\u2019int\u00e9r\u00eat est le Divin et qu\u2019il privil\u00e9gie le sens ou l\u2019esprit (macn\u0101) par rapport \u00e0 la forme ext\u00e9rieure (\u1e63\u016brah)12.<\/p>\n\n\n\n<p>At-Tar\u00eeqa Tijaniyya au S\u00e9n\u00e9gal<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019islam est arriv\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal il y a mille ans. Sur les 90% de S\u00e9n\u00e9galais qui sont aujourd\u2019hui musulmans, la plupart suivent l\u2019un des ordres soufis &#8211; des congr\u00e9gations form\u00e9es autour de marabouts (guides spirituels) et avec leurs propres pratiques religieuses &#8211; qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis apr\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle. Dans chaque cas, une structure hi\u00e9rarchique permet aux chefs soufis d\u2019exercer une influence sociale substantielle. Presque toutes les confr\u00e9ries ont des liens \u00e0 travers l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et jusqu\u2019en Afrique du Nord. Cheikh Ahmed at-Tijani (1737-1815) a \u00e9tabli la Tijaniyya en Alg\u00e9rie. Il s\u2019est ensuite install\u00e9 au Maroc, o\u00f9 son mausol\u00e9e \u00e0 F\u00e8s est devenu un lieu de p\u00e8lerinage important. Un S\u00e9n\u00e9galais de la confr\u00e9rie, Umar Tall (1797-1864), a lanc\u00e9 un jihad qui a propag\u00e9 la Tijaniyya du S\u00e9n\u00e9gal jusqu\u2019\u00e0 S\u00e9gou au Mali. Malick Sy (1855-1922) a cr\u00e9\u00e9 la principale branche (ethniquement wolof) de la confr\u00e9rie, bas\u00e9e dans la ville s\u00e9n\u00e9galaise de Tivouane. Une autre branche a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Abdulaye Niass (1850-1922) \u00e0 Kaolack au S\u00e9n\u00e9gal et s\u2019est r\u00e9pandue en Gambie et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019est du pays et jusqu\u2019au nord du Nigeria.<\/p>\n\n\n\n<p>Tivaouane: capitale de la Tijaniyya en Afrique de l\u2019Ouest<\/p>\n\n\n\n<p>Ahmadu Bamba (1850-1927) a cr\u00e9\u00e9 la Mouridiyya. Cette confr\u00e9rie, typiquement s\u00e9n\u00e9galaise met l\u2019accent sur le travail, la r\u00e9ussite, la discipline et l\u2019ob\u00e9issance absolue aux marabouts. Moins nombreux que les Tijanis, les Mourides se targuent n\u00e9anmoins d\u2019une organisation, d\u203aune discipline et d\u2019un engagement \u00e9conomique sup\u00e9rieurs, ce qui leur conf\u00e8re une \u00e9norme influence. Et ils ont une affinit\u00e9 particuli\u00e8re avec le plus grand groupe ethnique, les Wolofs. Bas\u00e9s \u00e0 Touba, les Mourides ont domin\u00e9 la production d\u2019arachides &#8211; une source importante de revenus pour les Fran\u00e7ais &#8211; pendant la p\u00e9riode coloniale. Depuis, elle n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019entreprendre. L\u2019une de ses branches, Baay Fal, t\u00e9moigne de la diversit\u00e9 de l\u2019islam ouest-africain (ses adeptes dreadlock\u00e9s boivent de l\u2019alcool, dansent et sont connus pour leur art).<\/p>\n\n\n\n<p>Originaire de Bagdad, la Qadiriyya est la premi\u00e8re confr\u00e9rie soufie \u00e0 s\u2019installer au S\u00e9n\u00e9gal dans le cadre d\u2019une s\u00e9rie de r\u00e9formes impos\u00e9es par Moctar al Kabir Kounta, un leader islamique du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 Tombouctou au Mali. Plusieurs branches ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, notamment dans la ville de Ndiassane, le centre de la Kounta Qadiriyya au S\u00e9n\u00e9gal est toujours profond\u00e9ment li\u00e9 au nord de la Mauritanie, le Mali et l\u2019est du Niger. Enfin, la Layene est la plus petite des confr\u00e9ries et est populaire parmi l\u2019ethnie L\u00e9bou. Centr\u00e9e \u00e0 Yoff, elle repr\u00e9sente probablement environ 1% de la population musulmane.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 une r\u00e9sistance pr\u00e9coce \u00e0 l\u2019incursion fran\u00e7aise au S\u00e9n\u00e9gal &#8211; qui a commenc\u00e9 \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle et a culmin\u00e9 avec la cr\u00e9ation de l\u2019Afrique occidentale fran\u00e7aise en 1895, les chefs des confr\u00e9ries ont d\u00e9velopp\u00e9 une relation \u00e9troite avec l\u2019\u00e9tat colonial et son successeur apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance. Vers 1910, les dirigeants de la confr\u00e9rie et les Fran\u00e7ais ont per\u00e7u les avantages politiques et \u00e9conomiques d\u2019une relation plus coop\u00e9rative. En \u00e9change de la pacification de la population par les chefs religieux et de l\u2019acceptation du r\u00e9gime colonial, les Fran\u00e7ais leur ont permis de r\u00e9colter d\u2019immenses b\u00e9n\u00e9fices du commerce, notamment de la production d\u2019arachides, qui reste l\u2019une des exportations les plus importantes du S\u00e9n\u00e9gal. Les confr\u00e9ries sont devenues des gardiens entre la population et l\u2019\u00e9tat, et ont conf\u00e9r\u00e9 une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 ce dernier. Ainsi cet \u00e9tat des choses est devenu une relation symbiotique qui a construit la paix et la s\u00e9curit\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal, ainsi que la croissance \u00e9conomique13.<\/p>\n\n\n\n<p>Les relations entre l\u2019\u00c9tat et la religion n\u2019ont pas entam\u00e9 l\u2019attachement profond des leaders de l\u2019ind\u00e9pendance du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 la la\u00efcit\u00e9. En tant que pr\u00e9sident, L\u00e9opold Senghor (1960-80) a renforc\u00e9 la ligne de d\u00e9marcation entre le s\u00e9culier et le sacr\u00e9, tout comme une forte tradition d\u2019intellectualisme de gauche. Pourtant, les liens internationaux du S\u00e9n\u00e9gal ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par une certaine dualit\u00e9. L\u2019histoire le lie \u00e0 l\u2019Europe et \u00e0 son ancien colonisateur. Le sentiment d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019appartenance \u00e0 la communaut\u00e9 musulmane mondiale l\u2019a conduit \u00e0 jouer un r\u00f4le actif dans les organisations internationales multilat\u00e9rales (il a accueilli deux fois l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies), dans les organisations islamiques multilat\u00e9rales (il a accueilli deux fois le sommet de l\u2019OCI) et \u00e0 cultiver des liens avec le monde arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les organisations salafistes ont \u00e9t\u00e9 plus nombreuses \u00e0 financer des mosqu\u00e9es et des instituts islamiques. Ces derniers sont g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9s dans des zones urbaines p\u00e9riph\u00e9riques, comme Koloba, \u00e0 Dakar. Les ONG qui financent ces institutions religieuses et \u00e9ducatives ont recrut\u00e9 dans la r\u00e9gion des enseignants du Togo, du B\u00e9nin, de la Guin\u00e9e et d\u2019ailleurs, et ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites comme travaillant comme des \u00absectes\u00bb, prenant en charge toute une s\u00e9rie d\u2019autres services, notamment la sant\u00e9, la construction de puits, les enterrements et les cimeti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Les salafistes se sont affirm\u00e9s davantage dans les foyers soufis. \u00c0 Tivouane, le c\u0153ur de la tijaniyya, une mosqu\u00e9e salafiste a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 construite. L\u2019influence salafiste s\u2019est \u00e9galement accrue \u00e0 Touba, foyer de la Mouridiyya. De nombreuses personnes au S\u00e9n\u00e9gal s\u2019inqui\u00e8tent du fait que le financement de l\u2019influence salafiste provient des \u00e9tats arabes du Golfe, notamment l\u2019Arabie saoudite et le Qatar. Une personnalit\u00e9 \u00e9minente de la Mouridiyya a d\u00e9clar\u00e9 que sa confr\u00e9rie menait une \u00abbataille difficile\u00bb contre les salafistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la s\u00e9paration entre les soufis et les salafistes n\u2019est pas toujours nette. Certains imams salafistes viennent de milieux soufis. Certains dirigeants soufis, plut\u00f4t que de r\u00e9sister aux imams form\u00e9s dans le Golfe, adoptent des salafistes, comme le fait de croiser les bras lorsqu\u2019ils prient au lieu de les garder sur le c\u00f4t\u00e9 ou de terminer les pri\u00e8res par \u00abAmin. Allahou Akbar!\u00bb. Et le discours des organisations \u00abn\u00e9o-confr\u00e9riques\u00bb (nouvelle confr\u00e9rie), qui assurent la s\u00e9curit\u00e9 des confr\u00e9ries, peut ressembler de pr\u00e8s \u00e0 celui des salafistes. C\u2019est le cas des Moustarchidines (pour la Tijaniyya) et des Thiantacounes (pour la Mouridiyya).<\/p>\n\n\n\n<p>Tijaniyya au Mali<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des musulmans en Afrique de l\u2019Ouest depuis le XIe si\u00e8cle, si ce n\u2019est plus t\u00f4t. La r\u00e9gion qui est aujourd\u2019hui le Mali a \u00e9t\u00e9 au centre de plusieurs empires islamiques c\u00e9l\u00e8bres, notamment l\u2019empire du Ghana (VIIIe-XIe si\u00e8cle), 14 l\u2019Empire songha\u00ef (1464-1591)15 et des \u00e9tats \u00e9tablis par une succession de jihads men\u00e9s par diverses arm\u00e9es musulmanes. Dans les villes et villages situ\u00e9s en bordure du Sahara &#8211; y compris les c\u00e9l\u00e8bres centres de culte et d\u2019apprentissage tels que Djenn\u00e9, Gao et Tombouctou &#8211; l\u2019islam sunnite, souvent associ\u00e9 \u00e0 la confr\u00e9rie soufie Qadiri, \u00e9tait pr\u00e9dominant. Les jihads du XIXe si\u00e8cle ont amen\u00e9 la confr\u00e9rie soufie tijanie en force au Mali (bien qu\u2019ils n\u2019aient pas tous \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s par des tijanis), introduisant une tradition marqu\u00e9e par des tentatives avou\u00e9es de r\u00e9former et de renouveler la pratique islamique tout en contribuant \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9tats qui pr\u00e9tendaient gouverner selon la loi islamique, la sharicah. Cependant, comme le Mali \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre uniform\u00e9ment musulman \u00e0 cette \u00e9poque, les \u00e9tats du jihad se heurtaient \u00e0 ceux orient\u00e9s vers les pratiques religieuses traditionnelles, ainsi qu\u2019entre eux16.<\/p>\n\n\n\n<p>La France a commenc\u00e9 sa colonisation progressive de la r\u00e9gion qui est aujourd\u2019hui le Mali au milieu du XIXe si\u00e8cle, et a largement achev\u00e9 le projet au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Bien que les fonctionnaires fran\u00e7ais aient d\u2019abord travaill\u00e9 avec leurs chefs musulmans pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, notamment au S\u00e9n\u00e9gal, la France a finalement adopt\u00e9 une politique visant \u00e0 limiter la propagation de l\u2019Islam. Les responsables militaires et administratifs fran\u00e7ais se m\u00e9fiaient constamment des soul\u00e8vements potentiels des groupes musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la popularit\u00e9 de l\u2019Islam s\u2019est rapidement propag\u00e9e au Mali au cours de cette p\u00e9riode, tout comme les d\u00e9bats sur les formes correctes de pratique religieuse et de leadership. Au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, une souche dissidente de la Tijaniyya est apparue dans une r\u00e9gion qui s\u2019\u00e9tendait sur la Mauritanie et le Mali actuels, dirig\u00e9e par un homme connu sous le nom de Ahmedou Hamahoullah (1881-1943), appel\u00e9 aussi cheikh Hamallah, le marabout de Nioro ou le ch\u00e9rif de Nioro.17 Il a essay\u00e9 de s\u2019installer \u00e0 Nioro du Sahel (alors une ville commer\u00e7ante), mais les fonctionnaires fran\u00e7ais l\u2019ont d\u00e9port\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises pour s\u203a\u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 leur autorit\u00e9. Il est mort en France en 1943. L\u2019un de ses fils, aujourd\u2019hui appel\u00e9 le Ch\u00e9rif de Nioro, dirige aujourd\u2019hui la branche de la Tijaniyya fond\u00e9e par son p\u00e8re, ayant contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre le pouvoir politique et \u00e9conomique du groupe au Mali.18<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es 1930 et 1940 ont vu la croissance d\u2019une autre tradition de pens\u00e9e et de pratique islamique, partiellement influenc\u00e9e par les d\u00e9veloppements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi que dans le monde musulman en g\u00e9n\u00e9ral. Cette tradition se caract\u00e9risait par un fort d\u00e9sir de r\u00e9former les pratiques \u00e9ducatives et religieuses, de r\u00e9pandre l\u203aenseignement de l\u203aarabe et de ramener la pratique islamique \u00e0 ses racines dans le Qur\u2019\u00e2n et la Sunnah &#8211; les enseignements et les paroles attribu\u00e9s au proph\u00e8te Mohammed et \u00e0 ses compagnons, les Salaf as-S\u00e2lih (pieux anc\u00eatres). Divers groupes de musulmans salafistes ou autrement r\u00e9formistes au Mali ont adopt\u00e9 cette tradition \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1940. Alors que les adeptes de diff\u00e9rentes traditions et les autorit\u00e9s fran\u00e7aises les ont souvent appel\u00e9s \u00abwahhabistes\u00bb (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pratique religieuse n\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle dans l\u2019actuelle Arabie saoudite), ces musulmans se d\u00e9crivent le plus souvent comme \u00absunnites\u00bb en fran\u00e7ais19.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, d\u2019autres r\u00e9formateurs \u00e9mergent au sein des confr\u00e9ries soufies, notamment la Tijaniyya. L\u2019une de ces figures, Saad Oumar Tour\u00e9, a cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole islamique modernis\u00e9e dans la ville de S\u00e9gou en 1946. 20 Cette \u00e9cole se concentrait sur l\u2019enseignement de l\u2019arabe et de la religion sans rompre avec le soufisme &#8211; une tradition que la communaut\u00e9 salafiste rejetait largement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cheikh Ibrahima Niasse et L\u2019\u00e9ducation des femmes Tijanis<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9dominance du soufisme dans toute l\u2019Afrique de l\u2019Ouest a permis aux femmes de jouer des r\u00f4les de direction qui ne leur sont g\u00e9n\u00e9ralement pas accord\u00e9s par leurs soci\u00e9t\u00e9s ou d\u2019autres formes plus orthodoxes de l\u2019islam. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019ordre Tijaniyya, principalement situ\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal et au Nigeria, a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019\u00e9largissement de l\u2019acc\u00e8s des femmes aux pratiques de ce mouvement religieux. 21<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des principales caract\u00e9ristiques des enseignements soufis est la relation ma\u00eetre-\u00e9l\u00e8ve, dans laquelle le ma\u00eetre est connu sous le nom de mouqaddam (a), ou guide spirituel. Pendant la plus grande partie de l\u2019histoire, cette position \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux hommes, mais avec les enseignements du Cheikh Ibrahima Niasse (1900-1975),22 de nombreuses femmes ont \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9es pour servir le r\u00f4le de mouqadamma au sein de l\u2019ordre Tijaniyya. Cependant, en assumant ces r\u00f4les de leadership, les femmes doivent adopter des caract\u00e9ristiques qui les maintiennent intrins\u00e8quement subordonn\u00e9es \u00e0 leurs homologuess masculins.23<\/p>\n\n\n\n<p>Les voix des femmes indiquent que toute personne ayant une v\u00e9ritable connexion avec les divinit\u00e9s sup\u00e9rieures ne voit pas de s\u00e9paration entre le masculin et le f\u00e9minin. Il existe une r\u00e9sistance consciente \u00e0 la vision f\u00e9ministe lib\u00e9rale occidentale des relations entre les sexes, et les femmes soufies de l\u2019ordre Tijani expriment leur volont\u00e9 de cr\u00e9er des relations entre les sexes \u00e0 leur mani\u00e8re, qui refl\u00e8te souvent les valeurs culturelles indig\u00e8nes. Les actions et les paroles de ces femmes r\u00e9v\u00e8lent un type de f\u00e9minisme qui, en fin de compte, lib\u00e8re et renforce les femmes qui participent \u00e0 des r\u00f4les de direction au sein de l\u2019ordre Tijani au S\u00e9n\u00e9gal et au Nigeria24.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les r\u00f4les des sexes se sont rapidement transform\u00e9s avec les id\u00e9es et le message pr\u00f4n\u00e9s par le Cheikh Ibrahima Niasse. Contrairement aux messages pr\u00f4n\u00e9s par d\u2019autres chefs et confr\u00e9ries soufis de l\u2019\u00e9poque, Niasse pr\u00f4nait l\u2019accessibilit\u00e9 et l\u2019acceptation de toutes les personnes. Son mouvement, baptis\u00e9 fayda, ou le d\u00e9luge, a entra\u00een\u00e9 des changements incroyables pour les femmes et les personnes les moins \u00e9duqu\u00e9es de la soci\u00e9t\u00e9.25<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but de son mouvement a eu lieu en 1929, lorsqu\u203ail a annonc\u00e9 \u00e0 ses partisans que, gr\u00e2ce \u00e0 un nouveau syst\u00e8me d\u203a\u00e9ducation, la tarbiyya, toute personne, femme ou homme, de haut ou de bas statut, \u00e9duqu\u00e9e ou non, pouvait acqu\u00e9rir la connaissance spirituelle de Dieu, ou macrifa,26 gr\u00e2ce \u00e0 un nouveau syst\u00e8me d\u2019\u00e9ducation. Le cheikh Niasse a nomm\u00e9 de nombreuses femmes pour devenir des mouqaddamas, ou guides spirituels, durant son mouvement, mais beaucoup d\u2019entre elles restent inconnues en raison de leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019isolement de la vie publique.27<\/p>\n\n\n\n<p>Ndiaye Saliou introduit la philosophie p\u00e9dagogique de Cheikh Niasse comme suit28 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Afin de cerner son \u00e9volution s\u00e9mantique et son emploi dans le domaine de l\u2019histoire des id\u00e9es, une analyse pr\u00e9alable de l\u2019\u00e9tymologie du concept \u00ab al-fay\u1e0da\u00bb s\u2019impose. Ce mot est un d\u00e9riv\u00e9 lointain du verbe f\u00e2\u1e0da qui signifie d\u00e9border, affluer ou inonder. Il nous plonge ainsi dans un environnement maritime o\u00f9 le premier d\u00e9riv\u00e9, le ma\u1e63dar fay\u1e0d, fait \u00e9tat d\u2019un puissant jaillissement d\u2019eau qu\u2019on ne peut pas contenir. Par ailleurs, au sens figur\u00e9, le dictionnaire propose le d\u00e9bordement ou flux du sirr (secret) du c\u0153ur. Ce sens est beaucoup plus proche de l\u2019emploi soufi. D\u2019une seconde d\u00e9rivation, \u00e0 partir de fay\u1e0d, le mot al-fay\u1e0da est d\u2019un emploi rare en dehors du contexte mystique o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 fait cas, dans une c\u00e9l\u00e8bre citation attribu\u00e9e \u00e0 Cheikh Ahmad At-Tij\u00e2n\u00ee. Ainsi, il est porteur de la m\u00eame signification (flux, d\u00e9bordement, \u00e9manation\u2026) avec un grain d\u2019insinuation \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, \u00e0 la puissance, au volume important ou \u00e0 une grande quantit\u00e9.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de ces femmes sont en train d\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, et les exp\u00e9riences de celles-ci deviennent compr\u00e9hensibles car les femmes de la deuxi\u00e8me et de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration occupent d\u00e9sormais des positions de pouvoir au sein de la Tijaniyya. 29<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, beaucoup d\u2019autres personnes ont une opinion bien diff\u00e9rente sur la question des femmes en tant que leaders et le Cheikh Niasse a soulign\u00e9 que les traits \u00abinh\u00e9rents\u00bb aux femmes sont des indicateurs \u00e9vidents de leur position en tant que mouqaddamas. 30<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines femmes peuvent croire qu\u2019elles ne poss\u00e8dent pas les qualit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es comme \u00abinh\u00e9rentes\u00bb aux femmes, mais dans de nombreux domaines de la soci\u00e9t\u00e9, les femmes doivent agir dans le cadre de la loi. La nomination par le Cheikh Niasse des femmes comme guides spirituelles non pas pour briser les barri\u00e8res mais plut\u00f4t de maintenir la s\u00e9paration des sexes qui existait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, l\u2019inclination des femmes \u00e0 \u00eatre m\u00e8res faisait d\u203aelles les candidates parfaites pour servir de mouqaddama, car la personne doit \u00eatre une fid\u00e8le qui prend soin d\u2019elle et qui est capable d\u2019enseigner aux autres le processus spirituel, selon le cheikh Niasse.31<\/p>\n\n\n\n<p>La caract\u00e9ristique f\u00e9minine \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9e tant chez les femmes qui offraient une utilit\u00e9 suppl\u00e9mentaire \u00e0 Cheikh Niasse car elles pouvaient entrer en contact avec d\u2019autres adh\u00e9rentes potentielles afin d\u2019\u00e9largir le cercle des adeptes du mouvement Tijaniyya tout en respectant les normes sociales. Il n\u2019est pas clair si Niasse a voulu les inclure par volont\u00e9 d\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes ou simplement pour augmenter ses effectifs, mais il est clair que les m\u00e9thodes qu\u2019il a introduites ont ouvert des portes \u00e0 de nombreuses femmes pour am\u00e9liorer leur statut spirituellement, socialement et \u00e9conomiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Aspects de la Tijaniyya au Nig\u00e9ria: le leadership f\u00e9minin de Nana Asma\u2019u<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de noter que plusieurs femmes \u00e9minentes ont servi de guides spirituels avant le mouvement de Cheikh Niasse, comme Nana Asma\u2019u.32 Elles ont fait d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s en contribuant \u00e0 l\u2019\u00e9ducation d\u2019autres femmes, mais ces femmes de haut statut venaient de milieux puissants, \u00e9litaires et privil\u00e9gi\u00e9s. 33<\/p>\n\n\n\n<p>Pour acqu\u00e9rir les connaissances n\u00e9cessaires pour atteindre la divinit\u00e9, les femmes doivent relever des d\u00e9fis pour obtenir l\u2019\u00e9ducation n\u00e9cessaire pour devenir une soufie \u00e9rudite. La plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines sont patriarcales, et la pratique religieuse traditionaliste a renforc\u00e9 le niveau de patriarcat, ce qui a conduit \u00e0 la marginalisation de nombreuses femmes. 34<\/p>\n\n\n\n<p>Nana Asma\u2019u, qui a v\u00e9cu de 1793 \u00e0 1864, et elle :<\/p>\n\n\n\n<p>\u201cwell known for playing a key role in the spread of the Islamic revival, and especially for the education of women\u201d<\/p>\n\n\n\n[\u00abbien connue pour avoir jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la propagation du renouveau islamique, et en particulier pour l\u2019\u00e9ducation des femmes\u00bb.] 35<\/p>\n\n\n\n<p>Elle faisait partie du clan Fodio, qui r\u00e9gnait sur le califat de Sokoto, dans l\u203aactuel Nigeria. Sa famille faisait partie de l\u2019ordre Qadiriyya, un ordre qui se concentre sur la poursuite de la connaissance. Parce qu\u203aelle \u00e9tait issue d\u2019un clan sup\u00e9rieur et dirigeant, Asma\u2019u a re\u00e7u une \u00e9ducation compl\u00e8te en mati\u00e8re d\u203aenseignement islamique et parlait couramment quatre langues.<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande partie de l\u2019h\u00e9ritage de Nana provient de ses po\u00e8mes. Elle a \u00e9crit beaucoup de po\u00e8mes portant principalement sur les saints soufis, le Proph\u00e8te Mohammed et l\u2019histoire du monde. Elle a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 souligner l\u2019importance de l\u2019\u00e9ducation des femmes et a enseign\u00e9 \u00e0 des classes compos\u00e9es d\u2019hommes et de femmes. Gr\u00e2ce \u00e0 ses enseignements, elle a cr\u00e9\u00e9 un \u00e9norme r\u00e9seau de femmes, qui pouvaient ensuite transmettre leurs enseignements \u00e0 d\u203aautres femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les actions de Cheikh Niasse se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir de l\u2019histoire de Nana Asma\u2019u au Nig\u00e9ria, 36 permettant \u00e0 davantage de femmes de s\u2019impliquer gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019introduction d\u2019un programme de formation : tarbiyya.<\/p>\n\n\n\n<p>Nana Asma\u2019u (1793-1865)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Saudi Gazette, Nana Asma\u2019u \u00e9tait une femme musulmane d\u2019exception37 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Throughout our education we are taught about some of the prominent figures in Islam, such as the four rightly guided Caliphs and the wives of Prophet Muhammad (peace be upon him). Today, I would like to shed light on a very important woman who you probably never heard of, Nana Asma\u2019u. This woman was the daughter of the founder of the Sokoto Caliphate, Usman Dan Fodio, in Nigeria.<\/p>\n\n\n\n<p>She was a poet, teacher, and a princess. She devoted her life to educating the women of her time. She outlived most of the founding generation of the Caliphate so she became an important guiding source for the government in her later life. She was tutored in Quranic education. She was well versed in four different languages: Arabic, the Fula language, Hausa, and Tamacheq Tuareg.<\/p>\n\n\n\n<p>Nana Asma\u2019u became the counselor for her brother, who was the second Caliph, and stood out in her work as a counselor. There are records of her writing instructions to the governors and she debated fearlessly with scholars and other princes. Nana Asma\u2019u was also a prolific author and was well educated in the classics of the Arab and Classical world. She witnessed many wars and wrote about them in prose in her work titled \u201cThe Journey\u201d. Her and her family\u2019s work held so much importance and value that later the governments held this era as a scale to measure themselves against. This was a time of prosperity and knowledge. Minorities were being educated and Islam was successfully spreading.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n[\u2018\u2019Tout au long de notre \u00e9ducation, nous apprenons \u00e0 conna\u00eetre certaines des personnalit\u00e9s les plus importantes de l\u2019islam, comme les quatre califes bien guid\u00e9s et les \u00e9pouses du proph\u00e8te Mahomet (que la paix soit avec lui). Aujourd\u2019hui, je voudrais faire la lumi\u00e8re sur une femme tr\u00e8s importante dont vous n\u203aavez probablement jamais entendu parler, Nana Asma\u2019u. Cette femme \u00e9tait la fille du fondateur du califat de Sokoto, Usman Dan Fodio, au Nigeria. Elle \u00e9tait po\u00e8te, enseignante et princesse. Elle a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des femmes de son \u00e9poque. Elle a surv\u00e9cu \u00e0 la plupart des membres de la g\u00e9n\u00e9ration fondatrice du califat, si bien qu\u2019elle est devenue une source importante de conseils pour le gouvernement \u00e0 la fin de sa vie. Elle a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00e0 l\u2019enseignement coranique. Elle connaissait bien quatre langues diff\u00e9rentes : l\u2019arabe, la langue fula, le haoussa et le touareg tamacheq. Nana Asma\u2019u devint la conseill\u00e8re de son fr\u00e8re, qui \u00e9tait le deuxi\u00e8me calife, et se distingua dans son travail de conseill\u00e8re. On sait qu\u2019elle \u00e9crivait des instructions aux gouverneurs et qu\u203aelle d\u00e9battait sans crainte avec des \u00e9rudits et d\u203aautres princes. Nana Asma\u2019u \u00e9tait \u00e9galement un auteur prolifique et \u00e9tait bien form\u00e9e aux classiques du monde arabe et classique. Elle a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de nombreuses guerres et les a relat\u00e9es en prose dans son ouvrage intitul\u00e9 \u00abThe Journey\u00bb. Son \u0153uvre et celle de sa famille rev\u00eataient une telle importance et une telle valeur que, plus tard, les gouvernements ont consid\u00e9r\u00e9 cette \u00e9poque comme une \u00e9chelle \u00e0 laquelle se mesurer. C\u2019\u00e9tait une \u00e9poque de prosp\u00e9rit\u00e9 et de connaissances. Les minorit\u00e9s \u00e9taient \u00e9duqu\u00e9es et l\u2019Islam se r\u00e9pandait avec succ\u00e8s.\u2019\u2019]\n\n\n\n<p>L\u2019autorit\u00e9 de Nana Asma\u2019u, cette femme Tijaniyya de marque, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans le contexte de son p\u00e8re et chef Usman Dan Fodio, qui a combattu l\u2019assujettissement des femmes en public et en priv\u00e9. Elle \u00e9tait entour\u00e9e de femmes savantes et \u00e9duqu\u00e9es et est devenue une \u00e9crivaine prolifique, une figure visionnaire et faisant autorit\u00e9. Son h\u00e9ritage pour des g\u00e9n\u00e9rations de femmes africaines fortes, qui se r\u00e9f\u00e8rent encore \u00e0 son exemple, d\u00e9montre le v\u00e9ritable effet transformateur qu\u2019elle a eu sur sa soci\u00e9t\u00e9. Sa relation amoureuse avec son p\u00e8re, ses fr\u00e8res et son mari, ainsi que les relations de respect et d\u203aadmiration mutuels entre elle et les autres dirigeants du continent, t\u00e9moignent toutes d\u2019une femme qui ne combattait pas le patriarcat dans ses cercles intimes, mais travaillait plut\u00f4t \u00e0 cr\u00e9er la m\u00eame culture d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de respect \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9. Son syst\u00e8me \u00e9ducatif innovant se dressait comme un mur de justice, repoussant la misogynie et \u00e9difiant les femmes dans chaque village et ville. Nana Asma\u2019u, dans ses \u00e9crits, ses relations et son syst\u00e8me \u00e9ducatif, \u00e9tait un leader transformateur, dont la l\u00e9gitimit\u00e9 provenait d\u2019un mod\u00e8le traditionnel qu\u2019elle, son p\u00e8re et les autres leaders de son temps, ont trouv\u00e9 dans la vie de leur Proph\u00e8te \ufdfa et l\u2019histoire de leur religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle laisse un h\u00e9ritage aux jeunes hommes et femmes du monde entier ; un h\u00e9ritage de changement social, de d\u00e9veloppement culturel et d\u2019illumination spirituelle. Son h\u00e9ritage pour les musulmans est particuli\u00e8rement poignant. Alors que la communaut\u00e9 s\u2019efforce de faire revivre la voix f\u00e9minine dans l\u2019\u00e9rudition, ses paroles r\u00e9sonnent et nous appellent tous \u00e0 faire de la place pour nos \u00e9rudites, \u00e0 soutenir nos \u00e9tudiantes du savoir et \u00e0 ouvrir nos institutions au leadership f\u00e9minin. L\u2019h\u00e9ritage de Nana Asma\u2019u se perp\u00e9tue dans chaque jeune femme qui se soucie profond\u00e9ment de sa communaut\u00e9 et s\u2019engage \u00e0 vie dans l\u2019\u00e9rudition et le changement culturel positif.<\/p>\n\n\n\n<p>Tijaniyya en Afrique du Sud : r\u00e9cente implantation<\/p>\n\n\n\n<p>La tariqa Tijaniyya est pr\u00e9sente en Afrique du Sud, notamment au Cap, depuis la fin de l\u2019apartheid en 1994, avec l\u2019arriv\u00e9e de migrants ouest-africains, principalement du S\u00e9n\u00e9gal, dans le pays. La plupart des immigrants musulmans d\u2019Afrique de l\u2019Ouest sont des hommes, ont fait des \u00e9tudes secondaires et travaillent dans le commerce. Les immigrants francophones de pays tels que le S\u00e9n\u00e9gal sont peu nombreux mais sociologiquement importants, car leurs activit\u00e9s entrepreneuriales leur conf\u00e8rent une importance disproportionn\u00e9e par rapport au nombre d\u2019habitants. Ils sont principalement urbains, entreprenants et culturellement distincts, ils pr\u00e9f\u00e8rent les quartiers du centre-ville, ils viennent des zones rurales mais sont soutenus par des groupes religieux comme la Tijaniyya. L\u2019affiliation \u00e0 la Tijaniyya est tr\u00e8s importante pour ces migrants, car elle leur donne un r\u00e9seau de contacts et de soutien, mais surtout une orientation morale et spirituelle dans un pays \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re zaou\u00efa Tijaniyya au Cap a \u00e9t\u00e9 officiellement \u00e9tablie par Cheikh Hassan Ciss\u00e9 \u00e0 Guguletu en 2002. Il a beaucoup voyag\u00e9 pour apporter l\u2019Islam \u00e0 de nombreuses personnes. Au Cap, pendant sa visite, des centaines de personnes, principalement des Sud-Africains noirs, sont entr\u00e9es dans l\u203aislam. Cette ann\u00e9e-l\u00e0 a marqu\u00e9 l\u2019essor de la Tijaniyya au Cap, car sa pr\u00e9sence a incit\u00e9 de nombreuses personnes \u00e0 rejoindre la tar\u00eeqa et a rapproch\u00e9 les tijanis gr\u00e2ce \u00e0 ses conseils et \u00e0 ses b\u00e9n\u00e9dictions spirituelles. La zaou\u00efa Tijaniyya est situ\u00e9e dans une simple maison en briques blanches \u00e0 Guguletu, qui r\u00e9pond \u00e0 tous les besoins de la communaut\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse du logement de leur mouqaddam et de leurs invit\u00e9s, \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement de leur madrasah et bien s\u00fbr, pour les pri\u00e8res quotidiennes et les rassemblements de dhikr. Le mouqaddam de Cheikh Hassan au Cap, Cheikh Aboubakar, est le premier \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 choisi. Cheikh Aboubakar, originaire du Rwanda et m\u00e9decin de profession, a quitt\u00e9 un poste prestigieux dans une universit\u00e9 du S\u00e9n\u00e9gal pour se consacrer enti\u00e8rement aux disciples Tijanis du Cap. Il vit d\u00e9sormais dans la zaou\u00efa, subsistant gr\u00e2ce \u00e0 la charit\u00e9 des disciples Tijanis qu\u2019il guide sur le Chemin, tout en attirant par sa pr\u00e9sence de plus en plus de personnes vers la Tijaniyya.<\/p>\n\n\n\n<p>Le succ\u00e8s de la Tijaniyya \u00e0 attirer les gens vers l\u2019Islam et vers leur voie peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 plusieurs facteurs. A l\u2019inverse, les \u00e9checs des organisations de dacwa peuvent \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 leur manque d\u2019unit\u00e9, \u00e0 leur ignorance des cultures n\u00e9gro-africaines, \u00e0 leur incapacit\u00e9 \u00e0 parler une langue noire locale, \u00e0 l\u203aabsence de suivi de l\u2019\u00e9ducation islamique et les conflits avec les communaut\u00e9s musulmanes \u00ab\u00e9tablies\u00bb ; et bien s\u00fbr, dans le pass\u00e9, les nombreux obstacles de l\u2019apartheid. D\u203aun autre c\u00f4t\u00e9, la Tijaniyya offre une \u00e9ducation islamique dans sa madrasah, fournissant les connaissances pratiques n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019apprentissage de l\u2019islam, et le soutien dont les gens ont besoin pour maintenir leur foi. La zaou\u00efa devient un foyer pour de nombreuses personnes en situation sociale difficile, faisant de la tar\u00eeqa un mode de vie ; et pour beaucoup, son leadership noir et son origine africaine ont un fort attrait. Les tijanis ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00e9trangers imposant un \u00abislam indien ou malais\u00bb et ne sont pas d\u00e9pendants de l\u2019aide ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>La Tijaniyya joue \u00e9galement un r\u00f4le essentiel dans l\u2019int\u00e9gration des musulmans noirs des townships avec les musulmans d\u2019autres pays, d\u2019autres r\u00e9gions plus riches, ainsi qu\u2019avec des personnes d\u2019origines raciales et culturelles diff\u00e9rentes. Ainsi, la tar\u00eeqa est un exemple concret de la base non raciale et non nationaliste de l\u2019islam. Son succ\u00e8s souligne l\u2019importance de la mise en place de structures de leadership alternatives dans les communaut\u00e9s noires pour leur propre autonomisation, et fait de l\u2019Islam le symbole d\u2019une identit\u00e9 nouvelle ou alternative en Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019identit\u00e9 en Afrique du Sud d\u2019aujourd\u2019hui est intimement li\u00e9e aux questions de race et est tr\u00e8s importante pour de nombreux Tijanis. Bien que selon les mouqaddamin, l\u2019objectif est de voir tout le monde de la m\u00eame mani\u00e8re, ind\u00e9pendamment de la race et en se basant uniquement sur leurs qualit\u00e9s spirituelles. Cependant, les r\u00e9alit\u00e9s de la vie au Cap rendent la question beaucoup plus complexe pour de nombreux Tijanis sud-africains. Pour les disciples noirs, la tar\u00eeqa est particuli\u00e8rement attrayante en raison de ses racines et de ses dirigeants noirs africains, elle les aide \u00e0 se sentir chez eux et \u00e0 leur donner un sentiment de fiert\u00e9 en tant que musulmans noirs ayant une riche histoire islamique en \u00e9liminant tout complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 d\u00fb \u00e0 leur entr\u00e9e \u00abtardive\u00bb dans l\u2019islam. Pour les Tijanis \u00abmalais\u00bb et \u00abindiens\u00bb, la tar\u00eeqa est aussi particuli\u00e8rement attrayante parce qu\u2019elle les a mis en contact \u00e9troit avec des Sud-Africains noirs et des Noirs de tout le continent, avec lesquels ils n\u203aavaient que peu ou pas de contacts auparavant. Ils consid\u00e8rent que leur communaut\u00e9 islamique locale est trop ferm\u00e9e et disent que la Tijaniyya les fait sortir de leur cercle ethnique restreint et leur donne un sentiment d\u2019identit\u00e9 en tant que musulmans africains et en leur \u00e9vitant d\u203aavoir \u00e0 se rattacher \u00e0 une terre ancestrale lointaine. D\u2019une certaine mani\u00e8re, elle les lib\u00e8re de l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019apartheid en leur donnant l\u203aopportunit\u00e9 de rencontrer des personnes du monde entier et d\u2019autres races dans leur propre pays. D\u2019autre part, les membres s\u00e9n\u00e9galais de la Tijaniyya ont fait l\u203aexp\u00e9rience de la x\u00e9nophobie, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, depuis leur arriv\u00e9e en Afrique du Sud, mais ils ont le sentiment que les Tijanis sud-africains, qu\u2019ils soient noirs ou de couleur, s\u2019ouvrent aux autres. Ils sont convaincus que la tar\u00eeqa change l\u2019attitude des gens par la spiritualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la tariqa Tijaniyya du Cap illustre naturellement les caract\u00e9ristiques et la complexit\u00e9 d\u203aune identit\u00e9 musulmane africaine. Dans sa tr\u00e8s br\u00e8ve histoire en Afrique du Sud, la spiritualit\u00e9 de la tariqa Tijaniyya est une force importante qui \u00abnormalise\u00bb les relations raciales, rassemble des personnes issues de milieux ethniques, culturels et raciaux radicalement diff\u00e9rents ; elle donne confiance \u00e0 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 historiquement opprim\u00e9s ; et elle ouvre les portes de l\u2019Afrique aux Sud-Africains. La Tijaniyya n\u2019impose pas une culture \u00abafricaine\u00bb de l\u2019ext\u00e9rieur et ne rend pas les musulmans noirs sud-africains invisibles. Au contraire, la tar\u00eeqa est elle-m\u00eame enracin\u00e9e en Afrique et offre un leadership africain ainsi qu\u203aune opportunit\u00e9 id\u00e9ale pour les musulmans d\u2019Afrique du Sud. Le racisme et les pr\u00e9jug\u00e9s ne peuvent \u00eatre combattus efficacement que par une v\u00e9ritable compr\u00e9hension et une interaction constante. La tariqa Tijaniyya du Cap offre cette opportunit\u00e9 de mani\u00e8re unique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, malgr\u00e9 l\u2019importance des questions de race et d\u2019identit\u00e9, les Tijanis du Cap ont soulign\u00e9 que l\u2019aspect spirituel de la tar\u00eeqa \u00e9tait le plus important. Pour la plupart d\u2019entre eux, ils trouvent que la tar\u00eeqa \u00e9tait un voyage spirituel tr\u00e8s personnel et que leur principal centre d\u2019int\u00e9r\u00eat et plaisir est le dhikr, ainsi que le fait de recevoir une \u00e9ducation, \u00e0 la fois initiatique et islamique. La m\u00e9thode spirituelle de la Tijaniyya, telle qu\u2019elle est d\u00e9crite dans Le manuel : at-Tariqa at-Tijaniyya, compil\u00e9 express\u00e9ment pour les disciples sud-africains, comme celle de beaucoup d\u2019autres turuq, consiste \u00e0 faire le wird (demander le pardon \u00e0 Allah, offrir des pri\u00e8res au Proph\u00e8te et r\u00e9citer le t\u00e9moignage de foi islamique) et de se souvenir d\u2019Allah aussi souvent que possible par le dhikr (l\u2019invocation de litanies). L\u2019objectif est de d\u00e9velopper une conscience croissante de la pr\u00e9sence d\u2019Allah et de ma\u00eetriser lentement ses passions et ses d\u00e9sirs ; l\u203aego passionn\u00e9 doit dispara\u00eetre pour laisser le c\u0153ur spirituel pr\u00e9valoir. Selon les mots du leader Tijani du Cap, \u00e9duquer le c\u0153ur pour le rendre pr\u00eat \u00e0 accueillir Allah, est l\u2019enseignement le plus important de la Tijaniyya. Le Cheikh est \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme crucial pour l\u2019avancement spirituel du disciple, en guidant le mourid dans la voie de la tarbiyya, et en purifiant l\u2019\u00e2me, mais toujours dans les limites de la Sharica, le cadre orthodoxe de l\u2019Islam.<\/p>\n\n\n\n<p>Conclusion :<\/p>\n\n\n\n<p>La religion est un syst\u00e8me qui produit un sens spirituel, moral et esth\u00e9tique pour r\u00e9pondre au besoin \u00e9ternel des \u00eatres humains de trouver un sens dans leur vie individuelle et collective. Les \u00eatres humains ne peuvent se passer de sens. Il leur permet de se sauver de l\u2019ali\u00e9nation et de l\u2019angoisse existentielle, d\u2019obtenir la paix de l\u2019\u00e2me et la tranquillit\u00e9 du c\u0153ur, de surmonter les pulsions agressives et de s\u2019en sortir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019h\u00e9ritage du soufisme bas\u00e9 sur la macrifa &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire le soufisme bas\u00e9 sur la connaissance intuitive et mystique &#8211; 38 nous trouvons des explications et des interpr\u00e9tations qui \u00e9clairent la v\u00e9rit\u00e9 des exp\u00e9riences religieuses, leur nature, leurs limites, leurs mod\u00e8les, les moyens de les r\u00e9aliser et leurs effets sur la structure de la soci\u00e9t\u00e9. Dans cet h\u00e9ritage, nous trouvons \u00e9galement la preuve que ces exp\u00e9riences naissent organiquement du besoin d\u2019\u00e9tancher la soif ontologique du sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019islam marocain m\u00eale les traditions du sunnisme, du malikisme &#8211; une \u00e9cole islamique qui tient compte des contextes historiques et culturels &#8211; et du soufisme, largement apolitique. En tant que porteur du titre de \u00abCommandeur des Croyants\u00bb, le roi Mohammed VI a soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que sa t\u00e2che consistait \u00e0 pr\u00e9server le Maroc et d\u2019autres pays de l\u2019extr\u00e9misme religieux.39<\/p>\n\n\n\n<p>En mars 2015, le roi Mohammed VI a inaugur\u00e9 un institut pour la formation d\u2019imams, et de pr\u00e9dicateurs (guides religieux masculins et f\u00e9minins) : L\u2019Institut Mohammed VI de Formation des Imams Mourchidine et Mourchidat, dans la capitale Rabat. Les autorit\u00e9s marocaines ont soulign\u00e9 que le rite mal\u00e9kite est particuli\u00e8rement adapt\u00e9 \u00e0 la formation de chefs religieux de diff\u00e9rents pays car. Entre autres, \u00e0 l\u2019heure actuelle des Maliens, Guin\u00e9ens, Ivoiriens, Tunisiens, adh\u00e9rents de l\u2019Union des mosqu\u00e9es de France, etc. y sont form\u00e9s, et la demande internationale est en constante augmentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La Fondation Mohammed VI des Oul\u00e9ma Africains est une autre importante institution40 fond\u00e9e en 2015 sous le dahir n\u00b0 1-15-75. Elle coordonne les efforts des Oul\u00e9ma (savants) musulmans \u00e0 travers l\u2019Afrique. Elle promeut les valeurs religieuses de tol\u00e9rance et l\u2019h\u00e9ritage islamique et \u00e9tablit une coop\u00e9ration entre le Maroc et les \u00c9tats africains dans les domaines religieux, scientifiques et culturels. La fondation compte 34 sections \u00e0 travers le continent, notamment au Ghana, au Niger, en Afrique du Sud et en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son pr\u00e9ambule, sont explicit\u00e9s les motifs de cette cr\u00e9ation, en consid\u00e9ration des liens religieux et culturels qui unissent le Royaume du Maroc \u00e0 de nombreux pays d\u2019Afrique et eu \u00e9gard aux imp\u00e9ratifs li\u00e9s \u00e0 la situation actuelle qui la mise en place d\u2019un cadre de coop\u00e9ration entre les Oul\u00e9ma du Maroc et ceux des pays africains, d\u2019une part, et entre ces Oul\u00e9ma africains, d\u2019autre part, aux fins de pr\u00e9server la religion contre les d\u00e9viations et l\u2019extr\u00e9misme, de sorte que ses valeurs magnanimes soient au service de la stabilit\u00e9 et du d\u00e9veloppement dans ces pays.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-kadence-column kadence-column1204_382cc3-57\"><div class=\"kt-inside-inner-col\"><\/div><\/div>\n\n\n\n<p>1 &#8211; Geoffroy, \u00c9ric. \u2018\u2019Qu\u2019est-ce que le soufisme ?\u2019\u2019, Laurent Testot \u00e9d., La Grande Histoire de l\u2019islam. \u00c9ditions Sciences Humaines, 2018, pp. 78-84.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018\u2019Le soufisme est un aspect de la sagesse \u00e9ternelle, universelle, qui s\u2019est incarn\u00e9 dans le corps de la religion islamique, n\u00e9e en Arabie au VIIe si\u00e8cle. On peut le d\u00e9finir comme la dimension int\u00e9rieure, spirituelle de l\u2019islam, et de l\u2019islam sunnite pour l\u2019essentiel.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p>2 &#8211; Palleja de Bustinza, Victor. \u2018\u2019Le soufisme : les d\u00e9buts de son \u00e9tude en Occident\u2019\u2019, Horizons Maghr\u00e9bins &#8211; Le droit \u00e0 la m\u00e9moire, N\u00b030, 1996. La Walaya. Etudes sur le soufisme d\u2019Ibn \u2018Arab\u00ee. pp. 97-107. www.persee.fr\/doc\/horma_0984-2616_1996_num_30_1_1377<\/p>\n\n\n\n<p>3 &#8211; Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Reflecting On Moroccan Sense of Tolerance\u2019\u2019, Eurasia Review, 9 juin 2019. https:\/\/www.eurasiareview.com\/09062019-reflecting-on-moroccan-sense-of-tolerance-analysis\/<\/p>\n\n\n\n<p>4 &#8211; Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Expulsion of Sephardic Jews from Spain in 1492 and Their Relocation and Success in Morocco \u2013 Analysis\u2019\u2019, Eurasia Review, 5 septembre 2019. https:\/\/www.eurasiareview.com\/05092019-expulsion-of-sephardic-jews-from-spain-in-1492-and-their-relocation-and-success-in-morocco-analysis\/<\/p>\n\n\n\n<p>5 &#8211; Doutt\u00e9, E. \u201cNotes sur L\u2019islam maghribin: Les Marabouts.\u201d Revue de l\u2019histoire Des Religions, vol. 40, Armand Colin, 1899, pp. 343\u201369, http:\/\/www.jstor.org\/stable\/23661235.<\/p>\n\n\n\n<p>6 &#8211; https:\/\/www.habous.gov.ma\/fr\/institut-mohammed-vi-pour-la-formation-des-imams,-morchidines-et-morchidatesi.html<\/p>\n\n\n\n<p>7 &#8211; El-Sharif, Farah. \u2018\u2019Realizing Islam: The Tijaniyya in North Africa and the Eighteenth-Century Muslim World\u2019\u2019, Journal of Africana Religions, 1 January 2022; 10 (1): 146\u2013148. doi: https:\/\/doi.org\/10.5325\/jafrireli.10.1.0146<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes sur l\u2019histoire intellectuelle islamique du XVIIIe si\u00e8cle ont tendance \u00e0 mettre en avant le mouvement wahhabite ou les mouvements \u00abfondamentalistes\u00bb. Peu d\u2019\u00e9tudes offrent un aper\u00e7u de courants savants moins compris, mais non moins influents. L\u2019un de ces ouvrages est Realizing Islam: The Tijaniyya in North Africa and the Eighteenth-Century Muslim World de Zachary Valentine Wright. En se concentrant sur la production de connaissances de l\u2019ordre soufi moderne Tijani &#8211; l\u2019un des plus grands ordres soufis d\u2019Afrique aujourd\u2019hui &#8211; et sur la vie intellectuelle anim\u00e9e de son fondateur, Realizing Islam \u00e9branle les hypoth\u00e8ses pr\u00e9c\u00e9demment retenues concernant les th\u00e9ories du soi-disant \u00abd\u00e9clin\u00bb intellectuel de l\u2019Islam entre le XVe et le XIXe si\u00e8cle environ.<\/p>\n\n\n\n<p>Wright, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire intellectuelle de l\u2019Afrique du Nord et de l\u2019Ouest, est \u00e9galement un sp\u00e9cialiste du soufisme et l\u2019un des auteurs les plus prolifiques sur le soufisme tijani aujourd\u2019hui. Realizing Islam tisse un r\u00e9cit captivant et original de la vivacit\u00e9 intellectuelle du XVIIIe si\u00e8cle et retrace son dynamique r\u00e9seau savant \u00e0 travers le prisme de la vie et des id\u00e9es de Shaykh A\u1e25mad Tij\u0101n\u012b (d.1815), le fondateur de l\u2019ordre Tijani.<\/p>\n\n\n\n<p>8 &#8211; Vimercati Sanseverino, Ruggero. F\u00e8s et saintet\u00e9, de la fondation \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du Protectorat (808-1912) : Hagiographie, tradition spirituelle et h\u00e9ritage proph\u00e9tique dans la ville de Mawl\u0101y Idr\u012bs. Rabat : Centre Jacques-Berque, 2014. http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/498<\/p>\n\n\n\n<p>9 &#8211; El Mansour, Mohammed. Morocco in the Reign of Mawley Sulayman. Wisbech : Middle East &amp; North African Studies Press, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>10 &#8211; Vimercati Sanseverino, Ruggero. F\u00e8s et saintet\u00e9, de la fondation \u00e0 l\u2019av\u00e8nement du Protectorat (808-1912) : Hagiographie, tradition spirituelle et h\u00e9ritage proph\u00e9tique dans la ville de Mawl\u0101y Idr\u012bs. Rabat : Centre Jacques-Berque, 2014. http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/498<\/p>\n\n\n\n<p>11 &#8211; Schmitz, Jean. \u2018\u2019Autour d\u2019al-H\u0101jj Umar Taal. Guerre sainte et Tijaniyya en Afrique de l\u2019Ouest\u2019\u2019, Cahiers d\u2019\u00c9tudes africaines, Ann\u00e9e 1985, 100, pp. 555-565. https:\/\/www.persee.fr\/doc\/cea_0008-0055_1985_num_25_100_1723<\/p>\n\n\n\n<p>12 &#8211; Seesemann, R\u00fcdiger. \u00ab 15. The History of the Tij\u00e2niyya and the issue of tarbiya in Darfur (Sudan) \u00bb, Jean-Louis Triaud \u00e9d., La Tij\u00e2niyya. Une confr\u00e9rie musulmane \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Afrique. Karthala, 2005, pp. 393-437.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Darfour, la r\u00e9gion la plus occidentale de l\u2019actuelle R\u00e9publique du Soudan, est \u00e0 bien des \u00e9gards une r\u00e9gion isol\u00e9e. Bien qu\u2019elle soit aussi grande que la France, elle n\u2019a, en termes politiques, que rarement influenc\u00e9 le cours des \u00e9v\u00e9nements historiques importants en Afrique du Nord-Est. Sur le plan \u00e9conomique, elle n\u2019a qu\u2019une importance marginale. Ses habitants, qui sont environ cinq millions et appartiennent \u00e0 pr\u00e8s de 30 groupes ethniques diff\u00e9rents, d\u00e9pendent principalement de la culture pluviale du millet et de l\u2019\u00e9levage du b\u00e9tail. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il n\u2019existe toujours pas de liaison routi\u00e8re asphalt\u00e9e avec la capitale soudanaise Khartoum, et la communication avec les autres r\u00e9gions du Soudan reposait jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment sur le service radio.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, m\u00eame si le Darfour reste isol\u00e9 sur le plan politique et \u00e9conomique, ce n\u2019est pas le cas en ce qui concerne la religion et la culture. Depuis le XVIIIe si\u00e8cle au moins, la r\u00e9gion n\u2019a cess\u00e9 de jouer le r\u00f4le de lien culturel entre la vall\u00e9e du Nil et les r\u00e9gions s\u2019\u00e9tendant \u00e0 l\u2019ouest, comme le Wadai, le Kanem, le Bornu et le Hausaland. Le Darfour a souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme appartenant \u00e0 la \u00absph\u00e8re culturelle\u00bb du Soudan nilotique, mais on peut affirmer qu\u2019il a culturellement plus en commun avec ses voisins occidentaux qu\u2019avec les \u00e9lites soudanaises dominantes repr\u00e9sentant la culture arabo-islamique de la vall\u00e9e du Nil.<\/p>\n\n\n\n<p>Le facteur historique crucial qui a donn\u00e9 au Darfour cette position est, en termes religieux, la tradition du p\u00e8lerinage ouest-africain. Pour les Africains de l\u2019Ouest qui empruntaient la route du Sahara pour se rendre \u00e0 la Mecque au lieu de traverser le d\u00e9sert pour voyager le long de la c\u00f4te sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, les villes d\u2019El Geneina, de Kobe (aujourd\u2019hui une ruine) et d\u2019El Fasher \u00e9taient parmi les stations qui invitaient \u00e0 un s\u00e9jour plus long\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>13 &#8211; Les confr\u00e9ries, en particulier les Mourides, contr\u00f4lent aujourd\u2019hui une grande partie des entreprises s\u00e9n\u00e9galaises et ont m\u00eame des int\u00e9r\u00eats commerciaux internationaux, par exemple \u00e0 New York.<\/p>\n\n\n\n<p>14 &#8211; Dieterlen, Germaine &amp; Diarra Sylla. L\u2019empire de Ghana : le Wagadou et les traditions de Y\u00e9r\u00e9r\u00e9. Paris : Karthala-association ARSAN, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>15 &#8211; Mody Cissoko, S\u00e9k\u00e9n\u00e9 Tombouctou et l\u2019Empire songhay : \u00e9panouissement du Soudan nig\u00e9rien aux XVe-XVIe si\u00e8cles. Paris\/Montr\u00e9al : L\u2019Harmattan, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>16 &#8211; Clark, Andrew F. \u201cImperialism, Independence, and Islam in Senegal and Mali.\u201d Africa Today, vol. 46, no. 3\/4, Indiana University Press, 1999, pp. 149\u201367, http:\/\/www.jstor.org\/stable\/4187288.<\/p>\n\n\n\n<p>17 &#8211; Ham\u00e8s, Constant. \u2018\u2019Cheikh Hamallah ou Qu\u2019est-ce qu\u2019une confr\u00e9rie islamique (Tar\u00eeqa) ?\u2019\u2019, Archives de sciences sociales des religions, nos 55\/1, \u200e 1983, pp. 67-83. https:\/\/www.persee.fr\/doc\/assr_0335-5985_1983_num_55_1_2273<\/p>\n\n\n\n<p>18 &#8211; Soares, Benjamin F. \u00ab 13. Notes on the Tij\u00e2niyya Hamawiyya in Nioro du Sahel after the second exile of its shaykh \u00bb, Jean-Louis Triaud \u00e9d., La Tij\u00e2niyya. Une confr\u00e9rie musulmane \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Afrique. Karthala, 2005, pp. 357-365.<\/p>\n\n\n\n<p>19 &#8211; Creevey, Lucy E. \u201cMuslim Brotherhoods and Politics in Senegal in 1985.\u201d The Journal of Modern African Studies, vol. 23, no. 4, Cambridge University Press, 1985, pp. 715\u201321, http:\/\/www.jstor.org\/stable\/160686.<\/p>\n\n\n\n<p>20 &#8211; Bourdarias, Fran\u00e7oise. \u201cConstructions religieuses du politique\u201d, Civilisations, 58-2, 2009, pp. 21-40. http:\/\/journals.openedition.org\/civilisations\/2070; DOI: https:\/\/doi.org\/10.4000\/civilisations.2070<\/p>\n\n\n\n<p>21 &#8211; Ahmed, Leila. Women and Gender in Islam. New Haven: Yale University Press, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>22 &#8211; Mokhtar Ba, Ahmadou. Cheikh Ibrahima Niasse, savant et homme d\u2019action. Dakar: Universit\u00e9 de Dakar, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p>23 &#8211; Badran, Margot. Feminism in Islam. London: Limited Press, 2004<\/p>\n\n\n\n<p>24 &#8211; Frede, Britta. \u201cFemale Islamic Knowledge in Africa: a Forgotten Story\u201d, Oasis, year XV, n. 30, d\u00e9cembre 2019, pp. 25-36. https:\/\/www.oasiscenter.eu\/en\/female-islamic-knowledge-in-africa<\/p>\n\n\n\n<p>25 &#8211; Hutson, Alaine. \u201cWomen, Men, and Patriarchal Bargaining in an Islamic Sufi Order: The Tijaniyya in Kano, Nigeria, 1937 to the present\u201d, Gender and Society, Vol. 15, No. 5, Oct. 2001, pp. 734-753, doi:10.1177\/089124301015005006<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article d\u00e9crit les r\u00e8gles et les scripts qui fonctionnent dans un syst\u00e8me d\u2019Afrique subsaharienne, l\u2019ordre soufi islamique Tijaniyya \u00e0 Kano, au Nigeria. Il analyse les marchandages patriarcaux entre les femmes et les hommes de l\u2019ordre et r\u00e9v\u00e8le comment les actions des femmes musulmanes occupant des postes d\u2019autorit\u00e9 spirituelle \u00e9taient \u00e0 la fois ind\u00e9pendantes et fa\u00e7onn\u00e9es par le patriarcat de l\u2019ordre. L\u2019auteur soutient que des changements plus importants survenus au cours de plusieurs d\u00e9cennies dans le monde islamique, dans la direction internationale de la Tijaniyya et dans l\u2019\u00c9tat nig\u00e9rian ont permis aux femmes de la Tijaniyya de Kano d\u2019agir diff\u00e9remment et d\u2019accro\u00eetre leur autorit\u00e9 spirituelle et leur autonomie personnelle sans enfreindre les r\u00e8gles de leur march\u00e9. L\u2019auteur conclut en sugg\u00e9rant que l\u2019analyse d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s musulmanes pourrait permettre de mieux comprendre quelles strat\u00e9gies conduisent \u00e0 la marginalisation des femmes et quelles strat\u00e9gies aboutissent \u00e0 un marchandage r\u00e9ussi.<\/p>\n\n\n\n<p>26 &#8211; Ndiaye, Saliou. \u2018\u2019La \u00ab Fay\u1e0da \u00bb et la \u00abMaarifa \u00bb selon Cheikh Ibrahima Niass\u2019\u2019, Revue S\u00e9n\u00e9galaise d\u2019Histoire, Num\u00e9ro 09, 2019, pp. 99-110. https:\/\/www.academia.edu\/42876611\/La_Fayd_a_et_la_Ma_rifa_selon_Cheikh_Ibrahima_Niass<\/p>\n\n\n\n<p>27 &#8211; Hill, Joseph. \u201cAll Women are Guides: Sufi Leadership and Womanhood among the Taalibe Baay in Senegal.\u201d Journal of Religion in Africa. 2010, p. 386. brill.nl\/jta<\/p>\n\n\n\n<p>28 &#8211; Ndiaye, Saliou, op. cit., p. 105.<\/p>\n\n\n\n<p>29 &#8211; Hutson, Alaine. \u201cWomen, Men, and Patriarchal Bargaining in an Islamic Sufi Order: The Tijaniyya in Kano, Nigeria, 1937 to the present\u201d, op. cit., p. 736.<\/p>\n\n\n\n<p>30 &#8211; Gray, Christopher. \u00ab The Rise of the Niassene Tijaniyya, 1875 to the Present \u00bb, Ousmane Kane \u00e9d., Islam et islamismes au sud du Sahara. Karthala, 1998, pp. 59-82.<\/p>\n\n\n\n<p>31 &#8211; Hill, op. cit., p. 382.<\/p>\n\n\n\n<p>32 &#8211; Boyd, Jean. The Caliph\u2019s Sister: Nana Asma\u2019u (1793\u20131865): Teacher, Poet and Islamic Leader. London and New Jersey: Frank Cass &amp; Co. Ltd, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p>Un nouvel \u00e9clairage est apport\u00e9 sur les femmes africaines du Sahel dans ce livre et sp\u00e9cialement sur une femme brillamment intelligente du XIXe si\u00e8cle dont l\u2019h\u00e9ritage de po\u00e9sie contient des commentaires politiques et sociaux de grande facture intellectuelle et historique.<\/p>\n\n\n\n<p>33 &#8211; Bala, Salisu. \u201cHistory of Origin Spread and Development of Tijjaniyyah Sufi Order in Hausaland: The Case of Zaria City, Circa, 1831-1933\u201d, Journal of the Historical Society of Nigeria, vol. 20, Historical Society of Nigeria, 2011, pp. 201\u201308, http:\/\/www.jstor.org\/stable\/41857184.<\/p>\n\n\n\n<p>34 &#8211; Hutson, Alaine S. \u201cAfrican Sufi Women and Ritual Change.\u201d Journal of Ritual Studies, vol. 18, no. 2, Pamela J. Stewart and Andrew J. Strathern, 2004, pp. 61\u201373, http:\/\/www.jstor.org\/stable\/44368695.<\/p>\n\n\n\n<p>35 &#8211; Badran, op. cit., p. 295.<\/p>\n\n\n\n<p>36 &#8211; Shehu, Madinatu. \u2018\u2019Critics in the Poetry of Nana Asma\u2019u Bnt Fodio: An Overview\u2019\u2019, IOSR Journal of Humanities and Social Science (IOSR-JHSS), Volume 20, Issue 10, Ver. II (Oct. 2015), pp. 56-61. https:\/\/www.iosrjournals.org\/iosr-jhss\/papers\/Vol20-issue10\/Version-2\/I0201025661.pdf<\/p>\n\n\n\n<p>37 &#8211; Saudi Gazette. \u2018\u2019Nana Asma\u2019u: A woman of knowledge in Africa\u2019\u2019, Saudi Gazette, September 15, 2017. https:\/\/saudigazette.com.sa\/article\/517218<\/p>\n\n\n\n<p>38 &#8211; al-Rifa\u2018i, \u2018Abd al-Jabbar. Al-Din wa-l-Ightirab al-Mitafiziqiyy. Baghdad: Markaz Dirasat Falsafat al-Din, et Beyrouth: Dar al-Tanwir, 2\u00e8me \u00e9dition, 2018, pp. 229-230.<\/p>\n\n\n\n<p>39 &#8211; Muedini, F. \u2018\u2019Morocco: King Mohammed VI, Sufism, and the Islamist Challengers.\u2019\u2019 In: Sponsoring Sufism. Palgrave Studies in Religion, Politics, and Policy. New York : Palgrave Macmillan, 2015. https:\/\/doi.org\/10.1057\/9781137521071_4<\/p>\n\n\n\n<p>40 &#8211; https:\/\/www.fm6oa.org\/fr\/accueil\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Docteur Mohamed chtatou &#8211; Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Internationale de Rabat LE SOUFISME MAROCAIN ET SES MULTIPLES RAMIFICATIONS AFRICAINES Docteur Mohamed chtatou &#8211; Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Internationale de RabatLe soufisme est commun\u00e9ment appel\u00e9 mysticisme, la mystique de l\u2019islam, mais s\u2019agit-il bien de mysticisme et quelle est sa relation avec l\u2019islam ? 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