{"id":4666,"date":"2025-08-09T17:13:35","date_gmt":"2025-08-09T16:13:35","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4666"},"modified":"2025-08-09T17:13:41","modified_gmt":"2025-08-09T16:13:41","slug":"la-guerre-du-rif-un-soulevement-emblematique-au-miroir-du-temps-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/la-guerre-du-rif-un-soulevement-emblematique-au-miroir-du-temps-3\/","title":{"rendered":"La Guerre du Rif, un soul\u00e8vement embl\u00e9matique au miroir du temps (3)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Aujourd\u2019hui, les le\u00e7ons de la Guerre du Rif devraient \u00e9galement inspirer les dirigeants de la contre-insurrection contemporaine, notamment en ce qui concerne l\u2019application des principes de Lyautey et la conduite simultan\u00e9e d\u2019actions politiques et militaires.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les protagonistes de la Guerre du Rif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Miguel Primo De Rivera<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dictateur espagnol entre 1923 et 1930, il fut l&rsquo;officier le plus haut grad\u00e9 de la contre-offensive espagnole au soul\u00e8vement de la guerre du Maroc. N\u00e9 en 1870 \u00e0 Jerez de la Frontera (Cadix), il s&rsquo;engagea dans l&rsquo;arm\u00e9e dans sa jeunesse et, entre autres destinations, il s\u2019en alla \u00e0 Cuba, aux Philippines et au Maroc, o\u00f9 il prit une part active \u00e0 la Guerre du Rif. Soldat africaniste (comme les g\u00e9n\u00e9raux Francisco Franco ou Jos\u00e9 Sanjurjo), il a \u00e9t\u00e9 promu g\u00e9n\u00e9ral &#8211; le premier de sa promotion \u00e0 atteindre ce rang &#8211; et a \u00e9t\u00e9, entre autres, capitaine g\u00e9n\u00e9ral de Valence, de Madrid et de Catalogne, o\u00f9 il a d\u00fb lutter contre l&rsquo;agitation sociale en cours. Lorsqu&rsquo;il perdit le soutien du roi Alphonse XIII et d&rsquo;une grande partie des g\u00e9n\u00e9raux, il d\u00e9missionna de son poste en janvier 1930 et s&rsquo;exila \u00e0 Paris, o\u00f9 il mourut le 16 mars de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Jos\u00e9 Sanjurjo<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fut le g\u00e9n\u00e9ral charg\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, l&rsquo;offensive espagnole contre la r\u00e9volte du Rif apr\u00e8s le D\u00e9sastre d\u2019Anoual de 1921. N\u00e9 \u00e0 Pampelune (Navarre) en 1872, il a particip\u00e9 \u00e0 la guerre de Cuba et, une fois celle-ci termin\u00e9e, a pris part \u00e0 plusieurs campagnes de la guerre du Maroc. Il devient commandant de Melilla en 1921 et commence la contre-offensive depuis Alhoceima pour soumettre le chef du Rif, Ben Abdelkrim al-Khattabi. Ses succ\u00e8s militaires lui valent d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 Haut-Commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc. D&rsquo;ailleurs en son honneur, la ville d&rsquo;Alhoceima fut nomm\u00e9e Villa Sanjurjo pendant le Protectorat. Sanjurjo a jou\u00e9 plusieurs r\u00f4les importants pendant la monarchie d&rsquo;Alfonso XIII, la dictature de Primo de Rivera, qu&rsquo;il a soutenue, et pendant la premi\u00e8re partie de la IIe R\u00e9publique. Il a favoris\u00e9 un coup d&rsquo;\u00c9tat contre la R\u00e9publique qui n&rsquo;a pas bien tourn\u00e9. Il est incarc\u00e9r\u00e9, voit sa peine de mort commu\u00e9e et s&rsquo;exile au Portugal. Il participe \u00e0 nouveau activement au coup d&rsquo;\u00c9tat de juillet 1936, mais meurt dans un accident d&rsquo;avion \u00e0 Estoril (Portugal) alors qu&rsquo;il se dirigeait vers le commandement de la r\u00e9bellion.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;arm\u00e9e, il fut g\u00e9n\u00e9ral commandant de Ceuta (1919) et de Melilla (1920-1921) pendant la Guerre du Rif et principal responsable du D\u00e9sastre d\u2019Anoual. Fils de soldat, il est n\u00e9 \u00e0 Cuba en 1871. Pendant ses \u00e9tudes militaires, il rencontre \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de Tol\u00e8de, D\u00e1maso Berenguer, futur haut-commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc. Il est \u00e0 Cuba et, apr\u00e8s plusieurs postes l\u00e0-bas, il arrive en 1904 \u00e0 Melilla, o\u00f9 il rencontrera plus tard le chef du Rif Ben Abdelkrim al-Khattabi. Les r\u00e9voltes permanentes des Rifains \u00e0 partir de 1911 lui permettent de prouver avec un certain succ\u00e8s ses comp\u00e9tences militaires. Il est nomm\u00e9 assistant de campagne du roi Alphonse XIII mais, avec l&rsquo;escalade du conflit marocain, il est envoy\u00e9 comme responsable militaire principal de Ceuta, avec Berenguer comme autorit\u00e9 principale dans le Protectorat espagnol. Un an plus tard, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du si\u00e8ge de Melilla et commence l&rsquo;invasion du Rif pour mettre fin \u00e0 l&rsquo;insurrection. Cependant, sa n\u00e9gligence \u00e0 laisser l&rsquo;arri\u00e8re sans protection et la bonne direction du chef Ben Abdelkrim al-Khattabi et de la gu\u00e9rilla des tribus du Rif ont caus\u00e9 le D\u00e9sastre d\u2019Anoual de 1922 et lui-m\u00eame est mort lors de la d\u00e9route.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>D\u00e1maso Berenguer Fust\u00e9<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait un soldat et un homme politique qui a dirig\u00e9 l&rsquo;avant-dernier gouvernement de la monarchie d\u2019Alphonse XIII. N\u00e9 \u00e0 San Juan de los Remedios (Cuba) en 1873, il a fait une carri\u00e8re militaire. En 1911, on lui confie le commandement des forces de Melilla, qu&rsquo;il r\u00e9organise. Promu g\u00e9n\u00e9ral, il est ministre de la Guerre en 1918, puis haut-commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc, le plus haut rang du protectorat espagnol. Ses bons r\u00e9sultats sont \u00e9corn\u00e9s par le comportement de son subordonn\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, lors de la catastrophe D\u2019Anoual de 1921. Inculp\u00e9 et s\u00e9par\u00e9 de ses fonctions, il est amnisti\u00e9 et r\u00e9habilit\u00e9 lors du coup d&rsquo;\u00c9tat de Miguel Primo de Rivera. En 1930, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident du gouvernement d&rsquo;Espagne par le roi Alphonse XIII, mais son r\u00e8gne n&rsquo;a dur\u00e9 qu&rsquo;un an. Avec la IIe R\u00e9publique, en 1931, il est emprisonn\u00e9 pour son r\u00f4le dans la Dictature. Amnisti\u00e9, il reprend un r\u00f4le secondaire dans la vie politique espagnole. Il meurt en 1953.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Ben Abdelkrim al-Khattabi (Mohammed Ben Abdelkrim al-Khattabi)<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait le chef de la r\u00e9volte du Rif contre les protectorats espagnol et fran\u00e7ais. N\u00e9 en 1882 dans la ville d&rsquo;Ajdir, dans la province d&rsquo;Alhoceima, il a \u00e9tudi\u00e9 le droit islamique \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de F\u00e8s et a re\u00e7u des cours \u00e0 Salamanque. Il a travaill\u00e9 pour l&rsquo;administration coloniale espagnole ; il a \u00e9t\u00e9 journaliste \u00e0 \u00ab\u00a0<em>El Telegrama del Rif<\/em>\u00a0\u00bb et a m\u00eame \u00e9t\u00e9 juge islamique (\u00ab\u00a0cadi\u00a0\u00bb) \u00e0 Melilla avant de devenir chef du Rif. Son opposition au protectorat le pousse \u00e0 se rebeller contre les administrations espagnole et fran\u00e7aise. Il dirigea les Rifains dans les attaques qui se termin\u00e8rent par le D\u00e9sastre d\u2019Anoual avec la d\u00e9faite compl\u00e8te de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole. Il proclame la R\u00e9publique du Rif, o\u00f9 il continue \u00e0 harceler le protectorat espagnol, puis les Fran\u00e7ais. Sa d\u00e9faite apr\u00e8s l&rsquo;offensive espagnole qui suit le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, le d\u00e9cide \u00e0 se rendre aux Fran\u00e7ais en mai 1926. Exil\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele de la R\u00e9union (France), il s&rsquo;\u00e9chappe et se r\u00e9fugie en \u00c9gypte o\u00f9 il promeut la lib\u00e9ration du Maghreb, sans jamais revenir dans son pays le Maroc. Il y meurt en 1963.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Ahmed ar-Raisouni<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait un autre grand protagoniste de la Guerre du Rif avec Ben Abdelkrim al-Khattabi. N\u00e9 \u00e0 T\u00e9touan (Maroc) vers 1870. Connu comme le \u00ab\u00a0<strong>Sultan des Montagnes<\/strong>\u00a0\u00bb pendant la premi\u00e8re partie de sa vie, il \u00e9tait un criminel, un pirate et un hors-la-loi. Chef des tribus du Jebala, une r\u00e9gion du nord qui s&rsquo;\u00e9tend de Tanger au Rif (est), il a combattu l&rsquo;administration coloniale espagnole. Sa r\u00e9volte sanglante prend fin en 1913 lorsque ses hommes sont vaincus par le colonel espagnol Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, qui dirigeait \u00e9galement les troupes espagnoles vaincues lors de la catastrophe d\u2019Anoual. Suite \u00e0 sa fr\u00e9quente capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation, il se soumit \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 espagnole et fut m\u00eame un chef de groupe espagnol lors de la guerre du Rif dans les ann\u00e9es 1920. Il fut vaincu et captur\u00e9 par les partisans de Ben Abdelkrim al-Khattabi. Il est mort en 1925 en d\u00e9tention chez les Rifains de l\u2019\u00e9mir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Africanismo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nouvelle entreprise coloniale de l&rsquo;Espagne au Maroc n&rsquo;\u00e9tait pas tant le r\u00e9sultat de la pression de la classe des officiers pour un nouveau r\u00f4le pour l\u2019arm\u00e9e, que du lobby n\u00e9ocolonial \u00e0 la recherche d&rsquo;un environnement stable pour ses investissements, comme cons\u00e9quence de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 des \u00e9lites gouvernantes dans une nouvelle \u00e8re d&rsquo;expansion imp\u00e9rialiste. Parce que sa d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des relations dynastiques et religieuses avait \u00e9chou\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9sastreuse en 1898, le gouvernement espagnol a cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;engager dans le syst\u00e8me instable des relations internationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le besoin de la Grande-Bretagne d&rsquo;un Etat tampon entre Gibraltar et l&rsquo;expansionnisme fran\u00e7ais en Afrique du Nord-Ouest a permis \u00e0 l&rsquo;Espagne d&rsquo;assumer un nouveau r\u00f4le colonial au Maroc dans le cadre de l&rsquo;intervention europ\u00e9enne pour garantir la stabilit\u00e9 de l&rsquo;Empire ch\u00e9rifien marocain au profit des investissements capitalistes. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;Espagne a jou\u00e9 un r\u00f4le dans l\u2019Afrique du Nord pour lequel elle n&rsquo;avait ni l&rsquo;exp\u00e9rience coloniale, ni les ressources ni le soutien de la population. L&rsquo;occasion \u00e9tait perdue pour restructurer une arm\u00e9e inefficace et pauvre en mat\u00e9riel et ressources. Dans le cours des guerres intermittentes avec les tribus du nord du Maroc entre 1909 et 1927, une nouvelle culture militaire appel\u00e9e l&rsquo;africanisme (<strong><em>Africanismo<\/em>)<\/strong>s&rsquo;est forg\u00e9e parmi une \u00e9lite d&rsquo;officiers coloniaux quidevait former les bases de l&rsquo;insurrection militaire dans lesann\u00e9es 1920 et 1930. <a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\">[i]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quatre cultures militaires sont esquiss\u00e9es comme caract\u00e9ristiques de l&rsquo;Arm\u00e9e d&rsquo;Afrique : africaniste, <em>juntero<\/em>, p\u00e9ninsulaire et politique. Bien qu&rsquo;elles coexistent parfaitement bien, chacune a connu une p\u00e9riode d\u2019h\u00e9g\u00e9monie au sein de l&rsquo;arm\u00e9e en raison de l\u2019action de l&rsquo;arm\u00e9e au Maroc dans le sens de la strat\u00e9gie des gouvernements espagnols au sujet du probl\u00e8me marocain. Il est difficile d&rsquo;identifier des cultures militaires bien d\u00e9finies dans la p\u00e9riode ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation espagnole et son expansion au Maroc entre 1909 et 1912. Plut\u00f4t, il y avait des tendances repr\u00e9sent\u00e9es par des individus. Une division plus claire des cultures a \u00e9merg\u00e9 pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale lorsque le mod\u00e8le militaire allemand a commenc\u00e9 \u00e0 influencer les perceptions de nombreux officiers coloniaux professionnels. Les campagnes expansionnistes de 1919-1921 et la catastrophe militaire d&rsquo;Anoual en 1921 ont ensuite consolid\u00e9 des cultures distinctes et concurrentes au sein de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beaucoup d&rsquo;africanistes avaient choisi de servir au Maroc parce que cela leur offrait la possibilit\u00e9 d&rsquo;une promotion rapide et d&rsquo;une meilleure paie. L&rsquo;objectif de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale \u00e9tait de pr\u00e9parer le terrain pour la p\u00e9n\u00e9tration en Afrique du Nord de la civilisation occidentale incarn\u00e9e par les valeurs traditionnelles espagnoles. Soutenir cette mission \u00e9tait la conviction que l&rsquo;Espagne \u00e9tait la mieux \u00e9quip\u00e9e pour cette t\u00e2che en raison de ses liens historiques avec le monde arabe, en g\u00e9n\u00e9ral, et le Maroc, en particulier. \u00c0 travers cette p\u00e9n\u00e9tration militaire et civile dans la r\u00e9gion, l&rsquo;Espagne avait comme ambition devenir une puissance coloniale dont le statut parmi les nations lui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 en Am\u00e9rique latine et en Europe auparavant. Cela ne pouvait \u00eatre accompli que par la formation d&rsquo;une arm\u00e9e hautement disciplin\u00e9e et professionnelle et correctement form\u00e9e et \u00e9quip\u00e9e et dirig\u00e9e par des officiers aguerris par les conditions de la guerre et renforc\u00e9e par la camaraderie et l&rsquo;esprit de corps engendr\u00e9 par la bataille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les africanistes \u00e9taient unis id\u00e9ologiquement par un sens de la mission au Maroc pour restaurer le prestige de l&rsquo;arm\u00e9e et de la nation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0La campagne d&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb<\/em>,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crivait Franco en 1921, <a href=\"#_edn2\" id=\"_ednref2\">[ii]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0est la meilleure \u00e9cole d&rsquo;entra\u00eenement, sinon la seule, pour notre Arm\u00e9e, et en elle des valeurs et des qualit\u00e9s positives sont mises \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, et ce corps d&rsquo;officiers en service de combat en Afrique, avec son moral et son estime de soi \u00e9lev\u00e9s, doit devenir le c\u0153ur et l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;arm\u00e9e continentale. \u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La camaraderie de guerre au Maroc, tant qu&rsquo;elle s&rsquo;accompagnait par un engagement dans cette mission, a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9roder les divisions entre les diff\u00e9rents corps de militaires qui les avaient distingu\u00e9s comme castes dans l&rsquo;arm\u00e9e continentale. L&rsquo;artillerie hautement technique et le corps du g\u00e9nie et le petit mais prestigieux groupe de pilotes m\u00e9lang\u00e9 socialement avec des officiers d&rsquo;infanterie et de cavalerie dans le camp et la vie de garnison. Leur collaboration sur les champs de bataille, notamment apr\u00e8s le d\u00e9sastre d&rsquo;Anoual, a impr\u00e9gn\u00e9 de nombreux officiers des diff\u00e9rents corps d&rsquo;une haine partag\u00e9e de l&rsquo;ennemi et d&rsquo;un objectif commun de vengeance. N\u00e9anmoins, parce que l&rsquo;infanterie et la cavalerie ont largement combattu dans les campagnes militaires au Maroc, c&rsquo;est dans leurs rangs que le nouvel esprit de corps \u00e9tait le plus d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mythe est ainsi n\u00e9, assimilant la culture <em>Juntero<\/em> \u00e0 un mod\u00e8le militaire p\u00e9ninsulaire caract\u00e9ris\u00e9 par la timidit\u00e9 au combat et la bureaucratie. Les relations d\u00e9j\u00e0 difficiles entre africanistes et les officiers du <em>Juntero <\/em>qui avaient forg\u00e9 leur carri\u00e8re lors des multiples campagnes marocaines se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es, en cons\u00e9quence. De plus, l&rsquo;id\u00e9ologie a commenc\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le croissant dans leurs divisions. Les dirigeants de la premi\u00e8re <em>Junta<\/em> avait d\u00e9clar\u00e9 un engagement largement rh\u00e9torique en faveur du renversement de l&rsquo;ancien syst\u00e8me de la Restauration, derri\u00e8re lequel se posaient principalement des griefs professionnels. A partir de 1921, les militants du <em>Juntero<\/em> se sont tourn\u00e9s de mani\u00e8re incertaine vers des id\u00e9es progressistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le coup d&rsquo;\u00c9tat de 1923 de Primo de Rivera, sympathisant de la junte a exacerb\u00e9 la tension en raison de l&rsquo;engagement initial de Primo pour un retrait de l&rsquo;Afrique et son plaidoyer en faveur de la promotion par anciennet\u00e9. Bien qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 soutenu par des g\u00e9n\u00e9raux africanistes, Primo a constitu\u00e9 son Directoire militaire enti\u00e8rement de brigadiers-g\u00e9n\u00e9raux repr\u00e9sentant les r\u00e9gions militaires de la p\u00e9ninsule et son manifeste \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 dans la langue des juntes. Le premier africaniste militaire, le g\u00e9n\u00e9ral Emilio Mola a \u00e9crit qu&rsquo;apr\u00e8s le coup de Primo<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cles Junteros sont r\u00e9apparus. . . parfois atterrissant dans de merveilleux postes civils \u00e0 travers leurs relations politiques, ou des postes cr\u00e9\u00e9s dans le secr\u00e9tariat par le dictateur ainsi que les meilleurs postes de l&rsquo;Afrique quand la guerre semblait s&rsquo;estomper. \u201c<\/em> <a href=\"#_edn3\" id=\"_ednref3\">[iii]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plan de Primo d&rsquo;abandonner le protectorat espagnol fut rapidement transform\u00e9 en un retrait de l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 une ligne de d\u00e9fense s\u00e9curis\u00e9e qui a laiss\u00e9 la majeure partie du territoire entre les mains des nationalistes du Rif sous Ben Abdelkrim. Malgr\u00e9 leur soutien pour le coup, les officiers africanistes s&rsquo;\u00e9taient profond\u00e9ment oppos\u00e9s \u00e0 tout retrait du Maroc. Ils ont fait part de leurs sentiments au dictateur lorsqu&rsquo;il a visit\u00e9 le protectorat l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1924. Lors d&rsquo;un d\u00eener offert par la L\u00e9gion, le lieutenant-colonel Franco de l&rsquo;\u00e9poque prononce un discours contre tout retrait et le discours du dictateur plaidant pour le retrait a \u00e9t\u00e9 accueilli avec silence. <a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\">[iv]<\/a> Un autre africaniste de premier plan, le g\u00e9n\u00e9ral Sanjurjo, r\u00e9cemment nomm\u00e9 par Primo de Rivera comme commandant g\u00e9n\u00e9ral du secteur est, s&rsquo;est oppos\u00e9 avec v\u00e9h\u00e9mence \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation dans une correspondance confidentielle avec le dictateur et a refus\u00e9 son offre de nomination en tant que haut-commissaire. <a href=\"#_edn5\" id=\"_ednref5\">[v]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le consul britannique \u00e0 Tetouan a comment\u00e9 cette situation comme suit&nbsp;: <a href=\"#_edn6\" id=\"_ednref6\">[vi]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cL&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;occupation, jug\u00e9e m\u00eame selon les normes latines, ressemble plus \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9bats grecque dans sa passion pour la politique qu&rsquo;\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de combat ; la critique interne se livre librement et ses \u00e9nergies se dissipent en pr\u00e9conisant cette politique et en la condamnant . . .&nbsp;; [Primo de Rivera] n&rsquo;a pas pu manquer d&rsquo;observer l&rsquo;atmosph\u00e8re nettement anti-establishment. Les officiers de casernes militaires n\u2019ont gu\u00e8re manqu\u00e9 d\u2019invectiver contre le Roi. \u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le repli sur les nouvelles lignes de d\u00e9fense, op\u00e9ration qui a co\u00fbt\u00e9 des milliers de vies, Primo a chang\u00e9 sa politique marocaine en r\u00e9ponse aux pressions des militaires africanistes et l&rsquo;influence des nouvelles circonstances militaires. Il a maintenant adopt\u00e9 des plans pour une intervention militaire d\u00e9cisive qui commencerait avec une invasion amphibie d&rsquo;Alhoceima, le c\u0153ur des op\u00e9rations de Ben AbdelKrim. Il s&rsquo;est \u00e9galement retourn\u00e9 contre ses anciens partisans des <em>Juntas<\/em>, abolissant le bar\u00e8me ferm\u00e9 et imposant le syst\u00e8me de promotion par m\u00e9rite. Des d\u00e9crets \u00e0 cet effet en 1925 et 1926 ont conduit \u00e0 une tentative de coup d&rsquo;\u00c9tat, le <em>Sanjuanada<\/em>, par les officiers de l&rsquo;artillerie en Espagne soutenus par les <em>Junteros<\/em> au Maroc tels que Riquelme. Ces \u00e9v\u00e9nements ont approfondi le clivage politique entre africanistes et les <em>Junteros<\/em> ; les premiers sont rest\u00e9s fid\u00e8les au Dictateur et au Roi, qui \u00e9tait bien connu pour ses sympathies envers eux, tandis que les derniers soutenaient l&rsquo;av\u00e8nement de la R\u00e9publique en 1931. La m\u00eame faille existait en 1936 au sujet du d\u00e9clenchement de l&rsquo;insurrection militaire. Alors que les africanistes toujours en service au Maroc ont rejoint la r\u00e9bellion, de nombreux <em>Junteros<\/em>, y compris certains qui avaient fait du service en Afrique, sont rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\">[i]<\/a> Pennell, C. R.&nbsp;<em>A country with a government and a flag : the Rif War in Morocco, 1921\u20131926<\/em>. Op. cit., p. 132.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">[ii]<\/a> <em>Papeles de la Guerra de Marruecos. Diario de una bandera.<\/em> Madrid, 1986 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition, 1922), pp. 85\u20136.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\">[iii]<\/a> Cit\u00e9 dans Cabanellas. <em>La guerra de los Mil D\u00edas<\/em>, vol. 1, 118, n. 36.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\">[iv]<\/a> Preston, Paul. <em>Franco : A Biography<\/em>. London&nbsp;: Harper Collin Publishers, 1993, p. 45.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\">[v]<\/a> SHM R573, legajo 403, carpeta 8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\">[vi]<\/a> Rapport du Consul-G\u00e9n\u00e9ral anglais \u00e0 Tanger, 27.7.24, PRO FO 636\/6.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u201cThe army of occupation, judged even by Latin standards, more nearly resembles a Greek debating society in its passion for politics than a fighting instrument ; internal criticism is freely indulged in and its energies are dissipated in advocating this policy and condemning that . . . [Primo de Rivera] cannot have failed to observe the distinctly anti-Directory atmosphere. In the military casino officers have been heard even to inveigh against the King. \u201c<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, les le\u00e7ons de la Guerre du Rif devraient \u00e9galement inspirer les dirigeants de la contre-insurrection contemporaine, notamment en ce qui concerne l\u2019application des principes de Lyautey et la conduite simultan\u00e9e d\u2019actions politiques et militaires. 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