{"id":7724,"date":"2026-08-18T00:11:59","date_gmt":"2026-08-17T23:11:59","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=7724"},"modified":"2026-08-18T00:12:01","modified_gmt":"2026-08-17T23:12:01","slug":"lecture-critique-de-louvrage-du-professeur-mohammed-jelmad-le-sceptre-et-la-vertu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/lecture-critique-de-louvrage-du-professeur-mohammed-jelmad-le-sceptre-et-la-vertu\/","title":{"rendered":"Lecture critique de l\u2019ouvrage du Professeur Mohammed Jelmad: \u00ab\u00a0Le Sceptre et la Vertu\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le Sceptre et la Vertu<\/em> constitue un apport substantiel et bienvenu \u00e0 la litt\u00e9rature consacr\u00e9e \u00e0 la monarchie marocaine contemporaine. Sa force principale tient \u00e0 la coh\u00e9rence de son fil directeur \u2014 l&rsquo;\u00e9thique comme cl\u00e9 de vo\u00fbte discursive, comportementale, institutionnelle et diplomatique \u2014 et \u00e0 la richesse documentaire mobilis\u00e9e pour l&rsquo;\u00e9tayer, du texte constitutionnel aux initiatives les plus r\u00e9centes de la diplomatie royale sur le dossier saharien.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:273px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nouvel essai du professeur <strong>Mohammed Jelmad<\/strong>, <em><strong>Le Sceptre et la Vertu : l&rsquo;imp\u00e9ratif \u00e9thique sous le r\u00e8gne de Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong><\/em>, s&rsquo;inscrit dans la continuit\u00e9 d&rsquo;un projet intellectuel de longue haleine, entam\u00e9 en 2023 avec <em>Le Commandeur des Croyants : visions \u00e9clair\u00e9es et perspectives prometteuses<\/em> et poursuivi en 2026 avec <em>La Commanderie des Croyants : singularit\u00e9 marocaine<\/em>. <em>Le Sceptre et la Vertu<\/em> referme ce triptyque en proposant une synth\u00e8se ambitieuse : lire l&rsquo;ensemble de l&rsquo;action royale \u2014 discours, comportement personnel, gestion des crises, diplomatie \u2014 \u00e0 travers le prisme unificateur de l&rsquo;\u00e9thique. Le pari est risqu\u00e9, tant la notion d&rsquo;\u00e9thique en politique se pr\u00eate \u00e0 l&rsquo;incantation ; il est pourtant globalement tenu, gr\u00e2ce \u00e0 une architecture argumentative rigoureuse et \u00e0 une \u00e9rudition qui convoque aussi bien la th\u00e9ologie politique islamique que le droit constitutionnel compar\u00e9 et l&rsquo;actualit\u00e9 diplomatique la plus r\u00e9cente. L&rsquo;avant-propos, o\u00f9 l&rsquo;auteur retrace son propre cheminement de chercheur engag\u00e9 dans la promotion d&rsquo;une litt\u00e9rature monarchique renouvel\u00e9e, donne d&#8217;embl\u00e9e le ton d&rsquo;un ouvrage qui se veut \u00e0 la fois savant et r\u00e9solument tourn\u00e9 vers la mise en valeur du mod\u00e8le institutionnel marocain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ouvrage se d\u00e9ploie en huit chapitres organis\u00e9s selon une progression convaincante : du discours (chap. I) au comportement personnel (chap. II), des sources scripturaires de la Commanderie des Croyants (chap. III) \u00e0 l&rsquo;acte fondateur de l&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation (chap. IV), puis du \u00ab pragmatisme humaniste \u00bb d\u00e9ploy\u00e9 dans les politiques publiques et la diplomatie humanitaire (chap. V) \u00e0 la gr\u00e2ce royale (chap. VI), enfin de la doctrine alg\u00e9rienne de la \u00ab main tendue \u00bb (chap. VII) au dossier saharien envisag\u00e9 sous l&rsquo;angle de la sollicitude envers les populations de Tindouf (chap. VIII). Cette mont\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 \u2014 de la parole \u00e0 l&rsquo;acte, de l&rsquo;int\u00e9rieur vers l&rsquo;international \u2014 donne au propos une coh\u00e9rence rare dans un genre o\u00f9 l&rsquo;accumulation d&rsquo;exemples tend souvent \u00e0 l&#8217;emporter sur la d\u00e9monstration d&rsquo;ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chapitre I est sans doute le plus solide sur le plan doctrinal. Jelmad y d\u00e9montre, exemples textuels \u00e0 l&rsquo;appui, que le triple r\u00e9f\u00e9rentiel islamique, universaliste et patriotique mobilis\u00e9 dans le discours royal ne rel\u00e8ve pas de la simple rh\u00e9torique mais d&rsquo;une fonction d&rsquo;arbitrage entre courants conservateurs et progressistes de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine \u2014 une lecture qui rejoint les analyses consacr\u00e9es \u00e0 la fonction pacificatrice et unificatrice de l&rsquo;institution du Commandeur des Croyants dans la vie politique marocaine, dont l&rsquo;ancrage constitutionnel a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment retrac\u00e9 par la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e (El Ahmadi, s.d.). L&rsquo;auteur montre bien comment la mobilisation des Maqasid al-Shari&rsquo;a permet de l\u00e9gitimer, sans rupture per\u00e7ue, des r\u00e9formes aussi sensibles que le Code de la famille \u2014 une op\u00e9ration de synth\u00e8se entre modernit\u00e9 et tradition dont Waterbury (1975) avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, dans son \u00e9tude classique sur la monarchie marocaine et ses \u00e9lites, qu&rsquo;elle constituait l&rsquo;un des ressorts les plus anciens et les plus efficaces de la gouvernance ch\u00e9rifienne. La distinction, bien construite, entre fonction d&rsquo;arbitrage, fonction d&rsquo;exemplarit\u00e9 et fonction de r\u00e9silience nationale donne \u00e0 ce chapitre une clart\u00e9 analytique qui manque souvent aux travaux consacr\u00e9s au discours royal, trop souvent r\u00e9duits \u00e0 une paraphrase chronologique des allocutions du Tr\u00f4ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;auteur prend \u00e9galement soin de distinguer, au sein de ce chapitre inaugural, les trois fonctions sociologiques que remplit selon lui l&rsquo;\u00e9thique du discours royal : une fonction d&rsquo;arbitrage entre courants conservateurs et progressistes, qui d\u00e9samorce les clivages id\u00e9ologiques en enveloppant les r\u00e9formes modernisatrices dans un habillage religieux \u00e9clair\u00e9 ; une fonction d&rsquo;exemplarit\u00e9 et de reddition de comptes, qui introduit dans le champ administratif une exigence de corr\u00e9lation entre responsabilit\u00e9 et sanction ; et une fonction de r\u00e9silience nationale, activ\u00e9e lors des crises majeures \u2014 la pand\u00e9mie de Covid-19, le s\u00e9isme d&rsquo;Al Haouz \u2014 pour transformer une valeur morale, la solidarit\u00e9 (Tadamoun), en force de mobilisation concr\u00e8te. Cette typologie tripartite, sobrement expos\u00e9e, \u00e9vite l&rsquo;\u00e9cueil de la simple \u00e9num\u00e9ration th\u00e9matique et donne au chapitre une v\u00e9ritable port\u00e9e heuristique, transposable \u00e0 d&rsquo;autres monarchies ex\u00e9cutives o\u00f9 le discours du souverain joue un r\u00f4le de r\u00e9gulation sociale comparable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chapitre II, consacr\u00e9 \u00e0 l&#8217;empreinte humaine du Souverain, gagne en vivacit\u00e9 ce qu&rsquo;il perd, n\u00e9cessairement, en distance analytique. Jelmad y restitue avec sensibilit\u00e9 l&rsquo;\u00e9thique de la proximit\u00e9 \u2014 la simplicit\u00e9 des rencontres, l&rsquo;attention port\u00e9e aux plus vuln\u00e9rables, l&rsquo;attention aux orphelinats et aux quartiers informels \u2014, l&rsquo;\u00e9thique de la sollicitude face aux drames (Casablanca 2003, Al Hoceima 2004, Marrakech 2011, Al Haouz 2023) et l&rsquo;\u00e9thique de la fid\u00e9lit\u00e9 envers les serviteurs de l&rsquo;\u00c9tat et les figures de la vie culturelle. Le passage consacr\u00e9 aux causeries religieuses du Ramadan (Ad-Dourous Al-Hassania) et \u00e0 l&rsquo;attitude d&rsquo;\u00e9coute que le Souverain y adopte face aux savants venus du monde entier, de m\u00eame que les pages consacr\u00e9es \u00e0 la r\u00e9habilitation du patrimoine jud\u00e9o-marocain, illustrent bien cette \u00ab \u00e9thique v\u00e9cue \u00bb que l&rsquo;auteur entend documenter. Cette galerie de portraits situationnels, qui s&rsquo;appuie sur une connaissance fine du protocole royal et de son \u00e9volution depuis 1999, constitue une contribution utile \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude, encore peu d\u00e9velopp\u00e9e dans la litt\u00e9rature francophone, du style de gouvernance personnel comme variable politique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les chapitres III et IV forment le c\u0153ur doctrinal de l&rsquo;ouvrage. Le premier retrace, de fa\u00e7on pr\u00e9cise et bien inform\u00e9e, l&rsquo;ensemble de l&rsquo;appareil institutionnel d\u00e9ploy\u00e9 pour la pr\u00e9servation du Coran et de la Sunna \u2014 la Fondation Mohammed VI pour l&rsquo;\u00e9dition du Saint Coran, la radio-t\u00e9l\u00e9vision Assadissa, la plateforme num\u00e9rique \u00ab Hadith Mohammed VI \u00bb, le Prix Mohammed VI de m\u00e9morisation et la Fondation Mohammed VI des Oul\u00e9mas Africains, qui r\u00e9unit aujourd&rsquo;hui les savants musulmans de pr\u00e8s de cinquante pays africains autour d&rsquo;une lecture partag\u00e9e des textes fondateurs \u2014, en le rattachant \u00e0 l&rsquo;exigence de lutte contre l&rsquo;instrumentalisation religieuse et l&rsquo;extr\u00e9misme. Le second consacre \u00e0 l&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation (IER) un traitement \u00e0 la fois inform\u00e9 et g\u00e9n\u00e9reux : Jelmad y souligne \u00e0 juste titre le caract\u00e8re pr\u00e9curseur de cette exp\u00e9rience, unique dans le monde arabe en ce qu&rsquo;elle ne proc\u00e8de pas d&rsquo;un changement de r\u00e9gime, une observation que confirme la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 la circulation internationale des mod\u00e8les de justice transitionnelle (Vairel, 2006 ; Laouina, 2016). L&rsquo;auteur insiste avec raison sur la port\u00e9e symbolique consid\u00e9rable des auditions publiques retransmises en direct en d\u00e9cembre 2004 et janvier 2005, moment que Slyomovics (2008) a \u00e9galement document\u00e9 comme un tournant dans le rapport de l&rsquo;\u00c9tat marocain \u00e0 la m\u00e9moire des \u00ab ann\u00e9es de plomb \u00bb et \u00e0 la centralit\u00e9 de la parole des victimes. En reliant l&rsquo;IER \u00e0 la \u00ab garantie de non-r\u00e9p\u00e9tition \u00bb constitutionnalis\u00e9e en 2011, l&rsquo;auteur inscrit judicieusement l&rsquo;Instance dans une continuit\u00e9 r\u00e9formatrice plus large \u2014 une continuit\u00e9 que reconna\u00eet \u00e9galement Benwakrim (2006) lorsqu&rsquo;elle observe que l&rsquo;exp\u00e9rience marocaine ne s&rsquo;est pas limit\u00e9e \u00e0 \u00ab r\u00e9gler les comptes du pass\u00e9 \u00bb mais a cherch\u00e9, au-del\u00e0 des indemnisations individuelles, \u00e0 inscrire cette m\u00e9moire douloureuse dans la construction d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de droit et dans des programmes de r\u00e9paration communautaire au b\u00e9n\u00e9fice de r\u00e9gions enti\u00e8res comme le Rif ou Figuig.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chapitre V, le plus \u00e9toff\u00e9 du livre, illustre le mieux la m\u00e9thode de l&rsquo;auteur : partir des principes pour redescendre vers l&rsquo;inventaire pr\u00e9cis des politiques publiques. La discussion de la g\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;Assurance Maladie Obligatoire, de l&rsquo;extension \u00ab AMO-Tadamon \u00bb, de l&rsquo;Initiative Nationale pour le D\u00e9veloppement Humain et de la refonte de la carte sanitaire r\u00e9gionale donne chair \u00e0 la notion, un peu abstraite ailleurs dans le livre, d&rsquo;\u00ab \u00c9tat social \u00bb. Le m\u00eame souci du d\u00e9tail se retrouve dans le traitement de la diplomatie humanitaire \u2014 h\u00f4pitaux de campagne des Forces Arm\u00e9es Royales d\u00e9ploy\u00e9s de Zaatari \u00e0 Beyrouth, aide \u00e0 la Palestine via l&rsquo;Agence Bayt Mal Al-Qods, don de fertilisants africains via le groupe OCP, ponts a\u00e9riens m\u00e9dicaux lors de la pand\u00e9mie de Covid-19 \u2014 qui donne \u00e0 voir une politique \u00e9trang\u00e8re effectivement construite autour d&rsquo;un principe de solidarit\u00e9 agissante plut\u00f4t que de simple influence g\u00e9opolitique. Le sous-chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la justice climatique, qui relie l&rsquo;investissement dans le complexe solaire Noor de Ouarzazate au plaidoyer port\u00e9 lors de la COP22 de Marrakech, m\u00e9rite \u00e9galement d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9 pour sa capacit\u00e9 \u00e0 articuler exemplarit\u00e9 interne et posture internationale. Enfin, la page consacr\u00e9e \u00e0 la contribution marocaine \u00e0 la reconstruction de Notre-Dame de Paris, mise en regard de la restauration de la mosqu\u00e9e Al-Aqsa et de la visite du pape Fran\u00e7ois en 2019, est particuli\u00e8rement r\u00e9ussie : elle illustre avec finesse comment la fonction de Commandeur des Croyants peut se d\u00e9ployer au service d&rsquo;un dialogue interreligieux qui d\u00e9passe le seul champ musulman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chapitre VI, consacr\u00e9 \u00e0 la gr\u00e2ce royale, propose sans doute l&rsquo;analyse la plus originale du livre. En articulant la cl\u00e9mence (Ar-Rahma) et la rigueur l\u00e9gale (Al-Adl) sur le fondement de l&rsquo;article 58 de la Constitution, puis en distinguant, \u00e0 travers l&rsquo;examen des vagues successives de gr\u00e2ces accord\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion des f\u00eates religieuses et nationales, une \u00e9thique de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 (femmes, mineurs, d\u00e9tenus malades), une \u00e9thique de la seconde chance (d\u00e9tenus m\u00e9ritants engag\u00e9s dans les programmes de la DGAPR) et une \u00e9thique de l&rsquo;apaisement politique, Jelmad propose une typologie fine qui pourrait utilement nourrir des travaux comparatifs sur le droit de gr\u00e2ce dans les monarchies constitutionnelles contemporaines \u2014 un champ encore peu explor\u00e9 en dehors des \u00e9tudes strictement juridiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un mot doit \u00e9galement \u00eatre dit de l&rsquo;appareil de sourcing, qui triangule habilement trois registres documentaires : les recueils officiels de discours et messages royaux, la Constitution de 2011 et les textes r\u00e9glementaires aff\u00e9rents, et une s\u00e9lection de travaux acad\u00e9miques et de policy briefs consacr\u00e9s \u00e0 la diplomatie migratoire, \u00e0 la coop\u00e9ration africaine ou \u00e0 la justice sociale marocaine \u2014 parmi lesquels les analyses de Ja\u00efdi (2025) sur le renouvellement de l&rsquo;\u00c9tat social ou de Dzaguiss (2024) sur le nouveau paradigme de la coop\u00e9ration marocaine en Afrique. Cette triangulation conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ensemble une assise documentaire sup\u00e9rieure \u00e0 celle de nombreux essais du m\u00eame genre, qui se limitent trop souvent \u00e0 la seule paraphrase du discours officiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux derniers chapitres, consacr\u00e9s respectivement \u00e0 la doctrine marocaine envers l&rsquo;Alg\u00e9rie et au dossier des populations retenues dans les camps de Tindouf, b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une actualit\u00e9 particuli\u00e8rement favorable qui rehausse sensiblement l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;ouvrage. La \u00ab doctrine de la main tendue \u00bb que d\u00e9crit l&rsquo;auteur \u2014 refus constant de l&rsquo;invective, rappel r\u00e9it\u00e9r\u00e9 de la fraternit\u00e9 historique entre les deux peuples, offre d&rsquo;assistance a\u00e9rienne lors des gigantesques incendies qui ont ravag\u00e9 la Kabylie en ao\u00fbt 2021, appel au dialogue direct formul\u00e9 lors du discours de la Marche Verte de 2018 et r\u00e9it\u00e9r\u00e9 lors du discours du Tr\u00f4ne de juillet 2022 \u2014 trouve une r\u00e9sonance imm\u00e9diate dans les d\u00e9veloppements diplomatiques les plus r\u00e9cents : l&rsquo;adoption, en octobre 2025, de la r\u00e9solution 2797 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies, qui consacre l&rsquo;Initiative marocaine d&rsquo;autonomie comme base s\u00e9rieuse et cr\u00e9dible du r\u00e8glement politique du diff\u00e9rend r\u00e9gional, confirme la justesse de la lecture que propose Jelmad de l&rsquo;Initiative de 2007 comme solution de dignit\u00e9 plut\u00f4t que comme simple position de n\u00e9gociation (Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies, 2025). De m\u00eame, l&rsquo;insistance de l&rsquo;auteur sur le d\u00e9veloppement des provinces du Sud comme \u00ab \u00e9thique de la preuve \u00bb s&rsquo;articule avec bonheur avec la sophistication institutionnelle qu&rsquo;a prise le plan d&rsquo;autonomie dans sa version actualis\u00e9e, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Madrid en f\u00e9vrier 2026 par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Nasser Bourita et d\u00e9sormais structur\u00e9e comme un v\u00e9ritable statut organique de type comparable aux r\u00e9gimes d&rsquo;autonomie europ\u00e9ens. Cette conjonction entre l&rsquo;analyse de l&rsquo;auteur et l&rsquo;actualit\u00e9 la plus r\u00e9cente conf\u00e8re au livre une pertinence imm\u00e9diate qui d\u00e9passera sans doute la dur\u00e9e de vie habituelle de ce type d&rsquo;ouvrage, et fait du chapitre VIII l&rsquo;un des plus utiles pour le lecteur soucieux de comprendre la coh\u00e9rence de longue dur\u00e9e de la doctrine marocaine sur la question saharienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan de l&rsquo;\u00e9criture, l&rsquo;essai se distingue par une prose dense, une grande ma\u00eetrise du lexique technique de la science politique et du droit constitutionnel marocain, et un usage judicieux des sous-titres th\u00e9matiques qui balisent efficacement chaque chapitre. Le choix de multiplier les rubriques \u2014 \u00ab l&rsquo;\u00e9thique de la proximit\u00e9 \u00bb, \u00ab l&rsquo;\u00e9thique de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00bb, \u00ab l&rsquo;\u00e9thique de la fraternit\u00e9 historique \u00bb \u2014 donne au texte une architecture presque taxonomique qui, loin d&rsquo;appauvrir l&rsquo;argumentation, en facilite au contraire la lecture et la citation ult\u00e9rieure : c&rsquo;est l\u00e0 une qualit\u00e9 appr\u00e9ciable pour un ouvrage appel\u00e9 \u00e0 devenir un instrument de consultation autant qu&rsquo;un texte \u00e0 lire de bout en bout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut enfin saluer la franchise de l&rsquo;avant-propos, o\u00f9 l&rsquo;auteur assume pleinement le projet d&rsquo;une \u00ab litt\u00e9rature monarchique renouvel\u00e9e \u00bb, con\u00e7ue comme r\u00e9ponse scientifique et citoyenne \u00e0 une production jug\u00e9e par lui trop souvent unilat\u00e9rale. Ce parti pris assum\u00e9 situe clairement l&rsquo;ouvrage dans une tradition de litt\u00e9rature institutionnelle engag\u00e9e, aux c\u00f4t\u00e9s \u2014 en contrepoint plut\u00f4t qu&rsquo;en opposition frontale \u2014 de travaux plus contrast\u00e9s sur la d\u00e9cennie du r\u00e8gne, comme celui de Vermeren (2009) sur la \u00ab transition inachev\u00e9e \u00bb du Maroc contemporain. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;historiographie critique insiste sur les pesanteurs du syst\u00e8me makhz\u00e9nien et les h\u00e9ritages non r\u00e9solus de la p\u00e9riode Hassan II, l&rsquo;auteur choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de mettre en lumi\u00e8re la coh\u00e9rence normative et la dimension humaine du pouvoir royal. Le lecteur avis\u00e9 appr\u00e9ciera de pouvoir mettre ces deux focales en dialogue plut\u00f4t que de chercher dans l&rsquo;une la r\u00e9futation de l&rsquo;autre : c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette mise en regard que r\u00e9side l&rsquo;utilit\u00e9 scientifique du genre que Jelmad contribue \u00e0 renouveler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au total, <em>Le Sceptre et la Vertu<\/em> constitue un apport substantiel et bienvenu \u00e0 la litt\u00e9rature consacr\u00e9e \u00e0 la monarchie marocaine contemporaine. Sa force principale tient \u00e0 la coh\u00e9rence de son fil directeur \u2014 l&rsquo;\u00e9thique comme cl\u00e9 de vo\u00fbte discursive, comportementale, institutionnelle et diplomatique \u2014 et \u00e0 la richesse documentaire mobilis\u00e9e pour l&rsquo;\u00e9tayer, du texte constitutionnel aux initiatives les plus r\u00e9centes de la diplomatie royale sur le dossier saharien. L&rsquo;ouvrage rendra service aussi bien aux chercheurs en science politique int\u00e9ress\u00e9s par les monarchies ex\u00e9cutives contemporaines et par la th\u00e9orie de la l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse du pouvoir, qu&rsquo;aux praticiens, diplomates et \u00e9tudiants en qu\u00eate d&rsquo;une synth\u00e8se actualis\u00e9e et bien document\u00e9e de la doctrine royale marocaine. Il compl\u00e8te utilement le triptyque engag\u00e9 par l&rsquo;auteur depuis 2023 et confirme Mohammed Jelmad comme l&rsquo;une des voix les plus syst\u00e9matiques de ce courant contemporain de la litt\u00e9rature monarchique marocaine. On regrettera seulement que l&rsquo;ampleur du mat\u00e9riau rassembl\u00e9 \u2014 huit chapitres, pr\u00e8s d&rsquo;une trentaine de rubriques th\u00e9matiques \u2014 n&rsquo;ait pas donn\u00e9 lieu \u00e0 un index ou \u00e0 une table analytique susceptible d&rsquo;en faciliter la consultation ponctuelle ; il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un simple souhait \u00e9ditorial, qui n&rsquo;entame en rien la valeur de fond d&rsquo;un ouvrage dont la coh\u00e9rence d&rsquo;ensemble et la richesse documentaire m\u00e9ritent une large diffusion aupr\u00e8s du public acad\u00e9mique comme du grand public \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Benwakrim, N. (2006). L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation au Maroc. <em>Recherches Internationales<\/em>, (77), 81\u201385.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies. (2025). <em>R\u00e9solution 2797 (2025) sur le Sahara occidental<\/em>. Organisation des Nations Unies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dzaguiss, A. (2024). La g\u00e9opolitique marocaine en Afrique : un nouveau paradigme de coop\u00e9ration. <em>Revue Josooor de Droit public et de Sciences Politiques<\/em>, 1\u201322.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">El Ahmadi, M. (s.d.). Monarchie et gestion s\u00e9curitaire de l&rsquo;islam : le Maroc apr\u00e8s le Printemps arabe. IEMed.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ja\u00efdi, L. (2025). La justice sociale en question : politiques publiques, \u00e9galit\u00e9 et renouvellement de l&rsquo;\u00c9tat social au Maroc. <em>Policy Brief<\/em>, Policy Center for the New South, (12\/25).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jelmad, M. (2026). <em>Le Sceptre et la Vertu : l&rsquo;imp\u00e9ratif \u00e9thique sous le r\u00e8gne de Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/em> [Manuscrit in\u00e9dit].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Laouina, M. (2016). L&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation : une justice transitionnelle sans transition ? In \u00c9. Gobe (\u00c9d.), <em>Des justices en transition dans le monde arabe ? Contributions \u00e0 une r\u00e9flexion sur les rapports entre justice et politique<\/em>. Institut de recherches et d&rsquo;\u00e9tudes sur le monde arabe et musulman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Slyomovics, S. (2008). T\u00e9moignages, \u00e9crits et silences : l&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation (IER) marocaine et la r\u00e9paration. <em>L&rsquo;Ann\u00e9e du Maghreb<\/em>, (IV), 123\u2013148.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vairel, F. (2006). L&rsquo;Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation au Maroc : lexique international de la r\u00e9conciliation et situation autoritaire. <em>Politique africaine<\/em>, (96).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vermeren, P. (2009). <em>Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachev\u00e9e<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Waterbury, J. (1975). <em>Le Commandeur des croyants : la monarchie marocaine et son \u00e9lite<\/em> (C. Aubin, Trad.). Presses Universitaires de France. (Ouvrage original publi\u00e9 en 1970).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sceptre et la Vertu constitue un apport substantiel et bienvenu \u00e0 la litt\u00e9rature consacr\u00e9e \u00e0 la monarchie marocaine contemporaine. 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