{"id":3691,"date":"2025-03-06T10:33:38","date_gmt":"2025-03-06T09:33:38","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=3691"},"modified":"2025-03-06T10:33:43","modified_gmt":"2025-03-06T09:33:43","slug":"muhammad-hamidullah-un-erudit-au-service-de-lislam-et-de-la-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/muhammad-hamidullah-un-erudit-au-service-de-lislam-et-de-la-france\/","title":{"rendered":"Muhammad Hamidullah : Un \u00e9rudit au service de l\u2019islam et de la France"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le mois pass\u00e9, un hommage a \u00e9t\u00e9 rendu \u00e0 une des figures c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;islam en France: Muhammad Hamidullah.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Muhammad Hamidullah (1908-2002) \u00e9tait un \u00e9rudit musulman et un chercheur respect\u00e9 qui a marqu\u00e9 l&rsquo;islam en France. Originaire d\u2019Hyderabad, en Inde, il appartenait \u00e0 une lign\u00e9e prestigieuse de juristes et de savants islamiques. Son parcours acad\u00e9mique l\u2019a men\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier le droit \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Osmania, puis \u00e0 poursuivre des doctorats \u00e0 Berlin et \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son exil forc\u00e9 commence en 1948 lorsque l\u2019Inde annexe Hyderabad alors qu\u2019il se trouve \u00e0 Paris pour d\u00e9fendre la cause de sa ville natale \u00e0 l\u2019ONU. Il devient apatride et int\u00e8gre le CNRS gr\u00e2ce au soutien d\u2019orientalistes influents comme Louis Massignon. En France, il se consacre \u00e0 la recherche et \u00e0 l\u2019enseignement, devenant une r\u00e9f\u00e9rence pour les \u00e9tudiants et intellectuels musulmans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ses contributions majeures, il traduit le Coran en fran\u00e7ais et \u00e9crit une biographie du Proph\u00e8te Mahomet, \u0153uvres qui restent des r\u00e9f\u00e9rences. Il joue aussi un r\u00f4le cl\u00e9 dans la structuration de l\u2019islam \u00e9tudiant en France, notamment avec la cr\u00e9ation de l\u2019Association des \u00e9tudiants islamiques en France (AEIF). Son h\u00e9ritage est \u00e0 la fois scientifique et humain, ayant form\u00e9 de nombreux esprits \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019islam en Occident.<br><strong>Les \u00ab Nouveaux venus \u00bb (Ahl Nawa&rsquo;it)<br><\/strong>Il n&rsquo;y a pas de \u00ab nom de famille \u00bb dans la culture indienne du professeur. Ils constituent une petite minorit\u00e9 qu&rsquo;on d\u00e9signe par les \u00ab Nouveaux venus \u00bb (Ahl Nawa&rsquo;it) ; des Hach\u00e9mites, de la tribu du Proph\u00e8te de l&rsquo;islam. Ils arrivent en Inde au 14e si\u00e8cle et y trouvent leur place. Le plus connu et, peut-\u00eatre le plus c\u00e9l\u00e8bre, est Makhdum Ali Mahimi (1372-1431), premier ex\u00e9g\u00e8te du Coran en Inde.<br>Son mausol\u00e9e figure dans les bons guides touristiques de l&rsquo;\u00eele de Mahim. Il est un lieu de pri\u00e8res et de recueillement annuel pour des millions de fid\u00e8les. Musulmans et hindous s&rsquo;y rendent en ziyara pendant dix jours \u00e0 cette occasion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces Arabes, originaires de La Mecque, s&rsquo;installent en Inde avec le projet explicite de porter l&rsquo;islam. La famille de Hamidullah est du clan des Qazi ; les sp\u00e9cialistes du droit islamique. Ils \u00e9tudient la loi coranique et le hadith (charia) et peuvent l&rsquo;interpr\u00e9ter par la r\u00e9flexion (ijtihad), par le raisonnement analogique (qiyas) pour parvenir \u00e0 un consensus de savants (ijma) afin d&rsquo;\u00e9mettre des avis juridiques (fatwa). Une tradition veut que les membres du clan occupent des fonctions juridiques \u00e0 diff\u00e9rents niveaux de l&rsquo;administration d\u2019\u00c9tat. Ils n&rsquo;oublient jamais leur projet de dawah.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hamidullah n&rsquo;\u00e9tait ni mufti ni jurisconsulte musulman dans l&rsquo;administration fran\u00e7aise ; il en avait cependant la science et le profil. On pouvait s&rsquo;y tromper surtout qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion, il endossait bien ce r\u00f4le pour d\u00e9panner des musulmans, des hommes d&rsquo;affaires de passage \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;islam est confidentiel \u00e0 Paris. Son d\u00e9vouement au service de l&rsquo;islam qui nous surprend \u00e0 Paris est la norme dans la famille, encore aujourd&rsquo;hui, \u00e0 Hyderabad. La dawah comme identit\u00e9 familiale. Son p\u00e8re, sa m\u00e8re comme ses fr\u00e8res et s\u0153urs sont tous impliqu\u00e9s dans des travaux de recherches ou des activit\u00e9s de service autour l&rsquo;islam avec une orientation vers le droit, la publication, l&rsquo;enseignement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous le colon anglais, le grand-p\u00e8re de Hamidullah, Qazi Badruddaula, est nomm\u00e9 Qazi al-Quzah (juge supr\u00eame), le grade le plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;administration judiciaire. Il officie dans la r\u00e9gion du sud, \u00e0 Chennai, anciennement Madras. En 1851, il pr\u00e9side le conseil d&rsquo;administration de la prestigieuse Madrash-e Azam, institution de r\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;enseignement islamique. Mais il va d\u00e9missionner de son poste pour protester contre l&rsquo;introduction de la langue anglaise dans l&rsquo;\u00e9ducation nationale. L&rsquo;affaire fait grand bruit. Elle laisse un esprit de r\u00e9sistance en h\u00e9ritage dans la famille. Son geste a le soutien de ses disciples. Car le cheikh Badruddaula est un savant dont les disciples sont nombreux et dont les \u00e9crits font r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 sa mort en 1863, il fut enterr\u00e9 \u00e0 la mosqu\u00e9e Wallajahi de Madras ; un honneur rare r\u00e9serv\u00e9 aux plus grands des ma\u00eetres. Avec ses publications en arabe, en persan et en ourdou, il confie son combat culturel \u00e0 ses enfants dont le p\u00e8re de professeur Hamidullah. C&rsquo;est pourquoi celui-ci ira \u00e0 la Jamia Nizamia, autre bastion de r\u00e9sistance culturelle qui bannit la langue du colon de ses programmes. Aujourd&rsquo;hui, la Jamia Nizamia a \u00e9volu\u00e9, mais elle garde son \u00e2me. Elle garde son profil l\u00e9gendaire de d\u00e9fenseur des valeurs de sa tradition indienne de l&rsquo;islam.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Jamia Nizamia doit son \u00e2me \u00e0 son fondateur, le cheikh Anwarulla Khan dont le nom complet est tr\u00e8s indien : Muhammad Anwarullah Khan Bahadur Farooqui. Un grand ma\u00eetre de la Chishtiya, la confr\u00e9rie soufie n\u00e9e au Xe si\u00e8cle et qu&rsquo;on identifie, un peu trop souvent, \u00e0 la qawwali, le chant religieux o\u00f9 les disciples tirent l&rsquo;inspiration. Parmi les confr\u00e9ries soufies, la Chishtiya se caract\u00e9rise plut\u00f4t par une culture affirm\u00e9e d&rsquo;ouverture d\u2019esprit, un d\u00e9tachement assum\u00e9 des biens mat\u00e9riels et des cercles de pouvoir ainsi qu&rsquo;un d\u00e9dain certain des apparats sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parler d&rsquo;esprit monastique n&rsquo;est pas du tout excessif. Pourtant, malgr\u00e9 ce penchant asc\u00e9tique, le miracle de la Jamia Nizamia arrive par son fondateur, cheikh Anwarullah Khan. Par une cha\u00eene de co\u00efncidences, il aura le privil\u00e8ge d&rsquo;assurer l&rsquo;\u00e9ducation spirituelle de trois g\u00e9n\u00e9rations de nizam, les souverains d&rsquo;Hyderabad. En d&rsquo;autres termes, il sera le guide spirituel de trois nizam successifs. Une b\u00e9n\u00e9diction dont profite la Jamia Nizami quand on sait que le Nizam Osman Ali Khan, l&rsquo;avant dernier Nizam, fut class\u00e9, en son temps, \u00ab homme le plus riche du monde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La surprise est g\u00e9n\u00e9rale, dans la famille, quand Muhammad Hamidullah appara\u00eet dans le journal, \u00e0 la t\u00eate du concours d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de l&rsquo;Osmania. Un sentiment partag\u00e9 par les enseignants de Hamidullah qui ne pr\u00e9parent pas leurs \u00e9l\u00e8ves \u00e0 ce concours prestigieux. Mais, surtout, le concours d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Osmania comporte un test d&rsquo;anglais redout\u00e9 de tous parce qu&rsquo;il est \u00e9liminatoire et r\u00e9put\u00e9 difficile. Hamidullah franchit seul ces handicaps en cachette de sa famille. Dernier n\u00e9 d&rsquo;une famille de sept enfants, sa trahison est une couleuvre publique que la famille doit avaler. Il est encore jeune, mais Hamidullah fait d\u00e9j\u00e0 du hors-piste ; un fils de mufti, un petit fils du Qazi Badruddaula, il est incontestablement dou\u00e9 mais il choisit de \u00ab gaspiller \u00bb ses talents \u00e0 l&rsquo;Osmania en \u00e9tudiant des sciences profanes et des langues \u00e9trang\u00e8res !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En v\u00e9rit\u00e9, les voies de Dieu sont insondables. C&rsquo;est Dieu qui confie Mo\u00efse aux flots du Nil pour le porter au palais au moment o\u00f9 le Pharaon redoute Mo\u00efse. C&rsquo;est Dieu qui sauve Joseph des fonds du puits pour l&rsquo;envoyer en prison avant de l&rsquo;\u00e9lever en vizir, le plus haut poste de l\u2019\u00c9tat apr\u00e8s Pharaon. C&rsquo;est aussi Dieu qui choisit un orphelin des Banu Hachem pour lui r\u00e9v\u00e9ler le Coran, Son dernier message \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9. Hamidullah \u00ab trahit \u00bb les siens en entrant \u00e0 l&rsquo;Osmania, mais Hamidullah brillera \u00e0 l&rsquo;Osmania dans ses \u00e9tudes de droit. On se souvient de lui comme \u00ab le laur\u00e9at ind\u00e9tr\u00f4nable \u00bb du prestigieux concours de plaidoirie de la facult\u00e9 de droit. Quand il finit ses cycles, il commence des recherches en droit international compar\u00e9 : droit occidental et droit islamique. Il b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une bourse qui lui permet de faire un doctorat \u00e0 Berlin et un autre \u00e0 Paris. Puis il rentre \u00e0 Hyderabad. Il enseigne une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Osmania. \u00c7a aurait pu en rester l\u00e0, mais Dieu avait Ses plans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un apatride devenu un chercheur respect\u00e9 au CNRS<br><\/strong>La fin de la colonisation britannique ouvre une \u00e8re de confusion en ao\u00fbt 1947. La partition finit par s&rsquo;imposer entre l&rsquo;Inde et le Pakistan, mais le conflit entre l&rsquo;Inde et Hyderabad va tra\u00eener. Puis, du 13 au 18 septembre 1948, quand les troupes indiennes m\u00e8nent \u00ab l&rsquo;op\u00e9ration Polo \u00bb pour annexer Hyderabad, Hamidullah se trouve \u00e0 Paris pour d\u00e9fendre Hyderabad devant le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ONU. Sa mission fut un \u00e9chec qui marque un tournant dans sa vie. Pour le reste de ses jours, il ne foulera plus les rives du Musi. Il s&rsquo;installe en bord de Seine. Il engage sa lutte pour la lib\u00e9ration d&rsquo;Hyderabad. Il milite en politique jusqu&rsquo;\u00e0 son entr\u00e9e au CNRS en 1952. Comme il ne l\u00e2che pas l&rsquo;affaire, il revendique sa nationalit\u00e9 d&rsquo;Hyderabad. Il devient citoyen d&rsquo;un pays qui n&rsquo;a plus d&rsquo;existence administrative. Il devient apatride ; un ex-d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Nizam dans les rues de Paris, sans famille, sans travail. Il est pris en main par les cercles orientalistes o\u00f9 il compte des amis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis Massignon et Gaudefroy-Demombynes, deux c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de l&rsquo;orientalisme fran\u00e7ais, sont ravis d&rsquo;avoir Hamidullah. Ils se battent comme des fauves pour lui ouvrir le portail du CNRS. Gaudefroy-Demombynes avait dirig\u00e9 la th\u00e8se parisienne de Hamidullah. Mais il vit loin de Paris en raison de son \u00e2ge et de sa sant\u00e9. Louis Massignon, 24 ans de plus que Hamidullah, est tr\u00e8s \u00e9cout\u00e9, mais il reste un universitaire mystique, sp\u00e9cialiste de la mystique. \u00ab Le plus musulman des catholiques \u00bb pour les uns et \u00ab le plus catholique des musulmans \u00bb pour d\u2019autres. Il \u00e9tait du jury de th\u00e8se de Hamidullah et leur complicit\u00e9 est sans faille. Massignon p\u00e8se de tout son poids aupr\u00e8s de la direction du CNRS pour trouver, fusse-t-il un strapontin \u00e0 ce savant musulman, \u00ab un prot\u00e9g\u00e9 de la Couronne britannique pour qui Paris, bien plus que Londres, est sa seconde patrie \u00bb, \u00e9crit-il. Son regard sur Hamidullah, au sein du CNRS, est sans complexe. Hamidullah est \u00ab un initiateur, et un guide, pour nous, chercheurs orientalistes non musulmans \u00bb, \u00e9crit-il, le 2 juin 1952, \u00e0 sa direction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 force de pressions et d&rsquo;insistance, les barri\u00e8res se l\u00e8vent pour donner naissance \u00e0 l&rsquo;orientaliste Muhammad Hamidullah, un orientaliste musulman ! \u00c0 vol d&rsquo;oiseau, \u00e7a se passe \u00e0 7 500 km d&rsquo;Hyderabad o\u00f9 tout a commenc\u00e9. Ce qui sera une aubaine pour l&rsquo;islam de France est un naufrage pour la famille du professeur \u00e0 Hyderabad. Mais \u00e7a fait d\u00e9j\u00e0 un moment que sa famille le conna\u00eet. Chacun a compris que ce petit-fils de Qazi Badruddaula, ne fait rien comme tout le monde !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Source: Saphirnew et autres sites web<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mois pass\u00e9, un hommage a \u00e9t\u00e9 rendu \u00e0 une des figures c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;islam en France: Muhammad Hamidullah. Muhammad Hamidullah (1908-2002) \u00e9tait un \u00e9rudit musulman et un chercheur respect\u00e9 qui a marqu\u00e9 l&rsquo;islam en France. Originaire d\u2019Hyderabad, en Inde, il appartenait \u00e0 une lign\u00e9e prestigieuse de juristes et de savants islamiques. 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