{"id":2018,"date":"2024-06-24T09:27:32","date_gmt":"2024-06-24T08:27:32","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=2018"},"modified":"2024-06-27T11:00:21","modified_gmt":"2024-06-27T10:00:21","slug":"lafrique-aire-de-predilection-du-soft-power-marocain-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/lafrique-aire-de-predilection-du-soft-power-marocain-2\/","title":{"rendered":"L\u2019Afrique, aire de pr\u00e9dilection du soft power marocain (2)"},"content":{"rendered":"\n<p>Les liens sociaux, \u00e9conomiques, culturels et religieux entre le Maroc et ses voisins subsahariens remontent \u00e0 plusieurs si\u00e8cles. D\u00e8s la fondation du Royaume au VIIe si\u00e8cle, les \u00e9changes commerciaux se sont renforc\u00e9s avec les royaumes existants en Afrique de l&rsquo;Ouest. Les routes commerciales ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la diffusion de l&rsquo;Islam et ont amen\u00e9 les traditions soufies marocaines et les confr\u00e9ries spirituelles (par exemple, la <strong><em>Tijaniyyah<\/em><\/strong>) dans la r\u00e9gion<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"325\" height=\"245\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?resize=325%2C245&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-2019\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?w=325&amp;ssl=1 325w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?resize=300%2C226&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 325px) 100vw, 325px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Dr Mohamed Chtatou<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Les liens anciens du Maroc avec l&rsquo;Afrique subsaharienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les liens sociaux, \u00e9conomiques, culturels et religieux entre le Maroc et ses voisins subsahariens remontent \u00e0 plusieurs si\u00e8cles. D\u00e8s la fondation du Royaume au VIIe si\u00e8cle, les \u00e9changes commerciaux se sont renforc\u00e9s avec les royaumes existants en Afrique de l&rsquo;Ouest. Les routes commerciales ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 la diffusion de l&rsquo;Islam et ont amen\u00e9 les traditions soufies marocaines et les confr\u00e9ries spirituelles (par exemple, la <strong><em>Tijaniyyah<\/em><\/strong>) dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces liens spirituels ont contribu\u00e9 \u00e0 forger un lien unique entre le Royaume et les pays allant du S\u00e9n\u00e9gal au Nigeria. Des milliers d&rsquo;Africains de l&rsquo;Ouest se rendent chaque ann\u00e9e \u00e0 F\u00e8s pour se recueillir sur le mausol\u00e9e du fondateur de l&rsquo;ordre, le cheikh Sidi Ahmed at-Tijani (1737-1815). Cette pratique religieuse est connue sous l\u2019appellation&nbsp;: <strong>petit p\u00e9l\u00e9rinage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A ce sujet Abderrahmane Naji \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2018\u2019Le Maroc est le seul pays du Maghreb \u00e0 entretenir des relations s\u00e9culaires avec les pays de l&rsquo;Afrique saharienne. Les relations ont commenc\u00e9 avec les routes des caravanes qui partaient du Maroc pour atteindre l&rsquo;Afrique noire. Un contact notamment avec les pays du Soudan et de la Guin\u00e9e s&rsquo;est poursuivi jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours \u00e0 travers un grand nombre d&rsquo;accords et de visites annuelles du roi du Maroc dans certains pays africains. Ces contacts \u00e9taient non seulement \u00e9conomiques mais aussi intellectuels et artistiques. En effet, c&rsquo;est par ces routes caravani\u00e8res que l&rsquo;Islam a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les r\u00e9gions c\u00f4ti\u00e8res de l&rsquo;Afrique noire, notamment par le biais des Zawiyas marocaines (influences Tijane qui trouvent leur origine dans Si Ahmed Tidjani enterr\u00e9 \u00e0 F\u00e8s, estimant que les Berb\u00e8res marocains et les Noirs ont les m\u00eames caract\u00e9ristiques de civilisation.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Une contribution d\u00e9cisive \u00e0 la d\u00e9colonisation<\/em><\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Peu apr\u00e8s avoir mis fin \u00e0 44 ans de protectorat fran\u00e7ais en 1956 et s&rsquo;\u00eatre engag\u00e9 dans un long processus de d\u00e9colonisation avec l&rsquo;Espagne (de 1956 \u00e0 1975) aboutissant \u00e0 la r\u00e9trocession successive et n\u00e9goci\u00e9e de 4 des 6 territoires qu&rsquo;elle d\u00e9tenait (Maroc du Nord, Sidi Ifni, Tarfaya, Sahara occidental), <a>le Maroc a activement soutenu les mouvements d&rsquo;ind\u00e9pendance africains et leurs leaders embl\u00e9matiques, de Patrice Lumumba \u00e0 Nelson Mandela<\/a>, en leur apportant un soutien diplomatique ainsi qu&rsquo;une assistance militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1960, le roi Mohammed V organise la \u00ab\u00a0Conf\u00e9rence de Casablanca\u00a0\u00bb qui r\u00e9unit Gamal Abdel Nasser (Egypte), Kwame Nkruma (Ghana), Sekou Toure (Guin\u00e9e), Modibo Keita (Mali), le roi Idriss I<sup>er<\/sup> (Libye) et Farhat Abbas (gouvernement provisoire en exil de l&rsquo;Alg\u00e9rie bas\u00e9 au Maroc). Le \u00ab\u00a0Groupe de Casablanca\u00a0\u00bb \u00e9tait uni par la conviction que l&rsquo;Afrique devait s&rsquo;unifier politiquement ou se f\u00e9d\u00e9rer et s&rsquo;int\u00e9grer profond\u00e9ment (y compris sur le plan militaire) pour vaincre le colonialisme et aider le continent \u00e0 parvenir \u00e0 la paix, favoriser le dialogue culturel, accro\u00eetre son influence g\u00e9opolitique et promouvoir le d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p>Un an apr\u00e8s la mort du roi Mohammed V, le roi Hassan II a accueilli en 1961 la premi\u00e8re conf\u00e9rence r\u00e9unissant tous les repr\u00e9sentants des mouvements de lib\u00e9ration de langue portugaise et a abrit\u00e9 un grand nombre de leurs dirigeants tout en les aidant diplomatiquement et militairement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance dans les ann\u00e9es 70.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de contrer l&rsquo;\u00e9lan mena\u00e7ant du \u00ab\u00a0groupe de Casablanca\u00a0\u00bb, les puissances coloniales ont discr\u00e8tement encourag\u00e9 la cr\u00e9ation du \u00ab\u00a0groupe de Monrovia\u00a0\u00bb (Cameroun, Liberia, Nigeria, S\u00e9n\u00e9gal), qui pr\u00e9conisait une approche moins radicale de la d\u00e9colonisation par le biais de n\u00e9gociations et privil\u00e9giait le nationalisme par rapport au panafricanisme. Les deux groupes avaient \u00e9galement des points de vue divergents sur les conflits existants, tels que celui de l&rsquo;Alg\u00e9rie et du Za\u00efre. Alors que le groupe de Casablanca s&rsquo;engageait \u00e0 soutenir l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie, le groupe de Monrovia soutenait la France.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L&rsquo;inspiration de l&rsquo;OUA (et de l&rsquo;UA)<\/em><\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la vague de d\u00e9colonisation de 1960 \u00e0 1962, les diff\u00e9rences fondamentales entre les deux groupes ont \u00e9t\u00e9 mises de c\u00f4t\u00e9. En 1963, les deux camps se sont mis d&rsquo;accord pour s&rsquo;unir et cr\u00e9er une organisation officielle \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du continent : l&rsquo;Organisation de l&rsquo;unit\u00e9 africaine (OUA). La vision avant-gardiste du \u00ab\u00a0groupe de Casablanca\u00a0\u00bb a inspir\u00e9 les piliers fondamentaux de l&rsquo;OUA et nombre de ses id\u00e9es r\u00e9volutionnaires ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre, telles que les forces r\u00e9gionales en attente de l&rsquo;UA ou la zone de libre-\u00e9change continentale africaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;engagement du Maroc sur le continent&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, l&rsquo;esprit du \u00ab\u00a0groupe de Casablanca\u00a0\u00bb est au c\u0153ur de l&rsquo;engagement du Maroc en faveur d&rsquo;une Afrique pacifique et prosp\u00e8re. Le Maroc s&rsquo;est engag\u00e9 \u00e0 promouvoir la coop\u00e9ration Sud-Sud, \u00e0 favoriser la paix et la stabilit\u00e9, \u00e0 jouer un r\u00f4le de premier plan sur des questions th\u00e9matiques cl\u00e9s pour l&rsquo;Afrique, \u00e0 appeler \u00e0 une plus grande int\u00e9gration r\u00e9gionale et \u00e0 d\u00e9velopper des partenariats \u00e9conomiques mutuellement b\u00e9n\u00e9fiques. Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI s&rsquo;est personnellement investi dans la d\u00e9finition de la politique africaine du Maroc, comme en t\u00e9moignent les 50 visites d&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;il a effectu\u00e9es dans 32 pays africains en 20 ans.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La place du Maroc dans l\u2019architecture politique internationale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ordre politique mondial bipolaire de la fin du XXe si\u00e8cle a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un ordre de plus en plus multipolaire. Les r\u00e9gions et les organisations r\u00e9gionales sont d\u00e9sormais au c\u0153ur de l&rsquo;architecture politique internationale et sont fa\u00e7onn\u00e9es par les dynamiques changeantes au niveau sous-r\u00e9gional. Depuis la fin des ann\u00e9es 2000, le Royaume du Maroc a profit\u00e9 de cette fen\u00eatre d&rsquo;opportunit\u00e9 et a commenc\u00e9 \u00e0 se repositionner \u00e0 la jonction du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord et de l&rsquo;Afrique subsaharienne.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle approche du Royaume et sa qu\u00eate d&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale ont temporairement atteint leur apog\u00e9e lors de son retour au sein de l&rsquo;Union africaine en 2017. Alors que les puissances r\u00e9gionales traditionnelles, l&rsquo;Alg\u00e9rie, l&rsquo;\u00c9gypte et le Nig\u00e9ria, \u00e9taient aux prises avec des troubles politiques internes, la stabilit\u00e9 politique relative et l&rsquo;\u00e9conomie en croissance du Maroc ont fait du pays une destination tr\u00e8s attrayante pour les investissements et lui ont permis de s&rsquo;implanter sur le march\u00e9 africain. En plus d&rsquo;\u00e9tablir une influence \u00e9conomique, par le biais de trait\u00e9s bilat\u00e9raux ou d&rsquo;une part significative des flux d&rsquo;IDE vers les pays africains, le Maroc est devenu un acteur r\u00e9gional dominant en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 au Sahel.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, le Maroc a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d&rsquo;une augmentation et d&rsquo;un renouvellement consid\u00e9rables des institutions culturelles telles que les mus\u00e9es, les galeries, les monuments, les festivals, les foires d&rsquo;art et les th\u00e9\u00e2tres. &nbsp;Le gouvernement, les entreprises et la soci\u00e9t\u00e9 civile sont impliqu\u00e9s. Les nouvelles institutions racontent des histoires d&rsquo;identit\u00e9 locale ou nationale, sont de puissantes expressions de consommation ostentatoire, tentent d&rsquo;attirer des touristes de qualit\u00e9 et de forger des relations internationales strat\u00e9giques. Le gouvernement marocain a fait pression avec succ\u00e8s pour que l&rsquo;UNESCO reconnaisse les sites du patrimoine et les pratiques culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce sens, Andreas W\u00fcst et Katharina Nicolai \u00e9crivent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2018\u2019 Sous le r\u00e8gne du roi Mohammed VI, le Maroc a connu une expansion rapide des liens \u00e9conomiques et militaires r\u00e9gionaux qui ont donn\u00e9 une impulsion graduelle \u00e0 un changement dans les constellations de pouvoir r\u00e9gionales. Mais dans l&rsquo;ombre de cette trajectoire de puissance dure, le r\u00e9gime marocain capitalise de plus en plus sur ses ressources de puissance douce. Dans cet article, nous d\u00e9montrons comment le capital culturel consid\u00e9rable du royaume &#8211; issu de la religion, de l&rsquo;historicit\u00e9 et de la tradition &#8211; est devenu un instrument politique pour am\u00e9liorer l&rsquo;image du pays \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le r\u00e9gime utilise notamment des mesures de politique culturelle et de diplomatie publique dans la politique religieuse islamique et juive, \u00e0 travers la commercialisation du patrimoine culturel mat\u00e9riel et immat\u00e9riel et \u00e0 travers l&rsquo;investissement massif dans l&rsquo;infrastructure culturelle pour construire une nouvelle marque nationale et, par la suite, consolider la position r\u00e9gionale et internationale du Maroc en mati\u00e8re de soft power. Ceci, \u00e0 son tour, a permis au Maroc de poursuivre avec plus de succ\u00e8s ses objectifs de politique \u00e9trang\u00e8re, en premier lieu sa qu\u00eate de souverainet\u00e9 sur le Sahara occidental. La recherche est bas\u00e9e sur l&rsquo;analyse des m\u00e9dias et des donn\u00e9es originales provenant d&rsquo;entretiens semi-structur\u00e9s men\u00e9s entre f\u00e9vrier 2020 et f\u00e9vrier 2021.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, les \u00c9tats du Maghreb ont r\u00e9ussi \u00e0 transformer leur rivalit\u00e9 au sujet de la reconnaissance du couscous en tant que patrimoine immat\u00e9riel en une alliance r\u00e9gionale. Le Maroc utilise la culture dans ses revendications de leadership politique et \u00e9conomique en Afrique. Au niveau local, les associations tentent de promouvoir leurs propres int\u00e9r\u00eats en revendiquant le patrimoine mat\u00e9riel et immat\u00e9riel, en partie sous la forme de paysages, de nature et de biens immobiliers, tout en contestant les r\u00e9cits officiels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong><em>A suivre<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Mohamed Chtatou<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les liens sociaux, \u00e9conomiques, culturels et religieux entre le Maroc et ses voisins subsahariens remontent \u00e0 plusieurs si\u00e8cles. D\u00e8s la fondation du Royaume au VIIe si\u00e8cle, les \u00e9changes commerciaux se sont renforc\u00e9s avec les royaumes existants en Afrique de l&rsquo;Ouest. 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