{"id":7372,"date":"2026-07-11T00:37:50","date_gmt":"2026-07-10T23:37:50","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=7372"},"modified":"2026-07-11T00:37:52","modified_gmt":"2026-07-10T23:37:52","slug":"maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-partie-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-partie-3\/","title":{"rendered":"Maroc\u2013\u00c9tats-Unis : 250 ans d&rsquo;amiti\u00e9, de respect et de coop\u00e9ration (partie 3)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 de nombreux \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants, le Maroc ne naquit pas sur la sc\u00e8ne internationale comme un acteur inconnu. Son histoire diplomatique, sa monarchie pluris\u00e9culaire et la permanence de ses relations avec les \u00c9tats-Unis lui conf\u00e9raient une l\u00e9gitimit\u00e9 particuli\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:275px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>IV. De l&rsquo;Op\u00e9ration Torch \u00e0 la Conf\u00e9rence de Casablanca : Mohammed V, Franklin D. Roosevelt et la renaissance du partenariat maroco-am\u00e9ricain<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le trait\u00e9 de 1786\u20131787 posa les fondements juridiques des relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis, c&rsquo;est incontestablement la Seconde Guerre mondiale qui transforma cette amiti\u00e9 historique en un v\u00e9ritable partenariat strat\u00e9gique. Entre le d\u00e9barquement alli\u00e9 de novembre 1942, la Conf\u00e9rence de Casablanca de janvier 1943 et la rencontre historique entre le Sultan Mohammed V et le pr\u00e9sident Franklin D. Roosevelt, les relations maroco-am\u00e9ricaines entr\u00e8rent dans une nouvelle phase qui allait profond\u00e9ment influencer l&rsquo;\u00e9volution politique du Maroc et red\u00e9finir la place des \u00c9tats-Unis en Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Maroc dans la strat\u00e9gie alli\u00e9e<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940, le Maroc occupait une position g\u00e9ostrat\u00e9gique exceptionnelle. Contr\u00f4lant la fa\u00e7ade atlantique nord-ouest de l&rsquo;Afrique et l&rsquo;acc\u00e8s m\u00e9ridional au d\u00e9troit de Gibraltar, il repr\u00e9sentait un point d&rsquo;appui essentiel pour toute op\u00e9ration militaire destin\u00e9e \u00e0 ouvrir un second front contre les forces de l&rsquo;Axe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, dans le cadre de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ration Torch<\/strong>, les forces am\u00e9ricaines prirent rapidement le contr\u00f4le de plusieurs positions strat\u00e9giques au Maroc, notamment \u00e0 Casablanca, Safi, Fedala (aujourd&rsquo;hui Mohammedia) et Port-Lyautey (aujourd&rsquo;hui K\u00e9nitra). Bien que le Maroc f\u00fbt alors plac\u00e9 sous protectorat fran\u00e7ais, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines comprirent rapidement que toute strat\u00e9gie durable dans la r\u00e9gion devait tenir compte du r\u00f4le central de l&rsquo;institution monarchique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Op\u00e9ration Torch ne constitua donc pas seulement une op\u00e9ration militaire. Elle fut \u00e9galement le point de d\u00e9part d&rsquo;une relation politique directe entre Washington et le Sultan Mohammed V, relation qui allait profond\u00e9ment influencer l&rsquo;histoire contemporaine du Royaume.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mohammed V : une autorit\u00e9 morale reconnue<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette \u00e9poque, Mohammed V jouissait d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;une autorit\u00e9 morale consid\u00e9rable aupr\u00e8s de la population marocaine. Son attitude pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la guerre, notamment son refus d&rsquo;appliquer certaines mesures discriminatoires impos\u00e9es par le r\u00e9gime de Vichy contre les citoyens juifs marocains, renfor\u00e7a son prestige tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les responsables am\u00e9ricains per\u00e7urent rapidement que le Sultan repr\u00e9sentait bien davantage qu&rsquo;une autorit\u00e9 religieuse ou protocolaire. Il incarnait la continuit\u00e9 historique de l&rsquo;\u00c9tat marocain et disposait d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 populaire que ne poss\u00e9dait aucune autre institution du protectorat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette perception allait jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les \u00e9changes entre Mohammed V et Franklin D. Roosevelt.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La Conf\u00e9rence de Casablanca : janvier 1943<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du 14 au 24 janvier 1943, Casablanca accueillit l&rsquo;une des plus importantes conf\u00e9rences strat\u00e9giques de la Seconde Guerre mondiale. Le pr\u00e9sident <strong>Franklin D. Roosevelt<\/strong>, le Premier ministre britannique <strong>Winston Churchill<\/strong> et les principaux chefs militaires alli\u00e9s s&rsquo;y r\u00e9unirent afin de d\u00e9finir la strat\u00e9gie destin\u00e9e \u00e0 conduire les Alli\u00e9s vers la victoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 des d\u00e9cisions militaires \u2014 notamment l&rsquo;adoption du principe de la \u00ab capitulation sans conditions \u00bb des puissances de l&rsquo;Axe \u2014 la conf\u00e9rence rev\u00eatit une importance particuli\u00e8re pour l&rsquo;histoire du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 22 janvier 1943, Roosevelt rencontra Mohammed V lors d&rsquo;un d\u00eener organis\u00e9 \u00e0 Anfa. Cette rencontre, relativement br\u00e8ve mais politiquement d\u00e9cisive, demeure l&rsquo;un des \u00e9pisodes fondateurs de l&rsquo;amiti\u00e9 contemporaine entre Rabat et Washington.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon plusieurs t\u00e9moignages diplomatiques et les travaux de Robert Dallek, Richard B. Parker et Susan Gilson Miller, Roosevelt exprima au Sultan son admiration pour l&rsquo;histoire du Maroc et laissa entendre que les principes de la Charte de l&rsquo;Atlantique, fond\u00e9s sur le droit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames, devaient \u00e9galement s&rsquo;appliquer aux territoires plac\u00e9s sous domination coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si les formulations exactes attribu\u00e9es \u00e0 Roosevelt font encore l&rsquo;objet de discussions historiographiques, il ne fait gu\u00e8re de doute que cette conversation renfor\u00e7a la conviction de Mohammed V selon laquelle les \u00c9tats-Unis pourraient devenir un partenaire essentiel dans la marche du Maroc vers l&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une nouvelle perception am\u00e9ricaine du Maroc<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de Casablanca, la vision am\u00e9ricaine du Maroc \u00e9volua sensiblement. Jusqu&rsquo;alors, Washington consid\u00e9rait essentiellement le Royaume sous l&rsquo;angle de son importance strat\u00e9gique et commerciale. D\u00e9sormais, les d\u00e9cideurs am\u00e9ricains commenc\u00e8rent \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;existence d&rsquo;une nation dot\u00e9e d&rsquo;une identit\u00e9 historique propre, distincte du syst\u00e8me colonial fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution demeura prudente. Les \u00c9tats-Unis ne souhaitaient pas fragiliser leur alliance avec la France libre. Toutefois, plusieurs responsables am\u00e9ricains comprenaient d\u00e9j\u00e0 que le mouvement mondial de d\u00e9colonisation deviendrait l&rsquo;un des grands enjeux de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, Mohammed V apparut progressivement comme l&rsquo;interlocuteur incontournable de toute politique am\u00e9ricaine au Maghreb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le d\u00e9but d&rsquo;un dialogue strat\u00e9gique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;entretien de Casablanca ne produisit pas d&rsquo;effets imm\u00e9diats sur le statut international du Maroc. Le protectorat fran\u00e7ais subsista encore plus d&rsquo;une d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, sur le plan diplomatique, un changement fondamental s&rsquo;\u00e9tait op\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la premi\u00e8re fois depuis la signature du trait\u00e9 de 1786, les relations entre Rabat et Washington ne se limitaient plus aux domaines commercial et consulaire. Elles devenaient politiques, strat\u00e9giques et g\u00e9opolitiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution allait s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer apr\u00e8s 1945 avec l&rsquo;entr\u00e9e des \u00c9tats-Unis dans leur r\u00f4le de premi\u00e8re puissance mondiale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mohammed V et Roosevelt : un h\u00e9ritage durable<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;historiographie contemporaine consid\u00e8re souvent la rencontre de janvier 1943 comme l&rsquo;un des tournants majeurs des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle symbolise la transition entre deux p\u00e9riodes :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Celle d&rsquo;une relation essentiellement maritime et commerciale n\u00e9e au XVIII\u1d49 si\u00e8cle ;<\/li>\n\n\n\n<li>Et celle d&rsquo;un partenariat strat\u00e9gique appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Royaume.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;importance de cette rencontre d\u00e9passe largement son contexte imm\u00e9diat. Elle marque le moment o\u00f9 les \u00c9tats-Unis commencent \u00e0 consid\u00e9rer le Maroc non plus seulement comme un espace g\u00e9ographique strat\u00e9gique, mais comme un acteur politique appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le majeur dans l&rsquo;avenir de l&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 bien des \u00e9gards, cette vision s&rsquo;est confirm\u00e9e au fil des d\u00e9cennies. Le Maroc est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des principaux partenaires des \u00c9tats-Unis en Afrique, tant dans les domaines de la s\u00e9curit\u00e9 que de la diplomatie, du commerce, de la coop\u00e9ration universitaire, de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>V. De Mohammed V \u00e0 Hassan II : le Maroc et les \u00c9tats-Unis dans les turbulences de la Guerre froide<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;accession du Maroc \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, le 2 mars 1956, inaugura une nouvelle \u00e9tape des relations maroco-am\u00e9ricaines. Apr\u00e8s pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle de protectorat fran\u00e7ais, le Royaume retrouvait sa pleine souverainet\u00e9 au moment m\u00eame o\u00f9 le syst\u00e8me international se restructurait autour de la bipolarit\u00e9 entre les \u00c9tats-Unis et l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Pour Washington comme pour Rabat, cette conjoncture ouvrait un champ in\u00e9dit de coop\u00e9ration, o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9ritage diplomatique du XVIII\u1d49 si\u00e8cle allait se conjuguer aux imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques de la Guerre froide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 de nombreux \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants, le Maroc ne naquit pas sur la sc\u00e8ne internationale comme un acteur inconnu. Son histoire diplomatique, sa monarchie pluris\u00e9culaire et la permanence de ses relations avec les \u00c9tats-Unis lui conf\u00e9raient une l\u00e9gitimit\u00e9 particuli\u00e8re. Aux yeux de Washington, le Royaume n&rsquo;\u00e9tait pas un nouvel \u00c9tat, mais un partenaire historique retrouvant la pl\u00e9nitude de sa souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance et la reprise des relations diplomatiques<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00c9tats-Unis figur\u00e8rent parmi les premiers pays \u00e0 reconna\u00eetre officiellement le Maroc ind\u00e9pendant. Cette reconnaissance s&rsquo;inscrivait dans la continuit\u00e9 d&rsquo;une relation qui n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 rompue malgr\u00e9 la p\u00e9riode du protectorat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;administration du pr\u00e9sident <strong>Dwight D. Eisenhower<\/strong> percevait le Royaume comme un facteur potentiel de stabilit\u00e9 dans une Afrique du Nord en pleine mutation. La mont\u00e9e des mouvements nationalistes, la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie et les rivalit\u00e9s id\u00e9ologiques entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest rendaient le Maghreb particuli\u00e8rement strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Mohammed V, l&rsquo;enjeu consistait \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;ind\u00e9pendance politique du Maroc sans s&rsquo;enfermer dans une logique d&rsquo;alignement automatique. Cette approche annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 ce qui deviendrait l&rsquo;une des constantes de la diplomatie marocaine contemporaine : entretenir des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec les puissances occidentales tout en pr\u00e9servant une autonomie de d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette capacit\u00e9 \u00e0 concilier ouverture internationale et souverainet\u00e9 nationale constitue l&rsquo;un des fils conducteurs de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine depuis Mohammed III.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les bases am\u00e9ricaines : coop\u00e9ration et souverainet\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance, plusieurs bases militaires am\u00e9ricaines demeuraient implant\u00e9es sur le territoire marocain, h\u00e9rit\u00e9es de la Seconde Guerre mondiale. Elles jouaient un r\u00f4le important dans la strat\u00e9gie nucl\u00e9aire am\u00e9ricaine et dans la surveillance de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, Mohammed V consid\u00e9rait que la pleine souverainet\u00e9 du Royaume impliquait un contr\u00f4le national du territoire. Les n\u00e9gociations engag\u00e9es avec Washington aboutirent progressivement au retrait des installations am\u00e9ricaines, sans pour autant remettre en cause l&rsquo;amiti\u00e9 entre les deux pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet \u00e9pisode m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. Contrairement \u00e0 ce qui se produisit dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde, la fermeture des bases am\u00e9ricaines ne provoqua aucune rupture diplomatique. Les deux gouvernements privil\u00e9gi\u00e8rent le dialogue et la n\u00e9gociation, illustrant une nouvelle fois la solidit\u00e9 de leur relation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pr\u00e9c\u00e9dent demeure r\u00e9v\u00e9lateur : m\u00eame lorsque leurs int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats divergeaient, Rabat et Washington parvenaient \u00e0 pr\u00e9server les fondements de leur partenariat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Hassan II : la consolidation d&rsquo;un partenariat strat\u00e9gique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;accession au tr\u00f4ne de <strong>Sa Majest\u00e9 Hassan II<\/strong> en 1961 ouvrit une p\u00e9riode de plus de trois d\u00e9cennies durant laquelle les relations maroco-am\u00e9ricaines prirent une dimension strat\u00e9gique sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin observateur des \u00e9quilibres internationaux, Hassan II comprit tr\u00e8s t\u00f4t que la stabilit\u00e9 du Royaume d\u00e9pendait autant de son d\u00e9veloppement interne que de son insertion dans les grands r\u00e9seaux diplomatiques occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le contexte de la Guerre froide, le Maroc apparaissait comme un partenaire mod\u00e9r\u00e9, stable et pr\u00e9visible. Cette image contrastait avec les bouleversements politiques qui affectaient plusieurs \u00c9tats de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Washington consid\u00e9rait d\u00e9sormais Rabat comme un alli\u00e9 majeur en Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La coop\u00e9ration s\u00e9curitaire<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant les ann\u00e9es 1960, 1970 et 1980, la coop\u00e9ration militaire entre les deux pays connut un d\u00e9veloppement constant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle porta notamment sur :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La formation des officiers marocains ;<\/li>\n\n\n\n<li>Les \u00e9changes de renseignements ;<\/li>\n\n\n\n<li>La modernisation des forces arm\u00e9es royales ;<\/li>\n\n\n\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 maritime dans l&rsquo;Atlantique et la M\u00e9diterran\u00e9e ;<\/li>\n\n\n\n<li>La lutte contre les menaces r\u00e9gionales.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette coop\u00e9ration ne signifiait pas une d\u00e9pendance. Le Maroc conserva une politique \u00e9trang\u00e8re ind\u00e9pendante, entretenant \u00e9galement des relations avec l&rsquo;Europe, le monde arabe, l&rsquo;Afrique et le Mouvement des non-align\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette capacit\u00e9 \u00e0 multiplier les partenariats sans renoncer \u00e0 son autonomie demeure aujourd&rsquo;hui encore l&rsquo;une des principales caract\u00e9ristiques de la diplomatie marocaine.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La Marche Verte et la question du Sahara<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ann\u00e9e 1975 constitua un tournant majeur avec l&rsquo;organisation de la <strong>Marche Verte<\/strong>, initiative pacifique qui permit la r\u00e9cup\u00e9ration des provinces du Sud apr\u00e8s le retrait espagnol.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La position am\u00e9ricaine connut alors plusieurs \u00e9volutions successives selon les administrations, oscillant entre neutralit\u00e9 diplomatique, soutien au processus onusien et reconnaissance progressive du r\u00f4le strat\u00e9gique du Maroc dans la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fil des d\u00e9cennies, Washington prit davantage conscience que la s\u00e9curit\u00e9 du Maghreb et du Sahel \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la stabilit\u00e9 du Royaume.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution aboutira plusieurs d\u00e9cennies plus tard \u00e0 la reconnaissance, par les \u00c9tats-Unis, de la souverainet\u00e9 du Maroc sur le Sahara, d\u00e9cision qui marquera une nouvelle \u00e9tape dans le partenariat bilat\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Hassan II : un m\u00e9diateur respect\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 des questions r\u00e9gionales, Hassan II joua un r\u00f4le diplomatique qui renfor\u00e7a encore le prestige international du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son action en faveur du dialogue isra\u00e9lo-arabe, ses relations personnelles avec plusieurs pr\u00e9sidents am\u00e9ricains et sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir des canaux de communication entre des acteurs souvent antagonistes firent du Royaume un interlocuteur privil\u00e9gi\u00e9 de Washington.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette diplomatie de m\u00e9diation s&rsquo;inscrivait dans une tradition ancienne remontant \u00e0 Mohammed III : privil\u00e9gier le dialogue, la n\u00e9gociation et la recherche de compromis plut\u00f4t que l&rsquo;affrontement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une alliance fond\u00e9e sur la confiance<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de la Guerre froide, le partenariat entre Rabat et Washington avait profond\u00e9ment chang\u00e9 de nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui n&rsquo;\u00e9tait au XVIII\u1d49 si\u00e8cle qu&rsquo;un accord destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les \u00e9changes commerciaux \u00e9tait devenu une coop\u00e9ration multidimensionnelle couvrant :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n\n\n\n<li>La diplomatie ;<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019\u00e9conomie ;<\/li>\n\n\n\n<li>La d\u00e9fense ;<\/li>\n\n\n\n<li>La formation ;<\/li>\n\n\n\n<li>Les \u00e9changes culturels ;<\/li>\n\n\n\n<li>Les questions r\u00e9gionales.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transformation n&rsquo;avait pourtant pas alt\u00e9r\u00e9 le socle originel de la relation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis Mohammed III jusqu&rsquo;\u00e0 Hassan II, la diplomatie marocaine avait constamment privil\u00e9gi\u00e9 la continuit\u00e9, la stabilit\u00e9 et le respect des engagements internationaux. De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats-Unis avaient progressivement reconnu dans le Royaume un partenaire fiable, mod\u00e9r\u00e9 et indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre du Maghreb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 bien des \u00e9gards, cette p\u00e9riode constitue le v\u00e9ritable laboratoire du partenariat strat\u00e9gique qui s&rsquo;\u00e9panouira sous le r\u00e8gne de <strong>Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>A suivre<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 de nombreux \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants, le Maroc ne naquit pas sur la sc\u00e8ne internationale comme un acteur inconnu. 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