{"id":4572,"date":"2025-07-27T15:59:10","date_gmt":"2025-07-27T14:59:10","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4572"},"modified":"2025-07-27T16:15:04","modified_gmt":"2025-07-27T15:15:04","slug":"quand-larmee-francaise-reconnaissait-en-1952-la-souverainete-du-maroc-sur-tindouf-saoura-et-touat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/quand-larmee-francaise-reconnaissait-en-1952-la-souverainete-du-maroc-sur-tindouf-saoura-et-touat\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise reconnaissait en 1952 la souverainet\u00e9 du Maroc sur Tindouf, Saoura et Touat"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Jusqu\u2019\u00e0 1952, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises reconnaissaient explicitement que la fronti\u00e8re douani\u00e8re du Maroc s\u2019\u00e9tendait au sud d\u2019Igli et du Touat, aux confins de l\u2019Afrique occidentale. La ligne Trinquet, trac\u00e9e en 1938 comme limite militaire et technique, reconnaissait sans ambigu\u00eft\u00e9 l\u2019appartenance de plusieurs localit\u00e9s au Royaume du Maroc: Merkala, Hassi Mounir, Zemoul et Oum La\u00e2char. Bien qu\u2019officieuse, elle servit de r\u00e9f\u00e9rence dans les \u00e9changes administratifs jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance du Maroc. Pourtant, apr\u00e8s 1956, la France refusa d\u2019en reconna\u00eetre toute validit\u00e9, ent\u00e9rinant de facto l\u2019effacement des droits territoriaux marocains au profit de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:329px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives militaires et diplomatiques du Protectorat r\u00e9v\u00e8lent des aveux explicites sur l\u2019\u00e9tendue de la souverainet\u00e9 marocaine dans les confins du Sahara oriental. Des rapports confidentiels r\u00e9dig\u00e9s entre 1946 et 1952 par des g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais que nous d\u00e9voilons aujourd\u2019hui attestent de cette r\u00e9alit\u00e9 et l\u00e8vent le voile sur une continuit\u00e9 territoriale effac\u00e9e, mais juridiquement document\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contenu de ces t\u00e9moignages, longtemps rest\u00e9 sous-exploit\u00e9, soul\u00e8ve des consid\u00e9rations juridiques susceptibles de renforcer la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019un nouveau recours du Royaume du Maroc devant la Cour internationale de Justice, voire m\u00eame devant la Cour p\u00e9nale internationale.<br>Entre 1946 et 1952, les positions exprim\u00e9es par le colonel Quenard (devenu plus tard g\u00e9n\u00e9ral), puis par le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, le g\u00e9n\u00e9ral Guillaume, traduisent une incertitude juridique persistante quant au trac\u00e9 des fronti\u00e8res m\u00e9ridionales du Maroc. Dans ses propos, le g\u00e9n\u00e9ral Guillaume reconna\u00eet que, malgr\u00e9 les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par la France pour annexer d\u00e9finitivement le d\u00e9partement de la Saoura, ce projet \u00abn\u2019a pas eu de reconnaissance d\u00e9finitive en 1952\u00bb et que \u00able Maroc r\u00e9clame d\u00e9j\u00e0 la marocanit\u00e9 de ces r\u00e9gions\u00bb. Il y a l\u00e0 une r\u00e9ponse claire \u00e0 ceux qui, encore aujourd\u2019hui, colportent des contre-v\u00e9rit\u00e9s sur une pr\u00e9tendue passivit\u00e9 du Royaume ch\u00e9rifien quant \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale.<br>Le d\u00e9partement de la Saoura \u00e9tait une subdivision administrative de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, cr\u00e9\u00e9e officiellement en 1957. Elle comprenait de nombreuses localit\u00e9s historiquement li\u00e9es au Maroc, selon les archives fran\u00e7aises, r\u00e9parties principalement dans trois zones actuelles: Tindouf, B\u00e9char et une partie de Tamanrasset (celle-ci incluant les c\u00e9l\u00e8bres Touat, Gourara, Tidikelt).<br>Ces affirmations officielles, \u00e9manant d\u2019autorit\u00e9s militaires charg\u00e9es de l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise, constituent des \u00e9l\u00e9ments probants permettant d\u2019\u00e9tablir une continuit\u00e9 territoriale historiquement revendiqu\u00e9e par le Maroc. Elles mettent \u00e9galement en lumi\u00e8re des manquements aux principes fondamentaux du droit international, notamment en mati\u00e8re de respect de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale d\u2019un \u00c9tat souverain, et du principe de l\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Uti_possidetis_juris\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Uti_possidetis_juris\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">uti possidetis juris<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9clarations explosives du colonel Quenard, commandant la division d\u2019Ain-Sefra<br>La souverainet\u00e9 marocaine sur le Sahara oriental \u00e9tait parfaitement connue des autorit\u00e9s coloniales fran\u00e7aises. En 1946, le commandant de la r\u00e9gion de Colomb-B\u00e9char, le colonel Quenard, en t\u00e9moigne dans une d\u00e9p\u00eache adress\u00e9e au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie. Il y dresse un constat limpide sur l\u2019autorit\u00e9 effective du Maroc sur cette zone: \u00abA. Situation politique. L\u2019emprise marocaine y est totale, et tout se passe \u00e0 Tindouf comme si la Saoura avait \u00e9t\u00e9 annex\u00e9e par le Maroc (c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019annexion par l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise de la r\u00e9gion de Tindouf avait fait ressortir la pr\u00e9sence marocaine:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; R\u00e9volte des tribus et des gouverneurs historiquement li\u00e9s au Maroc, NDLR).<br>\u2013 Existence (\u00e0 Tindouf) d\u2019une annexe de Bureau de la poste ch\u00e9rifienne, les cachets de la poste portant Tindouf-Maroc et les lettres ne pouvant \u00eatre affranchies qu\u2019avec des timbres marocains.<br>\u2013 Ravitaillement en provenance du Maroc et rations alimentaires marocaines.<br>\u2013 La monnaie alg\u00e9rienne n\u2019a, en fait, pas cours; etc.B.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La contestation de cet \u00e9tat de choses, les avantages qu\u2019ils (les Marocains) en retirent, et de vieilles traditions qui remontent au temps des Almoravides et des Ma el A\u00efnain (d\u00e9but 20\u00e8me si\u00e8cle, NDLR)) font que les Rguibat se consid\u00e8rent comme marocains. Aussi, l\u2019annexe de la Saoura constitue actuellement un trait d\u2019union entre le Maroc et l\u2019AOF. Non seulement les Rguibat Lagouassem se plaisent \u00e0 affirmer leur qualit\u00e9 de Marocains, mais les Reguibat du Sahel l\u2019affirment eux aussi, ainsi que me l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son passage \u00e0 Tindouf, le capitaine Varnoux, chef de poste d\u2019Adrar (en Mauritanie).\u00bb <strong><em>(Rapport envoy\u00e9 par le colonel Quenard, commandant la division d\u2019Ain-Sefra en s\u00e9jour \u00e0 Colomb-B\u00e9char, au ministre pl\u00e9nipotentiaire gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, Yves Jean Joseph Chataigneau, Colomb-B\u00e9char, 16 septembre 1946, Archives d\u2019Aix-en-Provence, ANOM, FGGA, 28H\/3)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce document d\u00e9montre avec clart\u00e9 que l\u2019annexion administrative de Tindouf par l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise n\u2019avait nullement isol\u00e9 cette oasis des r\u00e9seaux \u00e9tatiques, \u00e9conomiques et sociaux marocains. Au contraire, elle en constituait une extension organique et vivante. Le m\u00eame colonel Quenard, \u00e9voquant l\u2019\u00e9conomie locale, pr\u00e9cise: \u00abMais la prosp\u00e9rit\u00e9 des Rguibat ne profite pas \u00e0 l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne: bien plus, l\u2019annexe de la Saoura est une voie d\u2019eau dans cette \u00e9conomie. C\u2019est le Maroc qui en draine toutes les ressources, c\u2019est lui qui absorbe, en fin de compte, les subventions du Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral, les ressources propres de l\u2019annexe, la solde des militaires alg\u00e9riens, etc., et ce mouvement de fonds repr\u00e9sente plusieurs dizaines de millions de francs par an.\u00bb (Idem, ANOM, FGGA, 28H\/3)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces aveux \u00e9conomiques et territoriaux sont d\u2019autant plus saisissants qu\u2019ils \u00e9manent d\u2019un haut responsable militaire inform\u00e9 et impliqu\u00e9 sur le terrain. Et pourtant, malgr\u00e9 sa connaissance pr\u00e9cise de la r\u00e9alit\u00e9 marocaine de la Saoura, le colonel Quenard a ordonn\u00e9 des mesures visant \u00e0 effacer m\u00e9thodiquement cette pr\u00e9sence: suppression des timbres marocains, effacement du r\u00f4le du Goum marocain, rejet du drapeau ch\u00e9rifien, marginalisation des ca\u00efds nomm\u00e9s par le Royaume et d\u00e9cor\u00e9s du Wissam alaouite. Il \u00e9voque m\u00eame l\u2019annonce d\u2019une visite du prince Moulay El Hassan \u00e0 Tindouf en 1946, un symbole fort de souverainet\u00e9 qui n\u2019\u00e9chappait \u00e0 personne. Dans un document que nous reproduisons int\u00e9gralement, Quenard r\u00e9v\u00e8le l\u2019ampleur de l\u2019atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 de l\u2019empire ch\u00e9rifien. Et ce, alors m\u00eame que, selon ses propres mots, les autorit\u00e9s de la R\u00e9sidence consid\u00e9raient la Saoura comme une composante du Sud marocain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Voici la lettre de Quenard adress\u00e9e au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, Yves Jean Joseph Chataigneau:<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"644\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-3-4.png?resize=644%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4574\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-3-4.png?resize=644%2C1024&amp;ssl=1 644w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-3-4.png?resize=189%2C300&amp;ssl=1 189w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-3-4.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 644px) 100vw, 644px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Lettre du colonel Quenard, commandant militaire du Territoire d\u2019Ain-Sefra, adress\u00e9e au ministre pl\u00e9nipotentiaire, gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, Yves Jean Joseph Chataigneau, Colomb-Bechar, le 7 septembre 1946. Archives d\u2019Aix-en-Provence, ANOM, FGGA, 21H5.<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"712\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4-3.png?resize=712%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4575\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4-3.png?resize=712%2C1024&amp;ssl=1 712w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4-3.png?resize=209%2C300&amp;ssl=1 209w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4-3.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 712px) 100vw, 712px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Lettre du colonel Quenard, commandant militaire du Territoire d\u2019Ain-Sefra (page 2), adress\u00e9e au ministre pl\u00e9nipotentiaire, gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Alg\u00e9rie, Yves Jean Joseph Chataigneau, Colomb-Bechar, le 7 septembre 1946. Archives d\u2019Aix-en-Provence, ANOM, FGGA, 21H5.<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 cette situation qu\u2019il jugeait insupportable, le colonel Quenard propose une strat\u00e9gie d\u2019ing\u00e9nierie coloniale ubuesque: reproduire les signes ext\u00e9rieurs du pouvoir marocain en les d\u00e9tournant au profit de l\u2019autorit\u00e9 fran\u00e7aise!<br>Ainsi imagine-t-il de confectionner des burnous rouges, marocains, pour les chioukhs et ca\u00efds\u2026 mais traficot\u00e9s visuellement et comprenant des signes de la nouvelle administration coloniale.<br>Cette volont\u00e9 d\u2019effacement de la marocanit\u00e9 de la r\u00e9gion s\u2019est transmise, en droite ligne, \u00e0 des successeurs improbables, jusqu\u2019au g\u00e9n\u00e9ral Chengriha lui-m\u00eame et ses r\u00e9cents discours martiaux sur l\u2019alg\u00e9rianit\u00e9 de Bechar, h\u00e9ritier d\u2019un discours de n\u00e9gation qui persiste sous d\u2019autres uniformes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La riposte du r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, le g\u00e9n\u00e9ral Guillaume<br><\/strong>Augustin Guillaume (1895-1983), figure centrale de l\u2019appareil colonial fran\u00e7ais, occupa les fonctions de r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de France au Maroc de juillet 1951 au 31 d\u00e9cembre 1954, avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 chef d\u2019\u00e9tat-major des arm\u00e9es de 1954 \u00e0 1956. Il fut impliqu\u00e9, triste pedigree, dans le complot ayant conduit \u00e0 la d\u00e9position du sultan Sidi Mohammed Ben Youssef, le 20 ao\u00fbt 1953. On lui doit aussi la politique de prospection mini\u00e8re au Maroc et en Afrique du Nord. C\u2019est dans le cadre du programme de recherches lanc\u00e9 par le Bureau des recherches et prospections mini\u00e8res (BRPM), bas\u00e9 \u00e0 Rabat, que furent men\u00e9es, d\u00e8s 1953, des campagnes ayant abouti \u00e0 la d\u00e9couverte de gisements p\u00e9troliers en Alg\u00e9rie. Ces initiatives s\u2019inscrivaient dans une logique strat\u00e9gique plus large, en particulier dans les zones frontali\u00e8res entre le Maroc et l\u2019Alg\u00e9rie, notamment dans la r\u00e9gion de la Saoura. Elles accompagnaient une politique de r\u00e9ajustement territorial destin\u00e9e \u00e0 consolider l\u2019influence fran\u00e7aise par l\u2019annexion de r\u00e9gions historiquement marocaines, \u00e0 l\u2019image de Tabelbala, rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie en 1944, \u00e0 la veille du manifeste de l\u2019ind\u00e9pendance le 11 janvier 1944 et la mont\u00e9e du nationalisme marocain.<br>Pourtant, malgr\u00e9 son implication dans le syst\u00e8me colonial, Augustin Guillaume opposa en 1952 une r\u00e9sistance ferme aux vell\u00e9it\u00e9s expansionnistes de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, r\u00e9v\u00e9lant des tensions profondes entre int\u00e9r\u00eats g\u00e9ostrat\u00e9giques fran\u00e7ais et principes du droit international sur le respect de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale d\u2019un \u00c9tat plac\u00e9 sous r\u00e9gime de Protectorat. Voici le document, jamais publi\u00e9 auparavant:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abComme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 dans ma lettre n\u00b0 203\/SGP du 5 f\u00e9vrier 1952, je comprends les raisons qui militent en faveur des agrandissements des territoires de souverainet\u00e9 fran\u00e7aise partout o\u00f9 ceux-ci pourraient \u00eatre justifi\u00e9s, mais ce serait manquer aux devoirs de ma charge d\u2019accepter une amputation de territoire marocain qui nous serait s\u00e9v\u00e8rement reproch\u00e9e aussi bien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Maroc et qui serait tr\u00e8s difficilement d\u00e9fendable. Nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que la ligne Trinquet, qui est plus avantageuse pour nous que la ligne des Postes douaniers de 1901, objet certainement de revendications ult\u00e9rieures du Makhzen, se cristallise le plus longtemps possible et serve de base aux n\u00e9gociations qui auront lieu ult\u00e9rieurement pour l\u2019\u00e9tablissement des fronti\u00e8res.\u00bb <strong><em>(Lettre du r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, Augustin Guillaume, sur la limite administrative avec le Maroc, adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de France, Georges Bidault, 1952, Archives diplomatiques de Nantes, Ambassade de France \u00e0 Rabat, 558\/PO, Carton 104)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"992\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-5.png?resize=768%2C992&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4576\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-5.png?w=768&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-5.png?resize=232%2C300&amp;ssl=1 232w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Lettre du r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, Augustin Guillaume, sur la limite administrative avec le Maroc, adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de France, Georges Bidault, 1952, Archives diplomatiques de Nantes, Ambassade de France \u00e0 Rabat, 558\/PO, Carton 104.<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"762\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-6.png?resize=762%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4577\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-6.png?resize=762%2C1024&amp;ssl=1 762w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-6.png?resize=223%2C300&amp;ssl=1 223w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-6.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 762px) 100vw, 762px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Lettre du r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, Augustin Guillaume, sur la limite administrative avec le Maroc (page 2), adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de France, Georges Bidault, 1952, Archives diplomatiques de Nantes, Ambassade de France \u00e0 Rabat, 558\/PO, Carton 104)<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"767\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-7.png?resize=767%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4578\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-7.png?resize=767%2C1024&amp;ssl=1 767w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-7.png?resize=225%2C300&amp;ssl=1 225w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-7.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 100vw, 767px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Lettre du r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral au Maroc, Augustin Guillaume, sur la limite administrative avec le Maroc (page 3), adress\u00e9e au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de France, Georges Bidault, 1952, Archives diplomatiques de Nantes, Ambassade de France \u00e0 Rabat, 558\/PO, Carton 104.<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce document \u00e9claire une v\u00e9rit\u00e9 fondamentale: au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019appareil colonial, des responsables reconnaissaient que des territoires, marocains depuis les temps imm\u00e9moriaux, ont \u00e9t\u00e9 amput\u00e9s pour \u00eatre annex\u00e9s \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Et surtout, ils mettaient en garde contre les cons\u00e9quences politiques, juridiques et diplomatiques d\u2019une violation du pacte implicite du Protectorat. Une lucidit\u00e9 qui, bien qu\u2019isol\u00e9e, conf\u00e8re aujourd\u2019hui \u00e0 cette archive une valeur pr\u00e9cieuse dans le r\u00e9tablissement des droits historiques du Maroc sur ses confins sahariens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Relire l\u2019histoire, repenser l\u2019avenir<br><\/strong>Ainsi jusqu\u2019\u00e0 1952, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises reconnaissaient explicitement que la fronti\u00e8re douani\u00e8re du Maroc s\u2019\u00e9tendait au sud d\u2019Igli et du Touat, aux confins de l\u2019Afrique occidentale.<strong> <a href=\"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/le-sahel-lyautey-et-lintegrite-territoriale-du-maroc-histoire-de-la-ligne-fictive-de-niamey\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/le-sahel-lyautey-et-lintegrite-territoriale-du-maroc-histoire-de-la-ligne-fictive-de-niamey\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-global-color-color\">La ligne Trinquet<\/mark><\/a>,<\/strong> trac\u00e9e en 1938 comme limite militaire et technique, reconnaissait sans ambigu\u00eft\u00e9 l\u2019appartenance de plusieurs localit\u00e9s au Royaume du Maroc: Merkala, Hassi Mounir, Zemoul et Oum La\u00e2char. Bien qu\u2019officieuse, elle servit de r\u00e9f\u00e9rence dans les \u00e9changes administratifs jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Ind\u00e9pendance du Maroc. Pourtant, apr\u00e8s 1956, la France refusa d\u2019en reconna\u00eetre toute validit\u00e9, ent\u00e9rinant de facto l\u2019effacement des droits territoriaux marocains au profit de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 1962, l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante s\u2019inscrivit dans cette m\u00eame logique, rejetant toute reconnaissance des accords tacites ou des d\u00e9limitations administratives \u00e9tablies ant\u00e9rieurement. Qui plus est, en 1957, dans un contexte r\u00e9gional port\u00e9 par l\u2019implication du Maroc dans le soutien au FLN et \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale (ALN) alg\u00e9rienne, la France imposa une nouvelle ligne de fait, non n\u00e9goci\u00e9e, amputant davantage de territoires marocains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Par Jillali El Adnani<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jusqu\u2019\u00e0 1952, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises reconnaissaient explicitement que la fronti\u00e8re douani\u00e8re du Maroc s\u2019\u00e9tendait au sud d\u2019Igli et du Touat, aux confins de l\u2019Afrique occidentale. La ligne Trinquet, trac\u00e9e en 1938 comme limite militaire et technique, reconnaissait sans ambigu\u00eft\u00e9 l\u2019appartenance de plusieurs localit\u00e9s au Royaume du Maroc: Merkala, Hassi Mounir, Zemoul et Oum La\u00e2char. 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