{"id":3868,"date":"2025-04-04T17:22:09","date_gmt":"2025-04-04T16:22:09","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=3868"},"modified":"2025-04-04T17:26:43","modified_gmt":"2025-04-04T16:26:43","slug":"du-projet-colonial-au-separatisme-le-legs-empoisonne-du-transsaharien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/du-projet-colonial-au-separatisme-le-legs-empoisonne-du-transsaharien\/","title":{"rendered":"Du projet colonial au s\u00e9paratisme: le legs empoisonn\u00e9 du transsaharien"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le sillage de l\u2019expansion de l\u2019islam et de la culture, la confr\u00e9rie Tijaniyya a su, gr\u00e2ce \u00e0 cet axe reliant le Souss au S\u00e9n\u00e9gal, impulser ce que l\u2019historien J. Fletcher qualifie de troisi\u00e8me expansion de l\u2019islam. Un v\u00e9ritable Transsaharien ne saurait reposer sur de simples trac\u00e9s de fronti\u00e8res ou de voies ferr\u00e9es: pour \u00eatre p\u00e9renne, il doit porter tout le poids de l\u2019histoire et de la culture.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:324px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet du transsaharien, cens\u00e9 relier l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, ne verra jamais le jour. Pourtant, il servira \u00e0 remodeler les fronti\u00e8res du Sahara au d\u00e9triment du Maroc, sous pr\u00e9texte de modernisation ferroviaire et de pacification du d\u00e9sert. Derri\u00e8re cet \u00e9chec technique se cache une annexion territoriale aux lourdes cons\u00e9quences.<br>Le Sahara, dans la vision coloniale de l\u2019\u00e9poque, devait \u00eatre le pivot d\u2019un ambitieux projet transsaharien visant \u00e0 unifier une vaste portion de l\u2019empire colonial fran\u00e7ais, du Maghreb \u00e0 l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Pourtant, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 av\u00e9r\u00e9 qu\u2019entre le 16\u00e8me et le 17\u00e8me si\u00e8cle, la majeure partie de ce territoire relevait de l\u2019Empire ch\u00e9rifien et \u00e9tait soumise \u00e0 une souverainet\u00e9 qui n\u2019avait rien de colonial.<br>Les nombreuses \u00e9tudes consacr\u00e9es au transsaharien, qui ne verra jamais le jour, n\u2019auront finalement servi qu\u2019\u00e0 dessiner des fronti\u00e8res fictives, accentuant le miroitement entre le Sahara oriental et le Sahara occidental, autrefois partie int\u00e9grante du Maroc.<br>La seule jonction ferroviaire viable demeure l\u2019axe Marrakech-Agadir-Dakhla, \u00e9pousant la fa\u00e7ade atlantique et offrant de grandes perspectives de connexion avec le Sahel. D\u00e8s les ann\u00e9es 1920 et 1930, la France avait d\u2019ailleurs entrepris de renforcer les liaisons terrestres et maritimes entre Casablanca et Dakar, ainsi que les routes transsahariennes reliant le Maroc \u00e0 l\u2019Afrique occidentale via Tindouf.<br>L\u2019abandon du projet transsaharien ouvrira la voie au s\u00e9paratisme, incarn\u00e9 par le commandement des confins alg\u00e9ro-mauritano-marocains d\u2019Agadir, avant d\u2019\u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par l\u2019Alg\u00e9rie, dont la politique expansionniste reprendra \u00e0 merveille les ambitions du projet colonial.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"752\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/c1.png?resize=752%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3869\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/c1.png?resize=752%2C1024&amp;ssl=1 752w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/c1.png?resize=220%2C300&amp;ssl=1 220w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/c1.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 752px) 100vw, 752px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte de A. Fock, 1895.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Histoire d\u2019un projet fictif aux cons\u00e9quences n\u00e9fastes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On l\u2019a assez dit: les amputations territoriales pratiqu\u00e9es sur l\u2019Empire ch\u00e9rifien se sont appuy\u00e9es sur le mensonge, le subterfuge et, surtout, sur la notion de vide, incarn\u00e9e par des termes tels que d\u00e9sordre, Siba, confins, d\u00e9sert\u2026 Mais comment fait-on passer un trac\u00e9 ferroviaire de plus de deux mille kilom\u00e8tres, alors que l\u2019approvisionnement en eau, la pr\u00e9sence de populations et les imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 sont des conditions essentielles?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce train, qui n\u2019a jamais vu le jour, n\u2019a pourtant pas manqu\u00e9 d\u2019emporter avec lui des territoires marocains, sous le pr\u00e9texte que la liaison entre l\u2019Alg\u00e9rie et l\u2019Afrique \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse pour renforcer l\u2019avenir de l\u2019empire fran\u00e7ais et assurer le ravitaillement des colonies en cas de blocus depuis l\u2019Atlantique. Ainsi, une ambition irr\u00e9aliste a servi de matrice \u00e0 une annexion tragique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, Lacroix (commandant militaire au Service des affaires indig\u00e8nes) et Lamartini\u00e8re (explorateur et repr\u00e9sentant de la L\u00e9gation de France \u00e0 Tanger) ont t\u00e9moign\u00e9 de leur refus de laisser passer le g\u00e9n\u00e9ral Colonieu, charg\u00e9 de l\u2019\u00e9tude du transsaharien, dans le Touat en 1879, en raison de leur attachement au Maroc et de leur soumission \u00e0 la souverainet\u00e9 du sultan marocain. Le g\u00e9n\u00e9ral Colonieu a rappel\u00e9 ces faits devant la Commission sup\u00e9rieure du transsaharien lors de la s\u00e9ance du 30 juillet 1879.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le transsaharien conna\u00eetra un coup d\u2019arr\u00eat tout comme la colonisation \u00e0 la suite de l\u2019assassinat du Colonel Flatters en 1881. Ce dernier a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 pour l\u2019\u00e9tude du projet dans un contexte bien particulier:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abEn 1878, se manifesta une sorte de renaissance de la question du Sahara: de par l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019inspire au public le plan gigantesque de l\u2019ing\u00e9nieur Duponchel, qui ne visa rien moins qu\u2019\u00e0 construire un chemin de fer transsaharien, mille projets surgissent, tandis que les conf\u00e9rences se multiplient en France. Le Gouvernement, saisi et comme p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019unir l\u2019Alg\u00e9rie au Soudan pour drainer \u00e0 travers les espaces sans fin du Grand D\u00e9sert les marchandises du centre africain, d\u00e9cide, apr\u00e8s avoir r\u00e9uni une commission sp\u00e9ciale, l\u2019envoi d\u2019une mission dirig\u00e9e par le lieutenant-colonel Flatters\u00bb, in \u00abDocuments pour servir \u00e0 l\u2019\u00e9tude du Nord-Ouest africain\u00bb, p.11.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au m\u00eame moment, l\u2019explorateur allemand Oscar Lenz d\u00e9clara \u00e0 Berlin, en 1881, apr\u00e8s son retour de Tombouctou, que le projet du transsaharien \u00e9tait une chim\u00e8re. Ce point de vue fut appuy\u00e9 par le Dr Nachtigal, un autre explorateur et pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie de Berlin, qui fit la connaissance de l\u2019ambassadeur de France, le comte de Saint-Vallier, et lui parla du projet. L\u2019ambassadeur fran\u00e7ais \u00e9voqua l\u2019appr\u00e9ciation des deux voyageurs allemands, qui consid\u00e9raient ce projet comme impossible pour l\u2019Allemagne, mais r\u00e9alisable pour la France en raison de la possession de deux colonies: l\u2019Alg\u00e9rie et le S\u00e9n\u00e9gal. L\u2019ambassadeur fran\u00e7ais souligna que:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abCes deux savants voyageurs, \u00e9crivait \u00e0 ce propos notre repr\u00e9sentant en Allemagne, n\u2019appr\u00e9cient pas l\u2019id\u00e9e d\u2019un chemin de fer transsaharien et la regardent comme absolument chim\u00e9rique et irr\u00e9alisable. Selon eux, la nature du sol, le climat, les habitants, tout se r\u00e9unit pour en rendre l\u2019ex\u00e9cution impossible\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la France, s\u2019appuyant sur les grandes id\u00e9es de Jules Cambon qui a pr\u00e9par\u00e9 le dossier de la conqu\u00eate du Touat et celui du transsaharien, continuera \u00e0 agiter ce projet pour l\u00e9gitimer une conqu\u00eate au d\u00e9triment de l\u2019Empire ch\u00e9rifien. Cambon assurait que le Touat est la voie qui permet la jonction de l\u2019Alg\u00e9rie et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest: \u00abLa politique nous a conduits \u00e0 reconna\u00eetre la suzerainet\u00e9 de la Porte (Les Ottomans) sur Rhadam\u00e8s et sur Rhat, il en r\u00e9sulte que si nous laissons \u00e9chapper le Touat, qui est la plus grande ligne d\u2019eau et de population se dirigeant \u00e0 travers le Sahara vers l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Afrique, et comme d\u2019autre part la ligne des oasis de Rhadam\u00e8s-Rhat ne nous appartient plus, nous n\u2019aurons plus de voie de p\u00e9n\u00e9tration facile et s\u00fbre dans le Sahara, et le trait\u00e9 conclu avec l\u2019Angleterre l\u2019an dernier (d\u00e9claration du 4 ao\u00fbt 1890), relativement \u00e0 l\u2019Hinterland alg\u00e9rien, sera devenu lettre morte entre nos mains\u00bb. Mais les autorit\u00e9s de la m\u00e9tropole, surtout le minist\u00e8re de la Guerre, n\u2019avaient pas l\u2019accord du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Toujours de m\u00eame source, on affirme que: \u00abLe ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e9mettait l\u2019avis que nous n\u2019avions aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous emparer de vive force du Touat, tandis qu\u2019en agissant \u00e0 la fois par la menace et par la persuasion, nous pourrions amener les tribus \u00e0 se placer sous notre protection. Cela suffirait pour le pr\u00e9sent et m\u00eame pour l\u2019avenir\u00bb. N. Lacroix et H. Lamartini\u00e8re, \u00abDocuments pour servir \u00e0 l\u2019\u00e9tude du Nord-Ouest africain\u00bb, 1897, T. III, p.64.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Camille Sabatier publie son ouvrage sur le Sahara et le Touat et exprime une position id\u00e9aliste sur le transsaharien:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abLe transsaharien ne rapporte, d\u00e8s lors, pas de gros b\u00e9n\u00e9fices. Je r\u00e9ponds \u00e0 cela que le transsaharien s\u2019il est construit, ne doit pas l\u2019\u00eatre en vue de rapporter de gros b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 ses actionnaires, mais seulement de permettre \u00e0 la France d\u2019accomplir, le plus s\u00fbrement possible au Soudan, son \u0153uvre de civilisation et d\u2019exploiter, le plus \u00e9conomiquement possible les richesses de ce pays\u00bb. Sabatier, Camille, \u00abTouat, Sahara et Soudan\u00bb, 1891, pp. 185-186.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le m\u00eame Sabatier parlait du projet, mais affirmait que le passage du transsaharien par Igli et le Touat n\u2019est pas d\u00e9pendante du Soudan: \u00abVoil\u00e0 pourquoi quand il s\u2019agit d\u2019un transsaharien, par une ligne quelconque fut-ce par celle d\u2019Igli, je n\u2019oserai en ce qui me concerne, formuler une opinion ferme. Que le lecteur veuille me permettre de me rappeler un instant que j\u2019ai fait partie du Parlement et de lui d\u00e9clarer que dans l\u2019\u00e9tat actuel de nos connaissances sur le Soudan, si j\u2019\u00e9tais encore d\u00e9put\u00e9 et qu\u2019on vint me demander la garantie de l\u2019\u00c9tat, pour un transsaharien, je la refuserais.\u00bb (ibidem, p.223)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, les autorit\u00e9s coloniales ont annex\u00e9 le Touat pour faire passer une ligne ferroviaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les explorateurs ayant con\u00e7u le transsaharien et la marocanit\u00e9 du Sahara<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oscar Lenz, pour sa part, put arriver en toute s\u00e9curit\u00e9 dans ces r\u00e9gions gr\u00e2ce aux lettres de recommandation que lui avait remises le sultan Moulay El Hassan, adress\u00e9es en particulier aux chefs tribaux des provinces sahariennes. Il b\u00e9n\u00e9ficia ainsi du syst\u00e8me de protection traditionnel, la ztata, qui associait le Makhzen et les tribus dans un m\u00eame r\u00e9seau de s\u00e9curit\u00e9. Gr\u00e2ce \u00e0 cette protection, Lenz put atteindre Tindouf et Tombouctou en 1880, tandis que, quelques mois plus tard, la mission Flatters, partie d\u2019Alg\u00e9rie sous l\u2019accompagnement du moqaddem Abdelkader ben Mrad, fut massacr\u00e9e en pays touareg, dans le Sahara central.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, pour faciliter la t\u00e2che des explorateurs charg\u00e9s d\u2019\u00e9tudier le projet de voie ferr\u00e9e transsaharienne, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises demand\u00e8rent au souverain marocain d\u2019envoyer des lettres sultaniennes aux ca\u00efds des r\u00e9gions frontali\u00e8res, sans que cela ne signifie pas pour autant une volont\u00e9 d\u2019agression sur les territoires marocains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, \u00e0 partir de 1891, \u00e0 la suite de la signature du trait\u00e9 franco-britannique de 1891 et de la nomination de Jules Cambon comme gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, les autorit\u00e9s coloniales entreprirent d\u2019effacer les preuves attestant la marocanit\u00e9 du Sahara oriental. Elles firent dispara\u00eetre des documents, r\u00e9cits, cartes et projets de transsahariens avanc\u00e9s par des voyageurs allemands tels que Gerhard Rohlfs, qui avait explor\u00e9 le Sahara sous protection makhz\u00e9nienne en 1864. La carte du transsaharien produite par A. Fock (voir cartes ci-dessous) co\u00efncida avec la r\u00e9alisation, en 1895, d\u2019une carte du Maroc enti\u00e8rement con\u00e7ue par la France, alors m\u00eame que cette derni\u00e8re s\u2019\u00e9tait longtemps appuy\u00e9e sur la cartographie allemande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trac\u00e9s du transsaharien \u00e9taient multiples, comme l\u2019illustre la carte, mais c\u2019est celui passant par Figuig, le Touat et la boucle du Niger qui nous concerne en premier lieu. Ce trac\u00e9 fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par les explorateurs allemands tels qu\u2019Oscar Lenz et Gerhard Rohlfs, qui avaient confirm\u00e9 la marocanit\u00e9 des espaces travers\u00e9s avant de nier cette r\u00e9alit\u00e9 lors de la pr\u00e9sentation du projet aux autorit\u00e9s coloniales. \u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019Allemagne, dans le sillage de la guerre de 1870, tentait d\u2019impliquer la France dans de grands projets coloniaux afin d\u2019assurer la paix en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La France relan\u00e7a le projet du transsaharien avec la mission Flatters, mais l\u2019assassinat de ce dernier en 1881 porta un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 la colonisation du Sahara. Ce n\u2019est qu\u2019avec Jules Cambon (1891-1897), gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, et Charles de Freycinet (1888-1894), pr\u00e9sident du Conseil, que le projet fut \u00e0 nouveau remis sur la table. De Freycinet pr\u00f4nait un trac\u00e9 central du transsaharien, tandis que Jules Cambon d\u00e9fendait un trac\u00e9 occidental passant par le Touat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La cartographie et transsaharien: respect de la fronti\u00e8re de 1845<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La carte ci-dessous, produite \u00e0 la suite du trait\u00e9 franco-britannique de 1891 et surtout lors de la pr\u00e9paration du projet de conqu\u00eate du Touat et du Sahara oriental, constitue une preuve majeure de la l\u00e9gitimation de la colonisation par le projet du transsaharien. Cette carte, r\u00e9alis\u00e9e par Rolland Georges, tout comme celle d\u2019A. Foch datant de 1895, respecte l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale du Maroc et retrace la fronti\u00e8re de Lalla Maghnia de 1845, englobant le Touat, Tindouf et la majorit\u00e9 du Sahara oriental sous souverainet\u00e9 marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les choses vont n\u00e9anmoins \u00e9voluer lorsque la France acquiert la certitude que seuls la r\u00e9gion de Figuig, la Saoura et le Touat disposent de r\u00e9serves en eau suffisantes et repr\u00e9sentent ainsi le seul trac\u00e9 possible pour la ligne ferroviaire. La France a alors trac\u00e9 une ligne, mais pour emporter tout un territoire: ce fut la conqu\u00eate du Touat, du Tidikelt et d\u2019In-Salah, au c\u0153ur du pays touareg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ailleurs, c\u2019est en s\u2019appuyant sur le trait\u00e9 de 1845 que le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie conteste la nomination d\u2019un ca\u00efd marocain \u00e0 Igli, point essentiel dans le trac\u00e9 du transsaharien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abEn m\u00eame temps, M. Cambon faisait observer que nous ne pouvions laisser le Sultan, qui venait de nommer un ca\u00efd \u00e0 Igli, affirmer de pr\u00e9tendus droits sur cette localit\u00e9. La mainmise du Maroc, \u00e9crivait-il \u00e0 ce propos, sur l\u2019importante position d\u2019Igli est un acte nouveau et pr\u00e9cis sur lequel nous ne pouvons pas fermer les yeux.\u00bb N. Lacroix et H. Lamartini\u00e8re, ibidem, p. 97.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"836\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/C2.png?resize=768%2C836&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3870\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/C2.png?w=768&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/C2.png?resize=276%2C300&amp;ssl=1 276w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><q>Carte du Maroc<\/q>, Rolland Georges, 1891.<br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Tindouf et le Touat: le transsaharien passant par le Sahara oriental<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sachant que le transsaharien passant par Ouargla, le Hoggar et le Tchad est devenu impossible \u00e0 r\u00e9aliser, les sp\u00e9cialistes charg\u00e9s du dossier ont opt\u00e9 pour la ligne Oran, Figuig, Igli, Saoura et le Touat. Ce choix fut d\u00e9fendu par Georges Rolland qui va faire abstraction de sa propre carte et de l\u2019identit\u00e9 territoriale du Touat: \u00abAutant que quiconque, je suis partisan sinc\u00e8re du prolongement de la ligne de p\u00e9n\u00e9tration du Sud oranais jusqu\u2019au Touat. Je dis seulement et je maintiens: la question du Touat n\u2019a rien, absolument rien, \u00e0 faire avec celle du transsaharien, du Soudan central. La premi\u00e8re est une question de notre Sud alg\u00e9rien; la seconde est une question soudanienne. Ce sont deux questions enti\u00e8rement distinctes, ind\u00e9pendantes, et l\u2019on ne r\u00e9ussira pas \u00e0 les m\u00ealer\u00bb. Mais Rolland ne voit du Touat qu\u2019un trac\u00e9 puisqu\u2019il reconna\u00eet le territoire limitrophe comme marocain:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abAu contraire, le trac\u00e9 occidental ou oranais (bien que traversant des r\u00e9gions que je suis le premier \u00e0 revendiquer comme rentrant dans la sph\u00e8re l\u00e9gitime d\u2019influence de mon pays) offre le tr\u00e8s grave danger de longer la fronti\u00e8re marocaine: il nous entra\u00eenerait dans des complications dont on ne peut mesurer l\u2019\u00e9tendue\u00bb. \u00abLe transsaharien. Un an apr\u00e8s\u00bb, 1891, p. IX et p.7.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En guise de conclusion, on pourrait dire que le projet du transsaharien, initialement avanc\u00e9 pour \u00e9tablir une liaison entre l\u2019Alg\u00e9rie et l\u2019AOF, a finalement servi de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019annexion du Sahara oriental. Apr\u00e8s l\u2019abandon de cet ambitieux projet, la France a instaur\u00e9 le commandement des Confins, donnant naissance \u00e0 un territoire d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de Sahara occidental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9alisations du Maroc en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement et d\u2019infrastructures, depuis le retour des provinces sahariennes dans le giron de la m\u00e8re patrie, illustrent clairement la continuit\u00e9 entre l\u2019histoire et le r\u00f4le strat\u00e9gique du Maroc dans les \u00e9changes avec l\u2019Afrique subsaharienne depuis plus de douze si\u00e8cles. La fra\u00eecheur de l\u2019oc\u00e9an Atlantique et la qualit\u00e9 des routes facilitent une mobilit\u00e9 fluide et r\u00e9guli\u00e8re tout au long de l\u2019ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019inverse des autres axes, o\u00f9 les d\u00e9placements restent souvent limit\u00e9s, comme au temps des caravanes, \u00e0 la seule p\u00e9riode hivernale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne peut que saluer le r\u00f4le du Maroc dans la r\u00e9habilitation de la v\u00e9ritable route transsaharienne (connue sous le nom de Route N\u00b01 dans la litt\u00e9rature coloniale), longtemps entrav\u00e9e par des trac\u00e9s de fronti\u00e8res arbitraires. Jamais les relations entre le Maroc et l\u2019Afrique subsaharienne n\u2019ont connu une rupture aussi longue que celle impos\u00e9e par la colonisation entre 1900 et 1975.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le sillage de l\u2019expansion de l\u2019islam et de la culture, la confr\u00e9rie Tijaniyya a su, gr\u00e2ce \u00e0 cet axe reliant le Souss au S\u00e9n\u00e9gal, impulser ce que l\u2019historien J. Fletcher qualifie de troisi\u00e8me expansion de l\u2019islam. Un v\u00e9ritable Transsaharien ne saurait reposer sur de simples trac\u00e9s de fronti\u00e8res ou de voies ferr\u00e9es: pour \u00eatre p\u00e9renne, il doit porter tout le poids de l\u2019histoire et de la culture.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le sillage de l\u2019expansion de l\u2019islam et de la culture, la confr\u00e9rie Tijaniyya a su, gr\u00e2ce \u00e0 cet axe reliant le Souss au S\u00e9n\u00e9gal, impulser ce que l\u2019historien J. 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