{"id":7133,"date":"2026-06-16T13:17:21","date_gmt":"2026-06-16T12:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=7133"},"modified":"2026-06-17T14:58:01","modified_gmt":"2026-06-17T13:58:01","slug":"le-maroc-a-lepreuve-des-migrations-irregulieres-entre-terre-de-transit-et-porte-de-leurope-par-mohamed-chtatou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/le-maroc-a-lepreuve-des-migrations-irregulieres-entre-terre-de-transit-et-porte-de-leurope-par-mohamed-chtatou\/","title":{"rendered":"Le Maroc \u00e0 l\u2019\u00c9preuve des Migrations Irr\u00e9guli\u00e8res : Entre Terre de Transit et Porte de l\u2019Europe- par Mohamed Chtatou"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Cet article examine le r\u00f4le structurel du Maroc en tant que pays de transit pour les migrants subsahariens cherchant \u00e0 rejoindre l&rsquo;Europe de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re. Il soutient que le Maroc fonctionne comme un \u00ab tremplin forc\u00e9 \u00bb \u2014 une zone tampon g\u00e9opolitiquement impos\u00e9e plut\u00f4t qu&rsquo;une destination choisie \u2014 fa\u00e7onn\u00e9e par la convergence des politiques d&rsquo;externalisation europ\u00e9ennes, de la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire bilat\u00e9rale, des trajectoires de d\u00e9veloppement asym\u00e9triques et de l&rsquo;effondrement de la gouvernance dans les \u00c9tats d&rsquo;origine des migrants. S&rsquo;appuyant sur la sociologie politique, les \u00e9tudes migratoires, la th\u00e9orie postcoloniale et les cadres humanitaires, l&rsquo;article analyse la g\u00e9n\u00e9alogie historique de la migration de transit marocaine ; l&rsquo;architecture politique de la coop\u00e9ration UE-Maroc ; les exp\u00e9riences v\u00e9cues des migrants bloqu\u00e9s ; la s\u00e9curisation des fronti\u00e8res ; les r\u00e9ponses politiques int\u00e9rieures du Maroc, notamment deux campagnes de r\u00e9gularisation ; et les cons\u00e9quences psychosociales de la liminalit\u00e9 prolong\u00e9e. L&rsquo;article conclut que des solutions durables exigent une r\u00e9orientation fondamentale de la coop\u00e9ration internationale vers des paradigmes centr\u00e9s sur le d\u00e9veloppement et fond\u00e9s sur les droits, plut\u00f4t que sur une gestion purement s\u00e9curitaire des fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La g\u00e9ographie de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 mondiale n&rsquo;est nulle part plus lisible qu&rsquo;au d\u00e9troit de Gibraltar, o\u00f9 les continents africain et europ\u00e9en sont s\u00e9par\u00e9s par \u00e0 peine quatorze kilom\u00e8tres d&rsquo;eau, mais divis\u00e9s par un ab\u00eeme \u00e9conomique aux proportions historiques. Pour des milliers de migrants africains subsahariens, ce passage \u00e9troit repr\u00e9sente le terminus de voyages s&rsquo;\u00e9tendant sur des milliers de kilom\u00e8tres, entrepris \u00e0 un risque personnel consid\u00e9rable, motiv\u00e9s par l&rsquo;aspiration \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 ce qui est largement per\u00e7u sur l&rsquo;ensemble du continent africain comme l&rsquo;\u00ab Eldorado \u00bb europ\u00e9en \u2014 un espace prosp\u00e8re, stable et respectueux des droits, porteur d&rsquo;opportunit\u00e9s (Andersson, 2014 ; Brachet, 2012 ; Collyer, 2007). Le Maroc se tient \u00e0 ce seuil, et son r\u00f4le dans la g\u00e9ographie de la migration contemporaine est devenu l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques d\u00e9terminantes de la politique nord-africaine et de la gouvernance des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Le statut du Maroc en tant que principal pays de transit pour la migration irr\u00e9guli\u00e8re n&rsquo;est pas accidentel, et il n&rsquo;est pas librement choisi par l&rsquo;\u00c9tat marocain. Il est, au contraire, une condition g\u00e9opolitiquement impos\u00e9e \u2014 le r\u00e9sultat de choix politiques europ\u00e9ens d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s qui ont progressivement externalis\u00e9 les responsabilit\u00e9s de contr\u00f4le des fronti\u00e8res vers les \u00c9tats voisins \u00e0 travers un r\u00e9seau d&rsquo;accords bilat\u00e9raux, d&rsquo;incitations financi\u00e8res et de pressions diplomatiques (Collyer, 2016 ; Lavenex &amp; U\u00e7arer, 2004 ; Wolff, 2014). En ce sens, le Maroc fonctionne comme ce que cet article appelle un \u00ab tremplin forc\u00e9 \u00bb : un espace \u00e0 travers lequel les migrants doivent passer et dans lequel ils sont de plus en plus contraints de demeurer, non pas parce que le Maroc offre les conditions d&rsquo;un \u00e9tablissement durable, mais parce que la fermeture europ\u00e9enne a supprim\u00e9 l&rsquo;option du mouvement vers l&rsquo;avant (Carling, 2002 ; de Haas, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Les dimensions humaines de cette dynamique sont profondes. Des dizaines de milliers de migrants subsahariens \u2014 originaires du S\u00e9n\u00e9gal, du Mali, de Guin\u00e9e, du Cameroun, de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, du Nigeria et de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, entre autres \u2014 se trouvent \u00e0 tous moments bloqu\u00e9s au Maroc dans des conditions de pr\u00e9carit\u00e9 consid\u00e9rable (M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, 2020 ; HCR, 2022). Ils habitent des \u00e9tablissements informels dans les zones foresti\u00e8res proches de Ceuta et Melilla, dans les quartiers urbains de Rabat, Casablanca, Oujda et Tanger, et le long des routes d\u00e9sertiques. Ils font face au racisme, \u00e0 l&rsquo;exploitation, aux violences polici\u00e8res, \u00e0 la d\u00e9tention et au fardeau psychologique d&rsquo;une suspension ind\u00e9finie entre d\u00e9part et arriv\u00e9e (D\u00fcvell, 2012 ; Lahlou, 2018). Leur sort met en lumi\u00e8re non pas seulement un probl\u00e8me de politique marocaine, mais un \u00e9chec syst\u00e9mique de la gouvernance mondiale des migrations, enracin\u00e9 dans les asym\u00e9tries du pouvoir g\u00e9opolitique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Cet article proc\u00e8de en sept sections analytiquement distinctes mais interconnect\u00e9es. Il retrace d&rsquo;abord les origines historiques et structurelles de la migration de transit subsaharienne \u00e0 travers le Maroc. Il analyse ensuite l&rsquo;architecture de la coop\u00e9ration UE-Maroc en mati\u00e8re de gestion des migrations et sa logique externalisatrice. Une troisi\u00e8me section examine la s\u00e9curisation des fronti\u00e8res marocaines et ses cons\u00e9quences pour les migrants. La quatri\u00e8me section aborde les r\u00e9ponses politiques int\u00e9rieures du Maroc, notamment ses campagnes de r\u00e9gularisation de 2014 et 2017. La cinqui\u00e8me section examine les exp\u00e9riences v\u00e9cues et les dimensions psychosociales de la liminalit\u00e9 migratoire. La sixi\u00e8me section situe le d\u00e9fi migratoire du Maroc dans le contexte plus large de l&rsquo;\u00e9conomie politique de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 Nord-Sud. L&rsquo;article conclut en \u00e9valuant des voies prospectives vers une gouvernance migratoire plus juste et plus efficace.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. Origines Historiques et Structurelles de la Migration de Transit Subsaharienne \u00e0 Travers le Maroc<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;L&rsquo;\u00e9mergence du Maroc en tant que couloir de migration de transit ne peut se comprendre en dehors de ses relations historiques tant avec l&rsquo;Afrique subsaharienne qu&rsquo;avec l&rsquo;Europe. Depuis l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9coloniale, le commerce transsaharien et les mouvements de populations reliaient le Maghreb au Sahel et \u00e0 l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, le Maroc occupant une position nodale strat\u00e9gique dans les r\u00e9seaux de commerce, d&rsquo;enseignement islamique et de mobilit\u00e9 humaine (Lydon, 2009 ; McDougall &amp; Scheele, 2012). Les routes caravani\u00e8res reliant F\u00e8s, Marrakech et Sijilmassa \u00e0 Tombouctou, Kano et au-del\u00e0 comptaient parmi les art\u00e8res les plus importantes du monde pr\u00e9moderne. Cette connectivit\u00e9 profonde entre le Maroc et l&rsquo;Afrique subsaharienne fournit un contexte historique riche aux flux migratoires contemporains, m\u00eame si l&rsquo;\u00e9conomie politique de ces flux a \u00e9t\u00e9 radicalement transform\u00e9e par le colonialisme, la d\u00e9colonisation et la mondialisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Le ph\u00e9nom\u00e8ne contemporain de la migration de transit subsaharienne \u00e0 grande \u00e9chelle \u00e0 travers le Maroc est essentiellement un d\u00e9veloppement post\u00e9rieur aux ann\u00e9es 1990, entra\u00een\u00e9 par l&rsquo;interaction de plusieurs forces structurelles. Du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;offre, la p\u00e9riode post-Guerre froide a vu la fragmentation de plusieurs \u00c9tats d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et d&rsquo;Afrique centrale, l&rsquo;expansion des conflits arm\u00e9s et l&rsquo;\u00e9chec des programmes d&rsquo;ajustement structurel \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un d\u00e9veloppement inclusif (Adepoju, 2006 ; Castles, de Haas &amp; Miller, 2014). L&rsquo;exclusion progressive des travailleurs subsahariens des march\u00e9s du travail du Golfe, le d\u00e9clin des circuits de migration de travail intra-africains et la saturation des \u00e9conomies informelles urbaines \u00e0 Dakar, Abidjan, Bamako et Conakry ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des populations exc\u00e9dentaires avec des structures d&rsquo;opportunit\u00e9s locales r\u00e9duites et des incitations accrues \u00e0 la migration longue distance (de Haas, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Du c\u00f4t\u00e9 de la demande, la transformation structurelle des march\u00e9s du travail d&rsquo;Europe du Sud \u2014 notamment dans l&rsquo;agriculture, la construction et les soins \u00e0 domicile \u2014 a cr\u00e9\u00e9 une demande persistante de main-d&rsquo;\u0153uvre migrante peu qualifi\u00e9e que les travailleurs nationaux refusaient d&rsquo;occuper (Arango, 2000 ; King, 2000). Cette demande, combin\u00e9e \u00e0 la lib\u00e9ralisation des voyages entre les \u00c9tats membres de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO), a cr\u00e9\u00e9 des conditions dans lesquelles la migration \u00e0 travers le Sahara et le Maghreb vers l&rsquo;Europe est devenue une strat\u00e9gie de subsistance rationnelle, si risqu\u00e9e soit-elle, pour des millions d&rsquo;Africains de l&rsquo;Ouest et du Centre (Carling, 2007 ; de Haas, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La position g\u00e9ographique du Maroc en a fait un point de passage in\u00e9vitable dans ce syst\u00e8me migratoire. Sa proximit\u00e9 avec l&rsquo;Espagne \u2014 l&rsquo;\u00c9tat membre de l&rsquo;UE le plus proche de l&rsquo;Afrique \u2014 et la pr\u00e9sence d&rsquo;enclaves territoriales espagnoles sur le sol marocain (Ceuta et Melilla) ont cr\u00e9\u00e9 de puissants facteurs d&rsquo;attraction pour les migrants convergeant vers le royaume depuis le sud et l&rsquo;est (Cuttitta, 2014 ; Ferrer-Gallardo, 2008). Le couloir d&rsquo;Oujda depuis l&rsquo;Alg\u00e9rie, la c\u00f4te atlantique depuis La\u00e2youne et Dakhla au Sahara occidental, et la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne entre Tanger et Nador sont devenus les principaux entonnoirs g\u00e9ographiques \u00e0 travers lesquels la pression migratoire a \u00e9t\u00e9 canalis\u00e9e (Alioua, 2011 ; Collyer, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Un point d&rsquo;inflexion crucial est intervenu au milieu des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 avec le resserrement progressif des contr\u00f4les aux fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, notamment \u00e0 travers l&rsquo;op\u00e9rationnalisation de l&rsquo;espace Schengen et le renforcement des fronti\u00e8res maritimes et terrestres. \u00c0 mesure que les voies l\u00e9gales se contractaient et que la surveillance des fronti\u00e8res s&rsquo;intensifiait sur les routes m\u00e9diterran\u00e9ennes centrales et balkaniques, le couloir Maroc-Espagne a gagn\u00e9 une importance relative en tant que voie migratoire (Boswell, 2003 ; de Haas, 2008). Les \u00e9v\u00e9nements tragiques de septembre 2005, au cours desquels des milliers de migrants ont tent\u00e9 d&rsquo;escalader les cl\u00f4tures de Ceuta et Melilla lors d&rsquo;assauts collectifs coordonn\u00e9s \u2014 faisant au moins quatorze morts selon les comptes rendus document\u00e9s \u2014 ont marqu\u00e9 un tournant qui a cristallis\u00e9 la saillance politique du couloir de transit marocain, tant pour les d\u00e9cideurs politiques europ\u00e9ens que marocains (Andersson, 2014 ; Ferrer-Gallardo, 2008).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. L&rsquo;Architecture de la Coop\u00e9ration UE-Maroc en Mati\u00e8re de Migration et la Logique d&rsquo;Externalisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La transformation du Maroc en zone tampon formelle de la gouvernance des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes est le produit d&rsquo;une architecture politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et soutenue, construite au cours de plus de deux d\u00e9cennies de n\u00e9gociations bilat\u00e9rales et de cadres multilat\u00e9raux. Cette architecture est caract\u00e9ris\u00e9e par ce que les chercheurs en politique migratoire de l&rsquo;UE ont qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab externalisation \u00bb \u2014 la strat\u00e9gie consistant \u00e0 projeter les fonctions de contr\u00f4le des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes au-del\u00e0 des fronti\u00e8res territoriales formelles de l&rsquo;UE gr\u00e2ce \u00e0 des accords avec des pays tiers (Betts, 2011 ; Lavenex &amp; U\u00e7arer, 2004 ; Wolff, 2014). Dans le cas marocain, l&rsquo;externalisation a pris de multiples formes institutionnelles et a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans le contexte plus large des relations d&rsquo;association UE-Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;L&rsquo;accord d&rsquo;association UE-Maroc de 1996, entr\u00e9 en vigueur en 2000, a \u00e9tabli le cadre formel de relations politiques et \u00e9conomiques privil\u00e9gi\u00e9es entre le Royaume et l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Bien qu&rsquo;ostensiblement ax\u00e9 sur la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes et la convergence r\u00e9glementaire, l&rsquo;accord d&rsquo;association a cr\u00e9\u00e9 des canaux par lesquels la gestion des migrations est devenue un \u00e9l\u00e9ment de plus en plus central du partenariat (Lahlou, 2018 ; Wolff, 2014). L&rsquo;agenda de Tampere de l&rsquo;UE de 2000 et les d\u00e9veloppements politiques ult\u00e9rieurs en mati\u00e8re de justice et d&rsquo;affaires int\u00e9rieures ont explicitement int\u00e9gr\u00e9 la coop\u00e9ration migratoire avec les pays tiers comme objectif strat\u00e9gique, encadrant le Maroc et d&rsquo;autres \u00c9tats maghr\u00e9bins comme partenaires essentiels dans la \u00ab gestion \u00bb des flux migratoires ind\u00e9sirables (Collyer, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La formalisation la plus significative du r\u00f4le de zone tampon du Maroc est intervenue avec le Partenariat pour la mobilit\u00e9 UE-Maroc de 2013, qui a \u00e9tabli un cadre global de coop\u00e9ration en mati\u00e8re de migration, d&rsquo;asile et de gestion des fronti\u00e8res (Khachani, 2016 ; Wolff, 2014). L&rsquo;asym\u00e9trie du Partenariat pour la mobilit\u00e9 est r\u00e9v\u00e9latrice : bien qu&rsquo;il comprenne des dispositions relatives \u00e0 la mobilit\u00e9 l\u00e9gale des ressortissants marocains vers l&rsquo;Europe et \u00e0 la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de gouvernance migratoire li\u00e9e au d\u00e9veloppement, son architecture op\u00e9rationnelle a \u00e9t\u00e9 principalement orient\u00e9e vers la s\u00e9curit\u00e9, ax\u00e9e sur le renforcement de la capacit\u00e9 du Maroc \u00e0 intercepter, d\u00e9tenir et renvoyer les migrants irr\u00e9guliers avant qu&rsquo;ils n&rsquo;atteignent le territoire europ\u00e9en (de Haas, 2014 ; Lahlou, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;importants transferts financiers europ\u00e9ens ont op\u00e9rationnalis\u00e9 ce partenariat. \u00c0 travers les it\u00e9rations successives de l&rsquo;Instrument europ\u00e9en de voisinage, du Fonds fiduciaire d&rsquo;urgence de l&rsquo;UE pour l&rsquo;Afrique (FFUA) et du financement bilat\u00e9ral direct, le Maroc a re\u00e7u des centaines de millions d&rsquo;euros destin\u00e9s \u00e0 la technologie de surveillance des fronti\u00e8res, au renforcement des capacit\u00e9s des garde-c\u00f4tes, aux infrastructures de d\u00e9tention et aux institutions de gestion des migrations (Carrera et al., 2016 ; Frontex, 2022). Le FFUA pour l&rsquo;Afrique, cr\u00e9\u00e9 en 2015 dans le sillage de ladite crise migratoire europ\u00e9enne, a allou\u00e9 plus de 500 millions d&rsquo;euros au Maroc entre 2015 et 2021 pour des programmes li\u00e9s \u00e0 la migration, faisant du Maroc l&rsquo;un des plus importants b\u00e9n\u00e9ficiaires individuels de l&rsquo;assistance europ\u00e9enne en mati\u00e8re de gestion migratoire au niveau mondial (Chtatou, 2023, 13 septembre ; Commission europ\u00e9enne, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les relations bilat\u00e9rales hispano-marocaines ont constitu\u00e9 un lieu particuli\u00e8rement intense de coop\u00e9ration en mati\u00e8re de migration. Le Trait\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9, de bon voisinage et de coop\u00e9ration entre l&rsquo;Espagne et le Maroc de 1992 incluait explicitement la gestion conjointe de la migration irr\u00e9guli\u00e8re comme domaine de coop\u00e9ration. Les accords de r\u00e9admission n\u00e9goci\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, bien que jamais pleinement ratifi\u00e9s en tant qu&rsquo;instrument global, ont \u00e9tabli des protocoles op\u00e9rationnels pour le retour et l&rsquo;expulsion des migrants irr\u00e9guliers appr\u00e9hend\u00e9s en territoire espagnol ou dans les eaux territoriales (Ferrer-Gallardo, 2008 ; Saddiki, 2010). Le syst\u00e8me de surveillance \u00e9lectronique SIVE (Sistema Integrado de Vigilancia Exterior) espagnol, d\u00e9ploy\u00e9 le long du littoral m\u00e9ridional et du d\u00e9troit de Gibraltar, a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9 par des patrouilles navales conjointes et le partage de renseignements entre la Guardia Civil et la Gendarmerie royale marocaine (Carling, 2007 ; Cuttitta, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les critiques de cette architecture politique ont constamment soutenu que les strat\u00e9gies d&rsquo;externalisation europ\u00e9ennes violent la lettre et l&rsquo;esprit du droit international des r\u00e9fugi\u00e9s, en emp\u00eachant les personnes ayant des demandes d&rsquo;asile d&rsquo;atteindre le territoire de l&rsquo;UE o\u00f9 ces demandes pourraient \u00eatre instruites (Betts &amp; Loescher, 2011 ; Hathaway, 2005). Le principe de non-refoulement, consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;article 33 de la Convention de 1951 relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s, est sans doute mis \u00e0 mal lorsque des \u00c9tats europ\u00e9ens financent et soutiennent op\u00e9rationnellement l&rsquo;interception de flux migratoires mixtes \u2014 incluant des r\u00e9fugi\u00e9s et des demandeurs d&rsquo;asile \u2014 sur le territoire d&rsquo;un pays tiers par des forces de s\u00e9curit\u00e9 disposant d&rsquo;une capacit\u00e9 limit\u00e9e ou nulle de traitement des demandes d&rsquo;asile (Collyer, 2016 ; Gammeltoft-Hansen, 2011). Le Maroc, qui a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Convention de 1951 et \u00e0 son Protocole de 1967 respectivement en 1956 et 1971, a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de traiter tous les migrants subsahariens irr\u00e9guliers comme des menaces s\u00e9curitaires plut\u00f4t que comme des demandeurs d&rsquo;asile potentiels m\u00e9ritant protection (Human Rights Watch, 2014 ; Lahlou, 2018).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. S\u00e9curisation des Fronti\u00e8res et ses Cons\u00e9quences pour les Migrants<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cadre dominant \u00e0 travers lequel les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes et marocaines ont abord\u00e9 la migration de transit subsaharienne est celui de la s\u00e9curisation \u2014 le processus discursif et institutionnel par lequel la migration est construite comme une menace s\u00e9curitaire n\u00e9cessitant des mesures exceptionnelles allant au-del\u00e0 des routines normales de gestion de l&rsquo;immigration (Bigo, 2002 ; Buzan, W\u00e6ver &amp; de Wilde, 1998 ; Huysmans, 2006). Ce cadre de s\u00e9curisation a de profondes cons\u00e9quences sur les exp\u00e9riences des migrants sur le territoire marocain et \u00e0 ses fronti\u00e8res, g\u00e9n\u00e9rant un r\u00e9pertoire de r\u00e9ponses \u00e9tatiques \u2014 surveillance, d\u00e9tention, violence, expulsion massive \u2014 qui font syst\u00e9matiquement abstraction des dimensions humanitaires de la migration et des droits l\u00e9gaux des migrants en tant que personnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;appareil d&rsquo;application des fronti\u00e8res du Maroc s&rsquo;est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9 depuis le milieu des ann\u00e9es 2000, sous l&rsquo;effet conjugu\u00e9 de la volont\u00e9 politique int\u00e9rieure et du soutien technique et financier europ\u00e9en (Alioua, 2011 ; Frontex, 2022). La Gendarmerie royale et les Forces auxiliaires ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es en force le long des zones frontali\u00e8res septentrionales, notamment dans les for\u00eats entourant Ceuta et Melilla, o\u00f9 les camps de migrants ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9riodiquement d\u00e9mantel\u00e9s lors d&rsquo;op\u00e9rations \u00e0 grande \u00e9chelle (M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, 2020 ; Human Rights Watch, 2014). Les migrants appr\u00e9hend\u00e9s dans le nord ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 ce que les organisations de d\u00e9fense des droits humains ont document\u00e9 comme une pratique syst\u00e9matique de \u00ab refoulements \u00bb vers les fronti\u00e8res alg\u00e9riennes et subsahariennes \u2014 des expulsions sommaires effectu\u00e9es sans proc\u00e9dure l\u00e9gale, identification ou examen des besoins de protection (Amnesty International, 2015 ; Human Rights Watch, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le couloir Oujda-Maghnia \u00e0 la fronti\u00e8re maroco-alg\u00e9rienne a \u00e9t\u00e9 un lieu particuli\u00e8rement aigu de violations des droits. M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res (2020) a document\u00e9 des violences syst\u00e9matiques contre les migrants subsahariens dans cette zone, notamment des passages \u00e0 tabac, le vol de documents et d&rsquo;effets personnels, et l&rsquo;abandon dans des zones d\u00e9sertiques sans eau ni nourriture. La proximit\u00e9 de cette zone avec la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, et la coordination occasionnelle entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 marocaines et alg\u00e9riennes pour expulser les migrants, a cr\u00e9\u00e9 une situation dans laquelle les migrants sont effectivement renvoy\u00e9s d&rsquo;un \u00c9tat \u00e0 l&rsquo;autre, aucun des deux n&rsquo;offrant protection ou statut l\u00e9gal (Collyer, 2007 ; MSF, 2020). L&rsquo;Alg\u00e9rie elle-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans des expulsions massives de migrants subsahariens \u00e0 travers ses fronti\u00e8res sud-ouest vers le Niger, ce que le HCR (2022) a qualifi\u00e9 d&rsquo;urgence humanitaire dans la zone de transit d&rsquo;Assamaka.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla repr\u00e9sentent les th\u00e9\u00e2tres les plus spectaculaires de l&rsquo;application s\u00e9curis\u00e9e des fronti\u00e8res. La construction de syst\u00e8mes de cl\u00f4tures \u00e0 triple couche \u2014 atteignant six m\u00e8tres de hauteur, \u00e9quip\u00e9es de fils de rasoir, de d\u00e9tecteurs de mouvement et de cam\u00e9ras de surveillance \u2014 a transform\u00e9 ces enclaves en avant-postes fortifi\u00e9s de la souverainet\u00e9 territoriale europ\u00e9enne, ench\u00e2ss\u00e9s dans la g\u00e9ographie marocaine (Ferrer-Gallardo, 2008 ; Saddiki, 2010). Les tentatives p\u00e9riodiques de franchissement en masse par les migrants \u2014 dans lesquelles des groupes de plusieurs centaines \u00e0 plusieurs milliers convergent vers les cl\u00f4tures lors d&rsquo;assauts coordonn\u00e9s \u2014 ont \u00e9t\u00e9 accueillies par des r\u00e9ponses maroco-espagnoles conjointes impliquant des canons \u00e0 eau, des balles en caoutchouc et la force physique (Andersson, 2014 ; Human Rights Watch, 2014). Les \u00e9v\u00e9nements de juin 2022, au cours desquels au moins vingt-trois migrants sont morts et des centaines ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s lors d&rsquo;une tentative de franchissement \u00e0 la fronti\u00e8re Nador-Melilla, ont suscit\u00e9 une condamnation internationale et illustr\u00e9 les dimensions meurtri\u00e8res du r\u00e9gime s\u00e9curitaire des fronti\u00e8res (Amnesty International, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La migration maritime \u00e0 travers le d\u00e9troit de Gibraltar et le long de la c\u00f4te atlantique vers les \u00eeles Canaries repr\u00e9sente une dimension tout aussi dangereuse du paysage migratoire s\u00e9curis\u00e9 (Carling, 2007 ; Gabrielli, 2015). Le d\u00e9ploiement des op\u00e9rations HERA et Indalo de Frontex en collaboration avec les garde-c\u00f4tes marocains et mauritaniens a consid\u00e9rablement augment\u00e9 la capacit\u00e9 d&rsquo;interception sur ces routes. Dans le m\u00eame temps, le d\u00e9placement des routes migratoires par la pression du contr\u00f4le a pouss\u00e9 les migrants vers des itin\u00e9raires maritimes de plus en plus dangereux, contribuant \u00e0 un sch\u00e9ma syst\u00e9matique de noyades et de disparitions que le Projet Migrants Disparus de l&rsquo;Organisation internationale pour les migrations a estim\u00e9 \u00e0 des milliers de morts par an sur les approches m\u00e9diterran\u00e9ennes occidentales et atlantiques (OIM, 2023 ; M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, 2020).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. R\u00e9ponses Politiques Int\u00e9rieures du Maroc : De l&rsquo;Exclusion \u00e0 l&rsquo;Inclusion Conditionnelle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9ponse int\u00e9rieure du Maroc \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;un grand nombre de migrants subsahariens sur son territoire a connu une \u00e9volution significative au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, passant d&rsquo;une approche principalement exclusionnaire et s\u00e9curitaire \u00e0 un cadre politique plus nuanc\u00e9 \u2014 si encore sensiblement contraint \u2014 int\u00e9grant des dimensions humanitaires et de d\u00e9veloppement. Cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par une combinaison de pression internationale, de plaidoyer de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des recommandations du Conseil national des droits de l&rsquo;Homme (CNDH) et des int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques du Maroc \u00e0 se positionner comme un acteur r\u00e9gional responsable de la gouvernance migratoire (Chtatou, 2023, 13 septembre) ; Khachani, 2016 ; Lahlou, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant 2013, le cadre juridique marocain en mati\u00e8re de migration \u00e9tait principalement r\u00e9gi par la loi 02-03 de 2003 relative \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e et au s\u00e9jour des \u00e9trangers et \u00e0 l&rsquo;\u00e9migration et l&rsquo;immigration irr\u00e9guli\u00e8res \u2014 une loi que les critiques ont qualifi\u00e9e de principalement r\u00e9pressive et ax\u00e9e sur la criminalisation de la pr\u00e9sence irr\u00e9guli\u00e8re plut\u00f4t que sur la protection des droits des migrants (de Haas, 2014 ; Human Rights Watch, 2014). La loi \u00e9tablissait des sanctions p\u00e9nales pour l&rsquo;entr\u00e9e irr\u00e9guli\u00e8re, la facilitation de la migration irr\u00e9guli\u00e8re et, de mani\u00e8re controvers\u00e9e, pour le d\u00e9part du Maroc sans autorisation \u2014 une disposition qui, selon les critiques, criminalisait les tentatives propres des migrants de poursuivre leur route vers l&rsquo;Europe (Alioua, 2011 ; Lahlou, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tournant politique est intervenu en 2013, lorsque le gouvernement du roi Mohammed VI a annonc\u00e9 une r\u00e9vision fondamentale de la politique migratoire marocaine \u00e0 la suite d&rsquo;un rapport critique du CNDH (2013) documentant les violations des droits des migrants et appelant \u00e0 une approche fond\u00e9e sur les droits en mati\u00e8re de gouvernance migratoire. Le rapport du CNDH recommandait la r\u00e9gularisation des migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re, des programmes d&rsquo;int\u00e9gration, l&rsquo;acc\u00e8s aux services sociaux et l&rsquo;alignement de la l\u00e9gislation nationale sur les normes internationales des droits humains et du droit des r\u00e9fugi\u00e9s (CNDH, 2013 ; Khachani, 2016). En r\u00e9ponse, le Maroc a lanc\u00e9 sa premi\u00e8re campagne de r\u00e9gularisation \u00e0 grande \u00e9chelle entre janvier et d\u00e9cembre 2014.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La campagne de r\u00e9gularisation de 2014 a abouti \u00e0 la r\u00e9gularisation d&rsquo;environ 18 000 migrants sur quelque 27 000 candidatures \u2014 un chiffre relativement modeste compte tenu des estimations de la population subsaharienne irr\u00e9guli\u00e8re totale au Maroc, qui varient entre 30 000 et 80 000 selon la m\u00e9thodologie et la p\u00e9riode (de Haas, 2014 ; Khachani, 2016 ; HCR, 2022). Les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 comprenaient la preuve de cinq ann\u00e9es de r\u00e9sidence continue, ou deux ann\u00e9es de r\u00e9sidence combin\u00e9es avec des preuves d&#8217;emploi, de mariage avec un ressortissant marocain, ou de parentalit\u00e9 d&rsquo;un enfant n\u00e9 au Maroc. Une deuxi\u00e8me campagne de r\u00e9gularisation en 2017 a abouti \u00e0 environ 23 000 r\u00e9gularisations suppl\u00e9mentaires, portant le total \u00e0 plus de 50 000 personnes ayant obtenu une forme de statut l\u00e9gal (OIM, 2018 ; Khachani, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Maroc a \u00e9galement \u00e9labor\u00e9 une nouvelle Strat\u00e9gie nationale en mati\u00e8re d&rsquo;immigration et d&rsquo;asile, annonc\u00e9e en 2014, qui exposait un cadre programmatique ambitieux organis\u00e9 autour de trois piliers : la r\u00e9forme de la gouvernance migratoire et du cadre juridique ; l&rsquo;int\u00e9gration des migrants dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine ; et la gestion du ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire aux niveaux national et r\u00e9gional (Royaume du Maroc, 2014 ; Lahlou, 2018). La strat\u00e9gie envisageait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation publique pour les enfants migrants, l&rsquo;acc\u00e8s aux services de sant\u00e9, la formation professionnelle pour les migrants r\u00e9gularis\u00e9s et la cr\u00e9ation de centres d&rsquo;accueil et d&rsquo;orientation d\u00e9di\u00e9s aux migrants et aux demandeurs d&rsquo;asile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mise en \u0153uvre a cependant consid\u00e9rablement accus\u00e9 du retard par rapport aux ambitions programmatiques de la strat\u00e9gie de 2014. Le HCR (2022) a signal\u00e9 des obstacles persistants \u00e0 l&rsquo;enregistrement des demandeurs d&rsquo;asile, une capacit\u00e9 insuffisante dans les centres d&rsquo;accueil et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 continue \u00e0 la d\u00e9tention arbitraire et \u00e0 l&rsquo;expulsion, m\u00eame pour les migrants disposant de dossiers d&rsquo;enregistrement HCR en attente. Des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, dont le Groupe Antiraciste de D\u00e9fense et d&rsquo;Accompagnement des \u00c9trangers et Migrants (GADEM), ont document\u00e9 des incidents continus d&rsquo;expulsion collective, de mauvais traitements de la part des forces de s\u00e9curit\u00e9 et de refus d&rsquo;acc\u00e8s aux services publics malgr\u00e9 un statut r\u00e9gularis\u00e9 (GADEM, 2020 ; Lahlou, 2018). La pand\u00e9mie de COVID-19 a consid\u00e9rablement perturb\u00e9 l&rsquo;infrastructure de services d\u00e9j\u00e0 limit\u00e9e pour les migrants, les confinements affectant de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e ceux qui se trouvaient dans des \u00e9tablissements urbains pr\u00e9caires sans acc\u00e8s \u00e0 un soutien de revenu ou \u00e0 des services de sant\u00e9 publique (HCR, 2020).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00a0<strong>5. Exp\u00e9riences V\u00e9cues et Dimensions Psychosociales de la Liminalit\u00e9 Migratoire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de l&rsquo;architecture institutionnelle de la gouvernance des migrations se trouve la r\u00e9alit\u00e9 humaine irr\u00e9ductible d&rsquo;individus vivant dans des \u00e9tats prolong\u00e9s de liminalit\u00e9 \u2014 suspendus entre des lieux d&rsquo;origine auxquels ils ne peuvent retourner et des destinations qu&rsquo;ils ne peuvent atteindre, dans un pr\u00e9sent qui n&rsquo;offre ni s\u00e9curit\u00e9 ni dignit\u00e9. Le concept de liminalit\u00e9, emprunt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine \u00e0 la th\u00e9orie rituelle anthropologique et appliqu\u00e9 \u00e0 la migration par des chercheurs dont Turner (1969) et Malkki (1995), capture la condition d&rsquo;entre-deux structurel v\u00e9cue par les migrants bloqu\u00e9s dans les espaces de transit : ils ne font plus pleinement partie de leur lieu d&rsquo;origine mais ne sont pas non plus incorpor\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 de transit ou de destination (Collyer, 2007 ; D\u00fcvell, 2012 ; Schapendonk, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les migrants subsahariens au Maroc habitent cet espace liminal selon plusieurs dimensions simultan\u00e9ment. Sur le plan juridique, ils existent dans une zone grise de statut incertain \u2014 certains r\u00e9gularis\u00e9s, beaucoup ne l&rsquo;\u00e9tant pas, et beaucoup en train de solliciter ou d&rsquo;attendre la d\u00e9termination du statut de r\u00e9fugi\u00e9 par le HCR. Sur le plan spatial, ils sont concentr\u00e9s dans des zones de marginalit\u00e9 urbaine dans les villes septentrionales du Maroc et dans des campements dans les zones bois\u00e9es proches des zones frontali\u00e8res, exclus de la pleine participation \u00e0 la vie civique et \u00e9conomique. Sur le plan temporel, ils vivent ce que Carling (2002) a qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab immobilit\u00e9 involontaire \u00bb \u2014 une condition dans laquelle l&rsquo;aspiration \u00e0 aller de l&rsquo;avant est bloqu\u00e9e par des contraintes ext\u00e9rieures, produisant une exp\u00e9rience temporelle de suspension, de frustration et d&rsquo;attrition psychologique (Schapendonk, 2012 ; Turner, 1969).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cons\u00e9quences psychologiques et sur la sant\u00e9 mentale de cette condition sont graves et bien document\u00e9es. Des \u00e9tudes men\u00e9es aupr\u00e8s de migrants subsahariens au Maroc ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des taux de pr\u00e9valence \u00e9lev\u00e9s de trouble de stress post-traumatique (TSPT), de d\u00e9pression, de troubles anxieux et de troubles somatoformes attribuables au traumatisme cumulatif des dangereux p\u00e9riples sahariens, aux violences des forces de s\u00e9curit\u00e9, aux violences sexuelles \u2014 qui affectent les femmes et les hommes de la population migrante avec une fr\u00e9quence troublante \u2014 et au stress chronique de la pr\u00e9carit\u00e9 juridique et de l&rsquo;exclusion sociale (M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, 2020 ; Nickerson et al., 2011). Les \u00e9quipes de sant\u00e9 mentale de MSF travaillant au Maroc ont document\u00e9 que de nombreux patients pr\u00e9sentent des ant\u00e9c\u00e9dents traumatiques couvrant de multiples \u00e9pisodes tout au long du parcours migratoire \u2014 des violences dans les pays d&rsquo;origine, aux s\u00e9vices des passeurs \u00e0 travers le Sahara, en passant par la brutalit\u00e9 aux fronti\u00e8res du Maroc \u2014 cr\u00e9ant des profils traumatiques complexes et stratifi\u00e9s qui d\u00e9passent la capacit\u00e9 des interventions humanitaires standard en mati\u00e8re de sant\u00e9 mentale (MSF, 2020 ; Silove, Ventevogel &amp; Rees, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les relations sociales au sein des communaut\u00e9s de migrants bloqu\u00e9s sont marqu\u00e9es \u00e0 la fois par la solidarit\u00e9 et la tension. Les r\u00e9seaux nationaux et ethniques fournissent des structures de soutien mutuel cruciales \u2014 partageant des informations sur les opportunit\u00e9s aux fronti\u00e8res, mettant en commun des ressources pour payer les passeurs ou survivre \u00e0 la pauvret\u00e9 urbaine, apportant un soutien \u00e9motionnel et une pratique religieuse collective (Alioua, 2011 ; Schapendonk, 2012). En m\u00eame temps, la comp\u00e9tition pour des ressources limit\u00e9es, la m\u00e9fiance et les pratiques pr\u00e9datrices de certains r\u00e9seaux de passeurs g\u00e9n\u00e8rent des conflits intra-communautaires. Les relations de genre au sein de ces communaut\u00e9s sont fr\u00e9quemment marqu\u00e9es par la hi\u00e9rarchie et la violence, les femmes migrantes \u00e9tant soumises \u00e0 l&rsquo;exploitation sexuelle par les r\u00e9seaux criminels et, comme le documentent les organisations de d\u00e9fense des droits humains, par certains membres masculins de la communaut\u00e9 (M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, 2020 ; Moreno Nieto, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les relations entre les migrants subsahariens et la soci\u00e9t\u00e9 marocaine sont caract\u00e9ris\u00e9es par une ambivalence complexe. Le Maroc a sa propre histoire significative d&rsquo;\u00e9migration, avec environ cinq millions de Marocains r\u00e9sidant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger \u2014 principalement en Europe \u2014 et les envois de fonds repr\u00e9sentant une contribution majeure au revenu national (de Haas, 2007 ; HCP, 2021). Cette exp\u00e9rience partag\u00e9e de l&rsquo;\u00e9migration g\u00e9n\u00e8re un certain degr\u00e9 de solidarit\u00e9 et d&rsquo;identification avec les migrants subsahariens parmi des segments de la population marocaine. En m\u00eame temps, des incidents document\u00e9s de racisme, de discrimination au logement, d&rsquo;exclusion des march\u00e9s du travail et de mauvais traitements verbaux et physiques de la part de membres du public marocain refl\u00e8tent la persistance d&rsquo;un racisme anti-Noir enracin\u00e9 dans des hi\u00e9rarchies racialement et socialement construites de mani\u00e8re historique, ant\u00e9rieures au ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire contemporain (Lahlou, 2018 ; Moreno Nieto, 2013 ; Sadiqi, 2019).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>6. L&rsquo;\u00c9conomie Politique de l&rsquo;In\u00e9galit\u00e9 Mondiale et les Causes Profondes de la Migration de Transit<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute analyse ad\u00e9quate de la position du Maroc en tant que couloir de migration de transit doit situer le ph\u00e9nom\u00e8ne dans le contexte structurel de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 mondiale qui g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;imp\u00e9ratif de migrer. La migration des Africains subsahariens vers l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas principalement le produit d&rsquo;une irrationalit\u00e9 individuelle, d&rsquo;une propension culturelle au mouvement ou d&rsquo;une pression d\u00e9mographique \u2014 des explications qui figurent de mani\u00e8re pro\u00e9minente dans les discours populistes et dans certains discours acad\u00e9miques \u2014 mais est plut\u00f4t une r\u00e9ponse rationnelle \u00e0 des conditions structurelles de d\u00e9possession, d&rsquo;opportunit\u00e9s limit\u00e9es et d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 politique qui sont elles-m\u00eames profond\u00e9ment li\u00e9es aux op\u00e9rations historiques et contemporaines de l&rsquo;\u00e9conomie politique mondiale (Castles, de Haas &amp; Miller, 2014 ; de Haas, 2010 ; Massey et al., 2002).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les h\u00e9ritages coloniaux qui ont structur\u00e9 l&rsquo;extraction des ressources, les sch\u00e9mas de migration de travail et les architectures administratives des \u00c9tats d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et d&rsquo;Afrique centrale n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 dissous par la d\u00e9colonisation formelle, mais ont \u00e9t\u00e9 reconfigur\u00e9s \u00e0 travers l&rsquo;ordre \u00e9conomique international postcolonial (Mamdani, 1996 ; Mkandawire, 2005). Les programmes d&rsquo;ajustement structurel impos\u00e9s par le Fonds mon\u00e9taire international et la Banque mondiale aux \u00c9tats africains subsahariens \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 ont syst\u00e9matiquement d\u00e9mantel\u00e9 l&rsquo;infrastructure des services publics, r\u00e9duit les subventions agricoles et int\u00e9gr\u00e9 les \u00e9conomies africaines dans les march\u00e9s mondiaux \u00e0 des conditions d\u00e9favorables aux producteurs nationaux \u2014 g\u00e9n\u00e9rant des crises fiscales, un ch\u00f4mage urbain et un appauvrissement rural qui comptent parmi les principaux moteurs structurels de l&rsquo;\u00e9migration (Adepoju, 2006 ; Harvey, 2005 ; Mkandawire, 2005).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La persistance des conflits arm\u00e9s au Sahel \u2014 une r\u00e9gion qui repr\u00e9sente une proportion substantielle des migrants subsahariens en transit au Maroc \u2014 refl\u00e8te une autre dimension de la causalit\u00e9 structurelle de la migration. La prolif\u00e9ration des acteurs arm\u00e9s non \u00e9tatiques au Mali, au Burkina Faso, au Niger et dans le bassin du lac Tchad a d\u00e9plac\u00e9 des millions de personnes, an\u00e9anti les moyens de subsistance agricoles et pastoraux, et cr\u00e9\u00e9 des vides s\u00e9curitaires dans lesquels prosp\u00e8rent les \u00e9conomies criminelles, notamment le trafic d&rsquo;armes et de personnes (Chauzal &amp; van Damme, 2015 ; International Crisis Group, 2022). L&rsquo;intervention militaire fran\u00e7aise au Sahel (Op\u00e9ration Barkhane) et les cadres internationaux ult\u00e9rieurs n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 inverser la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de s\u00e9curit\u00e9 dans la r\u00e9gion, tandis que les d\u00e9bats sur les dimensions g\u00e9opolitiques de la crise sah\u00e9lienne \u2014 notamment le r\u00f4le du changement climatique dans la d\u00e9sertification et les conflits pastoraux \u2014 pointent vers des vuln\u00e9rabilit\u00e9s structurelles qui continueront \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer une pression migratoire dans un avenir pr\u00e9visible (Boas &amp; Torheim, 2013 ; GIEC, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le changement climatique constitue un moteur de migration depuis l&rsquo;Afrique subsaharienne de plus en plus significatif, bien qu&rsquo;analytiquement contest\u00e9 (Black et al., 2011 ; Rigaud et al., 2018). La d\u00e9sertification progressive du Sahel, les sch\u00e9mas de pr\u00e9cipitations erratiques affectant l&rsquo;agriculture pluviale, la mont\u00e9e du niveau de la mer mena\u00e7ant les communaut\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, et l&rsquo;intensification des \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames sapent syst\u00e9matiquement les bases mat\u00e9rielles des moyens de subsistance ruraux dans les principales r\u00e9gions d&rsquo;\u00e9migration (GIEC, 2022 ; Rigaud et al., 2018). Les projections de la Banque mondiale sugg\u00e8rent qu&rsquo;entre 68 et 216 millions de personnes en Afrique subsaharienne pourraient devenir des migrants climatiques internes d&rsquo;ici 2050 dans des sc\u00e9narios d&rsquo;\u00e9missions moyennes \u00e0 \u00e9lev\u00e9es \u2014 une proportion d&rsquo;entre eux deviendront ensuite des migrants internationaux, notamment vers l&rsquo;Afrique du Nord et l&rsquo;Europe (Rigaud et al., 2018). L&rsquo;incapacit\u00e9 des n\u00e9gociations climatiques internationales \u00e0 obtenir des engagements \u00e0 la hauteur de ces projections de la part des principaux \u00c9tats \u00e9metteurs repr\u00e9sente une forme de violence structurelle contre les populations subsahariennes qui ont contribu\u00e9 au minimum au changement climatique anthropique mais en subissent les cons\u00e9quences de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les compl\u00e9mentarit\u00e9s \u00e9conomiques et d\u00e9mographiques entre l&rsquo;Afrique subsaharienne et l&rsquo;Europe qui pourraient th\u00e9oriquement soutenir des formes plus ordonn\u00e9es de migration de travail ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement supprim\u00e9es par les politiques d&rsquo;immigration europ\u00e9ennes orient\u00e9es vers la restriction (Arango, 2000 ; de Haas, 2010). La structure d\u00e9mographique vieillissante des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, les p\u00e9nuries de main-d&rsquo;\u0153uvre document\u00e9es dans de multiples secteurs \u00e9conomiques et les exigences fiscales du maintien des \u00c9tats-providence avec une population en \u00e2ge de travailler en diminution sugg\u00e8rent tous une demande structurelle de travail migrant qui pourrait th\u00e9oriquement \u00eatre satisfaite par des voies l\u00e9gales (Arango, 2000 ; Castles, de Haas &amp; Miller, 2014). Les dynamiques politiques et d&rsquo;opinion publique de la politique d&rsquo;immigration europ\u00e9enne ont cependant emp\u00each\u00e9 de mani\u00e8re constante le d\u00e9veloppement de voies migratoires l\u00e9gales \u00e0 la hauteur des demandes structurelles ou des obligations humanitaires \u2014 produisant \u00e0 la place le paradoxe d&rsquo;une forte demande de travail migrant irr\u00e9gulier coexistant avec des m\u00e9canismes \u00e9labor\u00e9s et co\u00fbteux pour pr\u00e9venir la migration irr\u00e9guli\u00e8re (de Haas, 2008 ; Massey et al., 2002).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion : Vers une Gouvernance Migratoire Fond\u00e9e sur les Droits et Centr\u00e9e sur le D\u00e9veloppement<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00f4le du Maroc de tremplin forc\u00e9 dans la migration subsaharienne vers l&rsquo;Europe n&rsquo;est ni naturel ni in\u00e9vitable. Il est le produit de choix politiques sp\u00e9cifiques \u2014 de la part des \u00c9tats europ\u00e9ens, des autorit\u00e9s marocaines et de la communaut\u00e9 internationale \u2014 qui ont privil\u00e9gi\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res et le confinement migratoire sur les droits humains des migrants, les besoins de d\u00e9veloppement des \u00c9tats d&rsquo;origine des migrants et la durabilit\u00e9 \u00e0 long terme des r\u00e9gimes de gouvernance migratoire. Les \u00e9l\u00e9ments examin\u00e9s dans cet article d\u00e9montrent que le paradigme de la s\u00e9curisation qui a domin\u00e9 la coop\u00e9ration migratoire UE-Maroc depuis deux d\u00e9cennies a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des co\u00fbts humanitaires consid\u00e9rables \u2014 sous forme de violences aux fronti\u00e8res, de morts en mer, de d\u00e9vastation psychologique dans les communaut\u00e9s de transit et de reproduction de hi\u00e9rarchies sociales racistes \u2014 sans atteindre ses objectifs d\u00e9clar\u00e9s de r\u00e9duction de la pression migratoire irr\u00e9guli\u00e8re sur le territoire europ\u00e9en (Chtatou, 2026, June 15).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les arguments en faveur d&rsquo;une r\u00e9orientation fondamentale de l&rsquo;approche sont convaincants et s&rsquo;appuient sur de multiples traditions analytiques. Du point de vue du droit international des droits humains, le d\u00e9ni syst\u00e9matique de l&rsquo;examen des demandes d&rsquo;asile, la perp\u00e9tration de violences contre les migrants et les pratiques d&rsquo;expulsion collective document\u00e9es au Maroc constituent des violations de normes de jus cogens et d&rsquo;obligations conventionnelles qui ne peuvent \u00eatre justifi\u00e9es par r\u00e9f\u00e9rence aux int\u00e9r\u00eats s\u00e9curitaires de l&rsquo;\u00c9tat (Gammeltoft-Hansen, 2011 ; Hathaway, 2005). Du point de vue des \u00e9tudes migratoires, les preuves que les contr\u00f4les aux fronti\u00e8res d\u00e9placent mais ne r\u00e9duisent pas les flux migratoires \u2014 poussant les migrants vers des itin\u00e9raires plus dangereux et plus indirects tout en g\u00e9n\u00e9rant des profits pour les r\u00e9seaux de passeurs \u2014 sugg\u00e8rent que le paradigme de la s\u00e9curisation n&rsquo;est pas seulement injuste mais contre-productif selon ses propres termes (Castles, de Haas &amp; Miller, 2014 ; de Haas, 2008 ; Massey et al., 2002).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des alternatives durables doivent s&rsquo;attaquer \u00e0 la fois aux facteurs structurels de la migration en Afrique subsaharienne et \u00e0 l&rsquo;architecture politique qui bloque les migrants sur le territoire marocain. Sur le plan structurel, cela exige un engagement sinc\u00e8re des \u00c9tats europ\u00e9ens et des institutions financi\u00e8res internationales en faveur de cadres de coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement soutenant une croissance \u00e9conomique inclusive, la transformation agricole, les syst\u00e8mes de protection sociale et la r\u00e9solution des conflits dans les r\u00e9gions d&rsquo;\u00e9migration \u2014 non pas comme pr\u00e9texte \u00e0 la gestion des migrations mais comme obligation \u00e9thique enracin\u00e9e dans la responsabilit\u00e9 historique des conditions qui g\u00e9n\u00e8rent la pression migratoire (Adepoju, 2006 ; de Haas, 2010 ; Mkandawire, 2005). L&rsquo;Alliance Afrique-Europe pour un investissement et des emplois durables et les cadres analogues sont pour l&rsquo;instant tr\u00e8s loin de l&rsquo;investissement transformateur n\u00e9cessaire pour modifier les conditions structurelles au Sahel et en Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan de l&rsquo;architecture politique, une approche fond\u00e9e sur les droits exige le d\u00e9veloppement de voies migratoires l\u00e9gales \u00e0 la hauteur des besoins du march\u00e9 du travail des \u00e9conomies europ\u00e9ennes et des aspirations des populations subsahariennes \u2014 notamment des programmes de travail agricole saisonnier, des cadres de reconnaissance des qualifications et des dispositions de regroupement familial r\u00e9duisant l&rsquo;incitation \u00e0 la migration irr\u00e9guli\u00e8re (Carling, 2002 ; de Haas, 2010). Elle exige l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une capacit\u00e9 robuste de d\u00e9termination du statut d&rsquo;asile et de r\u00e9fugi\u00e9 au Maroc m\u00eame, soutenue par le HCR et l&rsquo;Union europ\u00e9enne, avec de v\u00e9ritables solutions durables \u2014 r\u00e9installation, retour volontaire ou int\u00e9gration locale \u2014 pour les personnes reconnues comme r\u00e9fugi\u00e9s, plut\u00f4t qu&rsquo;un limbe ind\u00e9fini (Betts &amp; Loescher, 2011 ; HCR, 2022). Elle exige des m\u00e9canismes de responsabilisation pour les violences aux fronti\u00e8res, notamment un contr\u00f4le ind\u00e9pendant des op\u00e9rations frontali\u00e8res et l&rsquo;enqu\u00eate et la poursuite des abus document\u00e9s par les forces de s\u00e9curit\u00e9 (Amnesty International, 2022 ; Human Rights Watch, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Maroc, pour sa part, occupe une position de levier strat\u00e9gique qu&rsquo;il n&rsquo;a pas pleinement exploit\u00e9e pour exiger une r\u00e9partition plus \u00e9quitable des responsabilit\u00e9s de la part des partenaires europ\u00e9ens. La Strat\u00e9gie nationale de 2014 en mati\u00e8re d&rsquo;immigration et d&rsquo;asile et les deux campagnes de r\u00e9gularisation repr\u00e9sentent de v\u00e9ritables pas vers une approche plus coh\u00e9rente avec les droits, mais leur mise en \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 contrainte par des limitations de ressources, des d\u00e9ficits de capacit\u00e9s institutionnelles et la pression concurrente des exigences europ\u00e9ennes en mati\u00e8re de contr\u00f4le des fronti\u00e8res (Chtatou, 2026, June 15 ; Khachani, 2016 ; Lahlou, 2018). Le positionnement \u00e9volutif du Maroc en tant que leader continental africain \u2014 symbolis\u00e9 par sa r\u00e9-adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;Union africaine en 2017 et son r\u00f4le actif dans le Pacte mondial de Marrakech pour des migrations s\u00fbres, ordonn\u00e9es et r\u00e9guli\u00e8res \u2014 cr\u00e9e des opportunit\u00e9s de recadrer son approche de la migration de transit en termes coh\u00e9rents avec la solidarit\u00e9 africaine plut\u00f4t qu&rsquo;avec l&rsquo;application par procuration europ\u00e9enne (Royaume du Maroc, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Pacte mondial pour des migrations s\u00fbres, ordonn\u00e9es et r\u00e9guli\u00e8res, adopt\u00e9 \u00e0 Marrakech en d\u00e9cembre 2018, fournit un cadre normatif \u2014 non contraignant mais politiquement significatif \u2014 qui articule des principes de responsabilit\u00e9 partag\u00e9e, de protection des droits et de gouvernance migratoire centr\u00e9e sur le d\u00e9veloppement (Nations Unies, 2018). Le r\u00f4le du Maroc en tant que pays h\u00f4te de la conf\u00e9rence d&rsquo;adoption du Pacte refl\u00e8te ses aspirations au leadership dans la gouvernance mondiale des migrations. L&rsquo;\u00e9cart entre ces aspirations normatives et les r\u00e9alit\u00e9s op\u00e9rationnelles document\u00e9es dans cet article repr\u00e9sente \u00e0 la fois une mesure du travail qu&rsquo;il reste \u00e0 accomplir et une ressource politique que la soci\u00e9t\u00e9 civile marocaine, le HCR et les organisations internationales de droits humains peuvent mobiliser pour plaider en faveur d&rsquo;une r\u00e9forme des politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En conclusion, le statut du Maroc de tremplin forc\u00e9 dans la g\u00e9ographie de la migration subsaharienne vers l&rsquo;Europe refl\u00e8te une conjonction de d\u00e9terminisme g\u00e9ographique, d&rsquo;imposition g\u00e9opolitique et d&rsquo;\u00e9chec politique \u00e0 plusieurs \u00e9chelles. Les dizaines de milliers de migrants bloqu\u00e9s dans les marges urbaines et les zones frontali\u00e8res du Maroc ne constituent pas seulement un d\u00e9fi de gestion, mais sont porteurs de droits, d&rsquo;aspirations et d&rsquo;histoires qui exigent reconnaissance et r\u00e9ponse. Une architecture de gouvernance des migrations digne des engagements normatifs encod\u00e9s dans le droit international doit partir de cette reconnaissance \u2014 et doit \u00e9valuer les choix politiques non pas \u00e0 l&rsquo;aune de l&rsquo;efficacit\u00e9 avec laquelle ils contiennent le mouvement humain, mais selon la mesure avec laquelle ils prot\u00e8gent la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adepoju, A. (2006). Internal and international migration within Africa. In P. Kok, D. Gelderblom, J. Oucho, &amp; J. Van Zyl (Eds.), <em>Migration in South and Southern Africa: Dynamics and determinants<\/em> (pp. 26\u201345). HSRC Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alioua, M. (2011). La migration transnationale des Africains subsahariens au Maghreb: L&rsquo;exemple de l&rsquo;\u00e9tape marocaine. <em>Maghreb-Machrek<\/em>, <em>185<\/em>, 53\u201368. https:\/\/doi.org\/10.3917\/machr.185.0053<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Amnesty International. (2015). <em>Maroc\/Espagne: Des expulsions collectives portent les droits des r\u00e9fugi\u00e9s en p\u00e9ril<\/em>. Amnesty International.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Amnesty International. (2022). <em>Morocco\/Spain: Killing at the border: Unlawful use of force in the Melilla border crisis<\/em>. Amnesty International.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Andersson, R. (2014). <em>Illegality, Inc.: Clandestine migration and the business of bordering Europe<\/em>. University of California Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arango, J. (2000). Explaining migration: A critical view. <em>International Social Science Journal<\/em>, <em>52<\/em>(165), 283\u2013296. https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-2451.00259<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Betts, A. (2011). <em>Global migration governance<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Betts, A., &amp; Loescher, G. (Eds.). (2011). <em>Refugees in international relations<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bigo, D. (2002). Security and immigration: Toward a critique of the governmentality of unease. <em>Alternatives<\/em>, <em>27<\/em>(1), 63\u201392. https:\/\/doi.org\/10.1177\/03043754020270S105<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Black, R., Bennett, S. R. G., Thomas, S. M., &amp; Beddington, J. R. (2011). Climate change: Migration as adaptation. <em>Nature<\/em>, <em>478<\/em>(7370), 447\u2013449. https:\/\/doi.org\/10.1038\/478477a<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boas, M., &amp; Torheim, L. E. (2013). The trouble in Mali: Corruption, collusion, resistance. <em>Third World Quarterly<\/em>, <em>34<\/em>(7), 1279\u20131292. https:\/\/doi.org\/10.1080\/01436597.2013.824647<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boswell, C. (2003). The &lsquo;external dimension&rsquo; of EU immigration and asylum policy. <em>International Affairs<\/em>, <em>79<\/em>(3), 619\u2013638. https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-2346.00326<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brachet, J. (2012). Stuck in the desert: Immobility and uncertainty in the Saharan transit migration. <em>Mobilities<\/em>, <em>7<\/em>(4), 545\u2013562. https:\/\/doi.org\/10.1080\/17450101.2012.718952<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Buzan, B., W\u00e6ver, O., &amp; de Wilde, J. (1998). <em>Security: A new framework for analysis<\/em>. Lynne Rienner Publishers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carling, J. (2002). Migration in the age of involuntary immobility: Theoretical reflections and Cape Verdean experiences. <em>Journal of Ethnic and Migration Studies<\/em>, <em>28<\/em>(1), 5\u201342. https:\/\/doi.org\/10.1080\/13691830120103912<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carling, J. (2007). Migration control and migrant fatalities at the Spanish-African borders. <em>International Migration Review<\/em>, <em>41<\/em>(2), 316\u2013343. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1747-7379.2007.00070.x<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carrera, S., den Hertog, L., &amp; Parkin, J. (2016). <em>The EU&rsquo;s role in the Libyan detention of sub-Saharan migrants: Critical policy-making and the search for accountability<\/em>. Centre for European Policy Studies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Castles, S., de Haas, H., &amp; Miller, M. J. (2014). <em>The age of migration: International population movements in the modern world<\/em> (5th ed.). Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chauzal, G., &amp; van Damme, T. (2015). <em>The roots of Mali&rsquo;s conflict: Moving beyond the 2012 crisis<\/em>. Clingendael Institute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2023, 13 septembre). Le soft power marocain en Afrique. <em>Akal Press<\/em>. https:\/\/fr.akalpress.com\/6647-le-soft-power-marocain-en-afrique\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2026, June 15). Skin color, race, and social hierarchy in Moroccan cultural history: Intersections of slavery, identity, and the politics of difference. <em>Eurasia Review<\/em>. https:\/\/www.eurasiareview.com\/15062026-skin-color-race-and-social-hierarchy-in-moroccan-cultural-history-intersections-of-slavery-identity-and-the-politics-of-difference-analysis\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conseil National des Droits de l&rsquo;Homme (CNDH). (2013). <em>\u00c9trangers et droits de l&rsquo;homme au Maroc: Pour une politique d&rsquo;asile et d&rsquo;immigration radicalement nouvelle<\/em>. CNDH.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Collyer, M. (2007). In-between places: Trans-Saharan transit migrants in Morocco and the fragmented journey to Europe. <em>Antipode<\/em>, <em>39<\/em>(4), 668\u2013690. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-8330.2007.00546.x<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Collyer, M. (2016). Geopolitics as a migration governance strategy: European Union bilateral relations with Southern Mediterranean countries. <em>Journal of Ethnic and Migration Studies<\/em>, <em>42<\/em>(4), 606\u2013624. https:\/\/doi.org\/10.1080\/1369183X.2015.1106117<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cuttitta, P. (2014). Borderizing the island: Setting and narratives of the Lampedusa border play. <em>ACME: An International Journal for Critical Geographies<\/em>, <em>13<\/em>(2), 196\u2013219.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">de Haas, H. (2007). <em>North African migration systems: Evolution, transformations, and development linkages<\/em> (Working Paper No. 6). International Migration Institute, University of Oxford.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">de Haas, H. (2008). The myth of invasion: The inconvenient realities of African migration to Europe. <em>Third World Quarterly<\/em>, <em>29<\/em>(7), 1305\u20131322. https:\/\/doi.org\/10.1080\/01436590802386435<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">de Haas, H. (2010). Migration and development: A theoretical perspective. <em>International Migration Review<\/em>, <em>44<\/em>(1), 227\u2013264. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1747-7379.2009.00804.x<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">de Haas, H. (2014). <em>Morocco: Setting the stage for becoming a migration transition country?<\/em> Migration Policy Institute. https:\/\/www.migrationpolicy.org<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00fcvell, F. (2012). Transit migration: A blurred and politicized concept. <em>Population, Space and Place<\/em>, <em>18<\/em>(4), 415\u2013427. https:\/\/doi.org\/10.1002\/psp.631<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">European Commission. (2021). <em>EU Emergency Trust Fund for Africa: Annual report 2020<\/em>. Publications Office of the European Union.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ferrer-Gallardo, X. (2008). The Spanish-Moroccan border complex: Processes of geopolitical, functional, and symbolic rebordering. <em>Political Geography<\/em>, <em>27<\/em>(3), 301\u2013321. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.polgeo.2007.12.004<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Frontex. (2022). <em>Annual risk analysis for 2022<\/em>. Frontex, European Border and Coast Guard Agency.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gabrielli, L. (2015). La construction de la politique europ\u00e9enne de contr\u00f4le des migrations en provenance d&rsquo;Afrique subsaharienne: Le cas du Maroc. <em>Migrations Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>27<\/em>(158), 61\u201380.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Groupe Antiraciste de D\u00e9fense et d&rsquo;Accompagnement des \u00c9trangers et Migrants (GADEM). (2020). <em>Rapport annuel sur la situation des droits des personnes \u00e9trang\u00e8res au Maroc<\/em>. GADEM.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gammeltoft-Hansen, T. (2011). <em>Access to asylum: International refugee law and the globalisation of migration control<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Harvey, D. (2005). <em>A brief history of neoliberalism<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hathaway, J. C. (2005). <em>The rights of refugees under international law<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Haut-Commissariat au Plan (HCP). (2021). <em>Rapport sur la migration internationale au Maroc<\/em>. HCP.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Human Rights Watch. (2014). <em>Abused and expelled: Ill-treatment of Sub-Saharan African migrants in Morocco<\/em>. Human Rights Watch.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Huysmans, J. (2006). <em>The politics of insecurity: Fear, migration, and asylum in the EU<\/em>. Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">International Crisis Group. (2022). <em>Sahel: The deteriorating security situation<\/em> (Briefing No. 193). International Crisis Group.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">International Organization for Migration (IOM). (2018). <em>Regularization in Morocco: Lessons learned and perspectives<\/em>. IOM Morocco.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">International Organization for Migration (IOM). (2023). <em>Missing migrants project: 2022 global overview<\/em>. IOM.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). (2022). <em>Climate change 2022: Impacts, adaptation, and vulnerability. Contribution of Working Group II to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Khachani, M. (2016). <em>La migration subsaharienne au Maroc: Enjeux et perspectives<\/em>. Association Marocaine d&rsquo;\u00c9tudes et de Recherches sur les Migrations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">King, R. (2000). Southern Europe in the changing global map of migration. In R. King, G. Lazaridis, &amp; C. Tsardanidis (Eds.), <em>Eldorado or fortress? Migration in Southern Europe<\/em> (pp. 3\u201326). Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kingdom of Morocco. (2014). <em>Strat\u00e9gie nationale en mati\u00e8re d&rsquo;immigration et d&rsquo;asile<\/em>. Minist\u00e8re Charg\u00e9 des Marocains R\u00e9sidant \u00e0 l&rsquo;\u00c9tranger et des Affaires de la Migration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Kingdom of Morocco. (2018). <em>Statement at the Intergovernmental Conference to Adopt the Global Compact for Safe, Orderly, and Regular Migration, Marrakesh, 10\u201311 December 2018<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lahlou, M. (2018). Migration management in Morocco from 2002 to the present: A shifting political agenda. In G. Collyer (Ed.), <em>Migration, diasporas, and citizenship series<\/em>. Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lavenex, S., &amp; U\u00e7arer, E. M. (2004). The external dimension of Europeanization: The case of immigration policies. <em>Cooperation and Conflict<\/em>, <em>39<\/em>(4), 417\u2013443. https:\/\/doi.org\/10.1177\/0010836704047582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lydon, G. (2009). <em>On trans-Saharan trails: Islamic law, trade networks, and cross-cultural exchange in nineteenth-century Western Africa<\/em>. Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malkki, L. H. (1995). Refugees and exile: From &lsquo;refugee studies&rsquo; to the national order of things. <em>Annual Review of Anthropology<\/em>, <em>24<\/em>(1), 495\u2013523. https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.an.24.100195.002431<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mamdani, M. (1996). <em>Citizen and subject: Contemporary Africa and the legacy of late colonialism<\/em>. Princeton University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Massey, D. S., Arango, J., Hugo, G., Kouaouci, A., Pellegrino, A., &amp; Taylor, J. E. (2002). <em>Worlds in motion: Understanding international migration at the end of the millennium<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McDougall, J., &amp; Scheele, J. (Eds.). (2012). <em>Saharan frontiers: Space and mobility in Northwest Africa<\/em>. Indiana University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res. (2020). <em>Trapped at the gates of Europe: Violence and neglect in the Morocco-EU migration zone<\/em>. MSF International.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mkandawire, T. (2005). <em>African intellectuals: Rethinking politics, language, gender, and development<\/em>. Zed Books\/CODESRIA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moreno Nieto, J. (2013). Unaccompanied Moroccan children in Spain and Morocco. In M. Coquet (Ed.), <em>Youth, migration, and identity<\/em>. Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nickerson, A., Bryant, R. A., Silove, D., &amp; Steel, Z. (2011). A critical review of psychological treatments of posttraumatic stress disorder in refugees. <em>Clinical Psychology Review<\/em>, <em>31<\/em>(3), 399\u2013417. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cpr.2011.01.005<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rigaud, K. K., de Sherbinin, A., Jones, B., Bergmann, J., Clement, V., Ober, K., Schewe, J., Adamo, S., McCusker, B., Heuser, S., &amp; Midgley, A. (2018). <em>Groundswell: Preparing for internal climate migration<\/em>. World Bank.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Saddiki, S. (2010). Ceuta and Melilla fences: A EU multidimensional border? In <em>Proceedings of the Canadian Political Science Association<\/em>. Concordia University.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sadiqi, F. (2019). <em>Moroccan feminist discourses<\/em>. Bloomsbury Academic.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Schapendonk, J. (2012). Turbulent trajectories: African migrants on their way to the European Union. <em>Societies<\/em>, <em>2<\/em>(2), 27\u201341. https:\/\/doi.org\/10.3390\/soc2020027<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Silove, D., Ventevogel, P., &amp; Rees, S. (2017). The contemporary refugee crisis: An overview of mental health challenges. <em>World Psychiatry<\/em>, <em>16<\/em>(2), 130\u2013139. https:\/\/doi.org\/10.1002\/wps.20438<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Turner, V. (1969). <em>The ritual process: Structure and anti-structure<\/em>. Aldine Publishing.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2020). <em>COVID-19 and refugee protection in North Africa: A situational analysis<\/em>. UNHCR Regional Bureau for the Middle East and North Africa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR). (2022). <em>Morocco: Factsheet, January\u2013December 2022<\/em>. UNHCR Morocco.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">United Nations. (2018). <em>Global Compact for Safe, Orderly, and Regular Migration<\/em>. (A\/RES\/73\/195). United Nations General Assembly.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wolff, S. (2014). The politics of negotiating EU readmission agreements: Insights from Morocco and Turkey. <em>European Journal of Migration and Law<\/em>, <em>16<\/em>(1), 69\u201395. https:\/\/doi.org\/10.1163\/15718166-00002048<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;Cet article examine le r\u00f4le structurel du Maroc en tant que pays de transit pour les migrants subsahariens cherchant \u00e0 rejoindre l&rsquo;Europe de mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re. 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