{"id":6587,"date":"2026-04-29T00:00:58","date_gmt":"2026-04-28T23:00:58","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=6587"},"modified":"2026-04-29T00:09:03","modified_gmt":"2026-04-28T23:09:03","slug":"khalid-ben-srhir-et-lhistoriographie-marocaine-des-relations-internationales-par-mohamed-chtatou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/khalid-ben-srhir-et-lhistoriographie-marocaine-des-relations-internationales-par-mohamed-chtatou\/","title":{"rendered":"KHALID BEN-SRHIR ET L&rsquo;HISTORIOGRAPHIE MAROCAINE DES RELATIONS INTERNATIONALES &#8211; par Mohamed Chtatou"},"content":{"rendered":"\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Trajectoire intellectuelle, apports archivistiques <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>et renouvellement \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;un historien engag\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cet article analyse les contributions scientifiques de Khalid Ben-Srhir, historien marocain n\u00e9 en 1956 \u00e0 Mekn\u00e8s et professeur de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Mohammed V de Rabat. Sp\u00e9cialiste reconnu des relations internationales du Maroc au XIXe si\u00e8cle et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Ben-Srhir a construit une \u0153uvre fond\u00e9e principalement sur l&rsquo;exploitation syst\u00e9matique des archives europ\u00e9ennes \u2014 en particulier britanniques \u2014 pour restituer la complexit\u00e9 des dynamiques diplomatiques, \u00e9conomiques et politiques du Maroc pr\u00e9colonial et colonial. \u00c0 travers l&rsquo;examen de ses principales publications, de son r\u00f4le dans la revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> et de son apport m\u00e9thodologique, cet article souligne en quoi ses travaux constituent un jalon d\u00e9cisif dans l&rsquo;historiographie marocaine contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>1. Introduction : La question des archives dans l&rsquo;historiographie marocaine<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:299px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L&rsquo;historiographie marocaine contemporaine a longtemps \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 une tension fondamentale : celle de la restitution d&rsquo;une histoire nationale \u00e0 partir de sources majoritairement produites par les puissances coloniales ou par leurs repr\u00e9sentants. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, l&rsquo;acc\u00e8s aux archives nationales marocaines restait partiel, fragmentaire ou sujet \u00e0 des restrictions institutionnelles, tandis que les fonds d&rsquo;archives europ\u00e9ens \u2014 notamment britanniques, fran\u00e7ais, espagnols et portugais \u2014 offraient une documentation dense et continue sur les relations du Maroc avec le monde ext\u00e9rieur. C&rsquo;est dans ce contexte \u00e9pist\u00e9mologique difficile que s&rsquo;inscrit le projet scientifique de Khalid Ben-Srhir.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1956 \u00e0 Mekn\u00e8s, Ben-Srhir appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des historiens marocains form\u00e9s dans le sillage de l&rsquo;ind\u00e9pendance, qui ont progressivement pris en charge la production historiographique nationale en substituant \u00e0 la vision coloniale une lecture endog\u00e8ne des dynamiques historiques (Laroui, 1977). Sa formation acad\u00e9mique l&rsquo;a conduit \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser sp\u00e9cifiquement aux archives du Public Record Office (PRO) de Londres \u2014 devenu The National Archives \u2014 comme source primaire pour reconstituer la politique \u00e9trang\u00e8re du Makhzen, la nature des relations commerciales avec la Grande-Bretagne et les jeux d&rsquo;influence entre puissances europ\u00e9ennes sur le territoire marocain (Ben-Srhir, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche de Ben-Srhir est doublement originale. D&rsquo;une part, elle consiste \u00e0 retourner contre la logique coloniale ses propres archives, en lisant les rapports diplomatiques britanniques non plus comme des t\u00e9moignages de la \u00ab mission civilisatrice \u00bb europ\u00e9enne, mais comme des r\u00e9v\u00e9lateurs des strat\u00e9gies marocaines de r\u00e9sistance, de n\u00e9gociation et d&rsquo;adaptation. D&rsquo;autre part, elle s&rsquo;inscrit dans une ambition de bilat\u00e9ralisme archivistique, en croisant les fonds europ\u00e9ens avec les documents du Makhzen \u2014 lorsqu&rsquo;ils sont accessibles \u2014 afin de reconstituer une histoire relationnelle \u00e9quilibr\u00e9e (Ben-Srhir, 1990). Cette double orientation m\u00e9thodologique conf\u00e8re \u00e0 son \u0153uvre une port\u00e9e historiographique qui d\u00e9passe le cadre strictement r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de souligner \u00e9galement la dimension comparative et transr\u00e9gionale qui traverse l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u0153uvre de Ben-Srhir. Ses analyses du cas marocain s&rsquo;inscrivent syst\u00e9matiquement dans une r\u00e9flexion plus large sur les relations entre \u00c9tats musulmans et puissances europ\u00e9ennes au XIXe si\u00e8cle. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des r\u00e9formes institutionnelles tent\u00e9es sous pression ext\u00e9rieure, du r\u00e9gime des capitulations ou du m\u00e9canisme des protections consulaires, Ben-Srhir \u00e9tablit des parall\u00e8les implicites et parfois explicites avec l&rsquo;Empire ottoman, l&rsquo;\u00c9gypte khediviale ou la Tunisie beylicale, enrichissant ainsi ses analyses marocaines d&rsquo;une profondeur comparatiste rarement atteinte dans l&rsquo;historiographie nationale (Ben-Srhir, 2005 ; Issawi, 1982).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article propose une analyse syst\u00e9matique des travaux de Khalid Ben-Srhir en plusieurs temps. Il examine d&rsquo;abord la formation intellectuelle et le positionnement \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;auteur au sein du champ historiographique marocain (section 2). Il analyse ensuite ses contributions majeures, en particulier son monumental ouvrage sur les relations britanno-marocaines \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de John Drummond Hay (section 3), puis ses articles sur la question des r\u00e9formes, des protections consulaires et des r\u00e9formes militaires (section 4). Il \u00e9value son r\u00f4le institutionnel \u00e0 la t\u00eate de la revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> et son apport \u00e0 la formation d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de chercheurs marocains (section 5), avant de dresser un bilan critique de cet h\u00e9ritage scientifique (section 6) et de conclure (section 7).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. Formation intellectuelle et positionnement \u00e9pist\u00e9mologique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.1. Le contexte de l&rsquo;historiographie marocaine postcoloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour comprendre l&rsquo;apport sp\u00e9cifique de Ben-Srhir, il convient de le situer dans le paysage plus large de l&rsquo;historiographie marocaine postcoloniale. Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de 1956, la production historique au Maroc a connu une phase de reconstruction identitaire sous l&rsquo;impulsion de figures comme Abdallah Laroui, dont L&rsquo;Histoire du Maghreb (1970) et Les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain (1977) posaient les jalons d&rsquo;une relecture nationaliste et critique du pass\u00e9. Cette g\u00e9n\u00e9ration pionni\u00e8re cherchait \u00e0 d\u00e9construire les narratives coloniales et \u00e0 r\u00e9habiliter les dynamiques endog\u00e8nes de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine (Laroui, 1977).<\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir s&rsquo;inscrit dans une deuxi\u00e8me vague, plus empirique et plus archivistique. Si les historiens de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration posaient les grandes questions identitaires et philosophiques, la sienne s&rsquo;attelle \u00e0 la documentation pr\u00e9cise des \u00e9v\u00e9nements, des transactions diplomatiques et des dynamiques institutionnelles du XIXe si\u00e8cle. Ce glissement du m\u00e9ta-r\u00e9cit \u00e0 la monographie sp\u00e9cialis\u00e9e est caract\u00e9ristique de la maturation des sciences historiques au Maroc dans les ann\u00e9es 1980-1990 (Kenbib, 1994). C&rsquo;est dans ce cadre que Ben-Srhir d\u00e9veloppe sa th\u00e8se de doctorat d&rsquo;\u00c9tat sur les relations de la Grande-Bretagne avec le Makhzen, soutenue \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Hassan II de Casablanca, dont il est issu (\u00c9ditions de la Sorbonne, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette inscription g\u00e9n\u00e9rationnelle ne signifie pas rupture totale avec ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Ben-Srhir h\u00e9rite de Laroui la conviction que le Maroc doit \u00eatre compris comme un acteur historique dou\u00e9 d&rsquo;une logique propre, et non comme un simple objet des projections europ\u00e9ennes. Il h\u00e9rite \u00e9galement de l&rsquo;\u00e9cole de Germain Ayache \u2014 dont il a prolong\u00e9 le travail \u00e0 la r\u00e9daction de <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> \u2014 le souci de la rigueur documentaire et de la confrontation syst\u00e9matique des sources (M\u00e9dias24, 2021). Sa sp\u00e9cificit\u00e9 est d&rsquo;avoir appliqu\u00e9 cette exigence de rigueur aux archives \u00e9trang\u00e8res, l\u00e0 o\u00f9 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs travaillaient davantage \u00e0 partir des chroniques et manuscrits marocains.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.2 L&rsquo;option archivistique britannique : une strat\u00e9gie heuristique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le choix de concentrer ses recherches sur les archives britanniques n&rsquo;est pas anodin. La Grande-Bretagne, puissance maritime et commerciale dominante au XIXe si\u00e8cle, avait nou\u00e9 avec le Maroc des relations d&rsquo;une intensit\u00e9 et d&rsquo;une continuit\u00e9 particuli\u00e8res, document\u00e9es par des fonds d&rsquo;archives exceptionnellement bien conserv\u00e9s et accessibles. Ben-Srhir explique dans l&rsquo;introduction g\u00e9n\u00e9rale de son ouvrage principal que c&rsquo;est en cherchant \u00e0 \u00e9crire une histoire des relations anglo-marocaines \u00e0 partir des sources marocaines qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 d\u00e9couvrir l&rsquo;extraordinaire richesse du fonds du Public Record Office, lequel comprenait non seulement les rapports diplomatiques de l&rsquo;ambassade britannique \u00e0 Tanger, mais aussi des correspondances commerciales, des m\u00e9moires personnels et des documents relatifs aux prot\u00e9g\u00e9s britanniques au Maroc (Ben-Srhir, 2005, p. 7 ; Taylor &amp; Francis, 2004).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche impliquait une ma\u00eetrise de l&rsquo;anglais diplomatique du XIXe si\u00e8cle, des codes de communication consulaire et des structures administratives du Foreign Office. Elle supposait \u00e9galement une connaissance approfondie des institutions marocaines de l&rsquo;\u00e9poque \u2014 le Makhzen, les tribus, les zaou\u00efas, les marchands-sultans (tujjar al-sultan) \u2014 afin de lire les archives britanniques \u00e0 travers un prisme marocain et non inversement. C&rsquo;est cette double comp\u00e9tence linguistique et institutionnelle qui fait la singularit\u00e9 de l&rsquo;approche de Ben-Srhir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir reconna\u00eet explicitement les limites de cette option : les archives britanniques livrent une image du Maroc filtr\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats, les pr\u00e9jug\u00e9s et les lacunes perceptives des diplomates britanniques (Ben-Srhir, 1990). Sa strat\u00e9gie pour compenser ce biais consiste \u00e0 croiser syst\u00e9matiquement ces sources avec les archives du Makhzen lorsqu&rsquo;elles sont disponibles, avec les archives espagnoles, fran\u00e7aises et portugaises, ainsi qu&rsquo;avec les m\u00e9moires et r\u00e9cits de voyageurs marocains et europ\u00e9ens de la p\u00e9riode. Cette pluralit\u00e9 des sources constitue la garantie m\u00e9thodologique de ses reconstructions historiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.3. Une \u00e9pist\u00e9mologie de la relation : d\u00e9passer le paradigme colonial<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du choix des sources, la d\u00e9marche \u00e9pist\u00e9mologique de Ben-Srhir est fond\u00e9e sur un postulat th\u00e9orique important : les relations entre le Maroc et l&rsquo;Europe ne peuvent \u00eatre correctement analys\u00e9es que si l&rsquo;on reconna\u00eet aux deux parties une rationalit\u00e9 propre, des int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques et des marges de man\u0153uvre r\u00e9elles, si limit\u00e9es soient-elles. Ce postulat le conduit \u00e0 rejeter deux formes de r\u00e9ductionnisme \u00e9galement insatisfaisantes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;historiographie coloniale qui pr\u00e9sentait les relations maroco-europ\u00e9ennes comme le d\u00e9ploiement unilat\u00e9ral d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 technique et morale europ\u00e9enne face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 marocaine passive ou en d\u00e9clin. De l&rsquo;autre, certaines formes de nationalisme historiographique qui tendaient \u00e0 id\u00e9aliser la r\u00e9sistance marocaine et \u00e0 en effacer les contradictions internes (Laroui, 1977 ; Burke, 1976).<\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir propose \u00e0 la place une lecture relationnelle et dialectique : le Makhzen et les puissances europ\u00e9ennes co-produisent, par leurs interactions, les conditions de la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et coloniale. Cette approche anticipe, dans la pratique historique concr\u00e8te, les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs des \u00e9tudes postcoloniales et de l&rsquo;histoire connect\u00e9e (histoire crois\u00e9e, histoire transnationale) qui se d\u00e9velopperont th\u00e9oriquement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990 (Chakrabarty, 2000). Elle conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de Ben-Srhir une modernit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique qui explique en partie sa r\u00e9ception favorable dans les milieux acad\u00e9miques internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. L&rsquo;\u0153uvre ma\u00eetresse : <em>Britain and Morocco During the Embassy of John Drummond Hay<\/em> (2005)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.1. Gen\u00e8se et structure de l&rsquo;ouvrage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 en 2005 aux \u00e9ditions RoutledgeCurzon dans la collection \u00ab History and Society in the Islamic World \u00bb, l&rsquo;ouvrage Britain and Morocco During the Embassy of John Drummond Hay, 1845\u20131886 constitue la contribution la plus importante de Khalid Ben-Srhir \u00e0 l&rsquo;historiographie marocaine internationale (Ben-Srhir, 2005). Traduit de l&rsquo;arabe par Malcolm Williams et Gavin Waterson, il couvre une p\u00e9riode de plus de quarante ans de l&rsquo;histoire diplomatique maroco-britannique, en prenant pour fil conducteur la figure de John Drummond Hay, consul g\u00e9n\u00e9ral puis ambassadeur britannique \u00e0 Tanger de 1845 \u00e0 1886.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ouvrage, qui compte 357 pages, comprend des illustrations, des tableaux, un appendice documentaire, un glossaire des termes arabes et berb\u00e8res, des notes de fin de chapitre et un index. Sa structure refl\u00e8te la double ambition de l&rsquo;auteur : \u00e9crire simultan\u00e9ment une biographie diplomatique de Drummond Hay et une histoire des relations commerciales et politiques entre les deux pays. Ben-Srhir r\u00e9ussit \u00e0 tisser ces deux niveaux d&rsquo;analyse en montrant comment la personnalit\u00e9, les convictions et les r\u00e9seaux personnels du diplomate britannique ont fa\u00e7onn\u00e9 la nature m\u00eame des relations entre les deux \u00c9tats (Cambridge University Press, 2010).<\/p>\n\n\n\n<p>La gen\u00e8se de cet ouvrage est elle-m\u00eame r\u00e9v\u00e9latrice de la d\u00e9marche scientifique de son auteur. Ben-Srhir indique avoir commenc\u00e9 par la collecte exhaustive des correspondances de Drummond Hay avec le Makhzen, conserv\u00e9es \u00e0 la fois dans les archives marocaines et dans les fonds britanniques. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en confrontant syst\u00e9matiquement ces deux s\u00e9ries documentaires qu&rsquo;il a pu mesurer les \u00e9carts \u2014 parfois consid\u00e9rables \u2014 entre la repr\u00e9sentation que le diplomate donnait de ses interlocuteurs marocains dans ses rapports officiels et la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes tels que la documentation marocaine permettait de les restituer (Ben-Srhir, 2005). Ce travail de d\u00e9convolution des biais documentaires constitue l&rsquo;un des apports m\u00e9thodologiques les plus pr\u00e9cieux de l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.2. Le cadre analytique : diplomatie, commerce et r\u00e9formes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le cadre analytique que Ben-Srhir d\u00e9ploie dans cet ouvrage repose sur trois axes compl\u00e9mentaires. Le premier est diplomatique : il s&rsquo;agit de reconstituer la logique des n\u00e9gociations entre le gouvernement marocain et les repr\u00e9sentants britanniques autour des questions de trait\u00e9s, de capitulations, de protections consulaires et de statut des \u00e9trangers au Maroc. Le deuxi\u00e8me est commercial : Ben-Srhir montre que les relations politiques sont ins\u00e9parables des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques \u2014 notamment ceux des marchands britanniques et de leurs partenaires locaux \u2014 et que la diplomatie est souvent le prolongement de la comp\u00e9tition commerciale entre puissances europ\u00e9ennes (Ben-Srhir, 2005). Le troisi\u00e8me est r\u00e9formiste : l&rsquo;auteur analyse les tentatives de Drummond Hay pour persuader le Makhzen d&rsquo;entreprendre des r\u00e9formes institutionnelles \u2014 judiciaires, fiscales et militaires \u2014 \u00e0 l&rsquo;instar de ce qui se faisait dans l&rsquo;Empire ottoman ou en \u00c9gypte khediviale.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce dernier point, Ben-Srhir d\u00e9veloppe une th\u00e8se nuanc\u00e9e. Il ne pr\u00e9sente pas le Makhzen comme passif ou r\u00e9sistant par principe au changement, mais comme un acteur rationnel calculant les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices de chaque r\u00e9forme dans un contexte de pressions ext\u00e9rieures multiples et de fragmentation interne. Cette lecture relativise le narratif dominant dans l&rsquo;historiographie coloniale qui pr\u00e9sentait le Maroc pr\u00e9colonial comme une soci\u00e9t\u00e9 fig\u00e9e, incapable de se r\u00e9former par elle-m\u00eame (Ben-Srhir, 2001). Ben-Srhir montre au contraire que les sultans et leurs vizirs n\u00e9gociaient activement les termes de leur int\u00e9gration aux circuits commerciaux et diplomatiques europ\u00e9ens, cherchant \u00e0 pr\u00e9server leur souverainet\u00e9 tout en modernisant s\u00e9lectivement certaines institutions.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"927\" height=\"618\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-3.png?resize=927%2C618&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6591\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-3.png?w=927&amp;ssl=1 927w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-3.png?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-3.png?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 927px) 100vw, 927px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>3.3. La figure de Drummond Hay comme prisme analytique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des choix les plus heureux de Ben-Srhir est de faire de John Drummond Hay non pas simplement un sujet biographique, mais un prisme analytique \u00e0 travers lequel se r\u00e9v\u00e8lent les contradictions de la politique britannique au Maroc. Drummond Hay incarne en effet une tension constitutive de l&rsquo;imp\u00e9rialisme lib\u00e9ral britannique du XIXe si\u00e8cle : celle entre les id\u00e9aux du libre-\u00e9change, de la r\u00e9forme institutionnelle et du droit international d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et les imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques, commerciaux et g\u00e9opolitiques de l&rsquo;autre. Ben-Srhir montre comment ce diplomate, personnellement convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 des r\u00e9formes marocaines, \u00e9tait contraint par les int\u00e9r\u00eats de son gouvernement et par les logiques de la comp\u00e9tition interimp\u00e9riale \u00e0 soutenir officiellement un statu quo qu&rsquo;il jugeait lui-m\u00eame insatisfaisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tension entre id\u00e9aux et contraintes structurelles est au c\u0153ur de l&rsquo;analyse de Ben-Srhir. Elle lui permet de montrer que l&rsquo;\u00e9chec des r\u00e9formes au Maroc n&rsquo;est pas seulement le produit de la r\u00e9sistance marocaine interne, mais aussi de l&rsquo;ambivalence fondamentale de la politique britannique, qui souhaitait un Maroc modernis\u00e9 mais stable, ouvert mais souverain \u2014 une quadrature du cercle que m\u00eame le plus habile des diplomates ne pouvait r\u00e9soudre (Ben-Srhir, 2005 ; Ben-Srhir, 2001).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.4. Apports \u00e0 la connaissance de la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des apports les plus significatifs de cet ouvrage r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9clairage qu&rsquo;il apporte sur la p\u00e9riode 1845-1886, souvent n\u00e9glig\u00e9e par l&rsquo;historiographie au profit des d\u00e9cennies imm\u00e9diatement ant\u00e9rieures au Protectorat (1900-1912). Ben-Srhir montre que cette p\u00e9riode est cruciale pour comprendre l&rsquo;\u00e9mergence des conditions qui rendront possible l&rsquo;\u00e9tablissement du Protectorat. C&rsquo;est en effet au cours de ces d\u00e9cennies que se consolident les m\u00e9canismes de d\u00e9pendance financi\u00e8re du Makhzen vis-\u00e0-vis des cr\u00e9anciers europ\u00e9ens, que se multiplient les prot\u00e9g\u00e9s consulaires aux d\u00e9pens de la fiscalit\u00e9 marocaine, et que se nouent les r\u00e9seaux marchands transnationaux qui contournent progressivement les institutions \u00e9tatiques marocaines (Ben-Srhir, 2005 ; Ben-Srhir, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ouvrage contribue \u00e9galement \u00e0 la connaissance des m\u00e9canismes de l&rsquo;influence britannique dans la r\u00e9gion. \u00c0 rebours d&rsquo;une vision simpliste qui r\u00e9duirait la politique britannique \u00e0 une logique d&rsquo;expansionnisme territorial, Ben-Srhir montre que la Grande-Bretagne cherchait avant tout \u00e0 maintenir l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc \u2014 mais un Maroc ouvert au commerce et aux capitaux britanniques \u2014 afin d&#8217;emp\u00eacher l&rsquo;\u00e9tablissement de toute autre puissance europ\u00e9enne, notamment la France, sur les c\u00f4tes atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes du pays, strat\u00e9giques pour la route de Gibraltar (Ben-Srhir, 1990). Cette politique du statu quo est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend Drummond Hay si important : il en est \u00e0 la fois l&rsquo;architecte et le principal op\u00e9rateur sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la r\u00e9ception internationale, la pr\u00e9face de Daniel J. Schroeter, sp\u00e9cialiste reconnu de l&rsquo;histoire du Maroc \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Minnesota, accr\u00e9dite l&rsquo;importance acad\u00e9mique de l&rsquo;ouvrage en soulignant son apport \u00e0 la compr\u00e9hension de la diplomatie victorienne en Afrique du Nord et \u00e0 la r\u00e9silience institutionnelle du Makhzen alaouite face aux pressions europ\u00e9ennes (Schroeter, 2005). Le compte rendu publi\u00e9 dans <em>Itinerario<\/em> par Cambridge University Press (2010) confirme que l&rsquo;ouvrage est per\u00e7u dans les milieux acad\u00e9miques anglophones comme une contribution originale et solide \u00e0 l&rsquo;histoire imp\u00e9riale et \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Articles et contributions th\u00e9matiques : r\u00e9formes, protections et histoire militaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.1. \u00ab L&rsquo;impossible r\u00e9forme \u00bb : le programme de Drummond Hay (1856\u20131886)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 dans <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> en 2001, l&rsquo;article intitul\u00e9 \u00ab L&rsquo;impossible r\u00e9forme : le programme de John Drummond Hay (1856-1886) \u00bb constitue un pendant analytique \u00e0 la monographie de 2005 (Ben-Srhir, 2001). En se concentrant sur la dimension proprement r\u00e9formiste de l&rsquo;action du diplomate britannique, Ben-Srhir pose une question fondamentale : pourquoi les tentatives de modernisation institutionnelle soutenues par la Grande-Bretagne ont-elles \u00e9chou\u00e9 au Maroc alors qu&rsquo;elles produisaient \u2014 certes avec des r\u00e9sultats mitig\u00e9s \u2014 des transformations visibles dans l&rsquo;Empire ottoman ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sa r\u00e9ponse est pluricausale. Elle tient \u00e0 la fois \u00e0 la r\u00e9sistance des \u00e9lites makhzeniennes conservatrices qui percevaient toute r\u00e9forme comme un affaiblissement de leur position, \u00e0 la m\u00e9fiance des populations rurales envers toute innovation associ\u00e9e \u00e0 la pression \u00e9trang\u00e8re, et \u00e0 la concurrence entre puissances europ\u00e9ennes qui cherchaient \u00e0 exploiter les difficult\u00e9s du Makhzen plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 le renforcer (Ben-Srhir, 2001). L&rsquo;article montre \u00e9galement que Drummond Hay lui-m\u00eame \u00e9tait tiraill\u00e9 entre ses convictions lib\u00e9rales en faveur de la r\u00e9forme et les int\u00e9r\u00eats commerciaux britanniques qui n&rsquo;exigeaient pas n\u00e9cessairement un Makhzen fort et r\u00e9form\u00e9, mais plut\u00f4t un Maroc ouvert et docile.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 reproduit dans un volume collectif consacr\u00e9 aux usages politiques et sociaux de la r\u00e9forme au Maroc, aux c\u00f4t\u00e9s de contributions d&rsquo;Alain Roussillon, Abdelmajid Kaddouri et Jama&rsquo;a Baida, parmi d&rsquo;autres, t\u00e9moignant de son int\u00e9gration dans les d\u00e9bats centraux de l&rsquo;historiographie marocaine sur la modernisation (Ben-Srhir, dans le volume collectif, 2001). Sa th\u00e8se de l&rsquo;impossibilit\u00e9 structurelle de la r\u00e9forme dans les conditions du Maroc du XIXe si\u00e8cle est devenue une r\u00e9f\u00e9rence incontournable dans les discussions sur les origines du Protectorat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.2. Le syst\u00e8me des protections consulaires et ses effets d\u00e9stabilisateurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre axe important de la recherche de Ben-Srhir porte sur le syst\u00e8me des protections consulaires, qui constitue l&rsquo;une des grandes pathologies des relations entre le Maroc et les puissances europ\u00e9ennes au XIXe si\u00e8cle. Dans son article \u00ab The Impact of European Invasion of Moroccan Market : The Case of British Claims for Robberies and Debts \u00bb (2008), il analyse les m\u00e9canismes par lesquels des marchands marocains \u2014 parfois m\u00eame des fonctionnaires du Makhzen \u2014 obtenaient le statut de prot\u00e9g\u00e9s d&rsquo;une puissance \u00e9trang\u00e8re, \u00e9chappant ainsi \u00e0 la juridiction et \u00e0 la fiscalit\u00e9 marocaines (Ben-Srhir, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, que Ben-Srhir qualifie \u00e0 juste titre de subversif, vidait progressivement le Makhzen de ses ressources fiscales et de sa capacit\u00e9 coercitive, cr\u00e9ant un cercle vicieux de d\u00e9pendance et d&rsquo;affaiblissement institutionnel. L&rsquo;originalit\u00e9 de l&rsquo;approche de Ben-Srhir par rapport aux travaux ant\u00e9rieurs \u2014 notamment ceux d&rsquo;Edmund Burke III (1976) et de Daniel Schroeter (1988) \u2014 r\u00e9side dans son utilisation des archives consulaires britanniques pour quantifier et typologiser les cas de protection, distinguant les prot\u00e9g\u00e9s l\u00e9gitimes des \u00ab prot\u00e9g\u00e9s abusifs \u00bb qui n&rsquo;avaient en r\u00e9alit\u00e9 aucun lien avec les ressortissants de la puissance protectrice.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9monstration de Ben-Srhir r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement comment le r\u00e9gime des protections a progressivement modifi\u00e9 les \u00e9quilibres sociaux internes au Maroc. Des chefs de zaou\u00efas \u2014 notamment la zaou\u00efa Wazaniyya \u2014 des marchands interm\u00e9diaires et m\u00eame des repr\u00e9sentants du Makhzen ont cherch\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de protections \u00e9trang\u00e8res pour se soustraire aux obligations fiscales ou pour renforcer leur position dans des conflits locaux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab inversion des loyaut\u00e9s \u00bb illustre de mani\u00e8re saisissante comment les structures de la puissance imp\u00e9riale europ\u00e9enne s&rsquo;infiltraient dans le tissu institutionnel et social marocain bien avant l&rsquo;\u00e9tablissement formel du Protectorat (Ben-Srhir, 2005 ; Ben-Srhir, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.3. Les r\u00e9formes militaires et les archives de la guerre hispano-marocaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir s&rsquo;est \u00e9galement int\u00e9ress\u00e9 aux dimensions militaires des relations maroco-europ\u00e9ennes. Son article \u00ab Britain and Military Reforms in Morocco During the Second Half of the Nineteenth Century \u00bb explore les tentatives de modernisation de l&rsquo;arm\u00e9e marocaine sous influence ou conseil britannique, dans un contexte o\u00f9 le Makhzen cherchait \u00e0 se doter d&rsquo;une force militaire capable de r\u00e9sister aux pressions ext\u00e9rieures (Ben-Srhir, Academia.edu). Cet article r\u00e9v\u00e8le les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la politique britannique : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, elle soutenait officiellement le renforcement de la capacit\u00e9 d\u00e9fensive du Maroc ; de l&rsquo;autre, elle freinait discr\u00e8tement certaines modernisations qui auraient pu menacer ses propres avantages commerciaux ou d\u00e9stabiliser l&rsquo;\u00e9quilibre des puissances dans la r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, ses deux articles sur la guerre hispano-marocaine de Melilla (1892-1894), fond\u00e9s sur des documents britanniques in\u00e9dits, apportent un \u00e9clairage nouveau sur cet \u00e9pisode souvent trait\u00e9 exclusivement \u00e0 partir des sources espagnoles (Ben-Srhir, 2015). En mobilisant les rapports de l&rsquo;ambassade britannique \u00e0 Tanger, Ben-Srhir montre comment la Grande-Bretagne cherchait \u00e0 \u00e9viter tout embrasement susceptible de d\u00e9stabiliser une r\u00e9gion strat\u00e9giquement sensible pour sa pr\u00e9sence \u00e0 Gibraltar, et comment elle a exerc\u00e9 des pressions discr\u00e8tes sur Madrid pour limiter les ambitions espagnoles au Maroc. L&rsquo;utilisation d&rsquo;archives britanniques pour \u00e9clairer un conflit hispano-marocain illustre parfaitement la valeur heuristique de l&rsquo;approche de Ben-Srhir : les fonds d&rsquo;archives d&rsquo;une tierce puissance permettent parfois de reconstituer des dynamiques bilat\u00e9rales inaccessibles depuis les archives des parties directement impliqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.4. Les sources \u00e9conomiques : les rapports consulaires comme outil d&rsquo;histoire \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1990, Ben-Srhir avait publi\u00e9 un article pr\u00e9curseur dans <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> : \u00ab Une source de l&rsquo;histoire \u00e9conomique marocaine : les rapports consulaires britanniques \u00bb (Ben-Srhir, 1990), dans lequel il mettait en valeur le potentiel heuristique des rapports annuels et trimestriels des consuls britanniques pour reconstituer les circuits commerciaux, les prix des denr\u00e9es, les flux d&rsquo;exportation et d&rsquo;importation, et les transformations de l&rsquo;\u00e9conomie marocaine int\u00e9gr\u00e9e progressivement aux march\u00e9s mondiaux. Cet article fondateur a ouvert la voie \u00e0 une approche syst\u00e9matique des archives consulaires comme source pour l&rsquo;histoire \u00e9conomique du Maghreb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce faisant, Ben-Srhir rejoignait une tradition historiographique internationale qui, depuis les travaux de Charles Issawi (1982) sur l&rsquo;\u00e9conomie du Moyen-Orient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, avait d\u00e9montr\u00e9 la richesse des rapports consulaires europ\u00e9ens pour l&rsquo;histoire \u00e9conomique r\u00e9gionale. Son originalit\u00e9 consistait \u00e0 appliquer cette m\u00e9thode au cas marocain de mani\u00e8re syst\u00e9matique et critique, en signalant les biais inh\u00e9rents \u00e0 ces sources (surestimation des activit\u00e9s commerciales des ressortissants de la puissance concern\u00e9e, ignorance des circuits informels, etc.). Dans le m\u00eame registre, son article de 1991 portant sur le trait\u00e9 conclu entre Moulay Yazid et l&rsquo;Angleterre en 1791 (Ben-Srhir, 1991) retrouvait, \u00e0 partir des archives diplomatiques britanniques, les termes d&rsquo;un accord longtemps mal connu, illustrant la capacit\u00e9 de Ben-Srhir \u00e0 utiliser des sources \u00e9trang\u00e8res pour combler des lacunes documentaires de l&rsquo;histoire marocaine officielle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.5. Histoire coloniale de l&rsquo;\u00e9ducation et engagement abolitionniste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien que moins central dans son corpus, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Ben-Srhir pour les dimensions culturelles et sociales des relations maroco-europ\u00e9ennes m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mentionn\u00e9. Son article de 2021 portant sur la tourn\u00e9e de James Richardson au Maroc dans les ann\u00e9es 1840 \u2014 ce militant abolitionniste britannique qui cherchait \u00e0 documenter et \u00e0 combattre la traite des esclaves dans l&#8217;empire ch\u00e9rifien \u2014 illustre la diversit\u00e9 des probl\u00e9matiques que Ben-Srhir aborde \u00e0 partir des m\u00eames fonds d&rsquo;archives britanniques (Ben-Srhir, 2021). Cette contribution montre que la relation entre le Maroc et la Grande-Bretagne ne se r\u00e9duisait pas aux questions commerciales et diplomatiques formelles, mais englobait aussi des dynamiques morales, religieuses et humanitaires complexes, qui projetaient sur le Maroc les d\u00e9bats internes de la soci\u00e9t\u00e9 victorienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5. R\u00f4le institutionnel et rayonnement scientifique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.1. Direction de la revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des apports les plus durables de Khalid Ben-Srhir \u00e0 la vie scientifique marocaine est son r\u00f4le dans la revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, la plus ancienne et la plus prestigieuse publication acad\u00e9mique sp\u00e9cialis\u00e9e dans les \u00e9tudes sur le Maroc. Fond\u00e9e en 1921 sous le Protectorat fran\u00e7ais, cette revue a fusionn\u00e9 avec Tamuda en 1960 pour devenir <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, et a \u00e9t\u00e9 progressivement reprise par des chercheurs marocains apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance (<em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, 2021). Ben-Srhir est devenu membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction, puis a assur\u00e9 la direction scientifique de la revue \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous sa direction, la revue a op\u00e9r\u00e9 une transformation significative : elle est pass\u00e9e d&rsquo;une publication essentiellement francophone \u00e0 une revue v\u00e9ritablement trilingue (fran\u00e7ais, arabe, anglais), ouverte aux contributions d&rsquo;auteurs \u00e9trangers et int\u00e9gr\u00e9e aux circuits internationaux de la recherche. En 2016, elle a obtenu l&rsquo;indexation par Thomson Reuters Web of Science (ESCI \u2014 Emerging Sources Citation Index), marquant une reconnaissance internationale de son niveau scientifique (Ent&rsquo;revues, 2023). Cette indexation, rendue possible par la rigueur \u00e9ditoriale introduite sous la direction de Ben-Srhir, a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 la visibilit\u00e9 internationale des recherches marocaines publi\u00e9es dans la revue.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la Biblioth\u00e8que nationale du Maroc, Driss Khrouz, a rendu un hommage explicite \u00e0 ce r\u00f4le en d\u00e9clarant, \u00e0 l&rsquo;occasion du centenaire de la revue en 2021, que c&rsquo;\u00e9tait gr\u00e2ce au travail accompli par l&rsquo;\u00e9quipe dirig\u00e9e par Ben-Srhir que la revue avait regagn\u00e9 ses lettres de noblesse et obtenu plusieurs prix de traduction (M\u00e9dias24, 2021). Cette reconnaissance institutionnelle souligne l&rsquo;importance du travail \u00e9ditorial de Ben-Srhir, qui a non seulement dirig\u00e9 ses propres recherches mais a aussi contribu\u00e9 \u00e0 structurer et \u00e0 internationaliser le champ de la recherche historique sur le Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e9galement mentionner le r\u00f4le de Ben-Srhir dans la num\u00e9risation et la mise en ligne de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des archives de la revue, depuis le premier num\u00e9ro de 1921. Ce travail de mise \u00e0 disposition num\u00e9rique \u2014 entrepris conjointement avec la Biblioth\u00e8que nationale du Maroc \u2014 a consid\u00e9rablement facilit\u00e9 l&rsquo;acc\u00e8s aux recherches historiques publi\u00e9es depuis un si\u00e8cle, profitant aux chercheurs marocains autant qu&rsquo;aux sp\u00e9cialistes \u00e9trangers du Maghreb et de la M\u00e9diterran\u00e9e. Cette dimension patrimoniale et d&rsquo;acc\u00e8s ouvert \u00e0 la connaissance historique t\u00e9moigne d&rsquo;une vision large de la mission scientifique de Ben-Srhir, qui d\u00e9passe la seule production de travaux personnels pour s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 la construction d&rsquo;une infrastructure collective de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.2. Contributions \u00e0 l&rsquo;historiographie des Juifs du Maroc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;historiographie des minorit\u00e9s religieuses, et notamment \u00e0 l&rsquo;histoire des Juifs du Maroc. En 2016, il a co-sign\u00e9 avec Aomar Boum un article important dans le num\u00e9ro sp\u00e9cial de <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> consacr\u00e9 aux Juifs du Maroc et du Maghreb : leur histoire et leur historiographie (Boum &amp; Ben-Srhir, 2016). Cet article, intitul\u00e9 \u00ab Al-arsh\u012bv al-br\u012b\u1e6d\u0101n\u012b wa kit\u0101bat t\u0101r\u012bkh yah\u016bd al-Maghrib \u00bb (Les archives britanniques et l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;histoire des Juifs du Maghreb), explore le potentiel des fonds d&rsquo;archives britanniques pour reconstituer l&rsquo;histoire des communaut\u00e9s juives marocaines, leur r\u00f4le dans le commerce international et leurs relations avec le Makhzen et les puissances \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contribution illustre la transversalit\u00e9 de l&rsquo;approche de Ben-Srhir : la m\u00e9thode archivistique qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9e pour l&rsquo;histoire diplomatique et \u00e9conomique est ici appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire des minorit\u00e9s, \u00e9largissant ainsi le champ de ses apports. Elle t\u00e9moigne aussi d&rsquo;une ouverture \u00e0 des questions historiographiques nouvelles \u2014 l&rsquo;histoire des marges, des minorit\u00e9s, des r\u00e9seaux transnationaux \u2014 qui renouvellent l&rsquo;\u00e9tude du Maroc pr\u00e9colonial. La dimension comparative avec d&rsquo;autres communaut\u00e9s juives du Maghreb, notamment tunisienne et alg\u00e9rienne, enrichit encore cette perspective.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.3. Contributions \u00e0 l&rsquo;histoire coloniale de l&rsquo;\u00e9ducation et r\u00f4le de traducteur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Moins connu mais tout aussi significatif est l&rsquo;apport de Ben-Srhir \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;enseignement de l&rsquo;arabe en contexte colonial. Sa contribution \u00e0 l&rsquo;ouvrage collectif Manuels d&rsquo;arabe d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. France et Maghreb, XIXe\u2013XXIe si\u00e8cle (Larzul &amp; Messaoudi, 2010), dirig\u00e9 par Sylvette Larzul et Alain Messaoudi \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude tenue \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de France, porte sur l&rsquo;\u00e9tude comparative des manuels d&rsquo;arabe utilis\u00e9s au Maroc sous le Protectorat fran\u00e7ais entre 1912 et 1956 (Ben-Srhir, dans Larzul &amp; Messaoudi, 2010). Cette contribution t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 de Ben-Srhir \u00e0 croiser l&rsquo;histoire des relations diplomatiques et \u00e9conomiques avec l&rsquo;histoire culturelle et linguistique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"940\" height=\"608\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-5.png?resize=940%2C608&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6594\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-5.png?w=940&amp;ssl=1 940w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-5.png?resize=300%2C194&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-5.png?resize=768%2C497&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ben-Srhir a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le de m\u00e9diateur entre les espaces scientifiques arabophone et anglophone. Sa traduction en arabe d&rsquo;ouvrages importants sur l&rsquo;histoire du Maghreb \u2014 notamment Jadaliyat al-niz\u0101&rsquo; (La dialectique du conflit), mentionn\u00e9 dans <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> en 2019 \u2014 t\u00e9moigne d&rsquo;un engagement constant en faveur de la circulation des savoirs entre traditions linguistiques et culturelles diff\u00e9rentes (<em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, 2019). Cette activit\u00e9 de traduction compl\u00e8te le projet scientifique de Ben-Srhir : il ne s&rsquo;agit pas seulement de produire de nouvelles connaissances sur le Maroc, mais de les rendre accessibles \u00e0 des publics diversifi\u00e9s. La mention de \u00ab plusieurs prix de traduction \u00bb obtenue par son \u00e9quipe au sein de la revue (M\u00e9dias24, 2021) atteste la qualit\u00e9 et la reconnaissance institutionnelle de cet effort de m\u00e9diation culturelle et scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. Bilan critique et h\u00e9ritage scientifique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.1. Forces et limites de l&rsquo;approche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de Ben-Srhir pr\u00e9sente des forces ind\u00e9niables. Sa ma\u00eetrise des archives britanniques est exemplaire, et son utilisation critique de ces sources \u2014 avec une conscience aigu\u00eb de leurs biais et de leurs limites \u2014 constitue un mod\u00e8le m\u00e9thodologique pour les historiens travaillant sur des r\u00e9gions dont les archives nationales sont partiellement inaccessibles ou insuffisantes. La capacit\u00e9 \u00e0 tisser ensemble histoire diplomatique, histoire \u00e9conomique et histoire sociale en un r\u00e9cit coh\u00e9rent et document\u00e9 est l&rsquo;une des marques distinctives de son travail (Ben-Srhir, 2005 ; 2008 ; 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, on peut relever certaines limites. La focalisation sur les archives britanniques, malgr\u00e9 les croisements avec d&rsquo;autres sources, produit in\u00e9vitablement une vision des relations maroco-europ\u00e9ennes l\u00e9g\u00e8rement plus riche et d\u00e9taill\u00e9e pour les aspects qui int\u00e9ressaient les Britanniques \u2014 commerce, diplomatie formelle, protections \u2014 que pour d&rsquo;autres dimensions de la vie politique et sociale marocaine. Les travaux de Ben-Srhir portent moins sur les dynamiques internes de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine \u2014 les r\u00e9voltes tribales, les conflits religieux, les mutations des structures familiales \u2014 que sur ses interfaces avec le monde europ\u00e9en. Cette orientation, coh\u00e9rente avec la logique archivistique de sa d\u00e9marche, laisse en partie dans l&rsquo;ombre les processus sociaux endog\u00e8nes qui structuraient la soci\u00e9t\u00e9 marocaine pr\u00e9coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, si ses travaux traitent de la question de la r\u00e9forme avec finesse et nuance, ils s&rsquo;inscrivent encore dans une histoire largement institutionnelle et \u00e9litaire \u2014 celle du Makhzen, des diplomates, des marchands-sultans \u2014 qui laisse relativement peu de place aux voix populaires et aux exp\u00e9riences ordinaires. Ce n&rsquo;est pas une critique exclusive de Ben-Srhir \u2014 c&rsquo;est une caract\u00e9ristique partag\u00e9e avec de nombreux travaux d&rsquo;histoire diplomatique \u2014 mais elle m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9e dans une \u00e9valuation critique de son \u0153uvre. L&rsquo;histoire sociale de la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale \u2014 celle des artisans, des paysans, des femmes, des confr\u00e9ries religieuses ordinaires \u2014 reste encore largement \u00e0 \u00e9crire, et les travaux de Ben-Srhir, tout en fournissant des informations pr\u00e9cieuses sur les structures macro-politiques et \u00e9conomiques, ne comblent pas enti\u00e8rement ce d\u00e9ficit historiographique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.2. Influence sur la recherche historique marocaine et internationale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;influence de Ben-Srhir sur la recherche historique marocaine est manifeste \u00e0 plusieurs niveaux. Au niveau national, ses travaux ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u00e9gitimer et \u00e0 syst\u00e9matiser l&rsquo;exploitation des archives europ\u00e9ennes comme source pour l&rsquo;histoire du Maroc, ouvrant la voie \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;historiens marocains form\u00e9s \u00e0 ce type de d\u00e9marche. Au niveau international, son ouvrage de 2005 \u2014 publi\u00e9 en anglais chez Routledge et pr\u00e9fac\u00e9 par Daniel Schroeter \u2014 a int\u00e9gr\u00e9 la recherche marocaine dans les circuits de la production acad\u00e9mique anglophone sur le Moyen-Orient et l&rsquo;Afrique du Nord, contribuant \u00e0 d\u00e9provincialiser l&rsquo;historiographie marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses articles publi\u00e9s dans <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em> ont aliment\u00e9 les d\u00e9bats sur la nature du Makhzen pr\u00e9colonial, sur le r\u00f4le des puissances europ\u00e9ennes dans la d\u00e9stabilisation de l&rsquo;\u00c9tat marocain et sur les modalit\u00e9s de la transition vers le r\u00e9gime colonial. Ces d\u00e9bats rejoignent des questionnements plus larges dans l&rsquo;historiographie de l&rsquo;Afrique du Nord et du Moyen-Orient, portant sur les notions de r\u00e9forme, de r\u00e9sistance, de d\u00e9pendance et de souverainet\u00e9 dans les \u00c9tats musulmans face \u00e0 l&rsquo;expansion europ\u00e9enne du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la formation acad\u00e9mique, le r\u00f4le de Ben-Srhir comme professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Mohammed V de Rabat ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9. Plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;\u00e9tudiants en histoire ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es \u00e0 sa d\u00e9marche archivistique, contribuant \u00e0 diffuser au sein de la communaut\u00e9 acad\u00e9mique marocaine les exigences m\u00e9thodologiques qu&rsquo;il a pos\u00e9es \u2014 rigueur documentaire, pluralit\u00e9 des sources, conscience des biais, comparaison internationale. La revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, sous sa direction, a servi de vitrine et de formateur pour cette communaut\u00e9 scientifique en formation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.3. Contribution \u00e9pist\u00e9mologique : pour une histoire bilat\u00e9rale et d\u00e9centr\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;apport \u00e9pist\u00e9mologique le plus profond de Ben-Srhir est sans doute sa contribution \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait appeler une histoire bilat\u00e9rale et d\u00e9centr\u00e9e des relations entre le Maroc et l&rsquo;Europe. Bilat\u00e9rale, en ce qu&rsquo;elle refuse de r\u00e9duire ces relations \u00e0 un rapport unilat\u00e9ral de domination, de colonisation ou d&rsquo;influence, pour mettre en lumi\u00e8re les strat\u00e9gies marocaines d&rsquo;adaptation, de r\u00e9sistance et de n\u00e9gociation. D\u00e9centr\u00e9e, en ce qu&rsquo;elle ne pose pas l&rsquo;Europe comme le seul sujet agissant de l&rsquo;histoire, mais le Makhzen marocain comme un acteur dou\u00e9 de rationalit\u00e9 et de projets propres, m\u00eame si ses marges de man\u0153uvre \u00e9taient structurellement limit\u00e9es par les rapports de force internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche rejoint, sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique, les d\u00e9bats initi\u00e9s par les \u00e9tudes postcoloniales sur la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab provincialiser l&rsquo;Europe \u00bb (Chakrabarty, 2000) et de restituer aux soci\u00e9t\u00e9s non occidentales leur statut de sujets historiques \u00e0 part enti\u00e8re. Mais l\u00e0 o\u00f9 les \u00e9tudes postcoloniales restent parfois dans le registre th\u00e9orique, Ben-Srhir ancre cette d\u00e9marche dans un travail empirique rigoureux, fond\u00e9 sur des archives primaires et des reconstitutions factuelles pr\u00e9cises. C&rsquo;est cette combinaison d&rsquo;ambition th\u00e9orique et de rigueur empirique qui fait de son \u0153uvre une contribution durable \u00e0 l&rsquo;historiographie du Maroc et de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6.4. Perspectives ouvertes et prolongements possibles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de Ben-Srhir ouvre \u00e9galement plusieurs chantiers historiographiques qui restent en partie \u00e0 explorer. Le premier concerne l&rsquo;histoire environnementale et agraire du Maroc pr\u00e9colonial : ses travaux sur les rapports consulaires britanniques ont signal\u00e9, en passant, la richesse de ces sources pour l&rsquo;\u00e9tude des cycles agricoles, des \u00e9pid\u00e9mies et des famines qui scandaient la vie de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine du XIXe si\u00e8cle \u2014 mais une exploitation syst\u00e9matique de ces mat\u00e9riaux dans une perspective d&rsquo;histoire environnementale reste \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me chantier concerne l&rsquo;histoire des femmes et du genre dans le Maroc pr\u00e9colonial. Les archives diplomatiques contiennent des informations fragmentaires mais pr\u00e9cieuses sur les femmes de la cour makhzenienne, sur les \u00e9pouses et filles de marchands internationaux, ou encore sur les esclaves africaines qui circulaient dans les r\u00e9seaux commerciaux transsahariens. Une exploitation de ces sources dans une perspective de genre permettrait de compl\u00e9ter utilement les travaux existants sur les structures sociales du Maroc du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me chantier, plus directement dans le prolongement des travaux de Ben-Srhir, concerne la comparaison syst\u00e9matique entre le cas marocain et d&rsquo;autres \u00c9tats musulmans p\u00e9riph\u00e9riques du XIXe si\u00e8cle \u2014 Iran, Afghanistan, Empire ottoman p\u00e9riph\u00e9rique \u2014 confront\u00e9s aux m\u00eames pressions de la puissance europ\u00e9enne. Si Ben-Srhir a esquiss\u00e9 cette comparaison dans plusieurs de ses travaux, elle reste \u00e0 d\u00e9velopper de mani\u00e8re plus syst\u00e9matique et th\u00e9oris\u00e9e, ce qui constituerait un prolongement naturel de son \u0153uvre et une contribution pr\u00e9cieuse aux \u00e9tudes sur l&rsquo;imp\u00e9rialisme informel et ses effets diff\u00e9renci\u00e9s selon les contextes locaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0153uvre de Khalid Ben-Srhir repr\u00e9sente une contribution d\u00e9cisive \u00e0 l&rsquo;historiographie marocaine et maghr\u00e9bine contemporaine. En mobilisant de mani\u00e8re syst\u00e9matique et critique les archives europ\u00e9ennes \u2014 en particulier britanniques \u2014 pour reconstituer les relations internationales du Maroc pr\u00e9colonial et colonial, il a produit une histoire bilat\u00e9rale, nuanc\u00e9e et empiriquement solide qui r\u00e9siste aux simplifications aussi bien nationalistes que coloniales. Son ouvrage sur les relations britanno-marocaines \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Drummond Hay, ses articles sur les r\u00e9formes impossibles, les protections consulaires d\u00e9stabilisatrices et l&rsquo;histoire militaire, ainsi que ses contributions \u00e0 l&rsquo;histoire des minorit\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;histoire culturelle et \u00e0 la bibliographie de la Grande Guerre au Maghreb constituent les piliers d&rsquo;une \u0153uvre coh\u00e9rente et ambitieuse.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"547\" height=\"820\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-7.png?resize=547%2C820&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6596\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-7.png?w=547&amp;ssl=1 547w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/image-7.png?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 547px) 100vw, 547px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Son r\u00f4le institutionnel \u00e0 la direction de la revue <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>, qu&rsquo;il a contribu\u00e9 \u00e0 transformer en publication internationale index\u00e9e et num\u00e9ris\u00e9e, est tout aussi important que ses travaux de recherche : il a structur\u00e9 un espace scientifique au sein duquel plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs marocains et \u00e9trangers ont pu publier, d\u00e9battre et se former. En ce sens, Ben-Srhir incarne \u00e0 la fois le chercheur, l&rsquo;\u00e9diteur et l&rsquo;animateur d&rsquo;une communaut\u00e9 scientifique nationale en pleine \u00e9mergence internationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les limites que l&rsquo;on peut identifier dans son \u0153uvre \u2014 une certaine pr\u00e9dominance de l&rsquo;histoire \u00e9litaire et institutionnelle sur l&rsquo;histoire sociale des couches populaires, une focalisation sur les interfaces maroco-britanniques qui laisse partiellement dans l&rsquo;ombre d&rsquo;autres dimensions de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine \u2014 sont inh\u00e9rentes au projet archivistique qu&rsquo;il s&rsquo;est fix\u00e9 et ne diminuent en rien la valeur et la port\u00e9e de ses apports. Elles indiquent simplement les directions dans lesquelles les chercheurs de la g\u00e9n\u00e9ration suivante pourront prolonger et enrichir le travail accompli.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 de ses apports tient enfin \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 br\u00fblante des questions qu&rsquo;il pose. Dans un contexte mondial o\u00f9 les relations entre \u00c9tats du Nord et du Sud font l&rsquo;objet de relectures historiographiques intenses, o\u00f9 les archives coloniales et diplomatiques sont mobilis\u00e9es comme instruments de m\u00e9moire et de revendication, et o\u00f9 la question de la souverainet\u00e9 des \u00c9tats du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique du Nord reste au c\u0153ur des d\u00e9bats g\u00e9opolitiques, les travaux de Ben-Srhir offrent des outils conceptuels et des mat\u00e9riaux empiriques d&rsquo;une utilit\u00e9 renouvel\u00e9e. Son h\u00e9ritage scientifique est celui d&rsquo;un historien engag\u00e9 dans la production d&rsquo;une connaissance rigoureuse du pass\u00e9 au service d&rsquo;une compr\u00e9hension lucide du pr\u00e9sent et d&rsquo;une appr\u00e9hension plus juste des dynamiques longues qui continuent de structurer les relations entre le Maroc, la M\u00e9diterran\u00e9e et le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous pouvez suivre le professeur Mohamed Chtatou sur X&nbsp;: @Ayurinu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sources primaires exploit\u00e9es par Ben-Srhir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (1990). Une source de l&rsquo;histoire \u00e9conomique marocaine : les rapports consulaires britanniques. <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, XXVIII<\/em>, 163\u2013170. <a href=\"https:\/\/www.judaisme-marocain.org\/objets_popup.php?id=8572\">https:\/\/www.judaisme-marocain.org\/objets_popup.php?id=8572<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (1990). Great Britain&rsquo;s opposition to the &lsquo;American policy&rsquo; towards Morocco during the second half of the XIXth century. <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, XXVIII<\/em>, 51\u201374. <a href=\"https:\/\/archive.org\/stream\/history-morocco\/Hesp%C3%A9ris%20Tamuda%20-%20Sharif%20and%20Padisha%2016th%20c%20(Moudden,%20HP,%2019\">https:\/\/archive.org\/stream\/history-morocco\/Hesp%C3%A9ris%20Tamuda%20-%20Sharif%20and%20Padisha%2016th%20c%20(Moudden,%20HP,%2019<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (1991). Trait\u00e9 de Moulay Yazid avec l&rsquo;Angleterre (1791). <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, XXIX<\/em>(1), 45\u201362.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ouvrages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2005). <em>Britain and Morocco during the embassy of John Drummond Hay, 1845\u20131886<\/em> (M. Williams &amp; G. Waterson, Trans.). RoutledgeCurzon. (\u0152uvre originale publi\u00e9e en arabe, 1992). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203494974\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203494974<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Articles scientifiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2001). L&rsquo;impossible r\u00e9forme : le programme de John Drummond Hay (1856\u20131886). <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, XXXIX(<\/em>2), 71\u201384.<\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2008). The impact of European invasion of Moroccan market : The case of British claims for robberies and debts. <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, XLVI<\/em>, 117\u2013142.<\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2015). British documents on the Spanish Moroccan war in Melilla, 1892\u20131894, Part II. <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, LIII<\/em>(1), 89\u2013118. <a href=\"https:\/\/dialnet.unirioja.es\/servlet\/articulo?codigo=6003223\">https:\/\/dialnet.unirioja.es\/servlet\/articulo?codigo=6003223<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2018). La Grande Guerre au Maghreb et en M\u00e9diterran\u00e9e : bibliographie s\u00e9lective (2000\u20132018). <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, LVI<\/em>(3), 279\u2013312. <a href=\"https:\/\/www.semanticscholar.org\/paper\/La-Grande-Guerre-au-Maghreb-et-en-M%C3%A9diterrann%C3%A9e:-Ben-Srhir\/69baa022dc62161d2098fc75c1b92f98ed2a1a2f\">https:\/\/www.semanticscholar.org\/paper\/La-Grande-Guerre-au-Maghreb-et-en-M%C3%A9diterrann%C3%A9e:-Ben-Srhir\/69baa022dc62161d2098fc75c1b92f98ed2a1a2f<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K., &amp; Ammari, L. (2021).&nbsp;James Richardson&rsquo;s \u00ab\u00a0abolitionist and civilizing\u00a0\u00bb tour in the Sharifian Empire.&nbsp;<em>Hesp\u00e9ris-Tamuda, 56<\/em>(1), 327\u2013349. https:\/\/www.africabib.org\/rec.php?RID=A00008722<\/p>\n\n\n\n<p>Ben\u2011Srhir, K., &amp; Aammari, L. (2019). Imperial pig\u2011sticking in late nineteenth\u2011century Morocco.&nbsp;<em>Hesp\u00e9ris\u2011Tamuda<\/em>,&nbsp;<em>LVII<\/em>(3), 349\u2013374.<\/p>\n\n\n\n<p>Boum, A., &amp; Ben\u2011Srhir, K. (2016). Jews of Morocco and the Maghreb: History and historiography [Al\u2011arsh\u012bv al\u2011br\u012b\u1e6d\u0101n\u012b wa kit\u0101bat t\u0101r\u012bkh yah\u016bd al\u2011Maghrib].&nbsp;<em>Hesp\u00e9ris\u2011Tamuda, 50<\/em>(2\u20133), 215\u2013248. <a href=\"https:\/\/bib.cjb.ma\/index.php?lvl=bulletin_display&amp;id=1626\">https:\/\/bib.cjb.ma\/index.php?lvl=bulletin_display&amp;id=1626<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitres d&rsquo;ouvrages collectifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ben-Srhir, K. (2013). \u00c9tude comparative des manuels d\u2019arabe en usage dans le Maroc sous protectorat fran\u00e7ais (1912\u20131956). In S. Larzul &amp; A. Messaoudi (Eds.),&nbsp;<em>Manuels d\u2019arabe d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui: France et Maghreb, XIXe\u2013XXIe si\u00e8cle<\/em>&nbsp;(pp. 117\u2013136). \u00c9ditions de la Biblioth\u00e8que nationale de France. <a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/editionsbnf\/263\">https:\/\/books.openedition.org\/editionsbnf\/263<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr\u00e9faces<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Schroeter, D. J. (2005). Foreword. In K. Ben-Srhir,&nbsp;<em>Britain and Morocco during the embassy of John Drummond Hay, 1845\u20131886<\/em>&nbsp;(M. Williams &amp; G. Waterson, Trans., pp. xv\u2013xvii). RoutledgeCurzon. <a href=\"https:\/\/books.google.co.ma\/books?id=3Wf_Av7-hIoC\">https:\/\/books.google.co.ma\/books?id=3Wf_Av7-hIoC<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comptes rendus et recensions<\/strong><\/p>\n\n\n\n[Review of the book&nbsp;<em>Britain and Morocco during the embassy of John Drummond Hay, 1845\u20131850<\/em>, by K. Ben-Srhir]. (2006).&nbsp;<em>Itinerario<\/em>,&nbsp;<em>30<\/em>(2), 194\u2013196. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0165115300014297\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0165115300014297<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sources secondaires et r\u00e9f\u00e9rences contextuelles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Burke, E., III. (1976).&nbsp;<em>Prelude to protectorate in Morocco: Precolonial protest and resistance, 1860\u20131912<\/em>. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Chakrabarty, D. (2000). <em>Provincializing Europe : Postcolonial thought and historical difference<\/em>. Princeton University Press. <a href=\"https:\/\/books.google.com\/books\/about\/Provincializing_Europe.html?id=_LgfM0Q4kwIC\">https:\/\/books.google.com\/books\/about\/Provincializing_Europe.html?id=_LgfM0Q4kwIC<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ditions de la Sorbonne. (2014).&nbsp;<em>Annexes \u2014 R\u00e9pertoire des historiens du Maroc et du Maghreb<\/em>. \u00c9ditions de la Sorbonne.&nbsp;<a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/psorbonne\/831\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/books.openedition.org\/psorbonne\/831<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ent&rsquo;revues. (2023).&nbsp;<em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.entrevues.org\/revues\/hesperis-tamuda\/\">https:\/\/www.entrevues.org\/revues\/hesperis-tamuda\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Issawi, C. (1982).&nbsp;<em>An economic history of the Middle East and North Africa<\/em>. Columbia University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Kenbib, M. (1994).&nbsp;<em>Juifs et musulmans au Maroc, 1859\u20131948 : Contribution \u00e0 l\u2019histoire des relations inter\u2011communautaires en terre d\u2019Islam<\/em>. Rabat : Universit\u00e9 Mohammed V, Facult\u00e9 des lettres et des sciences humaines. <a href=\"https:\/\/abs.biblio.ma\/catalogue\/index.php?lvl=notice_display&amp;id=5893\">https:\/\/abs.biblio.ma\/catalogue\/index.php?lvl=notice_display&amp;id=5893<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Laroui, A. (1977). <em>Les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain (1830\u20131912)<\/em>. Maspero.<\/p>\n\n\n\n<p>Larzul, S., &amp; Messaoudi, A. (Dirs.). (2010). <em>Manuels d&rsquo;arabe d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. France et Maghreb, XIXe\u2013XXIe si\u00e8cle.<\/em> Biblioth\u00e8que nationale de France.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9dias24. (2021, April 29).&nbsp;<em>Histoire : La revue Hesp\u00e9ris-Tamuda f\u00eate ses 100 ans \u2014 le point avec Driss Khrouz<\/em>. <a href=\"https:\/\/medias24.com\/2021\/04\/29\/histoire-la-revue-hesperis-tamuda-fete-ses-100-ans-le-point-avec-driss-khrouz\/\">https:\/\/medias24.com\/2021\/04\/29\/histoire-la-revue-hesperis-tamuda-fete-ses-100-ans-le-point-avec-driss-khrouz\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Schroeter, D. J. (1988).&nbsp;<em>Merchants of Essaouira: Urban society and imperialism in southwestern Morocco, 1844\u20131886<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Taylor &amp; Francis (2004). General introduction. In K. Ben-Srhir,&nbsp;<em>Britain and Morocco during the embassy of John Drummond Hay, 1845\u20131886<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203494974-7\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203494974-7<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trajectoire intellectuelle, apports archivistiques et renouvellement \u00e9pist\u00e9mologique d&rsquo;un historien engag\u00e9 Cet article analyse les contributions scientifiques de Khalid Ben-Srhir, historien marocain n\u00e9 en 1956 \u00e0 Mekn\u00e8s et professeur de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Mohammed V de Rabat. 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