{"id":7363,"date":"2026-07-09T14:52:26","date_gmt":"2026-07-09T13:52:26","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=7363"},"modified":"2026-07-09T14:53:02","modified_gmt":"2026-07-09T13:53:02","slug":"maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-partie-2\/","title":{"rendered":"Maroc\u2013\u00c9tats-Unis : 250 ans d&rsquo;amiti\u00e9, de respect et de coop\u00e9ration (partie 2)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787<\/strong> inaugura une p\u00e9riode de stabilit\u00e9 diplomatique remarquable entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis. Alors que le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par les guerres napol\u00e9oniennes, l&rsquo;expansion coloniale europ\u00e9enne, la mont\u00e9e des imp\u00e9rialismes et la transformation de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, les relations entre Rabat et Washington demeur\u00e8rent exceptionnellement stables<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:252px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>II. Le Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787 : fondement juridique d&rsquo;une relation exceptionnelle<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si la reconnaissance de facto des \u00c9tats-Unis par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah en d\u00e9cembre 1777 constitue l&rsquo;acte fondateur des relations maroco-am\u00e9ricaines, c&rsquo;est la signature du <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9<\/strong> (<em>Treaty of Peace and Friendship<\/em>) en 1786, ratifi\u00e9 par le Congr\u00e8s des \u00c9tats-Unis en juillet 1787, qui transforma une initiative diplomatique en une alliance durable fond\u00e9e sur le droit international. Ce trait\u00e9 demeure aujourd&rsquo;hui le plus ancien accord international des \u00c9tats-Unis encore en vigueur, fait unique dans l&rsquo;histoire diplomatique am\u00e9ricaine (U.S. Department of State, Office of the Historian, n.d.).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une diplomatie de la confiance<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance, les \u00c9tats-Unis se trouvaient confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fi majeur : assurer la s\u00e9curit\u00e9 de leur commerce maritime. D\u00e9sormais priv\u00e9s de la protection de la Royal Navy britannique, les navires am\u00e9ricains devaient n\u00e9gocier directement avec les puissances riveraines de la M\u00e9diterran\u00e9e. Pour les dirigeants am\u00e9ricains, le Maroc repr\u00e9sentait un partenaire privil\u00e9gi\u00e9 en raison de sa stabilit\u00e9 politique, de sa position g\u00e9ographique au d\u00e9troit de Gibraltar et de la volont\u00e9 clairement exprim\u00e9e par Mohammed III d&rsquo;\u00e9tablir des relations fond\u00e9es sur la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix du diplomate <strong>Thomas Barclay<\/strong> pour conduire les n\u00e9gociations fut d\u00e9terminant. Homme d&rsquo;affaires exp\u00e9riment\u00e9 et proche des principaux dirigeants am\u00e9ricains, Barclay arriva au Maroc en 1786 muni d&rsquo;instructions r\u00e9dig\u00e9es par <strong>Thomas Jefferson<\/strong>, alors ministre des \u00c9tats-Unis en France, et <strong>John Adams<\/strong>, ministre \u00e0 Londres. Les n\u00e9gociations progress\u00e8rent rapidement gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;attitude conciliante du souverain marocain, qui souhaitait institutionnaliser une relation d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es (Parker, 1983 ; Miller, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux pratiques diplomatiques de l&rsquo;\u00e9poque, souvent marqu\u00e9es par des rapports de force asym\u00e9triques, les discussions se d\u00e9roul\u00e8rent dans un climat de respect mutuel. Les deux parties poursuivaient un objectif commun : garantir la libert\u00e9 du commerce, la s\u00e9curit\u00e9 de la navigation et la protection r\u00e9ciproque de leurs ressortissants.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un trait\u00e9 en avance sur son temps<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le trait\u00e9 sign\u00e9 le 23 juin 1786 comprenait vingt-cinq articles qui r\u00e9gissaient les principales dimensions des relations bilat\u00e9rales. Il garantissait notamment :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La libert\u00e9 de navigation pour les navires des deux pays ;<\/li>\n\n\n\n<li>La protection des \u00e9quipages en cas de naufrage ;<\/li>\n\n\n\n<li>Le traitement \u00e9quitable des marchands ;<\/li>\n\n\n\n<li>Des proc\u00e9dures d&rsquo;arbitrage en cas de litige ;<\/li>\n\n\n\n<li>Le respect des personnes et des biens ;<\/li>\n\n\n\n<li>La coop\u00e9ration contre les actes de piraterie.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces dispositions apparaissent aujourd&rsquo;hui comme remarquablement modernes. Elles traduisaient une conception des relations internationales fond\u00e9e sur la s\u00e9curit\u00e9 juridique, la libert\u00e9 des \u00e9changes et la confiance r\u00e9ciproque plut\u00f4t que sur la coercition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le souligne Richard B. Parker (1983), le trait\u00e9 maroco-am\u00e9ricain constitue l&rsquo;un des premiers exemples d&rsquo;un accord bilat\u00e9ral moderne entre un \u00c9tat musulman et une puissance occidentale \u00e9mergente, n\u00e9goci\u00e9 sur la base d&rsquo;une stricte \u00e9galit\u00e9 souveraine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La vision strat\u00e9gique de Mohammed III<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;importance du trait\u00e9 ne saurait \u00eatre comprise sans prendre en consid\u00e9ration la personnalit\u00e9 de Mohammed III. Le souverain alaouite ne consid\u00e9rait pas les relations ext\u00e9rieures comme une simple succession d&rsquo;accords commerciaux. Elles participaient d&rsquo;un projet plus vaste visant \u00e0 consolider l&rsquo;ind\u00e9pendance du Royaume dans un environnement domin\u00e9 par les ambitions imp\u00e9riales europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En diversifiant les partenaires du Maroc, il limitait l&rsquo;influence de chacune des grandes puissances tout en renfor\u00e7ant la marge de man\u0153uvre diplomatique du Royaume. Cette politique d&rsquo;\u00e9quilibre, que l&rsquo;on retrouve encore aujourd&rsquo;hui dans la diplomatie marocaine, constitue l&rsquo;une des constantes de l&rsquo;action ext\u00e9rieure de la monarchie alaouite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cet \u00e9gard, le trait\u00e9 avec les \u00c9tats-Unis peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme l&rsquo;expression pr\u00e9coce d&rsquo;une diplomatie multipolaire avant la lettre. Loin de s&rsquo;inscrire dans une logique d&rsquo;alignement, il t\u00e9moignait de la volont\u00e9 marocaine d&rsquo;entretenir des relations \u00e9quilibr\u00e9es avec des partenaires diversifi\u00e9s, en fonction des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jefferson, Adams et la perception am\u00e9ricaine du Maroc<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, le trait\u00e9 contribua \u00e9galement \u00e0 fa\u00e7onner une image particuli\u00e8rement positive du Maroc parmi les dirigeants de la jeune R\u00e9publique. Thomas Jefferson et John Adams voyaient dans le Royaume un interlocuteur fiable, capable de respecter les engagements internationaux dans une p\u00e9riode o\u00f9 la stabilit\u00e9 diplomatique demeurait rare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette confiance se traduisit rapidement par l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une repr\u00e9sentation diplomatique permanente \u00e0 Tanger, premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9 diplomatique acquise par les \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Aujourd&rsquo;hui encore, l&rsquo;ancienne L\u00e9gation am\u00e9ricaine de Tanger constitue un symbole vivant de cette histoire commune et un t\u00e9moignage mat\u00e9riel de l&rsquo;anciennet\u00e9 des relations bilat\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une continuit\u00e9 remarquable<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus remarquable demeure sans doute la long\u00e9vit\u00e9 du trait\u00e9 lui-m\u00eame. Alors que la plupart des alliances conclues \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle ont disparu ou ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment remani\u00e9es, le Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis demeure juridiquement en vigueur. Cette permanence refl\u00e8te non seulement la solidit\u00e9 des institutions des deux pays, mais aussi la capacit\u00e9 de leur relation \u00e0 \u00e9voluer sans rompre avec ses fondements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette continuit\u00e9 historique constitue un cas presque unique dans les relations internationales. Elle illustre ce que l&rsquo;on pourrait appeler une <strong>diplomatie de la dur\u00e9e<\/strong>, o\u00f9 les changements de gouvernements, les r\u00e9volutions technologiques, les guerres mondiales et les recompositions g\u00e9opolitiques n&rsquo;ont jamais remis en cause le socle de confiance \u00e9tabli \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce sens, le trait\u00e9 de 1786\u20131787 ne repr\u00e9sente pas seulement un document juridique. Il est devenu un v\u00e9ritable <strong>lieu de m\u00e9moire diplomatique<\/strong>, rappelant que certaines relations internationales peuvent transcender les contingences politiques pour s&rsquo;inscrire dans le temps long de l&rsquo;histoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>III. Le XIX\u1d49 si\u00e8cle : la consolidation d&rsquo;une amiti\u00e9 durable entre deux jeunes puissances atlantiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787<\/strong> inaugura une p\u00e9riode de stabilit\u00e9 diplomatique remarquable entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis. Alors que le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par les guerres napol\u00e9oniennes, l&rsquo;expansion coloniale europ\u00e9enne, la mont\u00e9e des imp\u00e9rialismes et la transformation de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, les relations entre Rabat et Washington demeur\u00e8rent exceptionnellement stables. Cette permanence ne r\u00e9sultait ni d&rsquo;une alliance militaire ni d&rsquo;une d\u00e9pendance \u00e9conomique, mais d&rsquo;une convergence durable d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, d&rsquo;un profond respect de la souverainet\u00e9 et d&rsquo;une confiance mutuelle construite au fil des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;aube du XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient encore une jeune R\u00e9publique cherchant \u00e0 consolider leur place dans le syst\u00e8me international. Le Maroc, pour sa part, demeurait l&rsquo;un des rares \u00c9tats musulmans \u00e0 avoir conserv\u00e9 son ind\u00e9pendance politique face aux ambitions des puissances europ\u00e9ennes. Cette situation favorisait une relation fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique, une caract\u00e9ristique exceptionnelle dans un si\u00e8cle domin\u00e9 par les logiques imp\u00e9riales (Pennell, 2000 ; Miller, 2013).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Maroc dans la politique m\u00e9diterran\u00e9enne des \u00c9tats-Unis<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s leur ind\u00e9pendance, les \u00c9tats-Unis accord\u00e8rent une attention croissante \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. L&rsquo;ouverture des routes commerciales vers le Levant et l&rsquo;Afrique du Nord exigeait une pr\u00e9sence diplomatique active dans la r\u00e9gion. Le Maroc occupait une place strat\u00e9gique de premier ordre en raison de sa position \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du d\u00e9troit de Gibraltar, v\u00e9ritable carrefour entre l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique et la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux R\u00e9gences d&rsquo;Alger, de Tunis et de Tripoli, avec lesquelles les \u00c9tats-Unis connurent plusieurs crises maritimes au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, le Royaume du Maroc demeura un partenaire stable. La fid\u00e9lit\u00e9 du Sultan aux engagements pris dans le trait\u00e9 de 1786 renfor\u00e7a progressivement la confiance des autorit\u00e9s am\u00e9ricaines. Cette diff\u00e9rence explique en partie pourquoi les premi\u00e8res interventions militaires am\u00e9ricaines en M\u00e9diterran\u00e9e vis\u00e8rent les \u00c9tats barbaresques en conflit avec Washington, tandis que le Maroc conserva des relations pacifiques avec la jeune R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction contribua \u00e0 fa\u00e7onner une image particuli\u00e8rement favorable du Maroc au sein des cercles diplomatiques am\u00e9ricains. Les rapports consulaires de l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9crivent le Royaume comme un interlocuteur fiable, attach\u00e9 au respect des accords internationaux et soucieux de pr\u00e9server la libert\u00e9 des \u00e9changes commerciaux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tanger : un laboratoire de la diplomatie am\u00e9ricaine<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ville de <strong>Tanger<\/strong> acquit progressivement une importance particuli\u00e8re dans la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Situ\u00e9e au carrefour des routes atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes, elle accueillit l&rsquo;une des premi\u00e8res repr\u00e9sentations diplomatiques permanentes am\u00e9ricaines hors du continent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;installation de la L\u00e9gation am\u00e9ricaine \u00e0 Tanger rev\u00eatait une forte port\u00e9e symbolique. Elle t\u00e9moignait de la volont\u00e9 de Washington d&rsquo;inscrire sa pr\u00e9sence dans un espace strat\u00e9gique o\u00f9 se croisaient les int\u00e9r\u00eats britanniques, fran\u00e7ais, espagnols et ottomans. Plus encore, elle traduisait la confiance accord\u00e9e au Maroc comme partenaire diplomatique de long terme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <strong>L\u00e9gation am\u00e9ricaine de Tanger<\/strong>, offerte en 1821 par le Sultan Moulay Slimane, demeure aujourd&rsquo;hui un symbole unique : il s&rsquo;agit du plus ancien b\u00e2timent diplomatique am\u00e9ricain situ\u00e9 hors des \u00c9tats-Unis encore consacr\u00e9 \u00e0 la diplomatie et \u00e0 la m\u00e9moire de cette relation exceptionnelle. Ce geste illustrait une fois de plus la singularit\u00e9 des liens entre les deux pays, fond\u00e9s sur une confiance qui d\u00e9passait les int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une diplomatie fond\u00e9e sur la continuit\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques majeures de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine au XIX\u1d49 si\u00e8cle r\u00e9side dans sa remarquable continuit\u00e9. Les souverains alaouites qui succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 Mohammed III \u2013 Moulay Yazid, Moulay Slimane, Abd al-Rahman, Sidi Mohammed IV puis Hassan Ier \u2013 maintinrent les engagements pris envers les \u00c9tats-Unis, malgr\u00e9 les profondes transformations de l&rsquo;environnement international.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette permanence refl\u00e9tait une conception particuli\u00e8re de l&rsquo;\u00c9tat. Contrairement \u00e0 de nombreux pays o\u00f9 les changements de dirigeants entra\u00eenaient une remise en cause des alliances, la monarchie alaouite privil\u00e9giait une vision de long terme de la diplomatie. Les trait\u00e9s engageaient le Royaume au-del\u00e0 des personnes, traduisant la continuit\u00e9 de l&rsquo;institution monarchique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette stabilit\u00e9 impressionna les observateurs am\u00e9ricains. Dans plusieurs correspondances diplomatiques conserv\u00e9es aux <strong>National Archives<\/strong>, les repr\u00e9sentants des \u00c9tats-Unis soulignent la constance de la politique marocaine et la fiabilit\u00e9 des engagements pris par les souverains alaouites.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Maroc face \u00e0 la pression coloniale europ\u00e9enne<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut \u00e9galement celui de l&rsquo;expansion imp\u00e9riale europ\u00e9enne. La conqu\u00eate fran\u00e7aise de l&rsquo;Alg\u00e9rie en 1830, les ambitions espagnoles sur les c\u00f4tes marocaines et la rivalit\u00e9 entre Londres, Paris et Madrid plac\u00e8rent progressivement le Royaume dans une situation g\u00e9opolitique d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, les relations avec les \u00c9tats-Unis prirent une signification particuli\u00e8re. Certes, Washington n&rsquo;\u00e9tait pas encore une puissance mondiale capable de contrebalancer directement l&rsquo;influence europ\u00e9enne. N\u00e9anmoins, l&rsquo;existence d&rsquo;un partenaire transatlantique ind\u00e9pendant renfor\u00e7ait la marge diplomatique du Maroc. Les autorit\u00e9s marocaines comprenaient qu&rsquo;une diversification des relations ext\u00e9rieures constituait l&rsquo;un des meilleurs moyens de pr\u00e9server leur souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette strat\u00e9gie de diversification pr\u00e9figure ce que la diplomatie marocaine contemporaine met aujourd&rsquo;hui en \u0153uvre \u00e0 travers ses partenariats avec l&rsquo;Europe, les \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Afrique, les pays du Golfe et l&rsquo;Asie. Il existe ainsi une remarquable continuit\u00e9 entre la vision de Mohammed III au XVIII\u1d49 si\u00e8cle et celle du Royaume au XXI\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les fondements d&rsquo;une relation appel\u00e9e \u00e0 durer<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00e9changes \u00e9conomiques entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis demeuraient modestes en comparaison de ceux entretenus avec les puissances europ\u00e9ennes. Pourtant, la relation bilat\u00e9rale poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 un atout essentiel : la confiance politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que les int\u00e9r\u00eats commerciaux fluctuaient au gr\u00e9 des march\u00e9s internationaux, le capital diplomatique accumul\u00e9 depuis 1777 continuait de produire ses effets. Cette confiance allait se r\u00e9v\u00e9ler d\u00e9terminante au si\u00e8cle suivant, lorsque les \u00c9tats-Unis deviendraient une puissance mondiale et que le Maroc entrerait dans une nouvelle phase de son histoire, marqu\u00e9e par le protectorat, la Seconde Guerre mondiale puis le recouvrement de son ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin d&rsquo;\u00eatre une simple parenth\u00e8se entre le trait\u00e9 fondateur de 1786 et les grandes transformations du XX\u1d49 si\u00e8cle, le XIX\u1d49 si\u00e8cle appara\u00eet ainsi comme une p\u00e9riode de consolidation. C&rsquo;est durant ces d\u00e9cennies que furent \u00e9tablies les habitudes de coop\u00e9ration, le respect des engagements et la proximit\u00e9 diplomatique qui expliquent, encore aujourd&rsquo;hui, la r\u00e9silience exceptionnelle des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>A suivre<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787 inaugura une p\u00e9riode de stabilit\u00e9 diplomatique remarquable entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis. Alors que le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par les guerres napol\u00e9oniennes, l&rsquo;expansion coloniale europ\u00e9enne, la mont\u00e9e des imp\u00e9rialismes et la transformation de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, les relations entre Rabat et Washington demeur\u00e8rent exceptionnellement &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7364,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15,18,35],"tags":[156,59],"class_list":["post-7363","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes","category-tech","category-slider","tag-maroc-etats-unis-250-ans-damitie","tag-mohamed-chtatou"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/Thomas-Jefferson-et-John-Adams.jpg?fit=1050%2C850&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pfJc35-1UL","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7363"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7363\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7365,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7363\/revisions\/7365"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}