{"id":2089,"date":"2024-07-01T12:52:06","date_gmt":"2024-07-01T11:52:06","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=2089"},"modified":"2024-07-01T12:52:15","modified_gmt":"2024-07-01T11:52:15","slug":"lafrique-aire-de-predilection-du-soft-power-marocain-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/lafrique-aire-de-predilection-du-soft-power-marocain-5\/","title":{"rendered":"L\u2019Afrique, aire de pr\u00e9dilection du soft power marocain (5)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Croire fermement en l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale<br><\/strong>Le Maroc a toujours appel\u00e9 \u00e0 une plus grande int\u00e9gration r\u00e9gionale politique et \u00e9conomique. En 1989, il a accueilli \u00e0 Marrakech le sommet instituant l&rsquo;Union du Maghreb arabe. Une d\u00e9cennie plus tard, le Maroc a rejoint la Communaut\u00e9 des \u00c9tats sah\u00e9lo-sahariens (CENSAD). En 2016, le Maroc a officiellement demand\u00e9 \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 la CEDEAO et en 2019, il a ratifi\u00e9 l&rsquo;Accord de libre-\u00e9change continental africain.<br>Apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 des infrastructures modernes telles que le plus grand port d&rsquo;Afrique (Tanger Med port), la plus grande centrale solaire du monde (Noor), le premier train \u00e0 grande vitesse sur le continent et dans la r\u00e9gion MENA, le Maroc se concentre d\u00e9sormais sur le d\u00e9veloppement de projets d&rsquo;infrastructure int\u00e9grant la r\u00e9gion.<br>\u00c0 cet \u00e9gard, le Nigeria et le Maroc ont convenu de construire un projet de gazoduc atlantique africain d&rsquo;une valeur de 20 milliards d&rsquo;USD pour transporter le gaz de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest vers l&rsquo;Europe. Le Maroc travaille \u00e9galement avec les pays du G5 Sahel et les aide \u00e0 d\u00e9velopper l&rsquo;\u00e9nergie solaire verte. Le Royaume d\u00e9veloppe la r\u00e9habilitation de la baie de Cocody en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et assiste le Sud Soudan dans la planification urbaine de sa future capitale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une contribution \u00e0 la paix et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 en Afrique<br><\/strong>Maintien de la paix : En tant que pionnier africain des op\u00e9rations de maintien de la paix des Nations unies, les troupes marocaines ont soutenu et continuent de soutenir la stabilit\u00e9 au Za\u00efre, en Somalie, en RDC, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, en R\u00e9publique centrafricaine et au Sud-Soudan. Elles ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier des accords de paix tels que ceux conclus entre la Sierra Leone et le Liberia (Casablanca, 2000), la transition vers un r\u00e9gime civil en Guin\u00e9e apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat de Daddis Camara (Rabat, 2009) et le seul accord politique inter-libyen \u00e0 ce jour (Skhirat, 2015).<br>En tant que membre du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies (2012-2013), le Maroc a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la promotion des int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Afrique. Le Maroc a \u00e9t\u00e9 la t\u00eate de liste pour le Sahel, une r\u00e9gion de premi\u00e8re importance pour le Royaume. Sa d\u00e9claration pr\u00e9sidentielle sur le Sahel a ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la strat\u00e9gie globale et int\u00e9gr\u00e9e des Nations unies pour le Sahel et \u00e0 la d\u00e9signation d&rsquo;un envoy\u00e9 sp\u00e9cial des Nations unies pour la r\u00e9gion. Le Maroc a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident de la configuration de consolidation de la paix des Nations unies pour la R\u00e9publique centrafricaine. Le Maroc est actuellement membre du Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;UA.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En premi\u00e8re ligne des d\u00e9fis urgents de l&rsquo;Afrique<br><\/strong>La migration : Le Maroc a \u00e9t\u00e9 un leader r\u00e9gional en mati\u00e8re de migration, accueillant la premi\u00e8re conf\u00e9rence euro-africaine sur la migration et le d\u00e9veloppement (2006) et le Pacte mondial des Nations unies sur les migrations (2018).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"325\" height=\"245\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?resize=325%2C245&#038;ssl=1\" alt=\"Dr Mohamed Chtatou\" class=\"wp-image-2019\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?w=325&amp;ssl=1 325w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/image.png?resize=300%2C226&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 325px) 100vw, 325px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dr Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>En 2017, le Roi Mohammed VI a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour diriger la question de la migration au sein de l&rsquo;UA. Son rapport a propos\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;un envoy\u00e9 sp\u00e9cial de l&rsquo;UA sur la migration et la mise en place d&rsquo;un Observatoire africain des migrations au Maroc pour suivre ce ph\u00e9nom\u00e8ne et ses causes profondes.<br>Le Maroc est le seul pays de la r\u00e9gion \u00e0 avoir adopt\u00e9 une r\u00e9forme significative en mati\u00e8re de migration et d&rsquo;asile. En 2013, Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI a officiellement annonc\u00e9 un plan visant \u00e0 adopter une \u00ab\u00a0approche humanitaire\u00a0\u00bb de la migration et de l&rsquo;asile. Depuis lors, deux vagues de r\u00e9gularisation des personnes sans papiers ont eu lieu au Maroc, avec 40 000 personnes, principalement des Africains, recevant des permis de s\u00e9jour ainsi que l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des soins de sant\u00e9 gratuits et \u00e0 des \u00e9coles publiques.<br>Lutte contre le terrorisme : Le Maroc est en premi\u00e8re ligne dans la lutte contre le terrorisme et l&rsquo;extr\u00e9misme violent depuis les attaques terroristes de Casablanca en 2003. En tant que copr\u00e9sident du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (GCTF) depuis 2015, le Maroc a fait pression pour qu&rsquo;une plus grande attention soit accord\u00e9e aux besoins des pays africains afin de renforcer leur capacit\u00e9 \u00e0 faire face aux menaces du terrorisme et des mesures concr\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es \u00e0 cet \u00e9gard.<br>En outre, en tant que membre de la coalition internationale contre ISIS, le Maroc a pris l&rsquo;initiative d&rsquo;accueillir \u00e0 Skhirate (2018) une r\u00e9union de la coalition avec un accent sp\u00e9cifique sur le Sahel, le bassin du lac Tchad et la corne de l&rsquo;Afrique. La menace d&rsquo;ISIS et la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher la cr\u00e9ation de nouveaux refuges en Afrique pour les combattants terroristes \u00e9trangers fuyant la Syrie et l&rsquo;Irak ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es en profondeur. Les membres africains n&rsquo;appartenant pas \u00e0 la coalition ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 partager leurs points de vue et leur \u00e9valuation de la situation. Cette discussion a permis de mettre en lumi\u00e8re la dimension africaine de la menace de l&rsquo;ISIS.<br>Lutte contre l&rsquo;extr\u00e9misme violent : Fort de son exp\u00e9rience r\u00e9ussie en mati\u00e8re de d\u00e9radicalisation, le Maroc a soutenu les pays africains dans la lutte contre les id\u00e9ologies radicales et terroristes. L&rsquo;Institut Mohammed VI de Formation des Imams, des Morchidines et des Morchidates a ouvert ses portes en 2012 \u00e0 la formation d&rsquo;imams \u00e9trangers originaires d&rsquo;Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d&rsquo;Europe et d&rsquo;Asie centrale. Le centre de formation promeut la \u00ab\u00a0marque marocaine\u00a0\u00bb de l&rsquo;islam d\u00e9rivant de l&rsquo;\u00e9cole juridique sunnite malikite, de la doctrine ash&rsquo;aari et de l&rsquo;acceptation du mysticisme \u00ab\u00a0soufisme\u00a0\u00bb. Ces trois \u00e9l\u00e9ments favorisent la mod\u00e9ration, l&rsquo;ouverture et le pragmatisme. Apr\u00e8s la formation r\u00e9ussie de plus de 1200 imams maliens, le programme a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu aux citoyens du Burkina Faso, du Tchad, de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, de la France, du Gabon, de la Guin\u00e9e, de la Mauritanie, du Nigeria, du S\u00e9n\u00e9gal, de la Tunisie et des \u00c9mirats arabes unis. Aujourd&rsquo;hui, plus de 1000 ressortissants \u00e9trangers sont form\u00e9s chaque ann\u00e9e.<br>Changement climatique : Le Maroc est actuellement le leader africain en mati\u00e8re d&rsquo;efforts de lutte contre le changement climatique et est class\u00e9 deuxi\u00e8me au niveau mondial dans l&rsquo;indice de performance en mati\u00e8re de changement climatique.<br>En 2016, le Maroc a accueilli le Sommet sur le changement climatique (COP22), un an apr\u00e8s l&rsquo;adoption de l&rsquo;Accord de Paris. Ce sommet s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 faire avancer le programme d&rsquo;action climatique et \u00e0 r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations pressantes des pays en d\u00e9veloppement. Le Maroc a appel\u00e9 les dirigeants mondiaux \u00e0 mettre davantage l&rsquo;accent sur des plans concrets pour les petits agriculteurs africains touch\u00e9s par le changement climatique. Il a \u00e9galement lanc\u00e9 le Centre de comp\u00e9tences sur le changement climatique au Maroc (4C Maroc), qui vise \u00e0 d\u00e9velopper la capacit\u00e9 des pays africains \u00e0 s&rsquo;adapter au changement climatique.<br>En marge de la COP22, le roi Mohammed VI a accueilli le premier Sommet de l&rsquo;action pour l&rsquo;Afrique qui a vu le lancement de projets transnationaux concrets et de trois commissions ax\u00e9es sur la Commission de base du Congo, le Sahel et les \u00c9tats insulaires. Ces commissions ont explor\u00e9 des moyens novateurs pour relever les principaux d\u00e9fis li\u00e9s au climat en Afrique et trouver des financements pour leurs projets.<br>S\u00e9curit\u00e9 alimentaire : En tant que producteur agricole majeur, le Maroc a orient\u00e9 une grande partie de ses investissements en Afrique vers le secteur agricole, aidant les pays africains \u00e0 transformer et moderniser leur agriculture. Le groupe OCP, producteur marocain de phosphates et d\u2019engrais, fournit des cartographies des sols et partage son expertise et ses conseils en mati\u00e8re de bonnes pratiques avec divers pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, du Sahel et d\u2019Afrique de l\u2019Est.<br>En 2018, l\u2019OCP a sign\u00e9 un contrat d\u2019usine d\u2019engrais d\u2019une valeur de 3,7 milliards de dollars en \u00c9thiopie. D&rsquo;autres projets majeurs sont actuellement en cours au Nigeria, au Ghana et au Rwanda pour rapprocher les engrais personnalis\u00e9s des exploitations agricoles africaines et accro\u00eetre la productivit\u00e9 et la qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La diplomatie du football<br><\/strong>Le Maroc esp\u00e8re que ses exploits sans pr\u00e9c\u00e9dent lors de la Coupe du monde de football lui permettront de se faire des amis et d&rsquo;influencer les gens, en particulier au sein d&rsquo;un public arabe oppos\u00e9 \u00e0 son rapprochement avec Isra\u00ebl en 2020. Les gains diplomatiques du Maroc vont bien au-del\u00e0 de la cause palestinienne et du monde arabe. Le royaume avait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser la \u00ab\u00a0diplomatie du football\u00a0\u00bb pour renforcer ses liens avec les pays africains, en signant au moins 30 accords de coop\u00e9ration avec d&rsquo;autres f\u00e9d\u00e9rations.<br>L&rsquo;extraordinaire parcours du Maroc lors de la Coupe du monde a bien s\u00fbr redor\u00e9 l&rsquo;image du pays, qui utilise depuis des ann\u00e9es le soft power pour se faire une place sur la sc\u00e8ne internationale. La s\u00e9rie de victoires du Maroc a attir\u00e9 des supporters enthousiastes de l&rsquo;Afrique du Sud \u00e0 la Tunisie, o\u00f9 les supporters africains et autres ont ignor\u00e9 la querelle diplomatique qui couvait avec Rabat au sujet du territoire contest\u00e9 du Sahara occidental. M\u00eame dans l&rsquo;Alg\u00e9rie rivale, o\u00f9 la question est encore plus br\u00fblante, le public a pris les Lions de l&rsquo;Atlas \u00e0 c\u0153ur, bien que les m\u00e9dias officiels aient gard\u00e9 le silence sur les r\u00e9alisations de l&rsquo;\u00e9quipe.<br>Le succ\u00e8s inattendu de l&rsquo;\u00e9quipe a attir\u00e9 l&rsquo;attention des gens. Le Maroc a ainsi remport\u00e9 une victoire symbolique majeure sur l&rsquo;Alg\u00e9rie, mais aussi une revanche symbolique, sportive et politique sur ses voisins, entre autres, les victoires sur le Portugal et l&rsquo;Espagne, deux pays voisins. Le Maroc r\u00eave depuis des d\u00e9cennies de jouer avec les grandes \u00e9quipes, et maintenant c&rsquo;est devenu une r\u00e9alit\u00e9.<br>Le Maroc esp\u00e8re \u00e9galement convertir sa notori\u00e9t\u00e9 en gains \u00e9conomiques, notamment dans le domaine du tourisme. Ce secteur est l&rsquo;un des principaux employeurs du pays, mais il a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mal par la pand\u00e9mie de Covid-19 et la r\u00e9cession \u00e9conomique mondiale exacerb\u00e9e par la guerre de la Russie en Ukraine. Le royaume n&rsquo;a pas encore retrouv\u00e9 les 13 millions de visiteurs qu&rsquo;il a accueillis en 2019.<br>Les succ\u00e8s de l&rsquo;\u00e9quipe de football a donn\u00e9 une grande visibilit\u00e9, bien que le Maroc \u00e9tait familier pour les Europ\u00e9ens de l&rsquo;Ouest mais pas n\u00e9cessairement parmi les touristes asiatiques ou latino-am\u00e9ricains. Aujourd&rsquo;hui, il est connu dans le monde entier, et il doit travailler dur pour tirer le meilleur parti de cette publicit\u00e9 inattendue.<br>\u2003<br><strong>Le soft power politique<br><\/strong>Depuis l&rsquo;accession au tr\u00f4ne de Mohammed VI en 1999, les relations avec l&rsquo;Afrique subsaharienne sont devenues une priorit\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re, dans laquelle on a tent\u00e9 de r\u00e9\u00e9valuer le r\u00f4le du Maroc en tant que puissance continentale capable de diriger la coop\u00e9ration sud-sud de l&rsquo;Afrique et de servir de pont entre le continent et l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Cette position a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence en 2000 lorsque le monarque a annonc\u00e9, lors du sommet UE-Afrique, qu&rsquo;il annulerait la dette ext\u00e9rieure des pays africains les moins d\u00e9velopp\u00e9s.<br>L&rsquo;id\u00e9e que son absence des organes de d\u00e9cision de l&rsquo;UA affaiblissait la position du Maroc, tant au niveau r\u00e9gional qu&rsquo;international, a \u00e9t\u00e9 le principal argument pour justifier une d\u00e9cision pragmatique qui impliquait le franchissement de certaines lignes rouges. L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;UA signifiait briser le tabou de la cohabitation avec la RASD, dans des conditions d&rsquo;\u00e9galit\u00e9.<br>Le projet de retour \u00e0 l&rsquo;UA a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 par Mohammed VI en juillet 2016 dans une lettre adress\u00e9e au 27e Sommet tenu au Rwanda, dans laquelle il justifie sa d\u00e9cision en d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0quand un corps est malade, il est mieux soign\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur que de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Bien que le message du monarque n&rsquo;ait pas pos\u00e9 la suspension de la RASD comme condition au retour de son pays, la diplomatie marocaine a sugg\u00e9r\u00e9 aux 28 \u00c9tats membres de d\u00e9poser, lors du sommet, une motion visant \u00e0 geler la pr\u00e9sence de la R\u00e9publique sahraouie au sein de l&rsquo;organisation panafricaine.<br>La demande formelle d&rsquo;adh\u00e9sion a \u00e9t\u00e9 faite en septembre, bien que l&rsquo;objectif de r\u00e9cup\u00e9rer \u00ab\u00a0la place naturelle du Maroc dans le continent africain\u00a0\u00bb n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 atteint que quatre mois plus tard, lors de l&rsquo;organisation du 28e sommet de l&rsquo;UA qui s&rsquo;est tenu \u00e0 Addis-Abeba en janvier 2017, lorsque l&rsquo;organisation panafricaine a approuv\u00e9 l&rsquo;entr\u00e9e du Maroc avec le soutien de 39 de ses 54 membres.<br>Le retour du Maroc au sein de l&rsquo;UA a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par une diplomatie fr\u00e9n\u00e9tique et intense qui a vu Mohammed VI se rendre dans un certain nombre de capitales africaines au cours du dernier trimestre 2016 et du premier trimestre 2017. Il convient de noter que cette tourn\u00e9e sur le continent a co\u00efncid\u00e9 avec la paralysie politique du pays durant les cinq mois qui ont suivi les \u00e9lections l\u00e9gislatives d&rsquo;octobre 2016. En effet, la difficult\u00e9 \u00e0 former un nouveau gouvernement de coalition a conduit \u00e0 une impasse interrompue seulement pour que le Parlement s&rsquo;ouvre le 16 janvier 2017, face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de ratifier la loi relative \u00e0 l&rsquo;acte constitutif de l&rsquo;UA.<br>En rupture avec le pass\u00e9, la tourn\u00e9e de Mohammed VI et de son entourage a inclus des pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est qui reconnaissent la RASD, comme le Rwanda, la Tanzanie, l&rsquo;\u00c9thiopie, le Ghana, le Nigeria et le Sud-Soudan. Dans cette logique, l&rsquo;ouverture de cinq nouvelles ambassades sur le continent (Rwanda, Tanzanie, Mozambique, Maurice et B\u00e9nin) et l&rsquo;accueil par le royaume alaouite de dirigeants africains peu habitu\u00e9s \u00e0 se rendre dans les pays maghr\u00e9bins, comme Paul Kagam\u00e9, ainsi que son rapprochement avec Kigali, sont autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui s&rsquo;inscrivent dans cette logique. Outre les outils diplomatiques classiques, l&rsquo;approche de Rabat dans cette r\u00e9gion, hors de sa zone de confort traditionnelle, s&rsquo;est articul\u00e9e autour de deux axes principaux : la coop\u00e9ration \u00e9conomique et la diplomatie religieuse et culturelle.<br>En effet, la tourn\u00e9e de Mohammed VI a d\u00e9bouch\u00e9 sur de nombreux accords de coop\u00e9ration, des promesses et une augmentation des investissements, ainsi que sur le lancement de plusieurs projets conjoints, tels que le gazoduc entre le Maroc et le Nigeria ou la construction d&rsquo;une m\u00e9ga-usine d&rsquo;engrais en \u00c9thiopie. Outre les hydrocarbures et l&rsquo;agriculture, les secteurs des t\u00e9l\u00e9communications, de la finance et de l&rsquo;assurance font \u00e9galement partie des int\u00e9r\u00eats du Maroc dans la r\u00e9gion.<br>Pour accompagner le d\u00e9veloppement de ces projets, et comme nouvel outil au service de la diplomatie \u00e9conomique envers le continent africain, le Maroc a cr\u00e9\u00e9 en novembre 2016 le fonds d&rsquo;investissement souverain Ithmar Capital. Cette initiative s&rsquo;ajoute aux actions de la Fondation Mohammed VI pour le d\u00e9veloppement durable, cr\u00e9\u00e9e en 2008 et charg\u00e9e de canaliser l&rsquo;assistance et la coop\u00e9ration avec les pays africains dans les domaines de la sant\u00e9, de l&rsquo;\u00e9ducation et du d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique.<br>La logique des actions \u00e9trang\u00e8res repose sur la coop\u00e9ration sud-sud et sur la promotion du d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion. \u00c0 cet \u00e9gard, pour construire un tissu coop\u00e9ratif et relationnel plus large, ce ne sont pas seulement les institutions publiques qui doivent \u00eatre activ\u00e9es, mais \u00e9galement les entreprises priv\u00e9es. Ainsi, men\u00e9s par la pr\u00e9sidente de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des entreprises marocaines (CGEM), Miriem Bensalah Chaqroun, du temps, plusieurs hommes d&rsquo;affaires marocains ayant des int\u00e9r\u00eats sur le continent ont suivi le sillage du parti royal. Cette offensive \u00e9conomique a contribu\u00e9 \u00e0 faire du Maroc le deuxi\u00e8me investisseur africain sur le continent derri\u00e8re l&rsquo;Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le leadership religieux du Maroc en Afrique<br><\/strong>Islam mod\u00e9r\u00e9 (wasatiyyah) : En janvier 2016, environ 300 chefs religieux, th\u00e9ologiens et universitaires se sont r\u00e9unis pour une conf\u00e9rence de deux jours \u00e0 Marrakech afin de discuter de la mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 la mont\u00e9e de la violence religieuse dans le monde arabe et musulman. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a abouti \u00e0 la publication de la D\u00e9claration de Marrakech, qui appelle \u00e0 la \u00ab\u00a0protection des droits et libert\u00e9s de tous les groupes religieux\u00a0\u00bb et au \u00ab\u00a0traitement \u00e9quitable des minorit\u00e9s religieuses dans les pays musulmans\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9claration s&rsquo;inscrit dans le cadre de la revendication du Maroc en tant que leader religieux, le roi Mohammed VI cherchant \u00e0 d\u00e9fendre un islam mod\u00e9r\u00e9 pouvant servir de mod\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale.<br>L&rsquo;islam marocain m\u00eale les traditions du sunnisme, du malikisme &#8211; une \u00e9cole islamique qui tient compte des contextes historiques et culturels &#8211; et du soufisme, largement apolitique. En tant que \u00ab\u00a0Commandeur des Croyants\u00a0\u00bb am\u00eer al-mou\u2019min\u00eene, le roi Mohammed VI a soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que sa t\u00e2che consistait \u00e0 prot\u00e9ger le Maroc et d&rsquo;autres pays de l&rsquo;extr\u00e9misme religieux. \u00c0 cette fin, le Maroc est devenu un partenaire cl\u00e9 dans les efforts r\u00e9gionaux de lutte contre le terrorisme men\u00e9s par les \u00c9tats-Unis et les pays europ\u00e9ens. Au-del\u00e0 du renforcement des liens diplomatiques du Maroc avec l&rsquo;Occident, les autorit\u00e9s ont \u00e9galement utilis\u00e9 la religion comme un instrument de soft power pour \u00e9tendre leur influence \u00e9conomique et sociale en Afrique du Nord et de l&rsquo;Ouest.<br>La connexion soufie : Dans une grande partie du Maghreb et de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, l&rsquo;islam s&rsquo;exprime \u00e0 travers le soufisme, une forme mystique de religion qui a la r\u00e9putation d&rsquo;encourager le dialogue, la tol\u00e9rance et la paix. La nomination en 2002 d&rsquo;Ahmed Toufiq, adepte de l&rsquo;ordre soufi Boutchichiyya, au poste de ministre des affaires islamiques, repr\u00e9sente une tentative des autorit\u00e9s marocaines d&rsquo;intensifier la diplomatie soufie dans la r\u00e9gion. La confr\u00e9rie Tijaniyyah, qui compte des millions de membres en Afrique de l&rsquo;Ouest, est un pilier central de la politique \u00e9trang\u00e8re du royaume \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de cette r\u00e9gion.<br>En ce qui concerne l\u2019usage de la diplomatie de la foi par le Maroc, Ahmed Hamzaoui \u00e9crit :<br>\u2018\u2019 Le cas du Maroc en ce qui concerne la gestion des questions religieuses internes dans certains pays africains peut avoir des effets consid\u00e9rables sur la r\u00e9alisation des objectifs de politique \u00e9trang\u00e8re. Contrairement \u00e0 d&rsquo;autres cas de sph\u00e8re religieuse \u00e9trang\u00e8re, le cas marocain a attir\u00e9 l&rsquo;attention des universitaires et des chercheurs car il a permis de faire progresser la stabilit\u00e9 \u00e9conomique et g\u00e9opolitique du Maroc et de traiter la question du bloc occidental du Sahara marocain afin de trouver une solution \u00e0 ce probl\u00e8me de longue date.\u2019\u2019<br>La diplomatie religieuse a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le de plus en plus important dans les visites d&rsquo;\u00c9tat r\u00e9guli\u00e8res du roi Mohammed VI en Afrique de l&rsquo;Ouest et en Afrique centrale. Bien que ces visites soient g\u00e9n\u00e9ralement ax\u00e9es sur la signature d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;accords politiques et \u00e9conomiques, le roi a \u00e9galement rencontr\u00e9 des repr\u00e9sentants soufis qui exercent une grande influence sur les questions politiques et sociales dans ces pays. Lors d&rsquo;une tourn\u00e9e en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, au Gabon, en Guin\u00e9e et au Mali en 2014, le roi a sign\u00e9 des accords permettant \u00e0 des centaines d&rsquo;imams de ces pays de recevoir une formation religieuse au Maroc. Les liens politiques et religieux du royaume avec l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest ont r\u00e9cemment permis aux responsables marocains de renforcer leurs relations avec les membres de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO) &#8211; une \u00e9volution qui a encore exacerb\u00e9 les tensions avec l&rsquo;Alg\u00e9rie, les deux pays s&rsquo;effor\u00e7ant d&rsquo;affirmer leur influence r\u00e9gionale.<br>L&rsquo;identit\u00e9 africaine du Maroc se refl\u00e8te \u00e9galement dans ses efforts diplomatiques, \u00e0 travers son leadership aupr\u00e8s des pays francophones, son statut d&rsquo;observateur aupr\u00e8s de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO), son r\u00f4le au sein du Forum mondial de lutte contre le terrorisme et du Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme, et ses vastes programmes culturels, sociaux et diplomatiques. En 2011, le Maroc a inscrit ces liens \u00e9troits dans sa nouvelle constitution, qui stipule que l&rsquo;unit\u00e9 du Maroc<br>\u00a0\u00bb \u00c9tat musulman souverain, attach\u00e9 \u00e0 son unit\u00e9 nationale et \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale, le Royaume du Maroc entend pr\u00e9server, dans sa pl\u00e9nitude et sa diversit\u00e9, son identit\u00e9 nationale une et indivisible. Son unit\u00e9, forg\u00e9e par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s&rsquo;est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, h\u00e9bra\u00efque et m\u00e9diterran\u00e9en.\u00a0\u00bb<br>Plusieurs des objectifs \u00e9nonc\u00e9s dans le pr\u00e9ambule de la nouvelle constitution soulignent sp\u00e9cifiquement les liens du Maroc avec l&rsquo;Afrique, en insistant sur ses engagements envers l&rsquo;Union du Maghreb arabe, la solidarit\u00e9 islamique, la coop\u00e9ration sud-sud et la solidarit\u00e9 avec l&rsquo;Afrique subsaharienne. L&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Union africaine est donc l&rsquo;aboutissement naturel de l&rsquo;identit\u00e9 historique du Maroc aux yeux du roi et du pays.<br>Le retour du Maroc dans le giron africain a pour cons\u00e9quence le partage de l\u2019exp\u00e9rience marocaine dans la gestion du dossier religieux. Dans ce sens Yousra Abourabi \u00e9crit dans Le Point :<br>\u2018\u2019Sur le plan religieux, le Maroc a entrepris la diffusion de son mod\u00e8le d&rsquo;encadrement de l&rsquo;enseignement et des pratiques religieuses, pr\u00e9sent\u00e9 comme un levier contre l&rsquo;extr\u00e9misme, dans le cadre d&rsquo;une \u00ab diplomatie de s\u00e9curit\u00e9 religieuse \u00bb. Celle-ci s&rsquo;est illustr\u00e9e par la formation d&rsquo;imams de diff\u00e9rents pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, parall\u00e8lement \u00e0 la formation militaire dans ces m\u00eames pays, ainsi que par l&rsquo;institutionnalisation du soufisme et des r\u00e9seaux confr\u00e9riques r\u00e9gionaux, entre autres choses.<br>Gr\u00e2ce \u00e0 la Fondation Mohammed VI des Oul\u00e9ma Africains, institution religieuse musulmane, le Maroc permet aux diff\u00e9rents pays d&rsquo;Afrique de former \u00e0 l&rsquo;encadrement scientifique et religieux des imams dans le dessein d\u2019emp\u00eacher la radicalisation et de combattre l&rsquo;id\u00e9ologie salafiste et djihadiste.<br>L&rsquo;implication du Maroc dans ce domaine n&rsquo;a pu \u00eatre possible que parce que le roi poss\u00e8de aussi le titre de \u00ab commandeur des croyants \u00bb, au nom duquel on lui reconna\u00eet un leadership africain dans le champ religieux. La particularit\u00e9 de cette diplomatie de s\u00e9curit\u00e9 religieuse r\u00e9side dans sa dimension sp\u00e9cifiquement africaine, puisqu&rsquo;elle a accompagn\u00e9 l&rsquo;affirmation du royaume en tant que pays africain, au-del\u00e0 de son caract\u00e8re arabo-amazighe.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dr Mohamed Chtatou<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Croire fermement en l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionaleLe Maroc a toujours appel\u00e9 \u00e0 une plus grande int\u00e9gration r\u00e9gionale politique et \u00e9conomique. En 1989, il a accueilli \u00e0 Marrakech le sommet instituant l&rsquo;Union du Maghreb arabe. Une d\u00e9cennie plus tard, le Maroc a rejoint la Communaut\u00e9 des \u00c9tats sah\u00e9lo-sahariens (CENSAD). 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