{"id":4737,"date":"2025-08-21T16:00:18","date_gmt":"2025-08-21T15:00:18","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4737"},"modified":"2025-08-21T16:00:22","modified_gmt":"2025-08-21T15:00:22","slug":"archives-portugaises-memoire-palimpseste-dune-histoire-partagee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/archives-portugaises-memoire-palimpseste-dune-histoire-partagee\/","title":{"rendered":"Archives portugaises: m\u00e9moire palimpseste d\u2019une histoire partag\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Des premi\u00e8res chroniques du Moyen \u00c2ge aux trait\u00e9s diplomatiques du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, en passant par les cartes jalousement gard\u00e9es et les lettres des consuls de Tanger, les archives portugaises offrent un miroir saisissant d\u2019une relation ancienne, pr\u00e9cieuse, et toujours d\u2019actualit\u00e9 avec le Maroc.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"784\" height=\"493\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=784%2C493&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-3434\" style=\"width:362px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?w=784&amp;ssl=1 784w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=300%2C189&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Jillali-El-Adnani-2.jpg?resize=768%2C483&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 784px) 100vw, 784px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Jillali El Adnani<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les archives diplomatiques portugaises (minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res) abritent des correspondances et rapports couvrant les principaux \u00e9v\u00e9nements entre les deux pays. Ces archives comprennent par exemple une vingtaine de dossiers (plus de 6.000 pages) retra\u00e7ant tous les faits marquants partag\u00e9s entre le Maroc et le Portugal du XVIII\u00e8me au XX\u00e8me si\u00e8cle. Une mine d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le gros du morceau est dans les entrailles de l\u2019Arquivo Nacional da Torre do Tombo \u00e0 Lisbonne, o\u00f9 repose une part pr\u00e9cieuse de l\u2019histoire du Maroc. Cet ancien monast\u00e8re devenu cath\u00e9drale archivistique abrite depuis des si\u00e8cles les correspondances royales, r\u00e9cits d\u2019ambassadeurs, actes de gouverneurs et inventaires de possessions. On y lit le Maroc en filigrane, dans la langue du royaume de Manuel Ier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ceuta 1415, acte fondateur des archives<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fin du Moyen \u00c2ge voit le Portugal s\u2019engager dans une politique d\u2019expansion au Maroc, g\u00e9n\u00e9rant les plus anciennes archives sur le sujet. La conqu\u00eate de Ceuta en 1415 par le roi D Jo\u00e3o Ier (Jean Ier) est bien document\u00e9e. La chronique officielle de Gomes Eanes de \u00abZurara, Cr\u00f3nica da tomada de Ceuta\u00bb en relate le d\u00e9roulement; ce manuscrit est conserv\u00e9 \u00e0 la Torre do Tombo.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"597\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-3-2.png?resize=768%2C597&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4738\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-3-2.png?w=768&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-3-2.png?resize=300%2C233&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">C\u00e9r\u00e9monie de la Prise de Ceuta, 1415, par Legrand, Gravure en noir et blanc. Portugal, Torre do Tombo, Succession d&rsquo;Ant\u00f3nio da Rocha Madahil, Gravures, n\u00b0 2. (Business Graphics Datentechnik GmbH)<br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es qui suivent, le royaume du Portugal tente d\u2019autres exp\u00e9ditions. L\u2019\u00e9chec du si\u00e8ge de Tanger en 1437 \u2013 o\u00f9 le prince Henri le Navigateur subit un revers majeur \u2013 a \u00e9galement laiss\u00e9 des traces documentaires. Des chroniques et lettres contemporaines d\u00e9crivent les conditions de ce d\u00e9sastre, m\u00eame si elles sont moins connues du grand public.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"702\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-4.png?resize=702%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4739\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-4.png?resize=702%2C1024&amp;ssl=1 702w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-4.png?resize=206%2C300&amp;ssl=1 206w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-4.png?w=768&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Chronique de la prise de Ceuta par le roi Jean Ier, troisi\u00e8me partie, par Gomes Eanes de Zurara. Portugal, Torre do Tombo, Chroniques n\u00b0 9. Archives nationales de Torre do Tombo, 1415, Lisbonne.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours de la seconde moiti\u00e9 du XV\u00e8me si\u00e8cle, profitant de l\u2019affaiblissement du pouvoir wattasside au Maroc, les Portugais s\u2019implantent sur plusieurs ports atlantiques. Ces conqu\u00eates ont engendr\u00e9 des actes officiels aujourd\u2019hui conserv\u00e9s: par exemple, une charte royale de 1460 sign\u00e9e par l\u2019Infant Henri attribue l\u2019\u00e9glise de Santa Maria de Ceuta \u00e0 l\u2019Ordre du Christ, t\u00e9moignant de l\u2019organisation religieuse des nouveaux territoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On trouve \u00e9galement des lettres patentes et ordonnances concernant l\u2019administration de la place forte. Ainsi, une lettre de D. Jo\u00e3o Ier dat\u00e9e du 18 f\u00e9vrier 1416 ordonne aux officiers royaux de fournir \u00e0 l\u2019Infant Henri les fonds n\u00e9cessaires au ravitaillement et \u00e0 la fortification de Ceuta \u2013 document notable o\u00f9 le roi se titre pour la premi\u00e8re fois \u00ab seigneur de Ceuta \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tr\u00eaves \u00e9crites, forteresses bris\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous le r\u00e8gne de Manuel Ier (1495-1521), la pouss\u00e9e portugaise au Maroc atteint son apog\u00e9e. Parmi les documents de cette p\u00e9riode figure un type particulier de source: les capitulations et trait\u00e9s locaux conclus entre les Portugais et les autorit\u00e9s marocaines. L\u2019un des plus anciens conserv\u00e9s date de 1509 et porte sur le traitement des marchandises entre Portugais et \u00abMaures\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un accord commercial d\u00e9finissant les droits d\u2019\u00e9change. Ce document illustre les efforts pour normaliser les \u00e9changes commerciaux m\u00eame en p\u00e9riode de guerre. D\u2019autres trait\u00e9s suivront, \u00e9tablissant parfois des tr\u00eaves locales ou organisant des \u00e9changes de prisonniers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On trouve par exemple la \u00abChronique de Santa Cruz do Cabo de Gu\u00e9\u00bb, r\u00e9cit contemporain de la prise d\u2019Agadir en 1541 par les Marocains, retrouv\u00e9e et traduite par Pierre de Cenival. Cette chronique d\u00e9crit en d\u00e9tail la d\u00e9fense des forteresses portugaises face aux assauts des Saadiens, jusqu\u2019\u00e0 la capitulation finale. Les correspondances de l\u2019\u00e9poque laissent entrevoir l\u2019inqui\u00e9tude de Lisbonne et les n\u00e9gociations pour \u00e9vacuer les garnisons ou racheter les prisonniers. De fait, des listes de captifs et des comptes de ran\u00e7ons conserv\u00e9s aux archives quantifient les pertes humaines et les co\u00fbts du retrait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c9changes diplomatiques et commerciaux \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les relations entre le Portugal et le Maroc se poursuivent par la diplomatie, le commerce et quelques \u00e9pisodes militaires ponctuels. La dynastie sa\u00e2dienne, victorieuse, noue des contacts diplomatiques avec Lisbonne. Des ambassades ont lieu: par exemple, en 1541, le roi D. Jo\u00e3o III envoie un \u00e9missaire f\u00e9liciter le sultan sa\u00e2dien de ses victoires, dans l\u2019espoir d\u2019une cl\u00e9mence envers les derni\u00e8res garnisons portugaises. Plus tard, les \u00e9changes se maintiennent avec les sultans de la dynastie alaouite. Un trait\u00e9 de paix global finit par voir le jour au XVIII\u00e8me si\u00e8cle : apr\u00e8s la perte de Mazagan (El Jadida) en 1769 \u2013 ultime possession portugaise au Maroc \u2013 les deux \u00c9tats normalisent enfin leurs relations. Le trait\u00e9 du 21 mars 1774 entre le roi D Jos\u00e9 Ier et l\u2019empereur Sidi Mohammed ben Abdallah (Mohammed III) \u00e9tablit officiellement la paix et la reprise du commerce. Les archives portugaises conservent pr\u00e9cieusement cet acte: \u00e0 l\u2019occasion de son 250\u00e8me anniversaire en 2024, l\u2019ANTT l\u2019a expos\u00e9, aux c\u00f4t\u00e9s de sa traduction portugaise et d\u2019autres documents illustrant ces relations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un registre manuscrit compile les accords et lettres \u00e9chang\u00e9es entre les souverains portugais et marocains de 1504 \u00e0 1704, preuve de la continuit\u00e9 des contacts officiels. Ces documents diplomatiques portent aussi bien sur des n\u00e9gociations de paix locales, des demandes d\u2019alliance que sur des \u00e9changes de courtoisie entre les cours. Apr\u00e8s 1774, un consul g\u00e9n\u00e9ral du Portugal s\u2019\u00e9tablit de mani\u00e8re permanente \u00e0 Tanger. Les archives du XVIII\u00e8me si\u00e8cle contiennent des rapports de consuls sur l\u2019exportation depuis Larache ou Essaouira de c\u00e9r\u00e9ales, cuirs ou cires vers Lisbonne, et l\u2019importation au Maroc de tissus et autres produits europ\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cartographie et documents militaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cartographie historique constitue un volet notable des sources portugaises sur le Maroc. Les cartographes lusitaniens des XV\u00e8me-XVII\u00e8me si\u00e8cles ont produit de nombreuses cartes marines et terrestres d\u00e9taill\u00e9es du littoral marocain, jalonn\u00e9 de forts, de ports et de routes commerciales. Cette cartographie \u00e9tait jalousement gard\u00e9e secr\u00e8te \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tant elle rev\u00eatait une importance strat\u00e9gique \u2013 elle \u00e9tait tr\u00e8s disput\u00e9e et convoit\u00e9e par les puissances europ\u00e9ennes d\u2019alors. Quelques exemplaires de ces cartes ont travers\u00e9 les si\u00e8cles dans les collections portugaises. Outre l\u2019atlas de Dourado (1571), l\u2019ANTT conserve l\u2019Atlas universel de Jo\u00e3o Teixeira Albernaz (1643), qui comporte des plans de villes et ports du Maroc. Une carte nautique de 1640 par le m\u00eame Albernaz figure \u00e9galement ces c\u00f4tes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"589\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5.png?resize=768%2C589&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4740\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5.png?w=768&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/image-5.png?resize=300%2C230&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte nautique de l\u2019Atlantique Est et des c\u00f4tes marocaines, dessin\u00e9e en 1571 par le cartographe portugais Fern\u00e3o Vaz Dourado. Cet exemple d\u2019atlas nautique de la Renaissance, conserv\u00e9 \u00e0 la Torre do Tombo, illustre le niveau de d\u00e9tail et de la cartographie portugaise couvrant le Maroc.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En parcourant cet ensemble de documents \u2013 administratifs, diplomatiques, cartographiques, militaires, commerciaux et religieux \u2013 conserv\u00e9s dans les archives portugaises, on mesure l\u2019ampleur et la profondeur des liens unissant le Portugal et le Maroc.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des premi\u00e8res chroniques du Moyen \u00c2ge aux trait\u00e9s diplomatiques du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, en passant par les cartes jalousement gard\u00e9es et les lettres des consuls de Tanger, les archives portugaises offrent un miroir saisissant d\u2019une relation ancienne, pr\u00e9cieuse, et toujours d\u2019actualit\u00e9 avec le Maroc. Pr. 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