{"id":5951,"date":"2026-02-24T23:16:49","date_gmt":"2026-02-24T22:16:49","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=5951"},"modified":"2026-02-24T23:16:56","modified_gmt":"2026-02-24T22:16:56","slug":"lalgerie-le-polisario-et-la-resolution-2797-anatomie-dun-recul-diplomatique-par-mohamed-chtatou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/lalgerie-le-polisario-et-la-resolution-2797-anatomie-dun-recul-diplomatique-par-mohamed-chtatou\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Alg\u00e9rie, le Polisario et la r\u00e9solution 2797 : anatomie d&rsquo;un recul diplomatique \u2013 par Mohamed Chtatou"},"content":{"rendered":"\n<p>Le Maroc, elle confirme que sa strat\u00e9gie de normalisation progressive, patiente et multidimensionnelle, porte ses fruits.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Lecture d&rsquo;une d\u00e9faite annonc\u00e9e dans les couloirs onusiens<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:337px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Il y a des votes au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies qui, au-del\u00e0 de leur technicit\u00e9 apparente, redistribuent silencieusement les cartes d&rsquo;un conflit. La r\u00e9solution 2797, adopt\u00e9e en octobre 2025, est de ceux-l\u00e0. Pour Rabat, elle constitue une validation suppl\u00e9mentaire de la dynamique engag\u00e9e depuis 2007 avec le plan d&rsquo;autonomie. Pour Alger et le Front Polisario, elle marque un nouveau palier d&rsquo;une \u00e9rosion diplomatique que rien, \u00e0 court terme, ne semble pouvoir enrayer. Lire cette r\u00e9solution comme un simple reconduction du cadre onusien serait une erreur d&rsquo;analyse. C&rsquo;est d&rsquo;abord un document politique, dont chaque formulation porte le poids des rapports de force actuels.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I. Le texte et ses silences \u00e9loquents<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9solution 2797 reconduit le mandat de la MINURSO pour une nouvelle p\u00e9riode, comme le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 le fait de mani\u00e8re quasi-routini\u00e8re depuis 1991. Mais la routine ne doit pas tromper. Dans le langage onusien, ce sont les nuances, les ajouts et les suppressions d&rsquo;un texte \u00e0 l&rsquo;autre qui r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9el des \u00e9quilibres. Et sur ce plan, la r\u00e9solution 2797 envoie des signaux que ni Alger ni le Polisario ne peuvent ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte r\u00e9affirme le caract\u00e8re \u00ab <em>s\u00e9rieux et cr\u00e9dible<\/em> \u00bb du plan d&rsquo;autonomie marocain de 2007 \u2014 une formule qui, depuis son insertion dans les r\u00e9solutions onusiennes, constitue le socle sur lequel le Maroc construit son argumentaire de l\u00e9gitimit\u00e9 internationale. Surtout, il consacre l&rsquo;approche des tables rondes comme cadre exclusif de n\u00e9gociation, en \u00e9cartant implicitement toute perspective de retour \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;autod\u00e9termination tel que l&rsquo;entendait le plan de r\u00e8glement initial de 1991. Cette glissade s\u00e9mantique, op\u00e9r\u00e9e progressivement depuis 2007, est d\u00e9sormais grav\u00e9e dans le marbre des r\u00e9solutions successives.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus significatif encore : l&rsquo;appel r\u00e9p\u00e9t\u00e9 aux parties \u00e0 faire preuve de \u00ab <em>r\u00e9alisme et d&rsquo;esprit de compromis <\/em>\u00bb vise, dans le contexte pr\u00e9sent, essentiellement ceux qui refusent le cadre. Or, qui refuse le cadre ? Pas le Maroc, qui en est l&rsquo;auteur. Mais le Polisario et, derri\u00e8re lui, l&rsquo;Alg\u00e9rie, qui conditionnent toute n\u00e9gociation \u00e0 l&rsquo;inclusion dans l&rsquo;agenda d&rsquo;une option d&rsquo;ind\u00e9pendance. Cette position est, aux yeux du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 domin\u00e9 par les grandes puissances occidentales et par des acteurs pivots comme les \u00c9tats-Unis et la France, de plus en plus per\u00e7ue comme une posture d&rsquo;obstruction.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. La reconnaissance am\u00e9ricaine de 2020 et son effet d&rsquo;entra\u00eenement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre la signification r\u00e9elle de la r\u00e9solution 2797, il faut remonter au 10 d\u00e9cembre 2020. Ce jour-l\u00e0, Donald Trump signe une proclamation pr\u00e9sidentielle reconnaissant la souverainet\u00e9 du Maroc sur le Sahara occidental, en \u00e9change de la normalisation des relations entre Rabat et Tel Aviv. Cet acte unilat\u00e9ral, contest\u00e9 sur le fond par nombre de juristes internationalistes, a n\u00e9anmoins produit un effet d&rsquo;entra\u00eenement diplomatique consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>La reconnaissance am\u00e9ricaine n&rsquo;est pas seulement symbolique. Elle restructure les \u00e9quilibres au sein du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, dont les \u00c9tats-Unis sont membres permanents. Elle signifie concr\u00e8tement qu&rsquo;aucune r\u00e9solution allant \u00e0 l&rsquo;encontre des int\u00e9r\u00eats marocains sur ce dossier ne peut passer, Washington y mettant son veto si n\u00e9cessaire. Plus subtilement, elle cr\u00e9dibilise le plan d&rsquo;autonomie marocain comme solution \u00ab <em>r\u00e9aliste<\/em> \u00bb \u2014 terme cl\u00e9 dans le vocabulaire diplomatique \u2014 aux yeux d&rsquo;autres membres du Conseil.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;administration Biden, bien que plus prudente dans ses formulations, n&rsquo;a pas renvers\u00e9 cette reconnaissance. Elle l&rsquo;a au contraire tacitement int\u00e9gr\u00e9e dans sa politique proche-orientale et maghr\u00e9bine. Et l&rsquo;administration qui lui a succ\u00e9d\u00e9 en janvier 2025 ne manifeste aucun signal de retour en arri\u00e8re. Pour Alger, cette permanence de la position am\u00e9ricaine constitue l&rsquo;une des donn\u00e9es les plus contraignantes du contexte actuel. La Russie, traditionnellement plus nuanc\u00e9e sur ce dossier, est absorb\u00e9e par ses engagements ukrainiens et a r\u00e9duit son implication active dans les dossiers africains. La Chine, qui maintient des relations pragmatiques avec le Maroc, ne cherche pas \u00e0 porter ce dossier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat arithm\u00e9tique de ces positionnements est une configuration au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 structurellement favorable au Maroc. La r\u00e9solution 2797 en est le reflet fid\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. L&rsquo;Alg\u00e9rie : entre doctrine et impuissance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La position alg\u00e9rienne sur le Sahara occidental est \u00e0 la fois historiquement compr\u00e9hensible et diplomatiquement co\u00fbteuse. Historiquement, Alger a construit le soutien au Polisario comme un pilier de sa politique \u00e9trang\u00e8re d\u00e8s 1975, dans un contexte de comp\u00e9tition r\u00e9gionale avec le Maroc et d&rsquo;affirmation du tiers-mondisme. Cette position s&rsquo;est fossilis\u00e9e en doctrine d&rsquo;\u00c9tat, intouchable sous peine de fractures internes dans un appareil politique qui ne peut plus, compte tenu de la nature du pouvoir alg\u00e9rien, op\u00e9rer de pivots strat\u00e9giques publics sans risque de d\u00e9stabilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette doctrine est aujourd&rsquo;hui en d\u00e9calage croissant avec les r\u00e9alit\u00e9s du terrain et des chancelleries. L&rsquo;Alg\u00e9rie tient un discours de l\u00e9galit\u00e9 internationale \u2014 le droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination, les r\u00e9solutions originelles de l&rsquo;ONU \u2014 qui est formellement irr\u00e9prochable mais pratiquement inop\u00e9rant dans le monde tel qu&rsquo;il fonctionne. Les grandes puissances qui votent au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 ne sont pas mus par le droit international quand leurs int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques ou s\u00e9curitaires les orientent ailleurs. Et sur le dossier saharien, leurs int\u00e9r\u00eats convergent avec la stabilit\u00e9 d&rsquo;un Maroc partenaire fiable, plut\u00f4t qu&rsquo;avec une remise en cause de l&rsquo;ordre territorial \u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie est \u00e9galement affaiblie par une paradoxale incapacit\u00e9 \u00e0 articuler une vision d&rsquo;avenir cr\u00e9dible. Que propose-t-elle concr\u00e8tement ? La tenue d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum dont nul ne voit comment il pourrait \u00eatre organis\u00e9 apr\u00e8s trente ans de blocage, dans un territoire dont la d\u00e9mographie a profond\u00e9ment chang\u00e9 depuis 1975, et dont le recensement des votants potentiels n&rsquo;a jamais pu \u00eatre \u00e9tabli de mani\u00e8re non contest\u00e9e. Le plan de r\u00e8glement de 1991 est mort dans les faits, m\u00eame s&rsquo;il survit formellement dans certains textes. L&rsquo;Alg\u00e9rie continue de s&rsquo;y accrocher non par na\u00efvet\u00e9, mais parce qu&rsquo;elle ne dispose pas d&rsquo;alternative politiquement tenable chez elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette rigidit\u00e9 a un co\u00fbt : Alger appara\u00eet de plus en plus comme le facteur de blocage aux yeux des m\u00e9diateurs internationaux. L&rsquo;envoy\u00e9 personnel du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies, Staffan de Mistura, a progressivement int\u00e9gr\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 dans son approche, cherchant \u00e0 travailler avec des acteurs pr\u00eats \u00e0 bouger plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 g\u00e9rer un dialogue de sourds. Ses interactions avec Alger ont \u00e9t\u00e9 tendues, et ses rapports au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral refl\u00e8tent, en creux, la frustration d&rsquo;un interlocuteur qui ne trouve pas en face de lui la flexibilit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 toute n\u00e9gociation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Le Polisario : un mouvement en crise d&rsquo;adaptation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Front Polisario traverse, pour sa part, une crise plus profonde qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet. Fond\u00e9 en 1973, reconnu par la communaut\u00e9 internationale comme le repr\u00e9sentant du peuple sahraoui et administrant les camps de r\u00e9fugi\u00e9s de Tindouf depuis 1975, il a connu son heure de gloire diplomatique dans les ann\u00e9es 1980-1990. Aujourd&rsquo;hui, sa l\u00e9gitimit\u00e9 s&rsquo;\u00e9rode sur plusieurs fronts simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan humanitaire, les camps de Tindouf restent un sujet d&rsquo;inqui\u00e9tude r\u00e9current. Les organisations internationales, dont le HCR, peinent \u00e0 obtenir un recensement fiable des populations qui y r\u00e9sident, l&rsquo;Alg\u00e9rie ayant toujours refus\u00e9 que soit effectu\u00e9 un d\u00e9nombrement ind\u00e9pendant. Cette opacit\u00e9 nourrit les accusations \u2014 port\u00e9es notamment par Rabat \u2014 de s\u00e9questration des populations civiles \u00e0 des fins politiques. Elle affaiblit \u00e9galement la cr\u00e9dibilit\u00e9 du Polisario sur la sc\u00e8ne internationale, o\u00f9 les droits de l&rsquo;homme constituent un registre de plus en plus pr\u00e9gnant dans l&rsquo;\u00e9valuation des acteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan militaire, la d\u00e9cision du Polisario de mettre fin au cessez-le-feu de 1991, en novembre 2020, n&rsquo;a pas produit les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. Loin de remettre la pression militaire sur le Maroc \u2014 qui a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 son dispositif d\u00e9fensif dans la r\u00e9gion \u2014 ou de relancer une dynamique internationale, cette reprise formelle des hostilit\u00e9s a surtout confirm\u00e9 la marginalisation du mouvement. Les actions militaires du Polisario restent limit\u00e9es en intensit\u00e9 et en impact, largement m\u00e9diatis\u00e9es par Alger mais peu suivies dans les capitales qui comptent.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan politique interne, des fractures apparaissent. Des personnalit\u00e9s historiques du mouvement ont pris leurs distances, parfois spectaculairement. Des Sahraouis originaires du territoire contr\u00f4l\u00e9 par le Maroc, dont certains avaient rejoint les camps, t\u00e9moignent d&rsquo;exp\u00e9riences qui contredisent la narration officielle du Polisario. La question de la repr\u00e9sentativit\u00e9 r\u00e9elle du front \u2014 par rapport \u00e0 l&rsquo;ensemble de la population sahraouie, y compris celle vivant sous administration marocaine \u2014 est pos\u00e9e avec une insistance croissante par des observateurs qui ne sont pas n\u00e9cessairement favorables au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9solution 2797, en ne r\u00e9instaurant pas l&rsquo;option r\u00e9f\u00e9rendaire et en maintenant le cadre des tables rondes, prive le Polisario de l&rsquo;un de ses principaux arguments de mobilisation internationale. Le mouvement est r\u00e9duit \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter des positions qui r\u00e9sonnent de moins en moins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. La dynamique des reconnaissances : un momentum marocain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si la r\u00e9solution 2797 doit \u00eatre lue dans un contexte, ce contexte est celui d&rsquo;un momentum diplomatique marocain sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis les ann\u00e9es 2000. Ce n&rsquo;est pas une simple impression : les chiffres parlent d&rsquo;eux-m\u00eames. Plus de cent \u00c9tats ont d\u00e9sormais exprim\u00e9 leur soutien au plan d&rsquo;autonomie marocain, formellement ou informalement. Une trentaine de pays ont ouvert des consulats \u00e0 La\u00e2youne ou \u00e0 Dakhla, acte diplomatique lourd de sens dans le droit international, signifiant la reconnaissance implicite de l&rsquo;administration marocaine sur ces territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces pays, on trouve des membres de l&rsquo;Union africaine, ce qui complique singuli\u00e8rement la position de l&rsquo;Alg\u00e9rie dans ce forum continental o\u00f9 elle avait longtemps impos\u00e9 le soutien au Polisario comme une cause commune. On trouve \u00e9galement des pays arabes \u2014 dont les \u00c9mirats arabes unis, le Bahre\u00efn et la Jordanie \u2014 et des acteurs non-occidentaux qui avaient traditionnellement soutenu l&rsquo;autod\u00e9termination sahraouie. Ce glissement indique que le dossier est per\u00e7u, dans beaucoup de capitales du Sud global, non plus comme une cause anticoloniale digne d&rsquo;\u00eatre port\u00e9e, mais comme un contentieux bilat\u00e9ral entre le Maroc et l&rsquo;Alg\u00e9rie dont il faut s&rsquo;extraire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Espagne constitue un cas d&rsquo;\u00e9cole de cette \u00e9volution. Ancienne puissance coloniale du territoire, longtemps ambigu\u00eb dans sa position, Madrid a op\u00e9r\u00e9 en mars 2022 un pivot spectaculaire : le Premier ministre Pedro S\u00e1nchez a adress\u00e9 au roi Mohammed VI une lettre reconnaissant que le plan d&rsquo;autonomie marocain constituait \u00ab <em>la base la plus s\u00e9rieuse, r\u00e9aliste et cr\u00e9dible pour la r\u00e9solution du diff\u00e9rend<\/em> \u00bb. Ce revirement, dict\u00e9 par des consid\u00e9rations migratoires, gazi\u00e8res et s\u00e9curitaires, a provoqu\u00e9 une crise diplomatique sans pr\u00e9c\u00e9dent avec Alger, qui a suspendu le trait\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 avec l&rsquo;Espagne. Il illustre n\u00e9anmoins l&rsquo;\u00e9cart grandissant entre la posture alg\u00e9rienne et ce que les grandes puissances consid\u00e8rent comme l&rsquo;issue probable du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>La France, de son c\u00f4t\u00e9, a franchi en juillet 2024 un pas d\u00e9cisif, reconnaissant elle aussi le plan d&rsquo;autonomie marocain comme base de r\u00e8glement. Cette prise de position fran\u00e7aise \u2014 de la part d&rsquo;un membre permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, ex-puissance coloniale de la r\u00e9gion et acteur diplomatique de premier plan au Maghreb \u2014 a constitu\u00e9 un tournant majeur. Elle a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 le poids du camp favorable au Maroc dans les n\u00e9gociations onusiennes qui ont abouti \u00e0 la r\u00e9solution 2797.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. Quelle strat\u00e9gie pour Alger ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La vraie question que soul\u00e8ve la r\u00e9solution 2797 n&rsquo;est pas celle de son interpr\u00e9tation \u2014 elle est suffisamment claire \u2014 mais celle de la r\u00e9ponse strat\u00e9gique que l&rsquo;Alg\u00e9rie peut y apporter. Et ici, l&rsquo;analyse est impitoyable : Alger est \u00e0 court d&rsquo;options.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re option \u2014 le statu quo \u2014 est celle choisie par d\u00e9faut depuis des d\u00e9cennies. Elle n&rsquo;a rien produit en faveur de la cause sahraouie et a un co\u00fbt consid\u00e9rable pour l&rsquo;Alg\u00e9rie : d\u00e9gradation des relations avec des partenaires essentiels, isolement croissant sur ce dossier, distraction d&rsquo;une diplomatie qui pourrait s&#8217;employer \u00e0 des causes plus fertiles. Continuer dans cette voie, c&rsquo;est accepter que la dynamique diplomatique favorable au Maroc se poursuive, r\u00e9solution apr\u00e8s r\u00e9solution, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la marocanit\u00e9 du Sahara devienne un consensus international de facto impossible \u00e0 contester.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me option \u2014 un pivot strat\u00e9gique discret \u2014 consisterait \u00e0 ne plus s&rsquo;opposer formellement au cadre des tables rondes, voire \u00e0 inciter le Polisario \u00e0 y participer de mani\u00e8re plus constructive. Cette option existe th\u00e9oriquement, mais elle se heurte \u00e0 des obstacles politiques internes consid\u00e9rables. Dans l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, toute perception d&rsquo;un abandon de la cause sahraouie serait instrumentalis\u00e9e par les factions concurrentes au sein du pouvoir. L&rsquo;arm\u00e9e, qui tient ce dossier comme une pr\u00e9rogative r\u00e9galienne, n&rsquo;a pas signal\u00e9 de disposition au changement.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me option \u2014 une escalade \u2014 serait contre-productive. Alger a d\u00e9j\u00e0 rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc en ao\u00fbt 2021, ferm\u00e9 son espace a\u00e9rien aux avions marocains, coup\u00e9 le gazoduc Maghreb-Europe transitant par le Maroc. Ces mesures punitives n&rsquo;ont pas infl\u00e9chi la position internationale sur le dossier saharien. Une escalade suppl\u00e9mentaire ne ferait qu&rsquo;aggraver l&rsquo;image d&rsquo;une Alg\u00e9rie agressive sans apporter de gains diplomatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste une quatri\u00e8me voie, la plus difficile mais la seule susceptible de modifier r\u00e9ellement les \u00e9quilibres : un r\u00e9engagement alg\u00e9rien dans une diplomatie constructive, incluant une r\u00e9vision de sa position sur les conditions de la n\u00e9gociation. Cela supposerait d&rsquo;accepter que l&rsquo;ind\u00e9pendance ne soit plus sur la table des puissances qui comptent, et de chercher \u00e0 obtenir pour le peuple sahraoui les meilleures garanties d&rsquo;autonomie r\u00e9elle possible dans le cadre marocain. C&rsquo;est une option que le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien actuel semble incapable de saisir, mais que l&rsquo;histoire pourrait finir par imposer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. L&rsquo;avenir pr\u00e9visible d&rsquo;un conflit asym\u00e9trique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;horizon visible, la trajectoire est assez lisible. Le Polisario, sans soutien militaire, \u00e9conomique ou diplomatique suffisant pour modifier les rapports de force, va continuer \u00e0 s&rsquo;affaiblir. L&rsquo;Alg\u00e9rie, sauf rupture interne majeure, va continuer \u00e0 le soutenir formellement tout en sachant que ce soutien produit des rendements d\u00e9croissants. Les r\u00e9solutions onusiennes vont continuer \u00e0 r\u00e9affirmer le plan d&rsquo;autonomie comme la voie r\u00e9aliste. Des pays suppl\u00e9mentaires ouvriront des consulats dans les villes du Sahara. Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de La\u00e2youne et Dakhla \u2014 r\u00e9el, m\u00eame si in\u00e9galement distribu\u00e9 \u2014 va renforcer l&rsquo;ancrage marocain dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne signifie pas que le dossier est clos. Les conflits gel\u00e9s peuvent toujours se r\u00e9chauffer, notamment si la situation humanitaire \u00e0 Tindouf d\u00e9g\u00e9n\u00e8re ou si des acteurs ext\u00e9rieurs \u2014 groupes jihadistes dans la bande sah\u00e9lo-saharienne, puissances r\u00e9gionales en qu\u00eate d&rsquo;influence \u2014 cherchent \u00e0 l&rsquo;instrumentaliser. La s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion reste fragile. Mais la probabilit\u00e9 d&rsquo;un retour \u00e0 une situation ant\u00e9rieure \u00e0 2007 \u2014 avec un r\u00e9f\u00e9rendum d&rsquo;autod\u00e9termination incluant l&rsquo;option ind\u00e9pendantiste \u2014 est aujourd&rsquo;hui proche de z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion : lire la r\u00e9solution, lire le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9solution 2797 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 doit se lire comme ce qu&rsquo;elle est : un document politique refl\u00e9tant les rapports de force d&rsquo;un monde multipolaire o\u00f9 la l\u00e9galit\u00e9 formelle ne l&#8217;emporte pas toujours sur les int\u00e9r\u00eats des \u00c9tats. Pour le Maroc, elle confirme que sa strat\u00e9gie de normalisation progressive, patiente et multidimensionnelle, porte ses fruits. Pour le Polisario, elle signifie que la fen\u00eatre diplomatique se referme. Pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, elle pose une question existentielle sur la pertinence de maintenir, au prix de son isolement r\u00e9gional et international, une position dont l&rsquo;efficacit\u00e9 s&rsquo;\u00e9rode irr\u00e9m\u00e9diablement.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Maroc, elle confirme que sa strat\u00e9gie de normalisation progressive, patiente et multidimensionnelle, porte ses fruits. Lecture d&rsquo;une d\u00e9faite annonc\u00e9e dans les couloirs onusiens Pr. Mohamed Chtatou Il y a des votes au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies qui, au-del\u00e0 de leur technicit\u00e9 apparente, redistribuent silencieusement les cartes d&rsquo;un conflit. 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