{"id":4148,"date":"2025-05-09T11:38:45","date_gmt":"2025-05-09T10:38:45","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4148"},"modified":"2025-05-09T11:38:50","modified_gmt":"2025-05-09T10:38:50","slug":"pouvoirs-nomades-et-souverainete-makhzenienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/pouvoirs-nomades-et-souverainete-makhzenienne\/","title":{"rendered":"Pouvoirs nomades et souverainet\u00e9 makhz\u00e9nienne"},"content":{"rendered":"\n<p>Loin du r\u00e9cit d\u2019un d\u00e9sert sans ma\u00eetre, le Sahara oriental portait l\u2019empreinte profonde du makhzen marocain: ca\u00efds, routes prot\u00e9g\u00e9es, dahirs, pri\u00e8res au nom du sultan. Une autorit\u00e9 historique que m\u00eame la colonisation fran\u00e7aise, en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9, s\u2019effor\u00e7a de reconduire avant de l\u2019effacer.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:341px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Sans jamais \u00eatre un d\u00e9sert sans ma\u00eetre, le Sahara oriental portait les marques d\u2019une souverainet\u00e9 marocaine bien r\u00e9elle, incarn\u00e9e par des ca\u00efds nomm\u00e9s par le sultan, des tribus loyales et un tissu administratif fonctionnant depuis des g\u00e9n\u00e9rations, voire des si\u00e8cles. La France, conqu\u00e9rante avis\u00e9e, ne fit que reconduire ce syst\u00e8me, en nommant \u00e0 la t\u00eate des qsars et des tribus sahariennes les m\u00eames figures makhz\u00e9niennes, notamment apr\u00e8s la prise du Touat en 1901, de B\u00e9char en 1910 et de Tindouf en 1934. Voici les cachets des ca\u00efds de tribus marocaines annex\u00e9es au profit de l\u2019Alg\u00e9rie (Beni Goumi, Aouled Jrir):<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"574\" height=\"552\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1.jpg?resize=574%2C552&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4149\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1.jpg?w=574&amp;ssl=1 574w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/1.jpg?resize=300%2C289&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 574px) 100vw, 574px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les cachets des Ca\u00efds de tribus marocaines annex\u00e9s au profit de l\u2019Alg\u00e9rie (Beni Goumi, Aouled Jrir, etc.), ANOM, Aix-en-Provence, FGGA, 21H5.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br>Mais les autorit\u00e9s coloniales, notamment militaires, passaient sous silence cette r\u00e9alit\u00e9 d\u2019avant la conqu\u00eate et invent\u00e8rent le mythe du terra nullius\u2013 cette \u00abterre sans ma\u00eetre\u00bb, ce vide politique cens\u00e9 justifier l\u2019annexion des territoires marocains. Un mythe qui, malgr\u00e9 sa disqualification par les faits, ressurgira au moment des d\u00e9colonisations. Recycl\u00e9 sous un nouveau vernis id\u00e9ologique, il deviendra un argument de poids pour ceux qui souhaitent contester la souverainet\u00e9 marocaine, notamment dans les ar\u00e8nes internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici le paradoxe: un concept forg\u00e9 pour l\u00e9gitimer la conqu\u00eate coloniale fran\u00e7aise devient, un si\u00e8cle plus tard, l\u2019arme id\u00e9ologique d\u2019une autre entit\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par la colonisation\u2013 l\u2019Alg\u00e9rie\u2013 dans sa lutte d\u2019influence sur le Sahara, via le mouvement du Polisario.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La souverainet\u00e9 marocaine et le poids de l\u2019histoire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exploration europ\u00e9enne du Sahara met en lumi\u00e8re des formes souvent ignor\u00e9es de l\u2019exercice du pouvoir par les sultans et les chefs de confr\u00e9ries marocaines. L\u2019une de ces formes est celle d\u2019un pouvoir politique nomade et itin\u00e9rant, un concept qui semble aussi signifier l\u2019id\u00e9e d\u2019un pouvoir aux implantations diffuses, ancr\u00e9 dans des villes diss\u00e9min\u00e9es, dans certaines tribus ou encore aux \u00e9tapes importantes des axes caravaniers. Les explorateurs qui ont r\u00e9ussi \u00e0 atteindre les villes et bourgades du Sahara et du Bil\u00e2d as-Soudan semblent \u00eatre, en majorit\u00e9, ceux qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide du pouvoir r\u00e9el et symbolique, lequel s\u2019exprimait dans les lettres de recommandation accord\u00e9es aux voyageurs par les sultans et les personnages religieux marocains.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lettres de recommandation, tout comme les dahirs de nomination, constituaient une forme particuli\u00e8re de l\u2019exercice du pouvoir. Celle-ci s\u2019ajoutait aux formes de pouvoir qui s\u2019exer\u00e7aient dans le cadre de l\u2019arm\u00e9e, de la perception d\u2019imp\u00f4ts et de la magistrature. Le syst\u00e8me makhz\u00e9nien \u00e9tait ing\u00e9nieux en cela qu\u2019il accordait la perception de taxes de protection aux tribus dominantes en \u00e9change du maintien de la s\u00e9curit\u00e9 sur les axes caravaniers entre le Sud et le Nord. Le makhzen n\u2019intervenait que lorsque ces axes \u00e9taient menac\u00e9s, par exemple \u00e0 la suite de guerres intertribales ou d\u2019interventions \u00e9trang\u00e8res cherchant \u00e0 d\u00e9tourner le commerce \u00e0 leur profit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00e9volution de la puissance sultanienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les voyageurs et explorateurs avaient bien compris les avantages de ces r\u00e9seaux de pouvoir et avaient constat\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient capables de convertir le d\u00e9sert en \u00abcirculations organis\u00e9es\u00bb. Il ne faut pas pour autant leur attribuer une compr\u00e9hension globale du syst\u00e8me politique makhz\u00e9nien. Ils ne voyaient, dans ces itin\u00e9raires, que des pistes menant \u00e0 leur destination finale, celle de Tombouctou et du Bil\u00e2d as-Soud\u00e2n, et les protections dont ils b\u00e9n\u00e9ficiaient n\u2019avaient, pour eux, qu\u2019un sens instrumental. Les r\u00e9gions sahariennes n\u2019\u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es que comme des espaces de passage. Elles ne feront l\u2019objet d\u2019une red\u00e9couverte qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1920, lorsque les autorit\u00e9s coloniales fran\u00e7aises tenteront de r\u00e9activer les r\u00e9seaux transsahariens.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon E. F. Gauthier (1864-1940), ces possessions makhz\u00e9niennes (Touat, Adrar et In Salah) relevaient des confins et donc de r\u00e9gions situ\u00e9es en limite de la ligne de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tatique sultanien. Pour lui, \u00abla fronti\u00e8re se r\u00e9clame de la stabilit\u00e9; les confins restent l\u2019expression du mouvement\u00bb. (\u00abLe D\u00e9fi saharien\u00bb, In Enjeux sahariens, Aix-en-Provence, CRESM, 1984, collectif, p.17)<\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s coloniales fran\u00e7aises avaient souvent utilis\u00e9 ce concept de confins pour se permettre d\u2019exercer une certaine influence au Maroc, tandis que l\u2019id\u00e9e de fronti\u00e8re \u00e9tait adopt\u00e9e chaque fois qu\u2019il s\u2019agissait de contester l\u2019influence marocaine et d\u2019annexer un territoire au profit de la colonie alg\u00e9rienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Reconnaissance et usages de la marocanit\u00e9 des Saharas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir des sultans du Maroc se caract\u00e9risait par sa nature diffuse, m\u00ealant les sph\u00e8res politique, \u00e9conomique et spirituelle. Lorsque la France et l\u2019Espagne instaur\u00e8rent leur propre administration sur les territoires concern\u00e9s, celle-ci demeura largement symbolique. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019autorit\u00e9 effective restait entre les mains du sultan marocain, dont le pouvoir politico-religieux continuait de pr\u00e9valoir. Cette situation \u00e9tait manifeste dans des r\u00e9gions comme le Touat, B\u00e9char, Tindouf, Es-Semara (qui resta d\u2019ailleurs inoccup\u00e9e jusqu\u2019en 1936) ainsi que Taoud\u00e9ni, c\u00e9l\u00e8bre pour sa mine de sel. Bien que situ\u00e9e sur le territoire malien actuel, cette derni\u00e8re fut administr\u00e9e par un ca\u00efd marocain jusqu\u2019en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que les fronti\u00e8res et les confins n\u2019ont pas seulement d\u00e9limit\u00e9 des territoires, mais qu\u2019ils ont aussi \u00e9t\u00e9 des outils de construction identitaire au service de la puissance coloniale, tandis que, dans l\u2019esprit des populations locales, l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gitime est toujours rest\u00e9e celle du sultan du Maroc. C\u2019est ce d\u00e9calage entre l\u2019imaginaire politique des colonis\u00e9s et la r\u00e9alit\u00e9 impos\u00e9e par les colonisateurs qui rend cette question si sensible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Es-Semara<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ville spirituelle par excellence, Es-Semara constitue un carrefour strat\u00e9gique entre les sph\u00e8res d\u2019influence du pouvoir sultanien dans les Saharas oriental et occidental. Sa valeur symbolique et g\u00e9opolitique n\u2019\u00e9chappa pas aux deux puissances coloniales, qui cherch\u00e8rent chacune \u00e0 l\u2019exploiter \u00e0 leur avantage. La France la reconnut comme partie int\u00e9grante du territoire marocain, l\u2019incluant dans la \u00abzone d\u2019influence\u00bb c\u00e9d\u00e9e au profit de l\u2019Espagne, correspondant \u00e0 la r\u00e9gion de la S\u00e2qiyya El Hamra. L\u2019Espagne, de son c\u00f4t\u00e9, affirma \u00e9galement son identit\u00e9 marocaine, notamment lorsqu\u2019elle envisagea son occupation en 1936.<\/p>\n\n\n\n<p>En voici la version espagnole telle que rapport\u00e9e par les archives fran\u00e7aises de Dakar: \u00abLes autorit\u00e9s espagnoles ont fait part aux Ahel Ma el A\u00efnaine de leur intention de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019occupation effective de Smara. Ces projets auraient fait mauvaise impression en tribu mais les Ahel M\u00e2a el A\u00efnaine auraient accept\u00e9 avec docilit\u00e9, d\u00e9clarant toutefois que \u2018si le terrain appartenait au Makhzen, les constructions \u00e9difi\u00e9es restaient la propri\u00e9t\u00e9 de la famille (des M\u00e2a El \u2018Aynain)\u2018\u00bb. (ANS, 8F7, Dakar, Bulletin de renseignements politiques, J. Beyries, 20 septembre 1939)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tindouf, B\u00e9char et le Touat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Randon, avant m\u00eame l\u2019occupation du Touat, \u00e9tait entr\u00e9 en contact avec plusieurs figures religieuses et des ca\u00efds de la r\u00e9gion du Touat et du Hoggar. Celui-ci avait d\u2019ailleurs souvent rappel\u00e9, dans ses lettres, \u00abla marocanit\u00e9 \u00e9ternelle\u00bb de ces r\u00e9gions, tout en appelant les repr\u00e9sentants du sultan \u00e0 une coop\u00e9ration commerciale et diplomatique. (\u00abLettres en arabe envoy\u00e9es par le G\u00e9n\u00e9ral Randon aux diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s touar\u00e8gues, sahariennes et soudanaises\u00bb, ANOM, Aix-en-Provence, S\u00e9rie FGGA, Sous-S\u00e9rie H, 16H46).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette marocanit\u00e9 sera reni\u00e9e lors de l\u2019occupation du Touat en 1901 et de Tindouf en 1934. Cependant, une fois l\u2019occupation termin\u00e9e, les autorit\u00e9s coloniales feront appel aux m\u00eames familles d\u00e9tentrices du pouvoir avant 1900.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e9tabliront m\u00eame des rapports et des listes pour reconduire le syst\u00e8me makhzen dans ces r\u00e9gions, comme le montrent les documents ci-dessous. Mais il n\u2019y a pas de meilleure illustration de la cohabitation du pouvoir makhz\u00e9nien que cette photo repr\u00e9sentant le Bachaga alg\u00e9rien et le Ca\u00efd ou Pacha marocain, permettant aux officiers novices de distinguer un agent marocain (sur la photo en bonnet rouge) d\u2019un agent alg\u00e9rien dans le Touat, Adrar et In Salah.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"534\" height=\"532\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2.jpg?resize=534%2C532&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4150\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2.jpg?w=534&amp;ssl=1 534w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2.jpg?resize=300%2C300&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2.jpg?resize=150%2C150&amp;ssl=1 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 534px) 100vw, 534px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">ANOM, Aix-en-Provence, Fonds gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, S\u00e9rie H, 21H5.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La ville de B\u00e9char, situ\u00e9e dans le sud-ouest alg\u00e9rien, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par l\u2019influence et les revendications du Makhzen marocain. Un \u00e9pisode marquant remonte \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1956, lorsque des agents des douanes marocaines, occupant un b\u00e2timent dans le centre de la ville, y hiss\u00e8rent le drapeau du Maroc. Cet acte symbolique et hautement politique survint peu apr\u00e8s le retour triomphal du sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, le 16 novembre 1955, \u00e0 l\u2019issue de deux ann\u00e9es d\u2019exil \u00e0 Madagascar.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce geste, per\u00e7u comme une affirmation de souverainet\u00e9, s\u2019inscrivait dans un contexte de red\u00e9finition des fronti\u00e8res et de r\u00e9affirmation des ambitions territoriales du Maroc post-colonial. Un document confidentiel de l\u2019\u00e9poque rapporte avec inqui\u00e9tude cet \u00e9v\u00e9nement, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 urgente de supprimer ce poste de douane marocain, dont l\u2019existence remontait \u00e0 un accord bilat\u00e9ral datant du trait\u00e9 de 1901. Ce document illustre la mont\u00e9e des tensions dans la r\u00e9gion, marquant ainsi les pr\u00e9mices d\u2019un conflit insidieux\u2013 une guerre silencieuse\u2013 visant \u00e0 effacer progressivement toute manifestation concr\u00e8te de l\u2019autorit\u00e9 marocaine dans le Sahara oriental.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9pisode constitue l\u2019un des premiers signes tangibles d\u2019un affrontement diplomatique et symbolique entre le Maroc et les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, puis alg\u00e9riennes, autour des zones frontali\u00e8res et de leur statut.<br><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"385\" height=\"525\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/3.jpg?resize=385%2C525&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4151\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/3.jpg?w=385&amp;ssl=1 385w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/3.jpg?resize=220%2C300&amp;ssl=1 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 385px) 100vw, 385px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">ANOM, Aix-en-Provence, Fonds gouvernement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, S\u00e9rie H, 1H72.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, pour maintenir la stabilit\u00e9 commerciale entre le Maroc et Tombouctou, ont conserv\u00e9 les ca\u00efds marocains de Taoud\u00e8ni, comme en t\u00e9moigne Gaudio Attilio qui \u00e9crit: \u00abenfin, et ceci est pratiquement inconnu, des ca\u00efds marocains, originaires des Beni-Ayoun, pr\u00e8s du coude de Dra\u00e2, occupaient, par succession familiale, les fonctions de ca\u00efd de Taoudeni\u00bb. (\u00abLe Dossier du Sahara Occidental\u00bb, Nouvelles \u00e9ditions Latines, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p>On observe clairement comment l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise a su tirer parti de la l\u00e9gitimit\u00e9 du makhzen et de l\u2019autorit\u00e9 du sultan pour faciliter sa conqu\u00eate coloniale. Ce pouvoir a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour garantir l\u2019approvisionnement en sel des populations de l\u2019Afrique subsaharienne, notamment \u00e0 travers la c\u00e9l\u00e8bre caravane du sel, l\u2019Azala\u00ef. La stabilit\u00e9 de cette route commerciale reposait autant sur la symbolique que sur l\u2019autorit\u00e9 r\u00e9elle du ca\u00efd local, dont le dernier repr\u00e9sentant est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p>La personne du sultan jouait un r\u00f4le central dans cette dynamique. C\u2019est en son nom que la pri\u00e8re \u00e9tait r\u00e9cit\u00e9e dans les territoires sahariens, tant dans l\u2019est du Sahara que dans celui que l\u2019on appelait alors le Sahara espagnol. Cette reconnaissance religieuse et politique permettait de maintenir la paix parmi les populations locales.<\/p>\n\n\n\n<p>La souverainet\u00e9 du sultan, profond\u00e9ment enracin\u00e9e, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement effac\u00e9e par la logique des fronti\u00e8res coloniales. Les puissances coloniales ont d\u2019ailleurs continu\u00e9 \u00e0 s\u2019appuyer sur cette l\u00e9gitimit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s 1956 que cette autorit\u00e9 traditionnelle a \u00e9t\u00e9 progressivement mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart, au profit de projets coloniaux ou s\u00e9paratistes aux desseins souvent douteux. La souverainet\u00e9 du Maroc sur Tindouf et B\u00e9char demeure grav\u00e9e dans les m\u00e9moires et est inscrite dans toutes les archives.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Loin du r\u00e9cit d\u2019un d\u00e9sert sans ma\u00eetre, le Sahara oriental portait l\u2019empreinte profonde du makhzen marocain: ca\u00efds, routes prot\u00e9g\u00e9es, dahirs, pri\u00e8res au nom du sultan. Une autorit\u00e9 historique que m\u00eame la colonisation fran\u00e7aise, en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9, s\u2019effor\u00e7a de reconduire avant de l\u2019effacer. Pr. Jillali El Adnani Sans jamais \u00eatre un d\u00e9sert sans ma\u00eetre, le &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4153,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15,35],"tags":[],"class_list":["post-4148","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes","category-slider"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/nomades-maroc.jpg?fit=773%2C364&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pfJc35-14U","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4148"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4154,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4148\/revisions\/4154"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4153"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}