{"id":4195,"date":"2025-05-16T15:54:02","date_gmt":"2025-05-16T14:54:02","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4195"},"modified":"2025-05-16T15:54:07","modified_gmt":"2025-05-16T14:54:07","slug":"la-falsification-des-cartes-cent-ans-deffacement-de-la-souverainete-marocaine-au-sahara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/la-falsification-des-cartes-cent-ans-deffacement-de-la-souverainete-marocaine-au-sahara\/","title":{"rendered":"La falsification des cartes: cent ans d\u2019effacement de la souverainet\u00e9 marocaine au Sahara"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>ChroniqueDe 1845 \u00e0 1956, la cartographie coloniale fut bien plus qu\u2019un outil technique: elle devint une arme redoutable de conqu\u00eate et de l\u00e9gitimation dans les bureaux discrets des g\u00e9ographes de l\u2019arm\u00e9e. Ligne apr\u00e8s ligne, elle a effac\u00e9 la souverainet\u00e9 historique du Maroc sur ses territoires sahariens.<br><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:316px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, les premi\u00e8res cartes publi\u00e9es dans les revues g\u00e9ographiques europ\u00e9ennes r\u00e9v\u00e8lent une grande instabilit\u00e9 dans la d\u00e9nomination et la d\u00e9limitation des r\u00e9gions sahariennes. Ce \u00abnomadisme g\u00e9ographique et toponymique\u00bb n\u2019est pas anodin: il trahit une volont\u00e9 politique \u00e0 l\u2019\u00e9poque de remodeler l\u2019espace saharien selon des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De 1845 \u00e0 1934, une succession de repr\u00e9sentations g\u00e9ographiques a progressivement effac\u00e9 la souverainet\u00e9 historique du Maroc sur de vastes zones sahariennes, en les int\u00e9grant \u00e0 un espace alg\u00e9rien artificiellement construit par la France qui consid\u00e9rait ce nouveau pays, auquel elle a donn\u00e9 un nom et des fronti\u00e8res qu\u2019il n\u2019a jamais poss\u00e9d\u00e9es, comme un territoire fran\u00e7ais. Cette op\u00e9ration cartographique a accompagn\u00e9 une politique de conqu\u00eate continue, niant les h\u00e9ritages politiques, \u00e9conomiques et spirituels du Maroc dans le Sahara.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des premiers leviers utilis\u00e9s a \u00e9t\u00e9 l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du trait\u00e9 de la Tafna sign\u00e9 en 1837 entre la France et l\u2019\u00e9mir Abdelkader. Ce texte, tout en reconnaissant \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise la souverainet\u00e9 sur des r\u00e9gions comme la Mitidja, Blida et Kol\u00e9a, laisse d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment floues les fronti\u00e8res occidentales. Le g\u00e9n\u00e9ral Bugeaud s\u2019en f\u00e9licita en affirmant que ce trait\u00e9 \u00abreconna\u00eet la souverainet\u00e9 de la France en Afrique\u00bb sans en fixer clairement les limites occidentales (cit\u00e9 par Charles-Robert Ageron, \u00abPolitiques coloniales au Maghreb\u00bb, PUF, 1972). Cette tactique permit \u00e0 l\u2019administration coloniale de repousser progressivement les fronti\u00e8res vers l\u2019int\u00e9rieur du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019artifice juridique du trait\u00e9 de Lalla Maghnia (1845)<br><\/strong>L\u2019intervention du Maroc contre la colonisation fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie, notamment son soutien \u00e0 l\u2019\u00e9mir Abdelkader, lui a co\u00fbt\u00e9 cher. La bataille d\u2019Isly (14 ao\u00fbt 1844), perdue face aux troupes fran\u00e7aises, va sceller une autre \u00e9tape de l\u2019affaiblissement g\u00e9opolitique marocain. L\u2019ann\u00e9e suivante, le 18 mars 1845, le trait\u00e9 de Lalla Maghnia vient compl\u00e9ter cette \u0153uvre d\u2019impr\u00e9cision. Le trait\u00e9 impos\u00e9 au Maroc trace une fronti\u00e8re allant de l\u2019embouchure de l\u2019Oued Kiss jusqu\u2019\u00e0 Teniet Sassi. Ce trac\u00e9\u2013 qualifi\u00e9 ironiquement de \u00abclou de Joha\u00bb par Charles-Robert Ageron\u2013 introduit une faille strat\u00e9gique: au sud de Teniet Sassi, aucune d\u00e9limitation n\u2019est pr\u00e9cis\u00e9e. Ce vide juridique offre \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise une marge de man\u0153uvre coloniale consid\u00e9rable, qu\u2019elle exploitera dans les d\u00e9cennies suivantes pour annexer de vastes territoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le contexte de la conqu\u00eate fran\u00e7aise du Touat, les c\u00e9l\u00e8bres travaux de Mandeville se sont distingu\u00e9s par leur parti-pris: il y minimise, voire efface, la pr\u00e9sence historique du Maroc dans la r\u00e9gion, ne reconnaissant qu\u2019un passage \u00ab\u00e9ph\u00e9m\u00e8re\u00bb du Makhzen. Or, comme le montrent les sources coloniales elles-m\u00eames\u2013 en particulier celles fond\u00e9es sur des archives arabes d\u00e9couvertes au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 Touat\u2013 la souverainet\u00e9 marocaine y \u00e9tait clairement attest\u00e9e. L\u2019historien A.-G.-P. Martin, dans son ouvrage \u00abQuatre si\u00e8cles d\u2019histoire du Maroc\u00bb, met en lumi\u00e8re cette r\u00e9\u00e9criture coloniale. L\u2019ouvrage, censur\u00e9 \u00e0 sa parution par le minist\u00e8re fran\u00e7ais de la Guerre, d\u00e9montre que les territoires sahariens relevaient historiquement du Maroc d\u00e8s le 16\u00e8me si\u00e8cle et avaient \u00e9t\u00e9 arbitrairement d\u00e9tach\u00e9s de l\u2019empire ch\u00e9rifien aux premi\u00e8res ann\u00e9es du 20\u00e8me si\u00e8cle pour servir l\u2019expansion de l\u2019Alg\u00e9rie coloniale (Lire quatre chroniques de Karim Serraj sur l\u2019ouvrage de A.-G.-P. Martin). Comme le rappelle Martin dans sa pr\u00e9face, l\u2019interdiction de publication est r\u00e9v\u00e9latrice du caract\u00e8re d\u00e9rangeant de cette v\u00e9rit\u00e9 historique pour l\u2019administration coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La carte ci-dessous montre d\u2019une mani\u00e8re magistrale les limites des confins alg\u00e9ro-marocains entre 1934 et 1939, et aussi les confins en bleu entre le Maroc et la Mauritanie jusqu\u2019en 1955:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"766\" height=\"530\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Carte-Limites-territoriales-1.jpg?resize=766%2C530&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4197\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Carte-Limites-territoriales-1.jpg?w=766&amp;ssl=1 766w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Carte-Limites-territoriales-1.jpg?resize=300%2C208&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 766px) 100vw, 766px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong><em>Carte \u00abLimites territoriales des confins\u00bb, Archives nationales d\u2019Outre-mer, Aix-en-Provence, Fonds minist\u00e9riel, Affpol\/2321.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cartographier pour d\u00e9poss\u00e9der<br><\/strong>Cette logique s\u2019intensifie tout au long du XX\u00e8me si\u00e8cle, y compris apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Dans les ann\u00e9es 1950, des retouches cartographiques visent \u00e0 s\u00e9curiser les r\u00e9gions riches en ressources mini\u00e8res\u2013 telles que Gara Jbilet\u2013 en les soustrayant pr\u00e9ventivement \u00e0 toute revendication marocaine. Ces modifications de cartes n\u2019\u00e9taient pas neutres: elles r\u00e9pondaient \u00e0 des vis\u00e9es strat\u00e9giques d\u2019annexion, dissimul\u00e9es sous des d\u00e9bats techniques sur les trac\u00e9s frontaliers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors des n\u00e9gociations entre la France et le Maroc \u00e0 l\u2019approche de l\u2019ind\u00e9pendance, le d\u00e9bat sur les fronti\u00e8res s\u2019est cristallis\u00e9 autour de deux options: la ligne Trinquet, fix\u00e9e au niveau de l\u2019oued Bani, et la ligne Varnier, plus au nord, \u00e0 hauteur de l\u2019oued Dr\u00e2a. Mais ces deux alternatives n\u2019\u00e9taient, en r\u00e9alit\u00e9, que deux modalit\u00e9s d\u2019un m\u00eame projet: celui de r\u00e9duire la profondeur saharienne du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La France n\u2019envisageait pas de reconna\u00eetre la marocanit\u00e9 des territoires situ\u00e9s au sud de ces lignes, quelles que soient les preuves historiques, fiscales ou religieuses invoqu\u00e9es. Ces lignes furent con\u00e7ues non pas pour refl\u00e9ter des r\u00e9alit\u00e9s sociopolitiques, mais pour r\u00e9pondre \u00e0 une logique de s\u00e9curisation militaire et \u00e9conomique des zones convoit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des instructions secr\u00e8tes pour imposer une fronti\u00e8re coloniale<br><\/strong>Des documents officiels fran\u00e7ais, longtemps rest\u00e9s confidentiels, confirment cette strat\u00e9gie. Dans une lettre dat\u00e9e du 1er juillet 1956, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Affaires \u00e9trang\u00e8res fran\u00e7ais ordonne explicitement \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Rabat d\u2019emp\u00eacher que la ligne Trinquet soit repr\u00e9sent\u00e9e comme fronti\u00e8re sud du Maroc sur les cartes officielles:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abAussi vous serais-je reconnaissant de donner toutes instructions utiles afin que cette ligne (la ligne de fronti\u00e8re Trinquet) ne soit plus port\u00e9e, comme la fronti\u00e8re sud du Maroc, sur les cartes \u00e9dit\u00e9es par les services cartographiques relevant de votre autorit\u00e9.\u00bb (Archives des affaires \u00e9trang\u00e8res, Centre de La Courneuve, Maroc, Carton 134)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En voici le document officiel:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"762\" height=\"1022\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Lettre-datee-du-1er-juillet-1956.jpg?resize=762%2C1022&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4198\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Lettre-datee-du-1er-juillet-1956.jpg?w=762&amp;ssl=1 762w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Lettre-datee-du-1er-juillet-1956.jpg?resize=224%2C300&amp;ssl=1 224w\" sizes=\"auto, (max-width: 762px) 100vw, 762px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong><em>Lettre dat\u00e9e du 1er juillet 1956, adress\u00e9e par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Affaires \u00e9trang\u00e8res fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019ambassadeur de France \u00e0 Rabat, ordonnant que la ligne Trinquet ne soit jamais repr\u00e9sent\u00e9e comme fronti\u00e8re sud du Maroc sur les cartes officielles. Archives des affaires \u00e9trang\u00e8res, Centre de La Courneuve, Maroc, Carton 134.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00eame volont\u00e9 d\u2019imposer une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique unilat\u00e9rale appara\u00eet dans une note de service dat\u00e9e du 26 d\u00e9cembre 1956, \u00e9mise par le Commandement sup\u00e9rieur interarm\u00e9es des troupes fran\u00e7aises au Maroc. Sign\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Cogny, cette note impose la suppression de toute carte ne correspondant pas au trac\u00e9 retenu par l\u2019\u00e9tat-major:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abToutes les cartes (comme celles de travail \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des Forces fran\u00e7aises) portant une fronti\u00e8re autre que celle d\u00e9finie par le calque ci-joint devront \u00eatre rectifi\u00e9es ou d\u00e9truites.\u00bb (Archives des affaires \u00e9trang\u00e8res, Centre de La Courneuve, Maroc, Carton 134)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le \u00abcalque\u00bb mentionn\u00e9 est un plan au 1\/100 000e propos\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Quenard, th\u00e9oricien de la n\u00e9gation de la marocanit\u00e9 du Sahara, en particulier des r\u00e9gions de la Saoura et de Tindouf. Ce dernier d\u00e9fendait une vision o\u00f9 ces territoires devaient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s de mani\u00e8re irr\u00e9vocable \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"725\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/note-de-service.jpg?resize=725%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4199\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/note-de-service.jpg?resize=725%2C1024&amp;ssl=1 725w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/note-de-service.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/note-de-service.jpg?w=766&amp;ssl=1 766w\" sizes=\"auto, (max-width: 725px) 100vw, 725px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong><em>Note de service dat\u00e9e du 26 d\u00e9cembre 1956, \u00e9mise par le Commandement sup\u00e9rieur interarm\u00e9es des troupes fran\u00e7aises au Maroc, sign\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Cogny, ordonnant la suppression de toute carte ne correspondant pas au trac\u00e9 retenu par l\u2019\u00e9tat-major. Archives des affaires \u00e9trang\u00e8res, Centre de La Courneuve, Maroc, Carton 134).<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une production cartographique pilot\u00e9e par l\u2019appareil colonial alg\u00e9rien<br><\/strong>D\u00e8s la p\u00e9riode coloniale, ce sont les services de renseignement fran\u00e7ais\u2013 d\u00e9pendant du minist\u00e8re des Colonies et non des Affaires \u00e9trang\u00e8res\u2013 qui dirigent l\u2019\u00e9laboration des cartes du Maghreb. Ces services, en coordination \u00e9troite avec le Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Alger et le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, ont d\u00e9fini les trac\u00e9s en fonction des imp\u00e9ratifs militaires, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques de la colonisation terrestre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce syst\u00e8me de production g\u00e9ographique ne s\u2019est pas interrompu apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie en 1962. Bien au contraire: la France a continu\u00e9 d\u2019assurer la cartographie du territoire alg\u00e9rien\u2013 notamment saharien\u2013 \u00e0 travers l\u2019Institut g\u00e9ographique national (IGN). Ce maintien du contr\u00f4le fran\u00e7ais sur les instruments de production g\u00e9ographique a consolid\u00e9 un certain imaginaire territorial, au m\u00e9pris des r\u00e9alit\u00e9s historiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La doctrine de l\u2019intangibilit\u00e9 des fronti\u00e8res en Afrique postcoloniale\u2013 promue par l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine d\u00e8s 1964\u2013 repose sur une logique cartographique. L\u2019Alg\u00e9rie y a adh\u00e9r\u00e9 avec vigueur, consciente que les cartes h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation pouvaient servir de rempart juridique \u00e0 l\u2019annexion de territoires dont ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s ses voisins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La carte oubli\u00e9e dans un hall d\u2019ambassade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00e9pisode r\u00e9v\u00e9lateur \u00e9claire la complexit\u00e9 de cette guerre des repr\u00e9sentations. En 1965, l\u2019Ambassadeur de France \u00e0 Rabat, Robert Gillet, \u00e9voque l\u2019existence, dans l\u2019aile droite de l\u2019ambassade, d\u2019une carte du Maroc qui contredit les positions officielles fran\u00e7aises sur les fronti\u00e8res sud:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abCertaines de ces cartes indiquent m\u00eame comme fronti\u00e8re sud du Maroc une ligne droite allant de la Seguiet el Hamra au Guir (15 km au nord d\u2019Igli), infiniment moins favorable \u00e0 la France que ne l\u2019est la ligne Trinquet. (Une carte de ce genre existe dans le hall d\u2019attente de l\u2019aile droite de l\u2019Ambassade).\u00bb (Archives diplomatiques de Nantes, Ambassade de France \u00e0 Rabat, 1956-1989, 558PO\/1)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette carte, plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 historique, aurait pu constituer un argument de poids dans les contentieux frontaliers de 1963 et 1975. Mais rien ne permet de dire si elle a surv\u00e9cu \u00e0 la purge cartographique impos\u00e9e par la doctrine coloniale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ChroniqueDe 1845 \u00e0 1956, la cartographie coloniale fut bien plus qu\u2019un outil technique: elle devint une arme redoutable de conqu\u00eate et de l\u00e9gitimation dans les bureaux discrets des g\u00e9ographes de l\u2019arm\u00e9e. Ligne apr\u00e8s ligne, elle a effac\u00e9 la souverainet\u00e9 historique du Maroc sur ses territoires sahariens. Pr. 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