{"id":3825,"date":"2025-03-26T22:32:07","date_gmt":"2025-03-26T21:32:07","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=3825"},"modified":"2025-03-26T22:40:29","modified_gmt":"2025-03-26T21:40:29","slug":"mecheria-ville-marocaine-de-naissance-du-president-tebboune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/mecheria-ville-marocaine-de-naissance-du-president-tebboune\/","title":{"rendered":"Mech\u00e9ria, ville marocaine de naissance du pr\u00e9sident Tebboune"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:348px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>L\u2019histoire de Mech\u00e9ria illustre les tensions entre m\u00e9moire, territoire et pouvoir. Ville marocaine annex\u00e9e par la France en 1845, elle est le lieu de naissance du pr\u00e9sident Abdelmadjid Tebboune. Elle fut surtout un centre n\u00e9vralgique de la Tijaniyya, une confr\u00e9rie n\u00e9e au Maroc et qui a rayonn\u00e9 en Afrique. Aujourd\u2019hui, l\u2019Alg\u00e9rie tente d\u2019effacer cette filiation et de redessiner l\u2019histoire \u00e0 son avantage. Et Tebboune a perdu la m\u00e9moire\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant sa candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence, tout le monde se rappelle de la visite d\u2019Abdelmadjid Tebboune, en compagnie de l\u2019ex-pr\u00e9sident Bouteflika, \u00e0 un dignitaire soufi tijani dans le sud alg\u00e9rien. Tebboune se faisait presque pousser par Abdelaziz Bouteflika pour ramper et demander la baraka au cheikh. Bouteflika, ce jour-l\u00e0, est devenu \u00abl\u2019historiographe\u00bb du dimanche de la Tijaniyya et, au lieu de parler des origines marocaines de l\u2019\u00e9cole spirituelle, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 lui accorder une version fantaisiste, liant ses racines \u00e0 la zaou\u00efa de Temacine, situ\u00e9e dans le Souf, non loin de la fronti\u00e8re avec la Tunisie.<\/p>\n\n\n\n<p>Une lettre fut adress\u00e9e par Bouteflika aux congressistes, comme ce fut le cas lors de la tenue d\u2019un second colloque sur la Tijaniyya \u00e0 El Oued en 2008, proclamant que le soufisme devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00abbateau de sauvetage pour l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb. Un vibrant hommage fut rendu, dans cette lettre, au fondateur et aux cheikhs de la Tijaniyya. La lettre rappelait surtout que la naissance du mouvement soufi avait eu lieu \u00e0 Guemmar, dans la r\u00e9gion de Touggourt, ce qui justifiait l\u2019affirmation de l\u2019alg\u00e9rianit\u00e9 de la confr\u00e9rie selon l\u2019historiographe Bouteflika et son successeur \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Tebboune, il n\u2019a cess\u00e9 de marteler ses liens avec la Tijaniyya, mais pas avec l\u2019histoire marocaine de sa ville natale, Mech\u00e9ria, et de sa confr\u00e9rie. \u00c0 la suite des \u00e9v\u00e9nements sanglants qui ont secou\u00e9 le pays entre 1991 et 2001, l\u2019Alg\u00e9rie adopta une politique pro-confr\u00e9rique et surtout pro-Tijaniyya. Cette confr\u00e9rie, dont on a br\u00fbl\u00e9 les zaou\u00efas et assassin\u00e9 les sympathisants entre 1954 et 1963, est devenue subitement le chouchou de la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne. Mais ce n\u2019est, encore une fois, qu\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration de la politique musulmane fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une histoire marocaine qui remonte au 17\u00e8me si\u00e8cle<br><\/strong>L\u2019histoire du ksar de Mech\u00e9ria, tout comme son \u00e9conomie, est li\u00e9e aux caravanes du p\u00e8lerinage. Les ksour d\u2019Ab\u00fb Semghoun et de Chellala constituent une continuit\u00e9 avec la ville de Figuig ainsi qu\u2019avec celles d\u2019A\u00efn-Madhi et de Laghouat.<br>Selon Jean-Louis Mi\u00e8ge, l\u2019\u00e9conomie du ksar a \u00e9t\u00e9 fortement touch\u00e9e par la crise caravani\u00e8re: les habitants ne vivaient plus que de l\u2019artisanat, du commerce local et surtout de l\u2019\u00e9levage et de la culture des palmiers. Pourtant, le ksar \u00e9tait n\u00e9 de sa fonction de relais pour les caravanes, jouant de sa situation g\u00e9ographique sur le plus important axe caravanier reliant les pays du Maghreb, d\u2019Afrique et de l\u2019Orient. Ce fut un lieu favorable au passage des hommes, des marchandises et des id\u00e9es (in \u00abLe commerce transsaharien\u00bb, pp. 93-111, ROMM, n\u00b0 32, 1981-1982).<br>Au 18\u00e8me si\u00e8cle, la r\u00e9gion de Mech\u00e9ria fut secou\u00e9e par les tensions entre les Turcs et les sympathisants d\u2019Ahmed al-Tijani. Ce dernier \u00e9tait plac\u00e9 sous la protection du sultan Moulay Slimane (1792-1822). Il parvint \u00e0 fuir le Sahara \u2013 c\u2019est ainsi que les sources alg\u00e9riennes et marocaines nommaient ces r\u00e9gions \u2013 pour regagner la ville de F\u00e8s. Il ne revint qu\u2019une seule fois \u00e0 A\u00efn-Madhi pour fonder la deuxi\u00e8me zaou\u00efa, apr\u00e8s celle de F\u00e8s, cr\u00e9\u00e9e en 1800-1801.<br>Les villes ou ksour de Mech\u00e9ria, al-Ghasoul, Ab\u00fb Semghoun et A\u00efn-Madhi connurent la paix gr\u00e2ce aux r\u00f4les d\u2019arbitrage jou\u00e9s par les saints marocains ou originaires du Maroc, tels qu\u2019Ahmed Ben Nacer de la confr\u00e9rie Naciriyya et Ahmed al-Tijan\u00ee, dont la famille avait \u00e9migr\u00e9 de la S\u00e2qiyya al-Hamr\u00e2 vers la r\u00e9gion de Safi, puis vers A\u00efn-Madh\u00ee. L\u2019histoire de Mech\u00e9ria, A\u00efn-Madh\u00ee et de tous les ksour environnants est li\u00e9e \u00e0 un personnage, souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un saint, dont la tradition situe l\u2019origine soit au Maroc, soit dans la S\u00e2qiyya al-Hamr\u00e2 (r\u00e9put\u00e9e comme terre des saints).<br>Par ailleurs, l\u2019auteur de la \u00abTuhfa\u00bb rapporte une lettre de l\u2019\u00e9mir Abdelkader adress\u00e9e \u00e0 ses lieutenants, dans laquelle il parle du rattachement d\u2019Ahmad al-Tijani aux Tejines et pr\u00e9cise que le fondateur de la Tijaniyya est venu du Maroc pour s\u2019installer \u00e0 A\u00efn-Madhi (in Al-Jazairi, M.A., \u00abTuhfat al-z\u00e2\u2019ir fi ma\u2019\u00e2tir al-\u2019amir \u2018Abd al-Q\u00e2der w akhb\u00e2r al-j\u00e2z\u00e2\u2019ir\u00bb, Alexandrie, 1903, 2 vols, Vol. I, p. 80).<br>Il en va de m\u00eame pour les sources coloniales, qui ont largement puis\u00e9 dans la tradition orale et \u00e9crite, comme le montre ce t\u00e9moignage de l\u2019interpr\u00e8te militaire Arnaud sur le ksar de A\u00efn-Madhi: \u00abD\u2019apr\u00e8s la l\u00e9gende et avant l\u2019arriv\u00e9e des Turcs, un certain saint nomm\u00e9 Muhammad, venu du Maroc, avait rachet\u00e9 l\u2019emplacement de la ville aux Zerara et avait b\u00e2ti avec l\u2019aide des Marocains que sa saintet\u00e9 avait attir\u00e9s depuis le Maroc\u00bb (CAOM, FGGA, s\u00e9rie H, 16H44, Arnaud, interpr\u00e8te militaire, Si\u00e8ge d\u2019A\u00efn-Mahdi par El Hadj abd El-Kader ben Mohi Ed-Din (1838), 64 p.).<br>Ces ksour du sud alg\u00e9rien actuel ont vu circuler les monnaies marocaines, mais le voyageur al-Ayyachi conseille \u00e0 son ami Said al-Mgildi (m. 1084H\/1682) de s\u2019en d\u00e9barrasser \u00e0 Abu-Semghun, qui est la limite du Maroc. Al-\u2019Ayy\u00e2chi pr\u00e9cisait qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable de prendre des marchandises, comme les \u00e9pices et les tissus, qui avaient dans ces contr\u00e9es une valeur marchande sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019or (in Al-\u2019Ayy\u00e2chi, \u00abRis\u00e2la fi Man\u00e2sik al-Hajj\u00bb, BGR, 2839D, dans un ensemble, pp. 261-75, pp. 264-265).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Pr\u00e9sident Tebboune devrait prendre l\u2019exemple sur le savant Ibn al-Mechri<br><\/strong>L\u2019\u0153uvre d\u2019Ibn al-Mechri s\u2019av\u00e8re essentielle pour l\u2019\u00e9tude des origines de la Tijaniyya et pour attester de la marocanit\u00e9 de ses r\u00e9gions. Ibn al-Mechri parle lui-m\u00eame de son retour \u00e0 son ksar et dans son pays al-Maghrib, le jour m\u00eame o\u00f9 il rencontra Ahmad al-Tijani \u00e0 Challala (in \u00abIbn al-Mechri, Kit\u00e2b Al-J\u00e2mi\u00bb, Biblioth\u00e8que nationale de Rabat, manuscrit num\u00e9ro G390, p. 50).<br>Ce qui prouve la marocanit\u00e9 de Mech\u00e9ria, c\u2019est qu\u2019Ibn al-Mechri traite du ph\u00e9nom\u00e8ne du sharifisme, qui a marqu\u00e9 les r\u00e9gions sous souverainet\u00e9 marocaine. Il en est de m\u00eame des manuscrits des lettr\u00e9s de ces r\u00e9gions, conserv\u00e9s uniquement \u00e0 la Biblioth\u00e8que royale et nationale de Rabat.<br>Le ca\u00efd Riyy\u00e2n Ibn al-Mechri (1820-1875), originaire de Mech\u00e9ria, n\u2019est-il pas devenu le chef politique du ksar d\u2019A\u00efn-Madhi de 1853 jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1875? C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce Marocain de Mech\u00e9ria que le lignage tijani d\u2019Ayn-M\u00e2dh\u00ee a obtenu le monopole de la direction spirituelle de la confr\u00e9rie. Leurs descendants ont ensuite pu s\u2019installer \u00e0 F\u00e8s et dans d\u2019autres villes marocaines apr\u00e8s l\u2019instauration du Protectorat en 1912.<br>Tebboune et l\u2019ouverture des fronti\u00e8res au temps de la colonisation<br>Mech\u00e9ria, cette ville marocaine, sera annex\u00e9e, tout comme al-Gh\u00e2soul et Ab\u00ee Semghoun, \u00e0 la suite du trait\u00e9 de Lalla Maghnia en 1845. Ce sont de hauts lieux de la Tijaniyya marocaine, puisque c\u2019est \u00e0 Ab\u00ee Semghoun qu\u2019Ahmed Tijani (1730-1815) avait fond\u00e9 la Tijaniyya en 1781. Mech\u00e9ria entra aussit\u00f4t dans le cercle des Tijanis anti-Turcs et pro-sultan Moulay Slimane. Cela explique pourquoi le sultan marocain refusa \u00e0 trois reprises la signature du trait\u00e9 de Lalla Maghnia, r\u00e9clamant \u00e0 son repr\u00e9sentant la reconnaissance par la France de la marocanit\u00e9 de ces villes et le d\u00e9placement de la fronti\u00e8re vers le Tafna et Maghnia.<br>Le d\u00e9bat houleux sur Maghnia, Mech\u00e9ria et al-Gh\u00e2soul a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par Lacroix et de La Martini\u00e8re dans \u00abDocuments pour servir \u00e0 l\u2019\u00e9tude du Nord-Ouest africain\u00bb, T.I, pp. 30-33: \u00abLe roi Louis-Philippe, craignant que cette convention commerciale ne f\u00fbt cause de difficult\u00e9s avec le Maroc, h\u00e9sita \u00e0 la ratifier. Il ne le fit que sur les instances pressantes du mar\u00e9chal Soult. Les pr\u00e9visions du roi ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se r\u00e9aliser: le Sultan refusa toute ratification.\u00bb<br>Quelques ann\u00e9es plus tard, toujours selon la m\u00eame source, le sultan Moulay El Hassan, lors de sa visite \u00e0 Oujda, r\u00e9clama l\u2019imp\u00f4t aux tribus marocaines consid\u00e9r\u00e9es comme habitant le territoire alg\u00e9rien: \u00abCet incident souleva quelque \u00e9motion sur la fronti\u00e8re, o\u00f9 le bruit courait, en m\u00eame temps, que le Sultan voulait r\u00e9clamer la Tafna comme limite des deux pays.\u00bb<br>Mais l\u2019annexion de Mech\u00e9ria \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie ne mit pas fin \u00e0 l\u2019activit\u00e9 confr\u00e9rique et \u00e9conomique marocaine. Comme le prouvent les archives et surtout le journal Le Mobacher du 18 f\u00e9vrier 1893, qui \u00e9voque les \u00e9changes commerciaux entre Figuig et Mech\u00e9ria jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle. Ce t\u00e9moignage montre comment la ville de Figuig continua d\u2019emprunter le r\u00e9seau commercial du Touat avant son annexion, sept ans plus tard:<br>\u00abLes relations commerciales avec Figuig et les tribus marocaines voisines continuent \u00e0 \u00eatre normales. Les commer\u00e7ants de Figuig, qui s\u2019approvisionnent dans le Tell, font g\u00e9n\u00e9ralement venir leurs marchandises par le chemin de fer jusqu\u2019\u00e0 A\u00efn-Sefra. Le tableau ci-dessous fait ressortir le nombre et l\u2019importance des caravanes, qui ont travers\u00e9 le territoire du cercle pendant le trimestre \u00e9coul\u00e9. Le 24 septembre, 14 hommes, 6 mulets, 3 \u00e2nes, venant de Figuig, charg\u00e9s de v\u00eatements, \u00e0 destination de Sa\u00efda. Le 28 septembre, 15 hommes, 3 mulets, 45 \u00e2nes, 3 chevaux, venant de Doui-Menia, charg\u00e9s de poils de ch\u00e8vres et de v\u00eatements, \u00e0 destination de M\u00e9cheria, Tlemcen et G\u00e9ryville, etc. (\u2026) L\u2019industrie des indig\u00e8nes se borne \u00e0 la fabrication de quelques v\u00eatements grossiers qui sont utilis\u00e9s sur place. La caravane des Hamyan pour le Gourara s\u2019est mise en route le 26 novembre de Moghar-Tahtani. La caravane des nomades du Cercle d\u2019A\u00efn-Sefra s\u2019est mise en route pour le Gourara le 24 novembre, de Moghar-Tahtani. Les travaux de forage sont commenc\u00e9s \u00e0 Mechera-El-Khonak depuis le 42 novembre. Jusqu\u2019ici, on n\u2019a pas encore d\u00e9couvert de nappe d\u2019eau en cet endroit.\u00bb<br>Entre les ann\u00e9es 1920 et 1950, les archives coloniales ont enregistr\u00e9 une nette baisse dans la collecte des zi\u00e2ras dans l\u2019ouest alg\u00e9rien et au sein des zaouias tijanies, wazzanies et naciries. Ces zaouias, de Mech\u00e9ria \u00e0 Tindouf, vivaient de donations provenant du Maroc et de l\u2019Alg\u00e9rie. \u00c0 partir de 1950, on signale un tarissement des ressources, et les cheikhs des z\u00e2wiyyas furent contraints de faire des tourn\u00e9es de zi\u00e2ras dans l\u2019Oriental, parfois jusqu\u2019\u00e0 Mekn\u00e8s et F\u00e8s, pour subvenir \u00e0 leurs besoins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tebboune entre la voie tijaniyya et la voie des g\u00e9n\u00e9raux<br><\/strong>Entre le savant Ibn al-Mechri (m. 1809) et le g\u00e9n\u00e9ral Ghali Belkheir, devenu depuis 2013 le sp\u00e9cialiste des questions religieuses en Alg\u00e9rie apr\u00e8s la soutenance de sa th\u00e8se \u00e0 l\u2019IEP d\u2019Aix-en-Provence, Tebboune n\u2019avait pas d\u2019autre choix que la g\u00e9ostrat\u00e9gie. La th\u00e8se soutenue par le g\u00e9n\u00e9ral Belkheir, sous la direction d\u2019un sp\u00e9cialiste du roman fran\u00e7ais et de l\u2019imaginaire colonial et saharien, Jean-Robert Henry, porte l\u2019empreinte de plusieurs officiers ayant travaill\u00e9 d\u2019arrache-pied pour r\u00e9unir toute la documentation n\u00e9cessaire \u00e0 ce grand projet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sultat: le mod\u00e8le qui devrait \u00eatre suivi par l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est pas le Maroc, dont les confr\u00e9ries ont essaim\u00e9 via l\u2019Alg\u00e9rie vers le Hedjaz, et de l\u2019Afrique du Nord jusqu\u2019\u00e0 la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Nigeria, le Soudan et surtout le S\u00e9n\u00e9gal. Selon ce g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Alg\u00e9rie a rejet\u00e9 le mod\u00e8le marocain, pourtant sociologiquement incontournable, pour opter pour celui du Sultanat d\u2019Oman. La sanction contre tout ce qui est marocain ne date pas d\u2019hier. Il s\u2019agit aussi d\u2019un h\u00e9ritage colonial transmis par les th\u00e9oriciens de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et son id\u00e9ologie scientiste et positiviste.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les g\u00e9n\u00e9raux alg\u00e9riens ont opt\u00e9 pour le mod\u00e8le du Sultanat d\u2019Oman afin de contrer les islamistes du FIS. Le renouveau religieux, \u00e9tudi\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Ghali Belkheir, est actuellement promu en Alg\u00e9rie, fruit des efforts conjugu\u00e9s des plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat, des autorit\u00e9s militaires, du minist\u00e8re des Affaires islamiques et des m\u00e9dias (notamment la t\u00e9l\u00e9vision nationale et les journaux Echorouk, Al-Moujahid, El Massa, Al Watan).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une preuve, encore une fois, de maladresse et d\u2019ent\u00eatement. Ne croyant plus \u00e0 la marocanit\u00e9 de Mech\u00e9ria et de la Tijaniyya, Abdelmadjid Tebboune a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 se tourner vers le Sultanat d\u2019Oman, l\u2019Indon\u00e9sie et le Y\u00e9men. Tebboune l\u2019amn\u00e9sique devrait se rappeler que l\u2019histoire de sa ville natale est contenue dans les r\u00e9cits de voyages et les \u00e9crits tijan\u00ees, d\u00e9pos\u00e9s dans les biblioth\u00e8ques marocaines. La litt\u00e9rature et la cartographie se sont inspir\u00e9es de ces textes pour r\u00e9aliser les premi\u00e8res cartes et tracer les voies strat\u00e9giques de la Tijaniyya marocaine, la seule ayant essaim\u00e9 en Afrique noire. C\u2019est une nouvelle approche pour mesurer le poids de la g\u00e9ohistoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr. Jillali El Adnani L\u2019histoire de Mech\u00e9ria illustre les tensions entre m\u00e9moire, territoire et pouvoir. Ville marocaine annex\u00e9e par la France en 1845, elle est le lieu de naissance du pr\u00e9sident Abdelmadjid Tebboune. Elle fut surtout un centre n\u00e9vralgique de la Tijaniyya, une confr\u00e9rie n\u00e9e au Maroc et qui a rayonn\u00e9 en Afrique. 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