{"id":4918,"date":"2025-09-27T10:10:07","date_gmt":"2025-09-27T09:10:07","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=4918"},"modified":"2025-09-27T10:10:13","modified_gmt":"2025-09-27T09:10:13","slug":"le-monde-musulman-face-a-israel-quelle-issue-par-mohamed-chtatou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/le-monde-musulman-face-a-israel-quelle-issue-par-mohamed-chtatou\/","title":{"rendered":"Le monde musulman face \u00e0 Isra\u00ebl : quelle issue ? &#8211; par Mohamed Chtatou"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>L\u2019avenir des relations entre le monde musulman et Isra\u00ebl reste ouvert. Il d\u00e9pendra du courage politique, de la sagesse spirituelle et de la volont\u00e9 des peuples de transformer la m\u00e9moire de la souffrance en un projet de paix partag\u00e9e. Loin d\u2019\u00eatre un simple enjeu r\u00e9gional, cette r\u00e9conciliation constituerait un tournant pour l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, car elle d\u00e9montrerait qu\u2019aucun conflit, si enracin\u00e9 soit-il, n\u2019est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"673\" height=\"1009\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.png?resize=673%2C1009&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4921\" style=\"width:474px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.png?w=673&amp;ssl=1 673w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.png?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Diagramme con\u00e7u par Chtatou (2025)<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question des relations entre le monde musulman et l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl demeure, plus de soixante-quinze ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation de ce dernier, l\u2019un des foyers les plus persistants de tensions g\u00e9opolitiques, religieuses et identitaires \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Le conflit isra\u00e9lo-palestinien, souvent per\u00e7u comme le c\u0153ur battant de ces antagonismes, transcende le cadre r\u00e9gional du Proche-Orient pour devenir un point de r\u00e9f\u00e9rence incontournable dans les d\u00e9bats politiques, diplomatiques et id\u00e9ologiques au sein du monde musulman. Les \u00c9tats \u00e0 majorit\u00e9 musulmane, dispers\u00e9s sur plusieurs continents, n\u2019adoptent pourtant pas une position uniforme face \u00e0 Isra\u00ebl : leurs approches varient en fonction des dynamiques historiques, des contraintes g\u00e9opolitiques, des calculs de pouvoir et des sensibilit\u00e9s soci\u00e9tales.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:338px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019importance symbolique de J\u00e9rusalem, troisi\u00e8me lieu saint de l\u2019islam, amplifie l\u2019ancrage religieux du diff\u00e9rend, mais celui-ci s\u2019inscrit \u00e9galement dans une trame plus vaste o\u00f9 se croisent les h\u00e9ritages du colonialisme, les nationalismes arabes et islamiques, la rivalit\u00e9 entre puissances r\u00e9gionales, et les pressions exerc\u00e9es par les grandes puissances occidentales. Ainsi, la question \u00ab quelle issue ? \u00bb ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une alternative binaire entre guerre et paix ; elle implique l\u2019examen de sc\u00e9narios complexes et diff\u00e9renci\u00e9s, allant du statu quo conflictuel \u00e0 la normalisation progressive, en passant par la relance \u00e9ventuelle d\u2019un processus politique de grande envergure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce cadre, cet essai propose une analyse dense et structur\u00e9e. Apr\u00e8s avoir retrac\u00e9 les fondements historiques et les grandes \u00e9tapes des guerres isra\u00e9lo-arabes, nous explorerons la diversit\u00e9 des positions \u00e9tatiques et soci\u00e9tales dans le monde musulman. Nous examinerons ensuite les principaux obstacles qui compromettent une issue durable, avant d\u2019esquisser quatre sc\u00e9narios prospectifs et des recommandations strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cadre historique : gen\u00e8se et cristallisation du conflit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl en 1948 s\u2019inscrit dans un contexte marqu\u00e9 par le colonialisme europ\u00e9en et le d\u00e9clin de l\u2019Empire ottoman. La D\u00e9claration Balfour de 1917, par laquelle le gouvernement britannique soutenait l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un \u00ab foyer national juif \u00bb en Palestine, fut re\u00e7ue avec suspicion et hostilit\u00e9 par les populations arabes locales. Rashid Khalidi (2021\/2020) a soulign\u00e9 que cette promesse britannique, per\u00e7ue comme un acte de d\u00e9possession, marqua le d\u00e9but d\u2019un \u00ab <em>si\u00e8cle de guerre contre la Palestine<\/em> \u00bb (p. 45).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La p\u00e9riode du mandat britannique (1920-1948) fut caract\u00e9ris\u00e9e par une intensification des migrations juives, soutenues par le mouvement sioniste et par des r\u00e9seaux internationaux, et par la mont\u00e9e en puissance des nationalismes arabes. Ces dynamiques concurrentes d\u00e9bouch\u00e8rent sur une radicalisation des clivages. Lorsque l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU adopta en 1947 le plan de partage de la Palestine (r\u00e9solution 181 (II), (1947, November 29)), une fracture irr\u00e9versible s\u2019installa : les dirigeants sionistes accept\u00e8rent le projet, tandis que les repr\u00e9sentants arabes le rejet\u00e8rent cat\u00e9goriquement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre de 1948, connue c\u00f4t\u00e9 arabe comme la <em>Nakba<\/em> (\u00ab catastrophe \u00bb), Khalidi, R. (2020), provoqua l\u2019exode de centaines de milliers de Palestiniens et constitua le point de d\u00e9part d\u2019une m\u00e9moire collective durablement ancr\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes. Comme le rappelle Bar-Tal et Salomon (2006), les r\u00e9cits nationaux fa\u00e7onnent des \u00ab murs invisibles \u00bb qui structurent les identit\u00e9s et les perceptions de l\u00e9gitimit\u00e9 (p. 28). Dans le cas palestinien, la <em>Nakba<\/em> devint un mythe fondateur nourrissant un sentiment d\u2019injustice transg\u00e9n\u00e9rationnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les guerres suivantes \u2013 celle de Suez en 1956, la guerre des Six Jours en 1967 et la guerre de Ramadan\/Kippour en 1973 \u2013 accentu\u00e8rent la perception d\u2019une asym\u00e9trie de pouvoir entre Isra\u00ebl et ses voisins arabes. La guerre de 1967, en particulier, avec l\u2019occupation de J\u00e9rusalem-Est, de la Cisjordanie, de Gaza, du Sina\u00ef et du Golan, transforma le conflit en une question territoriale et religieuse majeure. Johan Galtung (1969) a d\u00e9fini ce type de situation comme relevant de la \u00ab <em>violence structurelle<\/em> \u00bb, o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de pouvoir et d\u2019acc\u00e8s aux ressources produisent un \u00e9tat permanent de domination (p. 170).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les guerres isra\u00e9lo-arabes et leurs cons\u00e9quences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire des affrontements militaires entre Isra\u00ebl et ses voisins musulmans illustre la difficult\u00e9 de d\u00e9passer la logique du conflit arm\u00e9. La guerre de 1948 d\u00e9boucha sur une s\u00e9rie d\u2019armistices qui ne r\u00e9solurent pas les causes profondes du diff\u00e9rend. La guerre de 1956, d\u00e9clench\u00e9e par la nationalisation du canal de Suez par Nasser, marqua l\u2019entr\u00e9e du conflit isra\u00e9lo-arabe dans la logique des grandes rivalit\u00e9s de la guerre froide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre des Six Jours (1967) fut un tournant d\u00e9cisif : en six jours, Isra\u00ebl occupa des territoires quatre fois plus vastes que son espace initial. Cette victoire militaire renfor\u00e7a le sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d\u2019humiliation dans le monde arabe, mais elle pla\u00e7a aussi Isra\u00ebl dans une position paradoxale : plus puissant, mais aussi plus contest\u00e9, car d\u00e9sormais occupant de territoires \u00e0 forte densit\u00e9 arabe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre du Kippour (1973) marqua un autre moment charni\u00e8re. Bien que les arm\u00e9es arabes men\u00e9es par l\u2019\u00c9gypte et la Syrie ne parvinrent pas \u00e0 reconqu\u00e9rir totalement les territoires perdus, elles bris\u00e8rent le mythe de l\u2019invincibilit\u00e9 isra\u00e9lienne. Cette guerre ouvrit paradoxalement la voie \u00e0 la diplomatie : l\u2019accord de Camp David de 1978 entre l\u2019\u00c9gypte et Isra\u00ebl, sous l\u2019\u00e9gide des \u00c9tats-Unis, se solda par un trait\u00e9 de paix en 1979, le premier entre Isra\u00ebl et un pays arabe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pr\u00e9c\u00e9dent illustre la complexit\u00e9 des relations entre confrontation et compromis. Comme le note Kelman (2005), la confiance entre ennemis peut \u00e9merger lorsque le dialogue est accompagn\u00e9 de reconnaissance de la souffrance de l\u2019autre et de la cr\u00e9ation d\u2019espaces s\u00fbrs d\u2019interaction (p. 642). Le processus de paix isra\u00e9lo-\u00e9gyptien, bien que critiqu\u00e9 dans le monde arabe comme une \u00ab <em>paix s\u00e9par\u00e9e<\/em> \u00bb, d\u00e9montra qu\u2019un chemin vers la normalisation \u00e9tait possible.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"682\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.png?resize=682%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4919\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.png?resize=682%2C1024&amp;ssl=1 682w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.png?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.png?resize=768%2C1153&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image.png?w=908&amp;ssl=1 908w\" sizes=\"auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a><strong>Diagramme con\u00e7u par Chtatou (2025)<\/strong><\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les positions des \u00c9tats musulmans : diversit\u00e9 et mutations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Refus et confrontation<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plusieurs d\u00e9cennies, la Ligue arabe a maintenu une position unifi\u00e9e de refus de toute normalisation avec Isra\u00ebl tant qu\u2019une solution juste n\u2019\u00e9tait pas trouv\u00e9e pour les Palestiniens. Cette ligne de conduite fut officialis\u00e9e lors du sommet de Khartoum en 1967 avec la formule des \u00ab trois non \u00bb : pas de paix, pas de reconnaissance, pas de n\u00e9gociation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des pays comme l\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019Iran apr\u00e8s 1979, et plus r\u00e9cemment la Turquie sous certaines phases de son leadership, ont maintenu un discours de confrontation active. L\u2019Iran, en particulier, s\u2019est positionn\u00e9 comme le principal soutien de groupes arm\u00e9s oppos\u00e9s \u00e0 Isra\u00ebl, tels que le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, transformant ainsi le conflit en un enjeu r\u00e9gional \u00e0 multiples ramifications.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Ambivalence et conditionnalit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres \u00c9tats, tels que le Qatar ou l\u2019Oman, ont opt\u00e9 pour une posture interm\u00e9diaire, combinant soutien politique \u00e0 la cause palestinienne et ouverture discr\u00e8te \u00e0 Isra\u00ebl sur le plan \u00e9conomique ou s\u00e9curitaire. Cette ambivalence illustre ce que Vertovec (2009) d\u00e9crit \u00e0 propos des diasporas : la capacit\u00e9 de naviguer dans des \u00ab <em>champs sociaux multi-situ\u00e9s<\/em> \u00bb, ici transpos\u00e9s aux \u00c9tats, qui \u00e9quilibrent leurs alliances et leurs engagements (p. 5). La formulation <em>\u00ab champs sociaux multi-situ\u00e9s \u00bb<\/em> est une traduction fid\u00e8le de \u00ab\u00a0<em>multi-sited social fields<\/em>\u00a0\u00bb (inspir\u00e9 de l&rsquo;ethnographie \u2018\u2019multi-sited\u2019\u2019 de George Marcus, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Normalisation et pragmatisme<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis 2020, les accords dits \u00ab Abraham Accords \u00bb (Chtatou, 2022, January 26&nbsp;; 2025, July 9) ont ouvert une nouvelle phase. Les \u00c9mirats arabes unis et Bahre\u00efn, suivis par le Maroc et le Soudan dans une moindre mesure, ont choisi de normaliser leurs relations avec Isra\u00ebl. Ces accords, soutenus par les \u00c9tats-Unis, reposent sur une logique pragmatique : acc\u00e8s aux technologies isra\u00e9liennes, coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, contrepoids \u00e0 l\u2019Iran, et b\u00e9n\u00e9fices diplomatiques aupr\u00e8s de Washington (State Department, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, ces normalisations se heurtent \u00e0 une forte r\u00e9sistance de l\u2019opinion publique dans plusieurs pays, o\u00f9 la solidarit\u00e9 avec les Palestiniens reste enracin\u00e9e. Comme le montrent les enqu\u00eates du Pew Research Center (2024, April 2&nbsp;; 2025, June 13), une majorit\u00e9 significative dans de nombreux pays musulmans continue d\u2019exprimer une hostilit\u00e9 envers Isra\u00ebl et une sympathie pour les Palestiniens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les guerres isra\u00e9lo-arabes et leurs cons\u00e9quences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le conflit isra\u00e9lo-arabe a \u00e9t\u00e9 structur\u00e9 par une s\u00e9rie de guerres dont les cons\u00e9quences ont fa\u00e7onn\u00e9 la g\u00e9opolitique du Moyen-Orient et red\u00e9fini les rapports du monde musulman avec Isra\u00ebl. La premi\u00e8re, celle de <strong>1948-1949<\/strong>, est consid\u00e9r\u00e9e comme fondatrice. Elle r\u00e9sulte de la proclamation unilat\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl le 14 mai 1948, suivie imm\u00e9diatement de l\u2019intervention militaire conjointe des arm\u00e9es \u00e9gyptienne, jordanienne, syrienne et irakienne. Si cette coalition arabe visait \u00e0 emp\u00eacher l\u2019implantation d\u2019un \u00c9tat juif, son \u00e9chec militaire fut retentissant : Isra\u00ebl consolida son territoire, d\u00e9passant m\u00eame les fronti\u00e8res pr\u00e9vues par le plan de partage de l\u2019ONU (Morris, 2004). Pour les Palestiniens, la d\u00e9faite se traduisit par la <strong>Nakba<\/strong>, l\u2019exode de plus de 700 000 r\u00e9fugi\u00e9s, \u00e9v\u00e9nement traumatique devenu un pilier de leur m\u00e9moire collective (Khalidi, 2020). Ainsi, la guerre de 1948 ne fut pas seulement un affrontement militaire mais une c\u00e9sure identitaire et m\u00e9morielle qui ancre jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui les imaginaires antagonistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La guerre de <strong>1967<\/strong>, dite des Six Jours, marqua une nouvelle \u00e9tape d\u00e9cisive. Isra\u00ebl, anticipant une attaque imminente, lan\u00e7a une offensive \u00e9clair qui an\u00e9antit les arm\u00e9es \u00e9gyptienne, jordanienne et syrienne en moins d\u2019une semaine. Le r\u00e9sultat territorial fut consid\u00e9rable : conqu\u00eate de la Cisjordanie, de J\u00e9rusalem-Est, de Gaza, du Golan et du Sina\u00ef. Pour le monde musulman, cette d\u00e9faite repr\u00e9senta une <strong>humiliation symbolique<\/strong> et un effondrement de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des r\u00e9gimes arabes, notamment du nass\u00e9risme \u00e9gyptien qui portait le discours panarabe (Gerges, 2016). La perte de J\u00e9rusalem-Est, avec la vieille ville et la mosqu\u00e9e al-Aqsa, conf\u00e9ra au conflit une dimension religieuse accrue, transformant une lutte territoriale en bataille pour la pr\u00e9servation des lieux saints de l\u2019islam.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En <strong>1973<\/strong>, la guerre du Kippour initia un changement de paradigme. Les arm\u00e9es \u00e9gyptienne et syrienne lanc\u00e8rent une attaque surprise contre Isra\u00ebl le jour du Yom Kippour, obtenant des gains initiaux spectaculaires dans le Sina\u00ef et le Golan. Toutefois, l\u2019avantage isra\u00e9lien fut r\u00e9tabli gr\u00e2ce au soutien logistique massif des \u00c9tats-Unis. La guerre, bien qu\u2019ayant confirm\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 militaire isra\u00e9lienne, permit \u00e0 l\u2019\u00c9gypte d\u2019obtenir un prestige symbolique en effa\u00e7ant la honte de 1967 (Sadat, 1977\/1981). Cette dynamique ouvrit la voie aux <strong>Accords de Camp David<\/strong> de 1978, qui marqu\u00e8rent la premi\u00e8re reconnaissance officielle d\u2019Isra\u00ebl par un \u00c9tat arabe, brisant ainsi le front unifi\u00e9 du monde musulman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, les conflits ult\u00e9rieurs \u2013 l\u2019invasion isra\u00e9lienne du Liban en 1982, les deux Intifadas palestiniennes (1987-1993 et 2000-2005), ainsi que les guerres r\u00e9currentes \u00e0 Gaza \u2013 ont progressivement transform\u00e9 la nature de l\u2019affrontement. D\u2019une guerre inter\u00e9tatique, le conflit est devenu un <strong>conflit asym\u00e9trique<\/strong> opposant Isra\u00ebl \u00e0 des acteurs non-\u00e9tatiques comme le Hezbollah ou le Hamas, ce qui rend la sortie de crise encore plus complexe (Byman, 2011). Ces transformations ont renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e, dans les opinions publiques musulmanes, que le conflit isra\u00e9lo-palestinien est une lutte existentielle et permanente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les positions des \u00c9tats musulmans : diversit\u00e9 et mutations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019image d\u2019un bloc musulman homog\u00e8ne face \u00e0 Isra\u00ebl est un mythe historique. Si les guerres arabes ont nourri une rh\u00e9torique d\u2019unit\u00e9, les positions des \u00c9tats musulmans se sont en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es fragment\u00e9es, oscillant entre confrontation, pragmatisme et normalisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les \u00c9tats du refus<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains pays, notamment l\u2019Iran postr\u00e9volutionnaire et la Syrie baassiste, ont fait du rejet absolu d\u2019Isra\u00ebl un pilier id\u00e9ologique. L\u2019Iran, depuis 1979, ne reconna\u00eet pas la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl et soutient des mouvements arm\u00e9s comme le Hezbollah ou le Hamas, en s\u2019appuyant sur un discours de r\u00e9sistance islamique (Takeyh, 2009). La Syrie, malgr\u00e9 des tentatives sporadiques de n\u00e9gociation (notamment sous Hafez al-Assad), a maintenu un front hostile, instrumentalisant la question palestinienne pour renforcer sa l\u00e9gitimit\u00e9 interne et r\u00e9gionale (Seale, 1988). Ces \u00c9tats du refus se posent en d\u00e9fenseurs d\u2019une cause sacr\u00e9e, mobilisant la religion et la m\u00e9moire de la Nakba pour justifier une confrontation prolong\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les \u00c9tats ambivalents<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres pays ont adopt\u00e9 une position interm\u00e9diaire, combinant rh\u00e9torique hostile et coop\u00e9ration pragmatique. La Jordanie, par exemple, bien qu\u2019ayant sign\u00e9 un trait\u00e9 de paix en 1994, reste travers\u00e9e par de fortes tensions internes en raison de sa population majoritairement d\u2019origine palestinienne (Shlaim, 2008). L\u2019Arabie saoudite, longtemps leader symbolique du refus arabe, a propos\u00e9 en 2002 l\u2019<strong>Initiative de paix arabe<\/strong>, conditionnant la normalisation avec Isra\u00ebl au retrait total des territoires occup\u00e9s et \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien (League of Arab States, 2002, March 28). Cette approche d\u00e9montre la tension entre la d\u00e9fense des symboles islamiques et la recherche d\u2019un \u00e9quilibre strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les \u00c9tats normalisateurs<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, certains pays ont franchi le pas de la reconnaissance et de la coop\u00e9ration ouverte avec Isra\u00ebl. L\u2019\u00c9gypte, d\u00e8s 1979, a sign\u00e9 la paix en \u00e9change de la restitution du Sina\u00ef, tandis que la Jordanie l\u2019a suivie en 1994. Plus r\u00e9cemment, les <strong>Accords d\u2019Abraham<\/strong> (2020) ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 cette tendance, impliquant les \u00c9mirats arabes unis, Bahre\u00efn, le Maroc et le Soudan. Ces accords illustrent une mutation profonde : pour ces r\u00e9gimes, la <strong>s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/strong>, l\u2019acc\u00e8s aux technologies isra\u00e9liennes et la convergence avec les \u00c9tats-Unis l\u2019emportent d\u00e9sormais sur la solidarit\u00e9 arabe ou islamique). Cependant, cette normalisation reste fragile, car elle ne b\u00e9n\u00e9ficie pas d\u2019un large soutien populaire et risque de cr\u00e9er un foss\u00e9 entre gouvernements et soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, loin d\u2019\u00eatre monolithiques, les positions des \u00c9tats musulmans r\u00e9v\u00e8lent un spectre de strat\u00e9gies allant du rejet id\u00e9ologique \u00e0 la coop\u00e9ration pragmatique. Cette diversit\u00e9 rend d\u2019autant plus complexe la recherche d\u2019une issue globale au conflit : la cause palestinienne, cens\u00e9e unir le monde musulman, se transforme en une variable d\u2019ajustement au gr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats nationaux et des reconfigurations r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019opinion publique musulmane et ses dynamiques transnationales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les positions officielles des \u00c9tats musulmans oscillent entre hostilit\u00e9, ambivalence et normalisation, l\u2019opinion publique dans le monde musulman demeure largement marqu\u00e9e par une hostilit\u00e9 persistante \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Isra\u00ebl. Cette hostilit\u00e9 s\u2019explique par une combinaison de facteurs historiques, religieux, identitaires et \u00e9motionnels, qui se sont consolid\u00e9s \u00e0 travers des g\u00e9n\u00e9rations. Contrairement aux gouvernements, souvent contraints par des imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques et \u00e9conomiques, les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes expriment une attache visc\u00e9rale \u00e0 la cause palestinienne, per\u00e7ue comme une lutte de dignit\u00e9, de justice et de r\u00e9sistance face \u00e0 une domination jug\u00e9e ill\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"945\" height=\"664\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.png?resize=945%2C664&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4920\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.png?w=945&amp;ssl=1 945w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.png?resize=300%2C211&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-1.png?resize=768%2C540&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 945px) 100vw, 945px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Diagramme con\u00e7u par Chtatou (2025)<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La m\u00e9moire collective et l\u2019identification symbolique<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019opinion publique musulmane est profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9e par la m\u00e9moire collective des d\u00e9faites arabes et de la <strong>Nakba<\/strong> de 1948 (Khalidi, 2020). Cette m\u00e9moire, constamment raviv\u00e9e par les comm\u00e9morations, les r\u00e9cits familiaux et les images m\u00e9diatiques des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens, agit comme un ciment transnational. Comme le souligne Bar-Tal et Salomon (2006), les r\u00e9cits collectifs dans les soci\u00e9t\u00e9s en conflit fonctionnent comme des \u00ab murs invisibles \u00bb qui structurent les perceptions et rendent difficile l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019autre. En ce sens, pour des millions de musulmans, la Palestine est moins une question diplomatique qu\u2019un symbole identitaire et religieux indissociable de leur conscience politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La centralit\u00e9 de J\u00e9rusalem et d\u2019al-Aqsa<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00e9l\u00e9ment sp\u00e9cifique renforce la mobilisation : la centralit\u00e9 de J\u00e9rusalem et de la mosqu\u00e9e al-Aqsa. Dans la conscience musulmane, J\u00e9rusalem ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une ville contest\u00e9e ; elle incarne le troisi\u00e8me lieu saint de l\u2019islam, associ\u00e9 au voyage nocturne du Proph\u00e8te (<em>isr\u0101\u02be wa-l-mi\u02bfr\u0101j<\/em>). Toute atteinte per\u00e7ue \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019acc\u00e8s des fid\u00e8les nourrit un sentiment d\u2019agression symbolique envers l\u2019ensemble de l\u2019Oumma. Ainsi, m\u00eame lorsque certains gouvernements normalisent leurs relations avec Isra\u00ebl, la rue musulmane demeure profond\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019al-Aqsa, comme en t\u00e9moignent les mobilisations massives lors des escalades \u00e0 J\u00e9rusalem en 2000, 2017 et 2021 (Shlaim, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les r\u00e9seaux m\u00e9diatiques et num\u00e9riques<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mondialisation de l\u2019information a amplifi\u00e9 l\u2019impact \u00e9motionnel du conflit. Les cha\u00eenes satellitaires arabes, comme <strong>Al-Jazeera<\/strong>, ont jou\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 un r\u00f4le central dans la diffusion d\u2019images de l\u2019Intifada et des bombardements de Gaza. Plus r\u00e9cemment, les r\u00e9seaux sociaux ont permis une mobilisation transnationale in\u00e9dite. Selon Vosoughi, Roy et Aral (2018), la viralit\u00e9 des images de violence ou de souffrance est telle que les \u00e9motions n\u00e9gatives se diffusent plus vite que les r\u00e9cits nuanc\u00e9s. Dans le cas du conflit isra\u00e9lo-palestinien, cette dynamique alimente une indignation permanente, qui traverse les fronti\u00e8res et nourrit un sentiment de solidarit\u00e9 \u00e9motionnelle \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale musulmane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Le r\u00f4le des diasporas<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les diasporas musulmanes, particuli\u00e8rement en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, jouent \u00e9galement un r\u00f4le important dans la structuration de l\u2019opinion. Comme l\u2019a montr\u00e9 Vertovec (2009), les diasporas ne sont pas de simples extensions passives des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019origine, mais des acteurs transnationaux qui articulent les d\u00e9bats dans plusieurs espaces sociaux. Les manifestations de solidarit\u00e9 propalestinienne dans des capitales occidentales illustrent comment les musulmans de la diaspora participent \u00e0 la production d\u2019une conscience globale de la cause palestinienne, tout en cherchant \u00e0 influencer les politiques \u00e9trang\u00e8res de leurs pays d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Le foss\u00e9 gouvernements-soci\u00e9t\u00e9s<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un point fondamental r\u00e9side dans le d\u00e9calage entre les choix de certains r\u00e9gimes et les aspirations de leurs populations. Alors que les accords de normalisation, comme les <strong>Accords d\u2019Abraham<\/strong> (2020), sont justifi\u00e9s par les dirigeants sur des bases \u00e9conomiques ou s\u00e9curitaires, une majorit\u00e9 de citoyens arabes et musulmans continuent de percevoir Isra\u00ebl comme une puissance occupante ill\u00e9gitime. Les sondages de l\u2019<strong>Arab Barometer<\/strong> (2022) montrent que dans des pays comme la Jordanie ou l\u2019Alg\u00e9rie, plus de 80 % des personnes interrog\u00e9es rejettent toute normalisation. Ce foss\u00e9 entre \u00e9lites et soci\u00e9t\u00e9s alimente une d\u00e9fiance envers les gouvernements, accus\u00e9s de trahir la cause palestinienne pour des int\u00e9r\u00eats limit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Vers une politisation transnationale<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, il faut noter que la cause palestinienne a acquis une valeur transnationale qui d\u00e9passe le cadre du monde arabe. Dans les mouvements islamistes comme les Fr\u00e8res musulmans ou le Hezbollah, mais aussi dans la gauche la\u00efque ou dans les mobilisations \u00e9tudiantes mondiales, la Palestine est devenue une m\u00e9taphore de la lutte contre l\u2019injustice et le colonialisme. Cela explique pourquoi le conflit isra\u00e9lo-palestinien continue de mobiliser autant d\u2019\u00e9nergie militante et \u00e9motionnelle, alors m\u00eame que d\u2019autres crises au Moyen-Orient produisent des souffrances comparables sans susciter le m\u00eame niveau d\u2019attention. En ce sens, l\u2019opinion publique musulmane demeure un acteur central qui contraint et red\u00e9finit les marges de man\u0153uvre des \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les obstacles majeurs \u00e0 une issue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le conflit isra\u00e9lo-palestinien et, plus largement, les relations entre Isra\u00ebl et le monde musulman, demeurent bloqu\u00e9s en raison d\u2019une s\u00e9rie d\u2019obstacles structurels qui s\u2019enracinent \u00e0 la fois dans la r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique, la m\u00e9moire collective et les dynamiques id\u00e9ologiques contemporaines. Ces obstacles rendent difficile toute perspective d\u2019apaisement durable, malgr\u00e9 les efforts diplomatiques et les appels internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>L\u2019asym\u00e9trie de pouvoir<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des principaux obstacles r\u00e9side dans l\u2019asym\u00e9trie radicale entre Isra\u00ebl et les Palestiniens. Isra\u00ebl b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une arm\u00e9e technologiquement avanc\u00e9e, d\u2019un soutien diplomatique fort \u2013 notamment de la part des \u00c9tats-Unis \u2013 et d\u2019une \u00e9conomie solide. \u00c0 l\u2019inverse, les Palestiniens souffrent d\u2019une fragmentation politique entre le Fatah en Cisjordanie et le Hamas \u00e0 Gaza, ainsi que d\u2019une d\u00e9pendance structurelle vis-\u00e0-vis de l\u2019aide internationale. Comme le souligne Galtung (1969), les conflits o\u00f9 l\u2019asym\u00e9trie est trop prononc\u00e9e g\u00e9n\u00e8rent une <strong>violence structurelle<\/strong> persistante, car la partie la plus faible n\u2019a ni les moyens militaires ni les instruments politiques pour imposer un compromis \u00e9quitable. Cette disproportion fragilise les tentatives de n\u00e9gociation et renforce les logiques de domination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les r\u00e9cits antagonistes et la m\u00e9moire collective<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le conflit est \u00e9galement nourri par des r\u00e9cits collectifs profond\u00e9ment antagonistes. Pour les Isra\u00e9liens, l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl repr\u00e9sente la concr\u00e9tisation d\u2019un droit historique au retour et \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination apr\u00e8s des si\u00e8cles de pers\u00e9cution, culminant avec la Shoah. Pour les Palestiniens, Isra\u00ebl incarne au contraire la d\u00e9possession et la Nakba, v\u00e9cues comme une injustice historique majeure. Ces r\u00e9cits, que Bar-Tal et Salomon (2006) qualifient de \u00ab murs invisibles \u00bb, structurent la mani\u00e8re dont chaque soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7oit sa l\u00e9gitimit\u00e9 et l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019autre. Tant que ces narratifs ne seront pas confront\u00e9s et partiellement r\u00e9concili\u00e9s par une reconnaissance mutuelle, les initiatives politiques resteront fragiles. Kelman (2005) a montr\u00e9 que la confiance entre groupes adverses ne peut \u00e9merger que si la souffrance de l\u2019autre est reconnue et int\u00e9gr\u00e9e dans le dialogue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La radicalisation et les acteurs non-\u00e9tatiques<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9mergence et la consolidation d\u2019acteurs non-\u00e9tatiques radicalis\u00e9s constituent un autre obstacle majeur. Le Hamas \u00e0 Gaza, le Hezbollah au Liban ou encore certaines factions jihadistes transnationales font de la r\u00e9sistance arm\u00e9e une composante centrale de leur identit\u00e9 politique et religieuse. Leur strat\u00e9gie repose sur le rejet total de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl, rendant toute n\u00e9gociation extr\u00eamement difficile. Du c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien, la mont\u00e9e des mouvements religieux nationalistes, favorables \u00e0 la colonisation et au refus de tout compromis territorial, alimente \u00e9galement une radicalisation qui sape les bases du dialogue (Pedahzur, 2012). Cette polarisation croissante enferme les deux camps dans une spirale o\u00f9 la violence est per\u00e7ue comme la seule option possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Les contraintes g\u00e9opolitiques r\u00e9gionales<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le conflit isra\u00e9lo-palestinien est pris dans un maillage g\u00e9opolitique plus large. L\u2019Iran instrumentalise la cause palestinienne pour affirmer son influence r\u00e9gionale et d\u00e9fier Isra\u00ebl, ce qui accro\u00eet les tensions entre T\u00e9h\u00e9ran et les monarchies du Golfe (Takeyh, 2009). La Turquie d\u2019Erdogan utilise \u00e9galement la d\u00e9fense de J\u00e9rusalem et de Gaza comme levier de l\u00e9gitimit\u00e9 dans le monde musulman, tout en maintenant des relations \u00e9conomiques avec Isra\u00ebl (Cagaptay, 2019). Ces strat\u00e9gies concurrentes complexifient le dossier en faisant de la Palestine un terrain de rivalit\u00e9s intermusulmanes. Par ailleurs, le r\u00f4le des \u00c9tats-Unis, principal alli\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl, cr\u00e9e un d\u00e9s\u00e9quilibre diplomatique qui fragilise toute m\u00e9diation per\u00e7ue comme biais\u00e9e. L\u2019Union europ\u00e9enne, malgr\u00e9 son discours normatif en faveur du droit international, reste incapable de jouer un r\u00f4le d\u00e9cisif, faute d\u2019unit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La fragmentation interne du monde musulman<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, le monde musulman lui-m\u00eame est loin de pr\u00e9senter un front uni. La rivalit\u00e9 entre sunnites et chiites, la comp\u00e9tition pour le leadership r\u00e9gional (Arabie saoudite vs. Iran, Turquie vs. \u00c9gypte), et les divergences strat\u00e9giques face aux \u00c9tats-Unis ou \u00e0 la Russie, affaiblissent toute action collective. L\u2019Organisation de la coop\u00e9ration islamique (OCI), malgr\u00e9 ses d\u00e9clarations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, n\u2019a jamais pu imposer une strat\u00e9gie commune. Cette fragmentation transforme la question palestinienne en un <strong>instrument de l\u00e9gitimation politique<\/strong> plus qu\u2019en un v\u00e9ritable moteur d\u2019unit\u00e9 islamique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Sc\u00e9narios prospectifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019issue du conflit entre Isra\u00ebl et le monde musulman demeure incertaine, oscillant entre le maintien du statu quo, une normalisation progressive, ou encore des transformations radicales. Les sc\u00e9narios prospectifs doivent \u00eatre envisag\u00e9s avec prudence, car ils reposent sur des variables multiples : l\u2019\u00e9volution des rapports de force, les dynamiques internes des soci\u00e9t\u00e9s, et l\u2019intervention d\u2019acteurs ext\u00e9rieurs. Toutefois, en d\u00e9gageant des trajectoires plausibles, il est possible d\u2019esquisser les contours de ce que pourrait \u00eatre l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La normalisation conditionnelle \u00e9largie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un premier sc\u00e9nario, d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 avec les <strong>Accords d\u2019Abraham (2020)<\/strong>, consiste en une normalisation progressive des relations entre Isra\u00ebl et certains \u00c9tats musulmans. Dans ce cadre, les motivations sont essentiellement pragmatiques : coop\u00e9ration en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 l\u2019Iran, partenariats \u00e9conomiques, et convergence strat\u00e9gique avec les \u00c9tats-Unis. Toutefois, cette normalisation ne saurait s\u2019\u00e9tendre durablement sans prendre en compte la question palestinienne. Comme l\u2019a rappel\u00e9 l\u2019Initiative de paix arabe de 2002, l\u2019ensemble du monde arabe avait conditionn\u00e9 une reconnaissance collective d\u2019Isra\u00ebl au retrait des territoires occup\u00e9s et \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien (Kaye, 2001). Ainsi, un sc\u00e9nario de normalisation \u00e9largie pourrait s\u2019envisager si Isra\u00ebl acceptait certaines concessions, permettant aux r\u00e9gimes musulmans de justifier ce choix aupr\u00e8s de leurs opinions publiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>&nbsp;Le statu quo conflictuel<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un second sc\u00e9nario, malheureusement le plus probable \u00e0 court terme, est celui du maintien d\u2019un <strong>statu quo conflictuel<\/strong>. Dans ce cas, Isra\u00ebl poursuit sa politique de colonisation en Cisjordanie et de gestion s\u00e9curitaire \u00e0 Gaza, tandis que les \u00c9tats musulmans se contentent de protestations diplomatiques, sans rupture majeure. L\u2019\u00e9quilibre r\u00e9gional resterait marqu\u00e9 par une coexistence instable, o\u00f9 les tensions \u00e9clatent r\u00e9guli\u00e8rement sans d\u00e9boucher sur une guerre totale. Ce statu quo, analys\u00e9 par Galtung (1969) comme une forme de \u00ab paix n\u00e9gative \u00bb, n\u2019apporte ni r\u00e9conciliation ni justice, mais repose sur la gestion r\u00e9currente de crises. Ce sc\u00e9nario prolongerait ind\u00e9finiment la souffrance palestinienne et alimenterait l\u2019hostilit\u00e9 populaire envers les r\u00e9gimes qui coop\u00e8rent avec Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La relance d\u2019un processus de n\u00e9gociation<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un troisi\u00e8me sc\u00e9nario envisagerait une relance significative du processus de paix. Celle-ci n\u00e9cessiterait une recomposition politique majeure : une unit\u00e9 retrouv\u00e9e du camp palestinien entre le Fatah et le Hamas, une volont\u00e9 isra\u00e9lienne de limiter les implantations, et une m\u00e9diation internationale plus \u00e9quilibr\u00e9e. Lederach (1997) insiste sur l\u2019importance d\u2019ancrer la paix dans les pratiques locales et dans la confiance interpersonnelle, plut\u00f4t que de la r\u00e9duire \u00e0 des accords entre \u00e9lites. Dans cette optique, les soci\u00e9t\u00e9s civiles isra\u00e9lienne, palestinienne et musulmane plus largement, devraient \u00eatre impliqu\u00e9es dans des initiatives de dialogue, de reconnaissance mutuelle et de justice transitionnelle. Ce sc\u00e9nario reste fragile mais demeure la seule perspective d\u2019une paix durable fond\u00e9e sur la reconnaissance r\u00e9ciproque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La transformation radicale<\/em><\/strong> Enfin, un sc\u00e9nario plus incertain mais potentiellement d\u00e9cisif est celui d\u2019une transformation radicale des rapports entre Isra\u00ebl et le monde musulman. Une telle transformation pourrait r\u00e9sulter soit d\u2019un bouleversement interne en Isra\u00ebl (par exemple, une remise en cause profonde de la colonisation et un r\u00e9\u00e9quilibrage politique), soit d\u2019une dynamique transnationale o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s musulmanes imposeraient \u00e0 leurs r\u00e9gimes une solidarit\u00e9 plus ferme avec la Palestine. Cette transformation pourrait \u00e9galement \u00eatre aliment\u00e9e par des mobilisations globales, comme celles observ\u00e9es dans le mouvement <strong>Boycott, D\u00e9sinvestissement, Sanctions (BDS)<\/strong>, qui visent \u00e0 faire pression sur Isra\u00ebl par des moyens \u00e9conomiques et culturels (Barghouti, 2011). Si ce sc\u00e9nario reste hypoth\u00e9tique, il met en lumi\u00e8re la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9volution par le bas, issue des soci\u00e9t\u00e9s plut\u00f4t que des \u00c9tats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Recommandations strat\u00e9giques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse historique, religieuse et g\u00e9opolitique montre que l\u2019antagonisme entre le monde musulman et Isra\u00ebl ne peut \u00eatre r\u00e9solu par de simples compromis techniques ou des n\u00e9gociations ponctuelles. Il s\u2019agit d\u2019un conflit enracin\u00e9 dans des m\u00e9moires, des r\u00e9cits identitaires et des asym\u00e9tries de pouvoir. Par cons\u00e9quent, toute strat\u00e9gie de r\u00e9solution doit combiner des dimensions politiques, sociales, religieuses et \u00e9thiques. Plusieurs pistes peuvent \u00eatre envisag\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>&nbsp;<em>Promouvoir le dialogue interreligieux<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des leviers majeurs r\u00e9side dans le <strong>dialogue interreligieux<\/strong>. Les traditions musulmane et juive, malgr\u00e9 les tensions, partagent une longue histoire d\u2019interactions intellectuelles et culturelles. Mettre en avant les convergences spirituelles \u2013 monoth\u00e9isme, \u00e9thique de justice, hospitalit\u00e9, protection des minorit\u00e9s \u2013 pourrait contribuer \u00e0 humaniser l\u2019autre camp et \u00e0 d\u00e9construire les st\u00e9r\u00e9otypes. Des initiatives comme celles de l\u2019<strong>Universit\u00e9 Al-Qarawiyyin de F\u00e8s<\/strong> ou du <strong>Shalom Hartman Institute de J\u00e9rusalem<\/strong> ont d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 des espaces de rencontre entre oul\u00e9mas et rabbins. Ce type de diplomatie religieuse pourrait constituer un socle compl\u00e9mentaire aux processus politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Int\u00e9grer la justice transitionnelle<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La paix ne peut se limiter \u00e0 un cessez-le-feu ou \u00e0 une reconnaissance diplomatique. Elle doit inclure une <strong>justice transitionnelle<\/strong> permettant de reconna\u00eetre les torts subis et de restaurer la dignit\u00e9 des victimes. Les exp\u00e9riences sud-africaine ou rwandaise montrent que la reconnaissance officielle des injustices, accompagn\u00e9e de m\u00e9canismes de r\u00e9paration symbolique ou mat\u00e9rielle, facilite la r\u00e9conciliation. Dans le cas isra\u00e9lo-palestinien, cela impliquerait la reconnaissance de la <strong>Nakba de 1948<\/strong>, la question des r\u00e9fugi\u00e9s, ainsi qu\u2019une clarification des droits des minorit\u00e9s arabes en Isra\u00ebl. Sans un tel cadre, tout accord resterait per\u00e7u comme incomplet et injuste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>R\u00e9activer la diplomatie r\u00e9gionale<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9solution du conflit ne saurait \u00eatre laiss\u00e9e aux seuls acteurs directs. Les \u00c9tats musulmans ont un r\u00f4le \u00e0 jouer, mais celui-ci doit d\u00e9passer les postures symboliques ou les calculs strat\u00e9giques. La <strong>diplomatie r\u00e9gionale<\/strong> pourrait s\u2019appuyer sur des cadres comme l\u2019<strong>Organisation de la coop\u00e9ration islamique (OCI)<\/strong> ou encore l\u2019<strong>Union africaine<\/strong>, afin de porter une vision coh\u00e9rente et constructive. En parall\u00e8le, l\u2019Union europ\u00e9enne pourrait jouer un r\u00f4le de m\u00e9diateur impartial, en conditionnant ses partenariats avec Isra\u00ebl et les pays musulmans au respect du droit international. Une diplomatie concert\u00e9e, plut\u00f4t que fragment\u00e9e, renforcerait la l\u00e9gitimit\u00e9 des initiatives de paix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Renforcer le r\u00f4le des soci\u00e9t\u00e9s civiles<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les soci\u00e9t\u00e9s civiles isra\u00e9lienne, palestinienne et musulmane disposent d\u2019un potentiel consid\u00e9rable de transformation. Des associations comme <strong>Breaking the Silence<\/strong> (Isra\u00ebl) ou le <strong>Centre Al-Haq<\/strong> (Palestine) illustrent d\u00e9j\u00e0 un travail courageux de documentation et de plaidoyer. Soutenir ces initiatives, financer des programmes \u00e9ducatifs communs et multiplier les \u00e9changes universitaires et culturels entre jeunes g\u00e9n\u00e9rations sont autant de moyens de cr\u00e9er des ponts. La paix durable d\u00e9pend moins des \u00e9lites politiques que des dynamiques sociales et de la capacit\u00e9 des peuples \u00e0 se reconna\u00eetre mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Inscrire la r\u00e9solution dans une perspective \u00e9thique globale<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la r\u00e9conciliation entre Isra\u00ebl et le monde musulman doit \u00eatre replac\u00e9e dans une perspective \u00e9thique plus large, fond\u00e9e sur le respect du <strong>droit international<\/strong>, la dignit\u00e9 humaine et la solidarit\u00e9 universelle. Les travaux de Hans K\u00fcng (1991) sur une \u00ab <em>\u00e9thique plan\u00e9taire<\/em> \u00bb soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un socle moral commun transcendant les appartenances religieuses et nationales. Dans ce cadre, la coexistence jud\u00e9o-musulmane ne serait pas per\u00e7ue comme une concession, mais comme une contribution \u00e0 la paix mondiale et \u00e0 la pr\u00e9servation de l\u2019humanit\u00e9 commune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019examen des relations entre le monde musulman et Isra\u00ebl r\u00e9v\u00e8le une complexit\u00e9 qui d\u00e9passe de loin les simples oppositions politiques. Le conflit puise ses racines dans l\u2019histoire coloniale, dans les m\u00e9moires douloureuses de la <strong><em>Nakba<\/em><\/strong> et de la Shoah, dans les r\u00e9cits religieux concurrents et dans les asym\u00e9tries g\u00e9opolitiques. Il s\u2019agit moins d\u2019une querelle circonstancielle que d\u2019un <strong>conflit structurel<\/strong>, o\u00f9 se jouent la l\u00e9gitimit\u00e9 des identit\u00e9s, la justice pour les victimes et la souverainet\u00e9 des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, r\u00e9duire cette relation \u00e0 une fatalit\u00e9 de l\u2019affrontement serait c\u00e9der au d\u00e9terminisme historique. L\u2019analyse montre au contraire l\u2019existence de <strong>failles dans le mur du conflit<\/strong>, o\u00f9 s\u2019inscrivent des possibilit\u00e9s de r\u00e9conciliation. Ces possibilit\u00e9s r\u00e9sident dans la reconnaissance mutuelle, dans la capacit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s civiles \u00e0 cr\u00e9er des ponts, dans le r\u00f4le des intellectuels, des artistes et des \u00e9ducateurs pour fa\u00e7onner des r\u00e9cits partag\u00e9s, mais aussi dans la <strong>dimension religieuse<\/strong> qui, si elle est r\u00e9orient\u00e9e vers le dialogue, peut redevenir un espace de rapprochement plut\u00f4t que de division.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde musulman, dans sa diversit\u00e9, oscille entre rejet cat\u00e9gorique, normalisation pragmatique et tentatives de m\u00e9diation. Isra\u00ebl, de son c\u00f4t\u00e9, reste marqu\u00e9 par une logique s\u00e9curitaire qui entretient la m\u00e9fiance et nourrit le cercle de la violence. La sortie de cette impasse exige non seulement des accords politiques mais aussi une transformation des imaginaires collectifs. Comme l\u2019ont soulign\u00e9 Bar-Tal et Salomon (2006), les r\u00e9cits constituent les v\u00e9ritables \u00ab <em>murs invisibles<\/em> \u00bb du conflit : les abattre est une t\u00e2che longue, mais indispensable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La paix, dans cette perspective, ne peut \u00eatre pens\u00e9e comme une fin impos\u00e9e par les vainqueurs, mais comme un <strong>processus \u00e9thique<\/strong>, o\u00f9 justice, reconnaissance et dignit\u00e9 deviennent les conditions premi\u00e8res. L\u2019exp\u00e9rience des autres conflits prolong\u00e9s \u2013 Irlande du Nord, Afrique du Sud \u2013 d\u00e9montre que l\u2019impossible peut devenir r\u00e9alit\u00e9 d\u00e8s lors que les adversaires acceptent d\u2019entrer dans une logique de r\u00e9ciprocit\u00e9 et de transformation mutuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, l\u2019issue entre le monde musulman et Isra\u00ebl ne r\u00e9side pas dans une victoire unilat\u00e9rale, mais dans la construction patiente d\u2019une <strong>convivialit\u00e9<\/strong> (Illich, 1973), entendue comme la capacit\u00e9 des peuples \u00e0 enrichir mutuellement leurs existences malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences. Cette convivialit\u00e9, loin de se limiter \u00e0 une coexistence passive, suppose un engagement actif des acteurs politiques, religieux et civils pour \u00e9riger un horizon commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, l\u2019avenir des relations entre le monde musulman et Isra\u00ebl reste ouvert. Il d\u00e9pendra du courage politique, de la sagesse spirituelle et de la volont\u00e9 des peuples de transformer la m\u00e9moire de la souffrance en un projet de paix partag\u00e9e. Loin d\u2019\u00eatre un simple enjeu r\u00e9gional, cette r\u00e9conciliation constituerait un <strong>tournant pour l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re<\/strong>, car elle d\u00e9montrerait qu\u2019aucun conflit, si enracin\u00e9 soit-il, n\u2019est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><strong>Bibliographie<\/strong><\/a><strong>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Arab Barometer. (2022). How do MENA citizens view normalization with Israel? <a href=\"https:\/\/www.arabbarometer.org\/2022\/09\/how-do-mena-citizens-view-normalization-with-israel\/\">https:\/\/www.arabbarometer.org\/2022\/09\/how-do-mena-citizens-view-normalization-with-israel\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Barghouti, O. (2011). <em>Boycott, divestment, and sanctions: The global struggle for Palestinian rights<\/em>. Haymarket Books.<\/li>\n\n\n\n<li>Bar-Tal, D., &amp; Salomon, G. (2006). Israeli-Jewish narratives of the Israeli\u2013Palestinian conflict: Evolvement, contents, functions and consequences. In R. Rotberg (Ed.), <em>Israeli and Palestinian narratives of conflict: History\u2019s double helix<\/em> (pp. 19\u201346). Indiana University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Bar-Tal, D., &amp; Salomon, G. (2006). Peace education in Israel: A process of changing beliefs, attitudes and values. In K. V. Boulding &amp; J. O&rsquo;Brien (Eds.), <em>Understanding peace cultures<\/em> (pp. 27\u201341). Polity Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Byman, D. (2011). <em>A high price: The triumphs and failures of Israeli counterterrorism<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Cagaptay, S. (2019). <em>Erdogan&rsquo;s empire: Turkey and the politics of the Middle East<\/em>. I.B. Tauris.<\/li>\n\n\n\n<li>Chtatou, M. (2022, January 26). 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(2016). <em>Making the Arab world: Nasser, Qutb, and the clash that shaped the Middle East<\/em>. Princeton University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Illich, I. (1973). <em>Tools for conviviality<\/em>. Harper &amp; Row.<\/li>\n\n\n\n<li>Kaye, D. D. (2001). <em>Beyond the handshake: Multilateral cooperation in the Arab-Israeli peace process, 1991\u20131996<\/em>. Columbia University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7312\/kaye12002\">https:\/\/doi.org\/10.7312\/kaye12002<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Kelman, H. C. (2005). Building trust among enemies: The central challenge for international conflict resolution. <em>International Journal of Intercultural Relations, 29<\/em>(6), 639\u2013650. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ijintrel.2005.07.011\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ijintrel.2005.07.011<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Khalidi, R. (2020). <em>The hundred years&rsquo; war on Palestine: A history of settler colonialism and resistance, 1917\u20132017<\/em>. Metropolitan Books\/Henry Holt and Company.<\/li>\n\n\n\n<li>Khalidi, R. (2021). <em>La guerre de cent ans contre la Palestine : Histoire du colonialisme sioniste et de la r\u00e9sistance palestinienne, 1917-2017<\/em> (M. Cheylan, Trad.). Fayard.<\/li>\n\n\n\n<li>K\u00fcng, H. (1990). <em>Projekt Weltethos [Global responsibility: In search of a new world ethic]<\/em>. Piper.<\/li>\n\n\n\n<li>K\u00fcng, H. (1991). <em>Global responsibility: In search of a new world ethic<\/em>. SCM Press.<\/li>\n\n\n\n<li>League of Arab States. (2002, March 28). Arab Peace Initiative. Beirut Summit. <a href=\"https:\/\/www.kas.de\/c\/document_library\/get_file?uuid=a5dab26d-a2fe-dc66-8910-a13730828279&amp;groupId=268421\">https:\/\/www.kas.de\/c\/document_library\/get_file?uuid=a5dab26d-a2fe-dc66-8910-a13730828279&amp;groupId=268421<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Lederach, J. P. (1997). <em>Building peace: Sustainable reconciliation in divided societies<\/em>. United States Institute of Peace Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Morris, B. (2004). <em>The birth of the Palestinian refugee problem revisited<\/em>. Cambridge University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Pedahzur, A. (2012). <em>The triumph of Israel\u2019s radical right<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199744701.001.0001\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/acprof:oso\/9780199744701.001.0001<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Pew Research Center. (2024, April 2). In views of Israel-Hamas war, younger Americans stand out. <a href=\"https:\/\/www.pewresearch.org\/short-reads\/2024\/04\/02\/younger-americans-stand-out-in-their-views-of-the-israel-hamas-war\/\">https:\/\/www.pewresearch.org\/short-reads\/2024\/04\/02\/younger-americans-stand-out-in-their-views-of-the-israel-hamas-war\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Pew Research Center. (2025, June 13). Global views of Israel and Netanyahu, spring 2025. <a href=\"https:\/\/www.pewresearch.org\/short-reads\/2025\/06\/03\/most-people-across-24-surveyed-countries-have-negative-views-of-israel-and-netanyahu\/\">https:\/\/www.pewresearch.org\/short-reads\/2025\/06\/03\/most-people-across-24-surveyed-countries-have-negative-views-of-israel-and-netanyahu\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Salomon, G., &amp; Nevo, B. (Eds.). (2002). <em>Peace education: The concept, principles, and practices around the world<\/em>. Lawrence Erlbaum Associates.<\/li>\n\n\n\n<li>Seale, P. (1988).\u00a0<em>Asad: The Struggle for the Middle East<\/em>. University of California Press.<\/li>\n\n\n\n<li>Shlaim, A. (2008). <em>Lion of Jordan: The life of King Hussein in war and peace<\/em>. Penguin Books.<\/li>\n\n\n\n<li>Shlaim, A. (2023). The diplomacy of the Israeli-Palestinian conflict (1967\u20132023) [Expert report submitted to the International Court of Justice]. International Court of Justice. <a href=\"https:\/\/www.icj-cij.org\/node\/203735\">https:\/\/www.icj-cij.org\/node\/203735<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Takeyh, R. (2009). <em>Guardians of the revolution: Iran and the world in the age of the ayatollahs. <\/em>Oxford University Press.<\/li>\n\n\n\n<li>U.S. Department of State. (2020, September 15). Abraham Accords Declaration. <a href=\"https:\/\/www.state.gov\/the-abraham-accords\/\">https:\/\/www.state.gov\/the-abraham-accords\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>United Nations General Assembly. (1947, November 29). Resolution 181 (II). Future government of Palestine. United Nations. <a href=\"https:\/\/www.un.org\/unispal\/document\/auto-insert-201476\/\">https:\/\/www.un.org\/unispal\/document\/auto-insert-201476\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Vertovec, S. (2009). <em>Transnationalism<\/em>. Routledge. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203927083\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203927083<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Vosoughi, S., Roy, D., &amp; Aral, S. (2018). The spread of true and false news online. <em>Science, 359<\/em>(6380), 1146\u20131151. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aap9559\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aap9559<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Wardle, C., &amp; Derakhshan, H. (2017). <em>Information disorder: Toward an interdisciplinary framework for research and policymaking<\/em>. Council of Europe. <a href=\"https:\/\/rm.coe.int\/information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-researc\/168076277c\">https:\/\/rm.coe.int\/information-disorder-toward-an-interdisciplinary-framework-for-researc\/168076277c<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019avenir des relations entre le monde musulman et Isra\u00ebl reste ouvert. Il d\u00e9pendra du courage politique, de la sagesse spirituelle et de la volont\u00e9 des peuples de transformer la m\u00e9moire de la souffrance en un projet de paix partag\u00e9e. 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