{"id":6314,"date":"2026-04-05T17:00:19","date_gmt":"2026-04-05T16:00:19","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=6314"},"modified":"2026-04-06T10:34:16","modified_gmt":"2026-04-06T09:34:16","slug":"la-bataille-de-bougafer-1933-resistance-des-ait-atta-et-signification-dans-lhistoire-du-mouvement-national-marocain-par-mohamed-chtatou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/la-bataille-de-bougafer-1933-resistance-des-ait-atta-et-signification-dans-lhistoire-du-mouvement-national-marocain-par-mohamed-chtatou\/","title":{"rendered":"La bataille de Bougafer (1933) : r\u00e9sistance des ait atta et signification dans l&rsquo;histoire du mouvement national marocain- par Mohamed Chtatou"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La bataille de Bougafer (13 fevrier &#8212; 25 mars 1933) repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;un \u00e9pisode militaire dans les annales coloniales du Maroc. Elle constitue un moment fondateur dans l&rsquo;histoire longue de la r\u00e9sistance marocaine a la domination \u00e9trang\u00e8re, un symbole d&rsquo;une dignit\u00e9 collective qui refusa jusqu&rsquo;au bout de se plier \u00e0 la force.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:242px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire du Maroc sous le protectorat francais est jalonnee d&rsquo;\u00e9pisodes de r\u00e9sistance arm\u00e9e, dont la port\u00e9e symbolique et politique d\u00e9passe largement les dimensions militaires imm\u00e9diates. Parmi ces \u00e9pisodes, la bataille de Bougafer &#8212; \u00e9galement connue sous le nom de bataille du Saghro &#8212; occupe une place singuli\u00e8re et fondatrice. Engag\u00e9e le 13 f\u00e9vrier 1933 dans les massifs montagneux du Djebel Saghro, au sud-est du Maroc, cette confrontation mit aux prises les tribus conf\u00e9d\u00e9r\u00e9es des Ait Atta et l&rsquo;appareil militaire colonial fran\u00e7ais a son apog\u00e9e, mobilisant des ressources humaines et technologiques consid\u00e9rables pour venir a bout d&rsquo;une r\u00e9sistance jug\u00e9e anachronique par les autorit\u00e9s du protectorat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La singularit\u00e9 de Bougafer tient \u00e0 plusieurs facteurs conjugu\u00e9s&nbsp;: la disproportion flagrante des forces en pr\u00e9sence, la dur\u00e9e exceptionnelle de la r\u00e9sistance &#8212; plus de quarante jours &#8211;, la participation des femmes et des enfants aux cotes des combattants, et les conditions humanitaires dramatiques dans lesquelles les Ait Atta n\u00e9goci\u00e8rent finalement une tr\u00eave. Comme le montre Mbark Wanaim dans son etude de 2024 parue dans la revue Outre-Mers, la fin de la bataille, le 25 mars 1933, repr\u00e9sentait la conclusion de la campagne de pacification du Maroc par les forces coloniales, une campagne qui avait dur\u00e9 plus de deux d\u00e9cennies depuis la signature du traite de F\u00e8s en 1912 (Wanaim, 2024, p. 189).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus encore, cette bataille marque symboliquement la fin de la campagne de pacification du Maroc, ach\u00e8vement d&rsquo;une entreprise de conqu\u00eate militaire qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tal\u00e9e sur plus de vingt ans. En ce sens, Bougafer constitue non seulement le dernier grand acte de la r\u00e9sistance arm\u00e9e berb\u00e8re, mais aussi le point de bascule vers une forme nouvelle de combat national, d\u00e9sormais politique et intellectuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pr\u00e9sent essai se propose d&rsquo;analyser la bataille de Bougier dans toute sa complexit\u00e9 historique. Apres avoir resitu\u00e9 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement dans son contexte g\u00e9opolitique et social, nous examinerons les grandes phases de l&rsquo;affrontement militaire, les strat\u00e9gies respectives des bellig\u00e9rants, et le profil du chef de la r\u00e9sistance Assou Oubasslam. Nous nous pencherons ensuite sur la signification de cette bataille dans l&rsquo;historiographie du mouvement national marocain, en interrogeant les ambigu\u00eft\u00e9s de sa m\u00e9morialisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><strong>II. CONTEXTE HISTORIQUE ET GEOPOLITIQUE : LE MAROC SOUS LE JOUGDU PROTECTORAT<\/strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre la bataille de Bougafer, il est indispensable de la replacer dans le contexte plus large du protectorat fran\u00e7ais au Maroc. Le traite de F\u00e8s du 30 mars 1912, signe entre le sultan Moulay Abdelhafid et le gouvernement de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique repr\u00e9sente par le diplomate Eugene Regnault, conf\u00e9rait \u00e0 la France le droit de r\u00e9organiser l&rsquo;administration, l&rsquo;arm\u00e9e et les finances du Maroc, tout en proclamant formellement le respect de la souverainete cherifienne (Protectorat francais au Maroc, Wikipedia). En pratique, cet accord inaugurait une domination coloniale qui allait durer jusqu&rsquo;en 1956.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des la nomination d&rsquo;Hubert Lyautey comme premier Resident General, la France entreprit de soumettre militairement les regions qui resistaient. L&rsquo;historien Pierre Vermeren souligne a cet egard qu&rsquo;il fallut vingt-deux ans de guerre pour soumettre l&rsquo;ensemble des tribus berberes a l&rsquo;autorite du sultan desormais defendue par le protectorat (Vermeren, cit\u00e9 dans Protectorat francais au Maroc, Wikip\u00e9dia). Cette campagne de pacification toucha de plein fouet les tribus du Moyen Atlas, de l&rsquo;Anti-Atlas et du Saghro, qui refusaient de reconnaitre une tutelle \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La politique coloniale ne se limitait pas aux op\u00e9rations militaires. Elle visait \u00e9galement \u00e0 diviser la population marocaine entre Arabes et Berb\u00e8res, afin d&rsquo;affaiblir toute r\u00e9sistance collective. Le Dahir berb\u00e8re du 16 mai 1930, promulgue sous le mandat du R\u00e9sident General Lucien Saint, soustrayait les tribus berb\u00e8res \u00e0 la l\u00e9gislation islamique et les soumettait au droit coutumier codifie par l&rsquo;administration coloniale. Comme l&rsquo;indique une th\u00e8se de droit soutenue \u00e0 Aix-en-Provence, ce dahir fut rapidement consid\u00e8re par tous les observateurs comme le catalyseur du nationalisme marocain (Th\u00e8se, Universite d&rsquo;Aix-en-Provence, 1997).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9action populaire au Dahir berb\u00e8re fut imm\u00e9diate et massive. A partir du 20 juin 1930, les Marocains entam\u00e8rent quotidiennement la r\u00e9citation du Latif &#8212; une pri\u00e8re collective implorant l&rsquo;aide divine &#8212; dans les mosqu\u00e9es du royaume. Ce mouvement, qualifie de premi\u00e8re r\u00e9action nationaliste organis\u00e9e contre l&rsquo;occupant (Dahir berb\u00e8re, Wikip\u00e9dia), r\u00e9v\u00e8le que la r\u00e9sistance berb\u00e8re et le nationalisme urbain formaient les deux faces d&rsquo;un m\u00eame refus de la domination coloniale. La bataille de Bougafer, qui \u00e9clata seulement trois ans apr\u00e8s cette mobilisation politique, doit \u00eatre lue dans cette double perspective&nbsp;: r\u00e9sistance arm\u00e9e d&rsquo;un cote, \u00e9veil nationaliste de l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Djebel Saghro, th\u00e9\u00e2tre de la bataille de 1933, poss\u00e8de une identit\u00e9 g\u00e9ographique et humaine tr\u00e8s particuli\u00e8re. Situe \u00e0 moins de cent kilom\u00e8tres au sud du Haut Atlas central, dominant les vall\u00e9es du Draa et du Dades, ce massif culmine \u00e0 2712 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. Comme le pr\u00e9cise Mbark Wanaim dans son \u00e9tude, le Saghro, flanque par plusieurs rivi\u00e8res saisonni\u00e8res et parsem\u00e9 de gorges et de pitons inexpugnables, allait devenir, \u00e0 la veille de la bataille de Bougafer, un enjeu majeur dans la politique dite de pacification (Wanaim, 2024, p. 191).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>III. LES AIT ATTA : IDENTITE, ORGANISATION SOCIALE ET HISTOIRE DE LA RESISTANCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La conf\u00e9d\u00e9ration des Ait Atta &#8212; parfois orthographi\u00e9e Ayt &lsquo;Atta en translitt\u00e9ration tamazight &#8212; constitue l&rsquo;un des groupements tribaux les plus remarquables du Maroc m\u00e9ridional. Le sociologue britannique David Hart, qui leur a consacr\u00e9 de nombreuses \u00e9tudes, les qualifie de plus grand groupe tribal du sud central du Maroc, caract\u00e9ris\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 segmentaire transhumante (Hart, 1981, p. 12).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur territoire s&rsquo;\u00e9tend principalement sur le Djebel Saghro et ses pourtours. Il est d\u00e9limit\u00e9 a l&rsquo;ouest par le Draa, au nord par les vall\u00e9es du Dades, du Todgha et du Gheris, et \u00e0 l&rsquo;est par le Ziz. Leur plus ancienne mention historique remonte \u00e0 Marmol Caravajal qui cite une province d&rsquo;Ytata dans sa description g\u00e9n\u00e9rale de Africa publi\u00e9e en 1571 (Ait Atta, Encyclop\u00e9die Berb\u00e8re). Ils se r\u00e9clament d&rsquo;un anc\u00eatre mythique commun, Dadda Atta, un patriarche originaire du Djebel Saghro dont la figure structure la m\u00e9moire identitaire de la conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;organisation sociale de la conf\u00e9d\u00e9ration repose sur un syst\u00e8me segmentaire d&rsquo;une grande coh\u00e9rence. Les Ait Atta sont divises en cinq khoms &#8212; cinq cinqui\u00e8mes &#8212; qui regroupent plusieurs fractions d&rsquo;importance num\u00e9rique variable. Comme le pr\u00e9cise une source sur l&rsquo;histoire de la tribu, ce groupement tribal \u00e9tait dirige par un Amghar n&rsquo;Ufella, chef supr\u00eame \u00e9lu pour un an par les membres des autres composantes, chaque khoms dirigeant la conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 tour de r\u00f4le (tribusdumaroc.free.fr). Ce syst\u00e8me d&rsquo;alternance d\u00e9mocratique entre les segments traduit une culture politique sophistiqu\u00e9e, fond\u00e9e sur la coll\u00e9gialit\u00e9 et le consensus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan militaire, les Ait Atta avaient d\u00e9velopp\u00e9 une r\u00e9putation redoutable depuis des si\u00e8cles. Ils \u00e9taient impliques dans des accrochages avec les forces coloniales des 1908 et 1914. Cette tradition guerri\u00e8re, alli\u00e9e a une connaissance parfaite du terrain, expliquait en grande partie la confiance des Ait Atta dans leur capacit\u00e9 \u00e0 tenir t\u00eate \u00e0 une arm\u00e9e infiniment mieux \u00e9quip\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La figure d&rsquo;Assou Oubasslam &#8212; \u00e9galement orthographie Assou Ou Baslam &#8212; incarne cette tradition combattante \u00e0 son sommet. N\u00e9 vers 1890 dans le village de Taghiya, il avait acc\u00e8s au rang de chef militaire de la conf\u00e9d\u00e9ration. Selon les sources disponibles sur cette figure historique, comme Mouha ou Hammou Zayani avant lui, Assou Oubasslam devint chef militaire et prit le flambeau de la r\u00e9sistance amazigh apr\u00e8s la d\u00e9faite d\u00e9finitive des Zayanes (LesEco.ma, 2019). Personnage d&rsquo;une trempe exceptionnelle, \u00e0 la fois strat\u00e8ge habile et porte-parole d&rsquo;une identit\u00e9 culturelle menac\u00e9e, Assou Oubasslam allait conduire la r\u00e9sistance de Bougafer avec une d\u00e9termination qui forcerait l&rsquo;admiration m\u00eame de ses adversaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>IV. LE DEROULEMENT DE LA BATAILLE : STRATEGIE, COMBATS ET BLOCUS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bataille de Bougafer d\u00e9bute officiellement le 13 fevrier 1933, bien que ses pr\u00e9mices remontent \u00e0 plusieurs mois. Une premi\u00e8re tentative avait eu lieu plusieurs mois avant le 13 f\u00e9vrier, marqu\u00e9e par un \u00e9chec d\u00e9cevant des forces coloniales (Maroc-Patriotique, 2025). Plusieurs bataillons fran\u00e7ais s&rsquo;\u00e9taient alors pench\u00e9s sur la pr\u00e9paration d&rsquo;un plan d&rsquo;intervention pour soumettre les tribus d&rsquo;Ait Atta et contr\u00f4ler Bougafer. La zone du Djebel Saghro relevait de la responsabilit\u00e9 du general Georges Catroux, commandant la region de Marrakech.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du cote fran\u00e7ais, le dispositif mobilise est impressionnant. Les forces coloniales regroupaient environ 83 000 hommes &#8212; soldats fran\u00e7ais de l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, l\u00e9gionnaires, goumiers et suppl\u00e9tifs marocains &#8212; soutenus par 44 avions militaires stationnes \u00e0 Ouarzazate (Maroc-Patriotique, 2025). Les g\u00e9n\u00e9raux Antoine Hure, commandant sup\u00e9rieur des troupes du Maroc, Georges Catroux et Henri Giraud, commandant les troupes des confins algero-marocains, se partageaient le commandement de cette op\u00e9ration d&rsquo;envergure. L&rsquo;\u00e9tat-major fran\u00e7ais entendait obtenir sans coup f\u00e9rir la reddition des Ayt Atta, ou \u00e0 d\u00e9faut les \u00e9craser, selon la formulation que rapporte Wanaim (2024, p. 192).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En face, les Ait Atta ne disposaient que de 12 000 guerriers environ, auxquels se joignirent des centaines de femmes et d&rsquo;enfants. Leur armement se limitait a des fusils Gras, Lebel ou Mousqueton 92 &#8212; des armes l\u00e9g\u00e8res et vieillissantes &#8212; sans artillerie ni aviation. Leur principal atout r\u00e9sidait dans la connaissance parfaite du terrain, la coh\u00e9sion tribale et une d\u00e9termination morale forg\u00e9e par des si\u00e8cles d&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Operations d\u00e9butent dans la nuit du 12 au 13 f\u00e9vrier 1933. Les harkas, forces auxiliaires marocaines au service des Fran\u00e7ais, entament leur mouvement. D\u00e8s le lendemain, des escarmouches \u00e9clatent. Un groupe de combattants Ait Atta parvient \u00e0 capturer 117 mulets charges appartenant \u00e0 la compagnie de L\u00e9gion du groupe Despas, entrainant la mort de six l\u00e9gionnaires. Le m\u00eame jour, un avion du 37eme regiment d&rsquo;aviation est abattu par les d\u00e9fenseurs, et son \u00e9quipage est tue (Bataille de Bougafer, Wikipedia).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 15 f\u00e9vrier, le capitaine Lacroix engage des combats au Tizi n&rsquo;Oulili, pendant que les goums subissent de tr\u00e8s lourdes pertes. Les harkas avancent vers la cuvette d&rsquo;Imsadene, for\u00e7ant les hommes armes de la tribu \u00e0 se replier dans le massif du Djebel Bougafer. Face \u00e0 la r\u00e9sistance farouche des d\u00e9fenseurs retranch\u00e9s dans des positions rocheuses naturellement fortifi\u00e9es, le g\u00e9n\u00e9ral Hure ordonne de rompre le combat direct, reconnaissant que Bougafer est inexpugnable (Bataille de Bougafer, Wikipedia). Cette admission d&rsquo;\u00e9chec de la premi\u00e8re phase offensive traduit l&rsquo;efficacit\u00e9 de la tactique d\u00e9fensive des Ait Atta.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre le 18 et le 28 f\u00e9vrier, le blocus des forces berb\u00e8res se renforce progressivement. Les positions des d\u00e9fenseurs sont massivement bombard\u00e9es par l&rsquo;artillerie fran\u00e7aise. Le 20 f\u00e9vrier, les assaillants parviennent \u00e0 prendre pied dans la zone sud-est du plateau des Aiguilles, mais leurs gains restent insignifiants. Du 25 au 27 f\u00e9vrier, les goumiers sous le commandement du capitaine Henri de Bournazel &#8212; dit l&rsquo;homme rouge en raison de sa tunique de spahi ecarlate &#8212; investissent le versant est de Bougafer. L&rsquo;attaque lanc\u00e9e le 28 f\u00e9vrier se solde par un \u00e9chec cuisant, les Fran\u00e7ais d\u00e9plorant plus de 64 tues (Bataille de Bougafer, Wikipedia).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mort du capitaine Henri de Bournazel lors de ces affrontements constitue un \u00e9pisode particuli\u00e8rement marquant. Figure l\u00e9gendaire de la conqu\u00eate du Maroc, r\u00e9put\u00e9 invuln\u00e9rable selon une croyance populaire li\u00e9e au rouge de sa tunique, il trouva la mort au combat face aux Ait Atta. Le g\u00e9n\u00e9ral Giraud \u00e9voqua cette perte dans ses m\u00e9moires avec une \u00e9motion manifeste, \u00e9crivant : Nous y perd\u00eemes quatre officiers tu\u00e9s du cote de Marrakech et six officiers tues du cote des confins alg\u00e9ro-marocains, dont h\u00e9las ! mon ami le capitaine de Lespinasse de Bournazel, h\u00e9ros l\u00e9gendaire du Maroc (Giraud, cite dans Portail Sud Maroc).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but de mars 1933, le blocus est mis en place de mani\u00e8re rigoureuse, rendant le ravitaillement des d\u00e9fenseurs presque impossible. Les sources d&rsquo;eau sont contr\u00f4l\u00e9es, les pistes de ravitaillement bloqu\u00e9es. Cette strat\u00e9gie d&rsquo;asphyxie provoque des ravages parmi les civils refugies dans la montagne. Par ailleurs, le typhus commence \u00e0 se r\u00e9pandre parmi les survivants, affaiblissant consid\u00e9rablement la r\u00e9sistance. Comme le note un article de LesEco.ma, les forces coloniales n&rsquo;ont pas pu obtenir une reddition par les armes : elles avaient coup\u00e9 l&rsquo;approvisionnement des r\u00e9sistants marocains en contr\u00f4lant les sources d&rsquo;eau et les pistes de ravitaillement, ce qui avait fait plusieurs morts parmi les enfants et les vieillards (LesEco.ma, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 24 mars 1933, apr\u00e8s quarante-deux jours de r\u00e9sistance acharn\u00e9e, Assou Oubasslam descend de sa montagne pour n\u00e9gocier directement avec le g\u00e9n\u00e9ral Hure. Loin d&rsquo;\u00eatre une reddition inconditionnelle, cette d\u00e9marche ob\u00e9it \u00e0 une logique de sauvegarde. Avant de partir, il prononce devant ses compagnons des paroles solennelles qui sont rest\u00e9es dans la m\u00e9moire collective : <strong>Que Dieu b\u00e9nisse les martyrs et leur pardonnera leurs p\u00e8ches. Nous avons \u00e9t\u00e9 cr\u00e9es d&rsquo;argile s\u00e8che et nous y retournons. Esp\u00e9rons que Dieu c\u00e9l\u00e8brera cette m\u00e9moire dans le c\u0153ur de nos enfants (Portail Sud Maroc).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>V. LES CONDITIONS DE LA TREVE ET LEURS ENSEIGNEMENTS POLITIQUES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La tr\u00eave n\u00e9goci\u00e9e le 24-25 mars 1933 r\u00e9v\u00e8le de fa\u00e7on saisissante le rapport de force moral qui pr\u00e9valait a l&rsquo;issue de la bataille. Malgr\u00e9 leur inf\u00e9riorit\u00e9 militaire et les souffrances endur\u00e9es, les Ait Atta r\u00e9ussirent a imposer des conditions qui pr\u00e9servaient l&rsquo;essentiel de leur dignit\u00e9 et de leur autonomie. Selon les sources disponibles, les conditions accept\u00e9es par le Makhzen comprennent notamment : une amnistie totale pour les combattants, la garantie que l&rsquo;autorit\u00e9 du Glaoui ne s&rsquo;\u00e9tendrait pas sur le territoire Ait Atta, et la conservation de l&rsquo;armement par les tribus (Bataille de Bougafer, Wikipedia).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de ces conditions formelles<strong>, Assou Oubasslam<\/strong> exigea le maintien du droit coutumier amazigh et la nomination d&rsquo;un repr\u00e9sentant issu des tribus elles-m\u00eames comme administrateur local. Ces revendications, largement satisfaites dans l&rsquo;accord, temoignent d&rsquo;une conscience politique d\u00e9velopp\u00e9e et d&rsquo;une vision claire des enjeux de la soumission. Pour \u00e9viter qu&rsquo;Assou Oubasslam ne reprit les armes, les fran\u00e7ais accept\u00e8rent ses conditions et le nomm\u00e8rent chef de son clan. En 1939, il fut promu ca\u00efd et garda cette fonction jusqu&rsquo;a sa mort le 16 avril 1960, \u00e9tant meme confirme dans ses fonctions apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de 1956, contrairement \u00e0 de nombreux ca\u00efds compromis avec l&rsquo;administration coloniale (LesEco.ma, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bilan humain de la bataille est lourd pour les deux parties. Du cote marocain, les historiens Al Mazouzi et Alaoui donnent le chiffre de 327 martyrs, dont 117 femmes (Al Mazouzi et Alaoui, 1987, p. 280). Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, les sources \u00e9voquent 16 officiers, 85 sous-officiers et 1 800 hommes du rang tues, sans compter les tr\u00e8s lourdes pertes des partisans marocains dont les morts ne seront pas d\u00e9nombr\u00e9s selon la formulation de Wikipedia (Bataille de Bougafer, Wikipedia).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bataille de Bougafer marque un tournant decisif dans la conqu\u00eate coloniale du Maroc. Avec la soumission des Ait Atta, la pacification du Maroc telle que la nommaient les historiens fran\u00e7ais prenait fin, apr\u00e8s plus de vingt ans de r\u00e9sistance arm\u00e9e. Le Maroc \u00e9tait d\u00e9sormais enti\u00e8rement soumis \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 du protectorat. Cependant, cette soumission militaire ne signifiait nullement la fin du combat pour l&rsquo;ind\u00e9pendance ; elle en annon\u00e7ait plut\u00f4t la m\u00e9tamorphose vers des formes nouvelles, politiques et culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>VI. SIGNIFICATION HISTORIQUE : BOUGAFER ET LE MOUVEMENT NATIONAL MAROCAIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La place de la bataille de Bougafer dans l&rsquo;historiographie du mouvement national marocain est \u00e0 la fois centrale et probl\u00e9matique. Centrale, parce que cette r\u00e9sistance incarnait une forme de patriotisme authentique, ancre dans la d\u00e9fense du territoire et de l&rsquo;identit\u00e9 culturelle contre l&rsquo;envahisseur \u00e9tranger. Probl\u00e9matique, parce que le r\u00e9cit national officiel construit apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance a longtemps marginalise la r\u00e9sistance berb\u00e8re au profit du mouvement nationaliste urbain arabo-islamique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le souligne Mbark Wanaim dans son article de 2024, bien qu&rsquo;elle illustre l&rsquo;un des \u00e9pisodes violents de la pacification, la trag\u00e9die de Bougafer est sous-repr\u00e9sent\u00e9e dans le discours du mouvement national (Wanaim, 2024, p. 196). Cette sous-repr\u00e9sentation s&rsquo;explique en partie par les tensions identitaires inh\u00e9rentes a la construction de l&rsquo;Etat-nation marocain post-colonial, qui privil\u00e9giait une vision arabo-islamique de l&rsquo;identit\u00e9 nationale aux d\u00e9pens de la composante amazighe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cr\u00e9ation du Comite d&rsquo;Action Marocaine (CAM) en 1933 &#8212; pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;ann\u00e9e de la bataille de Bougafer &#8212; et sa pr\u00e9sentation d&rsquo;un Plan de Reformes Marocaines au gouvernement fran\u00e7ais et au sultan en 1934 illustrent la bifurcation des formes de r\u00e9sistance. D&rsquo;un cote, la r\u00e9sistance arm\u00e9e berb\u00e8re s&rsquo;\u00e9teignait \u00e0 Bougafer ; de l&rsquo;autre, le nationalisme urbain intellectuel prenait corps dans les grandes villes. Ces deux courants partageaient un m\u00eame objectif fondamental : la restauration de la souverainet\u00e9 marocaine face a la domination \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;admiration des observateurs \u00e9trangers eux-m\u00eames confirme la porte de cette r\u00e9sistance. Comme l&rsquo;attestait l&rsquo;acad\u00e9micien francais Henri Debordeau : les forces coloniales n&rsquo;ont pas pu atteindre leur but, car la r\u00e9sistance \u00e9tait non seulement acharn\u00e9e, mais encore hautement organis\u00e9e (cite dans Le Matin.ma, 2018). De m\u00eame, l&rsquo;\u00e9crivain Henry Bordeaux dans son ouvrage de 1935 t\u00e9moignait : deux mille fusils aux mains d&rsquo;excellents tireurs [&#8230;] des femmes plus enrag\u00e9es dans la volont\u00e9 de la lutte, pr\u00eates a faire le coup de feu a la place des morts [&#8230;] Nous avons en face de nous les meilleurs guerriers berb\u00e8res, mais aussi les plus loyaux (Bordeaux, 1935, cite dans tribusdumaroc.free.fr).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La participation massive des femmes \u00e0 la r\u00e9sistance de Bougafer m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. Les 117 femmes compt\u00e9es parmi les 327 martyrs de la bataille (Al Mazouzi et Alaoui, 1987) t\u00e9moignent du caract\u00e8re populaire et total de cette r\u00e9sistance. Les femmes ait atta incarnaient l&rsquo;\u00e2me combattante de la conf\u00e9d\u00e9ration : Henry Bordeaux notait qu&rsquo;elles \u00e9taient plus enrag\u00e9es dans la volont\u00e9 de la lutte que leurs hommes, et qu&rsquo;elles les avaient m\u00eame hues lorsque ceux-ci \u00e9voquaient la possibilit\u00e9 de se rendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9sistance de Bougafer s&rsquo;inscrit dans une longue chaine de r\u00e9sistances marocaines. La r\u00e9volte de 1921-1926, dirig\u00e9e par Abd el-Krim dans la r\u00e9gion du Rif, avait \u00e9galement inspire d&rsquo;autres mouvements de r\u00e9sistance a travers le pays (Bataille de Bougafer, Wikipedia). La victoire d&rsquo;El-Hri en novembre 1914, remport\u00e9e par les Zayanes sous Mouha ou Hammou Zayani, avait aussi alimente la conscience de la possibilit\u00e9 de r\u00e9sister. Bougafer s&rsquo;inscrivait donc dans une longue chaine de r\u00e9sistances, dont elle constituait le maillon terminal mais aussi le symbole le plus accompli.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>VII. MEMOIRE, PATRIMOINE ET ENJEUX CONTEMPORAINS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9moire de la bataille de Bougafer n&rsquo;a cess\u00e9 de faire l&rsquo;objet de d\u00e9bats, de revendications et d&rsquo;instrumentalisations depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc en 1956. Le Haut-Commissariat aux anciens r\u00e9sistants et anciens membres de l&rsquo;Armee de Liberation a joue un r\u00f4le important dans la cons\u00e9cration officielle de cet \u00e9v\u00e8nement. Lors du 88eme anniversaire de la bataille, son Haut-Commissaire Mustapha El Ktiri d\u00e9clarait que cette \u00e9pop\u00e9e glorieuse est pleine d&rsquo;enseignements et de symboles et incarne un syst\u00e8me de valeurs religieuses, patriotiques et humaines qui a, depuis l&rsquo;histoire \u00e0 nos jours, constamment distingue le peuple marocain (Le360.ma, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, la m\u00e9moire de Bougafer est aussi le terrain d&rsquo;une tension identitaire persistante. Pour le mouvement amazigh, la bataille reste avant tout un haut lieu de leur r\u00e9sistance contre l&rsquo;invasion coloniale fran\u00e7aise et un symbole de dignit\u00e9 qui fait honneur aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations (Congres Mondial Amazigh, 2026). Le mouvement amazigh contemporain r\u00e9clame une reconnaissance pleine et enti\u00e8re de la r\u00e9sistance des Ait Atta comme composante irr\u00e9ductible de l&rsquo;identit\u00e9 nationale marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un \u00e9v\u00e8nement r\u00e9cent a aviv\u00e9 ces tensions. En f\u00e9vrier 2026, un nouveau cimeti\u00e8re et un carre militaire \u00e0 Alnif-Bougafer ont \u00e9t\u00e9 inaugures lors d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie r\u00e9unissant des repr\u00e9sentants marocains et fran\u00e7ais, comm\u00e9morant les soldats des deux camps tombes lors de la bataille. Le Congr\u00e8s Mondial Amazigh a d\u00e9nonc\u00e9 un acte qui ignore la v\u00e9rit\u00e9, occulte les victimes et heurte profond\u00e9ment la conscience des Amazighs, attaches a une m\u00e9moire juste, partag\u00e9e et respectueuse des r\u00e9sistances qui ont fa\u00e7onne leur histoire (Amazigh24, 2026). L&rsquo;organisation exigeait une consultation des descendants des combattants ait atta, affirmant que la m\u00e9moire des Amazighs ne saurait \u00eatre instrumentalis\u00e9e \u00e0 des fins diplomatiques, politiques, touristiques ou autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9bat m\u00e9moriel illustre une tension plus profonde dans l&rsquo;historiographie marocaine. Comme le rel\u00e8ve l&rsquo;analyse publi\u00e9e sur L&rsquo;Afrique des Id\u00e9es, le mouvement ind\u00e9pendantiste arabe sera le seul retenu dans l&rsquo;histoire officielle et la construction du Maroc ind\u00e9pendant. La cr\u00e9ation de l&rsquo;Istiqlal en 1943 aura un double effet d&rsquo;effacement progressif des autres formes de r\u00e9sistance (L&rsquo;Afrique des Id\u00e9es, 2012). Cette marginalisation de la r\u00e9sistance amazighe dans le r\u00e9cit national officiel est d\u00e9sormais contestee par une historiographie plus critique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question des archives constitue un obstacle majeur \u00e0 une connaissance pleine et enti\u00e8re de la bataille cote marocain. Comme le note Wanaim, le manque de r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques locales sur Bougafer et d&rsquo;autres \u00e9v\u00e8nements de la pacification emp\u00eache de faire apparaitre la version locale de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement (Wanaim, 2024, p. 198). L&rsquo;essentiel de la documentation disponible provient des archives militaires et diplomatiques fran\u00e7aises, notamment les fonds SHD-GR conserves \u00e0 Vincennes. La version marocaine et amazighe de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement reste donc partiellement inaccessible, transmise essentiellement par la m\u00e9moire orale des descendants des Ait Atta.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bataille de Bougafer (13 fevrier &#8212; 25 mars 1933) repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;un \u00e9pisode militaire dans les annales coloniales du Maroc. Elle constitue un moment fondateur dans l&rsquo;histoire longue de la r\u00e9sistance marocaine a la domination \u00e9trang\u00e8re, un symbole d&rsquo;une dignit\u00e9 collective qui refusa jusqu&rsquo;au bout de se plier \u00e0 la force. La disproportion \u00e9crasante des forces en pr\u00e9sence &#8212; 12 000 guerriers amazighs face \u00e0 83 000 soldats et 44 avions &#8212; loin de d\u00e9valoriser la r\u00e9sistance ait atta, en magnifie la port\u00e9e morale et politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs le\u00e7ons peuvent \u00eatre tir\u00e9es de cet \u00e9v\u00e8nement pour la compr\u00e9hension de l&rsquo;histoire nationale marocaine. La premi\u00e8re est que la r\u00e9sistance \u00e0 la colonisation ne fut jamais le monopole d&rsquo;un seul groupe ethnique, linguistique ou social. Arabes et Amazighs, citadins et montagnards, lettres des m\u00e9dinas et guerriers des djebels ont contribu\u00e9, chacun selon ses moyens et ses formes propres, \u00e0 la lutte pour la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me est que la r\u00e9sistance arm\u00e9e berb\u00e8re, trop longtemps marginalis\u00e9e dans le r\u00e9cit officiel, constitue en r\u00e9alit\u00e9 la premi\u00e8re ligne de d\u00e9fense contre la p\u00e9n\u00e9tration coloniale, ant\u00e9rieure de plusieurs d\u00e9cennies \u00e0 la structuration d&rsquo;un mouvement nationaliste urbain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me le\u00e7on, peut-\u00eatre la plus pertinente pour l&rsquo;historiographie contemporaine, est celle de la n\u00e9cessite d&rsquo;un regard critique et pluriel sur le passe colonial. La r\u00e9habilitation de la m\u00e9moire de Bougafer, engag\u00e9e timidement par les institutions marocaines et revendiqu\u00e9e avec force par le mouvement amazigh, doit s&rsquo;accompagner d&rsquo;un effort de recherche archivistique et ethnographique permettant de reconstituer la version des vaincus-r\u00e9sistants, dont la voix reste encore trop fragmentaire. C&rsquo;est \u00e0 cette condition que la bataille de Bougafer pourra prendre toute la place qui lui revient dans le patrimoine national marocain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la r\u00e9sistance d&rsquo;Assou Oubasslam et de ses compagnons de Bougafer offre une le\u00e7on d&rsquo;humanit\u00e9 qui transcende les fronti\u00e8res du temps et de l&rsquo;espace. Confrontes a l&rsquo;an\u00e9antissement, ils choisirent non la capitulation aveugle mais la n\u00e9gociation digne, pr\u00e9servant non seulement des vies mais une identit\u00e9, une culture, une mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre au monde. Dans un contexte mondial ou les memoires coloniales font l&rsquo;objet de relectures douloureuses mais n\u00e9cessaires, Bougafer rappelle que la r\u00e9sistance est au c\u0153ur de la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>Sources primaires et archives<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Al Mazouzi, M. et Alaoui, M. (1987). M\u00e9moires du patrimoine marocain, vol. 5. Editions Nord Organisation, p. 280. [Donn\u00e9es sur les pertes de la bataille de Bougafer.]\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bordeaux, Henry (1935). Les captifs d\u00e9livres. Paris : Plon. [T\u00e9moignage sur la r\u00e9sistance des Ait Atta a Bougafer.]\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chardon, Lieutenant-Colonel (1933). Rapport officiel : Operations du Saghro, fevrier-mars 1933. Service Historique de la D\u00e9fense (SHD-GR), cote 3H1080.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dahir du 16 mai 1930 r\u00e9glant le fonctionnement de la justice dans les tribus de coutume berbere. Bulletin officiel du Protectorat fran\u00e7ais au Maroc. Rabat : R\u00e9sidence G\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Giraud, General Henri. Memoires. [T\u00e9moignage sur la mort du capitaine de Bournazel, cite dans Portail Sud Maroc.]\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hure, General Antoine. La pacification du Maroc. Paris : Berger-Levrault.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>Travaux academiques<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hart, David M. (1967). Segmentary Systems and the Role of \u00ab\u00a0Five Fifths\u00a0\u00bb in Tribal Morocco. Revue de l&rsquo;Occident Musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e (ROMM), III, 1, p. 65-95.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hart, David M. (1973). The Tribe in Modern Morocco : Two Case Studies. In Gellner, E. et Micaud, C. (ed.), Arabs and Berbers : From Tribe to Nation in North Africa. Londres : Duckworth, p. 25-58.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hart, David M. (1977). Assu u-Ba Slam (1890-1960) : De la Resistance a la Pacification au Maroc. In Julien, C.-A. et al. (ed.), Les Africains, tome V. Paris : Editions Jeune Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hart, David M. (1981). Dadda &lsquo;Atta and His Forty Grandsons : The Socio-Political Organisation of the Ait &lsquo;Atta of Southern Morocco. Cambridge : MENAS Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mounib, Mohamed (2002). Le Dahir berbere : le plus grand mensonge politique du Maroc contemporain. Rabat : Al Maarif Al Jadida.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Spillmann, Georges (1936). Districts et tribus de la haute vallee du Draa. Villes et tribus du Maroc. Paris : Honore Champion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vermeren, Pierre (2002). Histoire du Maroc depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance. Paris : La D\u00e9couverte, coll. Reperes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wanaim, Mbark (2024). La bataille de Bougafer (11 fevrier-25 mars 1933) : ultime \u00e9pisode violent de la pacification dans le Maroc colonial. Outre-Mers, n\u00b0 422-423 (1-2), p. 189-202. DOI : 10.3917\/om.422.0189.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La politique berb\u00e8re de la France et le nationalisme marocain, 1912-1937 (1997). Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 d&rsquo;Aix-en-Provence. Disponible : https:\/\/theses.fr\/1997AIX10075<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><u>Sources secondaires et presse<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ait Atta. Encyclop\u00e9die Berb\u00e8re, Open Edition Journals. https:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/1214<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Amazigh24 (27 fevrier 2026). Bougafer : non au m\u00e9pris colonial ! Congres Mondial Amazigh. https:\/\/amazigh24.com\/bougafer-non-au-mepris-colonial\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bataille de Bougafer. Wikipedia, l&rsquo;encyclopedie libre. https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bataille_de_Bougafer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dahir berbere. Wikipedia. https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dahir_berb%C3%A8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Afrique des Id\u00e9es (7 mai 2012). Les mythes berb\u00e8res de la colonisation : le cas du Maroc. https:\/\/www.lafriquedesidees.org<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le360.ma (13 fevrier 2021). Il \u00e9tait une fois la bataille de Bougafer. https:\/\/fr.le360.ma\/societe\/il-etait-une-fois-la-bataille-de-bougafer-233453\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">LesEco.ma (13 fevrier 2019). Il y a 86 ans, le dernier soul\u00e8vement tribal contre la France. https:\/\/leseco.ma\/maroc\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Matin.ma (13 fevrier 2018). Le peuple marocain celebre le 85e anniversaire de la bataille de Bougafer. https:\/\/lematin.ma\/journal\/2018\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maroc-Patriotique (janvier 2025). La Bataille de Bougafer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Portail Sud Maroc. La bataille de Bougafer ou la r\u00e9sistance acharn\u00e9e des Ait Atta contre les forces coloniales. https:\/\/portailsudmaroc.com<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Protectorat francais au Maroc. Wikip\u00e9dia. https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Protectorat_fran%C3%A7ais_au_Maroc<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">. La tribu Ait Atta. Tribusdumaroc.free.fr<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yabiladi.com (13 fevrier 2017). La bataille de Bougafer ou la r\u00e9sistance acharn\u00e9e des Ait Atta. https:\/\/www.yabiladi.com\/articles\/details\/50894\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bataille de Bougafer (13 fevrier &#8212; 25 mars 1933) repr\u00e9sente bien plus qu&rsquo;un \u00e9pisode militaire dans les annales coloniales du Maroc. Elle constitue un moment fondateur dans l&rsquo;histoire longue de la r\u00e9sistance marocaine a la domination \u00e9trang\u00e8re, un symbole d&rsquo;une dignit\u00e9 collective qui refusa jusqu&rsquo;au bout de se plier \u00e0 la force. Pr. Mohamed &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":6316,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15,35],"tags":[59],"class_list":["post-6314","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes","category-slider","tag-mohamed-chtatou"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Rencontre_Hure_et_Assou.png?fit=855%2C682&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pfJc35-1DQ","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6314"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6314\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6322,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6314\/revisions\/6322"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6316"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}