{"id":7746,"date":"2026-08-20T16:44:13","date_gmt":"2026-08-20T15:44:13","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=7746"},"modified":"2026-08-20T16:44:14","modified_gmt":"2026-08-20T15:44:14","slug":"la-commanderie-des-croyants-au-maroc-spiritualite-histoire-stabilite-et-continuite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/la-commanderie-des-croyants-au-maroc-spiritualite-histoire-stabilite-et-continuite\/","title":{"rendered":"La Commanderie des croyants au Maroc : spiritualit\u00e9, histoire, stabilit\u00e9 et continuit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Commanderie des croyants  appara\u00eet moins comme une survivance du pass\u00e9 que comme une <strong>institution historique continuellement r\u00e9invent\u00e9e par le pr\u00e9sent<\/strong>. Elle constitue l\u2019un des principaux points de jonction entre la profondeur spirituelle du Maroc, son histoire politique, sa stabilit\u00e9 institutionnelle et sa capacit\u00e9 d\u2019adaptation.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"width:284px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Commanderie des croyants (<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em>) constitue l\u2019une des cl\u00e9s de lecture les plus importantes de la singularit\u00e9 historique et institutionnelle du syst\u00e8me politique marocain. Loin de repr\u00e9senter un simple titre honorifique ou une survivance symbolique d\u2019un ordre politique ancien, elle constitue une institution au croisement du religieux, du politique, du constitutionnel et du social. Sa compr\u00e9hension permet d\u2019\u00e9clairer la nature de la monarchie marocaine, la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, la gestion institutionnelle du religieux, la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 royale et, plus largement, la r\u00e9silience du syst\u00e8me politique face aux transformations sociales et aux crises r\u00e9gionales. La Constitution de 2011 est particuli\u00e8rement explicite \u00e0 cet \u00e9gard : son article 41 consacre le Roi comme <em>Amir Al Mouminine<\/em>, garant du respect de l\u2019islam et du libre exercice des cultes, et lui reconna\u00eet des pr\u00e9rogatives religieuses exclusives ; son article 42 le d\u00e9finit simultan\u00e9ment comme Chef de l\u2019\u00c9tat, symbole de l\u2019unit\u00e9 de la Nation, garant de la p\u00e9rennit\u00e9 et de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et arbitre supr\u00eame entre ses institutions (Royaume du Maroc, 2011). Cette articulation constitutionnelle est fondamentale : elle montre que l\u2019autorit\u00e9 religieuse du souverain n\u2019est pas ext\u00e9rieure \u00e0 l\u2019\u00c9tat moderne marocain, mais qu\u2019elle est juridiquement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 son architecture institutionnelle. Le Maroc appara\u00eet ainsi comme un syst\u00e8me dans lequel la l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique poss\u00e8de plusieurs dimensions compl\u00e9mentaires \u2014 historique, dynastique, ch\u00e9rifienne, religieuse, constitutionnelle et politique \u2014 qui se renforcent mutuellement. Comme je l\u2019ai soulign\u00e9 dans mon analyse du processus politique marocain, la monarchie demeure le centre de gravit\u00e9 du syst\u00e8me tout en permettant l\u2019existence d\u2019institutions repr\u00e9sentatives, de partis politiques, d\u2019\u00e9lections et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile active ; il s\u2019agit donc moins d\u2019une absence de d\u00e9mocratisation que d\u2019un processus de d\u00e9mocratisation graduelle inscrit dans une architecture o\u00f9 la monarchie conserve une centralit\u00e9 structurelle (Chtatou, 2026).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une institution enracin\u00e9e dans l\u2019histoire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> doit d\u2019abord \u00eatre replac\u00e9e dans la longue dur\u00e9e de l\u2019histoire politique islamique et marocaine. Le titre d\u2019<em>Am\u012br al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> renvoie historiquement \u00e0 la fonction de direction, de protection et d\u2019unification de la communaut\u00e9 musulmane. Au Maroc, cependant, cette fonction s\u2019est progressivement combin\u00e9e avec la l\u00e9gitimit\u00e9 ch\u00e9rifienne, la <em>bay\u02bfa<\/em>, la protection de la religion, la d\u00e9fense du territoire et la capacit\u00e9 du souverain \u00e0 assurer l\u2019ordre politique. La monarchie alaouite s\u2019est ainsi inscrite dans une tradition politique dans laquelle l\u2019autorit\u00e9 du souverain n\u2019est jamais exclusivement administrative. Elle est \u00e9galement symbolique et religieuse. La <em>bay\u02bfa<\/em> constitue \u00e0 cet \u00e9gard une institution historique particuli\u00e8rement importante : elle \u00e9tablit une relation de reconnaissance r\u00e9ciproque entre le souverain et la communaut\u00e9, le premier assumant des responsabilit\u00e9s de protection et de gouvernement, la seconde reconnaissant son autorit\u00e9. Cette conception contribue \u00e0 expliquer pourquoi la l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique marocaine ne peut \u00eatre r\u00e9duite aux cat\u00e9gories modernes de succession dynastique ou d\u2019\u00e9lection. Elle repose sur une accumulation historique de l\u00e9gitimit\u00e9s. Waterbury (1970), dans son \u00e9tude classique du syst\u00e8me politique marocain, avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que la compr\u00e9hension du pouvoir au Maroc exigeait de d\u00e9passer les seules institutions formelles pour analyser les relations entre monarchie, \u00e9lites, r\u00e9seaux sociaux et structures du <em>Makhzen<\/em>. Cette observation demeure pertinente aujourd\u2019hui : la Commanderie des croyants ne constitue pas un \u00e9l\u00e9ment isol\u00e9 du syst\u00e8me, mais l\u2019expression la plus \u00e9lev\u00e9e d\u2019une architecture politique dans laquelle l\u2019autorit\u00e9 monarchique poss\u00e8de simultan\u00e9ment une dimension institutionnelle, historique et symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dimension ch\u00e9rifienne de la monarchie participe de cette construction, sans toutefois pouvoir \u00e0 elle seule expliquer la p\u00e9rennit\u00e9 du syst\u00e8me. La descendance proph\u00e9tique revendiqu\u00e9e par la dynastie alaouite contribue \u00e0 une forme particuli\u00e8re de l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse, mais celle-ci doit \u00eatre constamment actualis\u00e9e par l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9, la protection de la communaut\u00e9 et la capacit\u00e9 \u00e0 maintenir la coh\u00e9sion politique. C\u2019est pourquoi la notion de sacralit\u00e9 de la monarchie doit \u00eatre mani\u00e9e avec pr\u00e9cision. Elle ne signifie \u00e9videmment pas que le souverain poss\u00e8de une nature divine ou proph\u00e9tique ; elle d\u00e9signe plut\u00f4t la sacralisation historique d\u2019une fonction politique et religieuse. La Constitution de 2011 a d\u2019ailleurs contribu\u00e9 \u00e0 juridiciser cette fonction en distinguant clairement les pr\u00e9rogatives religieuses inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> des autres attributions du Roi. La modernisation constitutionnelle n\u2019a donc pas supprim\u00e9 la dimension religieuse de la monarchie ; elle l\u2019a int\u00e9gr\u00e9e dans un cadre juridique contemporain.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Commanderie des croyants et sp\u00e9cificit\u00e9 du mod\u00e8le marocain<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette caract\u00e9ristique permet de comprendre pourquoi le Maroc ne peut \u00eatre correctement d\u00e9crit comme une th\u00e9ocratie. Le syst\u00e8me marocain ne repose pas sur le gouvernement direct d\u2019un clerg\u00e9 ni sur la domination d\u2019une caste religieuse. Le Roi exerce la fonction d\u2019<em>Am\u012br al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em>, tandis que les <em>\u02bfulam\u0101\u02be<\/em> disposent d\u2019une fonction doctrinale et consultative institutionnalis\u00e9e. L\u2019article 41 de la Constitution confie au Conseil sup\u00e9rieur des oul\u00e9mas une comp\u00e9tence particuli\u00e8re en mati\u00e8re de consultations religieuses et \u00e9tablit parall\u00e8lement l\u2019exercice exclusif par le Roi des pr\u00e9rogatives religieuses inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> (Royaume du Maroc, 2011). Cette organisation peut donc \u00eatre d\u00e9crite comme une <strong>institutionnalisation monarchique du religieux<\/strong> plut\u00f4t que comme une th\u00e9ocratie. Le choix marocain consiste \u00e0 centraliser l\u2019autorit\u00e9 religieuse supr\u00eame dans une institution monarchique constitutionnellement reconnue, tout en maintenant un corps d\u2019\u00e9rudits religieux charg\u00e9 de contribuer \u00e0 la production doctrinale. Cette centralisation r\u00e9pond \u00e0 une logique politique claire : \u00e9viter la fragmentation de l\u2019autorit\u00e9 religieuse et emp\u00eacher qu\u2019un acteur partisan puisse pr\u00e9tendre monopoliser la repr\u00e9sentation de l\u2019islam. Dans un contexte r\u00e9gional marqu\u00e9 par la mont\u00e9e de mouvements islamistes et par la concurrence entre diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations de la religion, cette caract\u00e9ristique poss\u00e8de une port\u00e9e consid\u00e9rable. Le parti politique peut se r\u00e9clamer de valeurs islamiques, mais il ne peut constitutionnellement revendiquer la position d\u2019autorit\u00e9 religieuse supr\u00eame, celle-ci \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 institutionnellement attach\u00e9e \u00e0 la monarchie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette sp\u00e9cificit\u00e9 constitue l\u2019une des raisons pour lesquelles la Commanderie des croyants joue un r\u00f4le important dans la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me. Elle cr\u00e9e une s\u00e9paration fonctionnelle entre comp\u00e9tition politique et autorit\u00e9 religieuse. Les partis peuvent se concurrencer sur les politiques publiques, l\u2019\u00e9conomie, les questions sociales ou les orientations gouvernementales, mais la l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse fondamentale de l\u2019\u00c9tat demeure attach\u00e9e \u00e0 la monarchie. Cette configuration limite la possibilit\u00e9 d\u2019une instrumentalisation partisane du religieux et contribue \u00e0 la construction d\u2019un islam institutionnel marocain. Elle a acquis une importance particuli\u00e8re apr\u00e8s les attentats de Casablanca de 2003, lorsque le Royaume a renforc\u00e9 la structuration du champ religieux, la formation des imams et la supervision institutionnelle des discours religieux. La Commanderie des croyants est ainsi devenue simultan\u00e9ment une <strong>source de l\u00e9gitimit\u00e9<\/strong>, une <strong>institution de gouvernance religieuse<\/strong> et un <strong>m\u00e9canisme de pr\u00e9vention de la radicalisation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Monarchie, r\u00e9forme et continuit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La force de l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> r\u00e9side \u00e9galement dans sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire dans le processus de r\u00e9forme sans perdre sa substance historique. Le r\u00e8gne de Mohammed VI illustre particuli\u00e8rement cette dynamique. Les transformations engag\u00e9es depuis 1999 ont touch\u00e9 les droits des femmes, la r\u00e9forme du Code de la famille, la reconnaissance de l\u2019identit\u00e9 amazighe, les droits humains, la soci\u00e9t\u00e9 civile, la gouvernance et les institutions politiques. J\u2019ai montr\u00e9 dans mon analyse des r\u00e9formes sous Mohammed VI que ces changements traduisent une volont\u00e9 de modernisation progressive qui ne remet pas en cause la centralit\u00e9 de la monarchie, mais cherche plut\u00f4t \u00e0 l\u2019adapter aux nouvelles exigences sociales et institutionnelles (Chtatou, 2017). Cette capacit\u00e9 d\u2019adaptation constitue pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019une des caract\u00e9ristiques majeures du syst\u00e8me marocain : la r\u00e9forme ne proc\u00e8de g\u00e9n\u00e9ralement pas par rupture avec l\u2019institution monarchique, mais \u00e0 partir d\u2019elle. La monarchie agit comme un moteur du changement tout en demeurant le principal garant de la continuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le moment constitutionnel de 2011 illustre cette logique. Le Mouvement du 20 f\u00e9vrier, inscrit dans le contexte plus large des soul\u00e8vements arabes, a formul\u00e9 des revendications relatives \u00e0 la d\u00e9mocratie, \u00e0 la lutte contre la corruption, \u00e0 la responsabilit\u00e9 politique, \u00e0 la r\u00e9forme institutionnelle et \u00e0 la justice sociale. La r\u00e9ponse royale a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ouverture d&rsquo;un processus constitutionnel qui a abouti \u00e0 l&rsquo;adoption de la Constitution de 2011. Cette derni\u00e8re a renforc\u00e9 certains principes relatifs \u00e0 la s\u00e9paration et \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs, \u00e0 la d\u00e9mocratie participative, \u00e0 la bonne gouvernance et \u00e0 la responsabilit\u00e9, tout en maintenant les pr\u00e9rogatives fondamentales de la monarchie. J\u2019ai analys\u00e9 cette dynamique comme une forme de <strong>cooptation \u00e0 la marocaine<\/strong>, dans laquelle certaines demandes de r\u00e9forme sont int\u00e9gr\u00e9es au syst\u00e8me afin d\u2019absorber la contestation et d\u2019\u00e9viter qu\u2019elle ne se transforme en rupture institutionnelle (Chtatou, 2019). La cooptation ne doit cependant pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e exclusivement comme un m\u00e9canisme de contr\u00f4le ; elle peut aussi constituer un m\u00e9canisme d\u2019adaptation politique permettant \u00e0 un r\u00e9gime de r\u00e9pondre progressivement aux transformations de son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Commanderie des croyants joue ici un r\u00f4le central parce qu\u2019elle constitue une source de l\u00e9gitimit\u00e9 qui \u00e9chappe aux alternances partisanes. Les gouvernements changent, les majorit\u00e9s parlementaires \u00e9voluent, les mouvements sociaux apparaissent et disparaissent, mais l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> demeure un point fixe de l\u2019architecture politique. L\u2019article 42 de la Constitution \u00e9tablit explicitement le Roi comme garant de la p\u00e9rennit\u00e9 et de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et comme arbitre supr\u00eame entre ses institutions (Royaume du Maroc, 2011). Cette fonction d\u2019arbitrage est essentielle : elle situe la monarchie au-dessus de la comp\u00e9tition partisane et lui permet de se pr\u00e9senter comme l\u2019institution de la continuit\u00e9 nationale. Le syst\u00e8me politique marocain peut ainsi int\u00e9grer la comp\u00e9tition sans transformer celle-ci en comp\u00e9tition pour la nature m\u00eame du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Makhzen, les r\u00e9seaux et la r\u00e9alit\u00e9 informelle du pouvoir<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, une lecture exclusivement constitutionnelle resterait insuffisante. Le syst\u00e8me politique marocain fonctionne \u00e9galement \u00e0 travers des r\u00e9seaux sociaux, des relations personnelles, des m\u00e9canismes de patronage et des pratiques de cooptation. Le <em>Makhzen<\/em>, dans son acception contemporaine, d\u00e9signe moins un appareil administratif homog\u00e8ne qu\u2019un ensemble de structures formelles et informelles gravitant autour de la monarchie et participant \u00e0 la production et \u00e0 la reproduction de l\u2019autorit\u00e9. Cette dimension informelle est indispensable pour comprendre la r\u00e9silience du syst\u00e8me. Dans mon analyse du processus politique marocain, j\u2019ai insist\u00e9 sur la capacit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e0 recalibrer continuellement les relations entre monarchie, institutions \u00e9lues, partis politiques et soci\u00e9t\u00e9 civile (Chtatou, 2026). La stabilit\u00e9 marocaine ne repose donc pas uniquement sur la Constitution ; elle r\u00e9sulte \u00e9galement de la capacit\u00e9 du pouvoir \u00e0 n\u00e9gocier, int\u00e9grer, arbitrer et r\u00e9organiser les relations entre les diff\u00e9rents centres de pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question du client\u00e9lisme et du n\u00e9o-tribalisme permet d\u2019approfondir cette lecture. Le tribalisme n\u2019a pas disparu avec la construction de l\u2019\u00c9tat moderne ; il s\u2019est transform\u00e9 en r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, d\u2019interconnaissance et d\u2019all\u00e9geance qui peuvent influencer les pratiques politiques contemporaines (Chtatou, 2021). Dans mon \u00e9tude consacr\u00e9e au client\u00e9lisme dans le syst\u00e8me politique marocain, j\u2019ai montr\u00e9 comment le n\u00e9o-tribalisme peut favoriser des formes de <em>bak sahb\u00ee<\/em>, de favoritisme et de client\u00e9lisme, r\u00e9v\u00e9lant la persistance de logiques sociales informelles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019institutions modernes (Chtatou, 2025). Cette observation ne diminue pas l\u2019importance de la Commanderie des croyants ; elle permet au contraire de la replacer dans son environnement sociopolitique r\u00e9el. L\u2019autorit\u00e9 politique ne fonctionne jamais uniquement \u00e0 travers des textes juridiques : elle fonctionne \u00e9galement \u00e0 travers des relations sociales, des loyaut\u00e9s, des r\u00e9seaux et des repr\u00e9sentations collectives. La particularit\u00e9 du syst\u00e8me marocain r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette coexistence entre institutions modernes et structures historiques r\u00e9adapt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La Commanderie des croyants comme instrument de souverainet\u00e9 religieuse<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> doit \u00e9galement \u00eatre comprise comme une expression de la souverainet\u00e9 religieuse du Maroc. Dans un environnement r\u00e9gional marqu\u00e9 par la circulation transnationale des id\u00e9ologies, des pr\u00e9dicateurs et des mouvements religieux, la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 organiser son propre espace religieux repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment de souverainet\u00e9. Le Maroc a progressivement construit un mod\u00e8le religieux national fond\u00e9 notamment sur le rite malikite, la th\u00e9ologie acharite et une tradition soufie historiquement importante. Cette orientation vise \u00e0 promouvoir un islam institutionnel pr\u00e9sent\u00e9 comme mod\u00e9r\u00e9, tol\u00e9rant et compatible avec la coexistence sociale. La monarchie joue un r\u00f4le central dans cette construction parce que l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> fournit le cadre institutionnel \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel cette identit\u00e9 religieuse nationale peut \u00eatre d\u00e9finie et reproduite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette politique poss\u00e8de \u00e9galement une dimension internationale. La formation d\u2019imams africains, les relations avec les institutions religieuses d\u2019Afrique occidentale et la coop\u00e9ration religieuse transnationale ont progressivement transform\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rentiel religieux marocain en instrument de diplomatie. La Commanderie des croyants devient alors une ressource de <em>soft power<\/em>. Toutefois, la cr\u00e9dibilit\u00e9 internationale d\u2019un tel mod\u00e8le d\u00e9pend n\u00e9cessairement de sa coh\u00e9rence interne. La diplomatie religieuse ne peut \u00eatre durablement efficace que si l\u2019organisation nationale du religieux demeure capable de r\u00e9pondre aux attentes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 marocaine en transformation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Spiritualit\u00e9, stabilit\u00e9 et coh\u00e9sion nationale<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dimension spirituelle de l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> ne doit pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple instrument de pouvoir. Dans l\u2019histoire marocaine, la religion a constitu\u00e9 une composante essentielle de l\u2019identit\u00e9 collective et de la coh\u00e9sion sociale. La monarchie s\u2019est historiquement pr\u00e9sent\u00e9e comme protectrice de l\u2019islam et garante de la continuit\u00e9 religieuse de la communaut\u00e9. Cette fonction poss\u00e8de une dimension symbolique profonde : le souverain n\u2019est pas seulement l\u2019administrateur de l\u2019\u00c9tat, mais celui qui incarne une continuit\u00e9 historique et spirituelle reliant la communaut\u00e9 contemporaine \u00e0 son pass\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette dimension qui distingue la Commanderie des croyants d\u2019une simple fonction constitutionnelle. Elle poss\u00e8de une <strong>\u00e9paisseur m\u00e9morielle et spirituelle<\/strong> qui contribue \u00e0 sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La stabilit\u00e9 politique marocaine doit ainsi \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme le r\u00e9sultat de plusieurs facteurs convergents : continuit\u00e9 dynastique, l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse, centralit\u00e9 monarchique, capacit\u00e9 d\u2019arbitrage, r\u00e9formes graduelles, int\u00e9gration des \u00e9lites, institutions repr\u00e9sentatives et gestion des conflits sociaux. L\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments qui permettent \u00e0 ces dimensions de fonctionner ensemble. Elle assure une continuit\u00e9 symbolique lorsque les institutions politiques ordinaires sont soumises aux changements et aux alternances. Elle contribue \u00e9galement \u00e0 emp\u00eacher que les conflits politiques ordinaires ne deviennent des conflits portant sur la l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les tensions et les d\u00e9fis contemporains<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9silience de la Commanderie des croyants ne doit cependant pas conduire \u00e0 une vision statique ou apolog\u00e9tique de l\u2019institution. Toute l\u00e9gitimit\u00e9 historique doit \u00eatre continuellement renouvel\u00e9e. La soci\u00e9t\u00e9 marocaine contemporaine est plus urbanis\u00e9e, plus connect\u00e9e, plus jeune et davantage expos\u00e9e aux influences internationales que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations manifestent des attentes croissantes en mati\u00e8re de justice sociale, de transparence, d\u2019\u00e9galit\u00e9, d\u2019emploi, de responsabilit\u00e9 et de bonne gouvernance. La l\u00e9gitimit\u00e9 traditionnelle ne peut donc plus \u00eatre simplement pr\u00e9suppos\u00e9e ; elle doit \u00eatre constamment accompagn\u00e9e de performances institutionnelles cr\u00e9dibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ici que la question du client\u00e9lisme devient particuli\u00e8rement importante. La stabilit\u00e9 institutionnelle peut \u00eatre fragilis\u00e9e lorsque les citoyens per\u00e7oivent l\u2019\u00c9tat comme un espace de privil\u00e8ges, de favoritisme ou d\u2019acc\u00e8s in\u00e9gal aux ressources. Mon analyse du client\u00e9lisme et du n\u00e9o-tribalisme montre que les m\u00e9canismes informels peuvent cr\u00e9er un \u00e9cart entre les principes constitutionnels de responsabilit\u00e9 et de bonne gouvernance et les pratiques quotidiennes de certaines institutions (Chtatou, 2025). La consolidation de la l\u00e9gitimit\u00e9 monarchique exige donc non seulement la pr\u00e9servation de l\u2019autorit\u00e9 religieuse, mais \u00e9galement le renforcement de la responsabilit\u00e9, de la transparence et de l\u2019\u00c9tat de droit. L\u2019autorit\u00e9 religieuse ne saurait durablement compenser les d\u00e9ficiences de la gouvernance ; au contraire, sa cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u00e9pend de la capacit\u00e9 globale du syst\u00e8me \u00e0 produire justice, efficacit\u00e9 et coh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00eame exigence concerne la d\u00e9mocratisation. Le Maroc ne peut \u00eatre compris ni comme une d\u00e9mocratie pleinement consolid\u00e9e au sens classique, ni comme un syst\u00e8me enti\u00e8rement ferm\u00e9 aux institutions repr\u00e9sentatives. Il constitue plut\u00f4t un r\u00e9gime hybride dans lequel la monarchie conserve une centralit\u00e9 d\u00e9terminante tout en laissant progressivement davantage d\u2019espace aux institutions \u00e9lues et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cette d\u00e9mocratisation graduelle, que j\u2019ai analys\u00e9e comme une caract\u00e9ristique fondamentale du processus politique marocain, constitue l\u2019un des principaux d\u00e9fis de l\u2019avenir (Chtatou, 2026). La question essentielle n\u2019est donc pas de savoir si la monarchie doit dispara\u00eetre du centre du syst\u00e8me, mais comment elle peut continuer \u00e0 exercer sa fonction d\u2019arbitrage et de continuit\u00e9 tout en permettant aux institutions repr\u00e9sentatives de gagner en efficacit\u00e9, en responsabilit\u00e9 et en cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une institution de m\u00e9diation entre tradition et modernit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019originalit\u00e9 fondamentale de la Commanderie des croyants r\u00e9side finalement dans sa fonction de m\u00e9diation. Elle assure une m\u00e9diation entre religion et politique, entre tradition et modernit\u00e9, entre monarchie et soci\u00e9t\u00e9, entre continuit\u00e9 historique et r\u00e9forme institutionnelle, entre identit\u00e9 nationale et appartenance au monde musulman. Cette fonction explique largement sa r\u00e9silience. Une institution qui se serait content\u00e9e de reproduire le pass\u00e9 aurait progressivement perdu sa pertinence ; l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> a au contraire surv\u00e9cu parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 continuellement recontextualis\u00e9e et institutionnellement adapt\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette capacit\u00e9 de m\u00e9diation explique \u00e9galement pourquoi la monarchie marocaine a pu int\u00e9grer certaines demandes de r\u00e9forme sans abandonner ses fondements historiques. La r\u00e9forme du Code de la famille, la reconnaissance constitutionnelle de l\u2019amazighit\u00e9, les transformations du champ religieux, les r\u00e9formes administratives et les \u00e9volutions du syst\u00e8me politique ont \u00e9t\u00e9 introduites dans un cadre o\u00f9 la monarchie demeure l\u2019institution centrale. La logique n\u2019est donc pas celle d\u2019une opposition simple entre tradition et modernit\u00e9, mais celle d\u2019une <strong>modernisation \u00e0 partir de la tradition<\/strong>. L\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019un des m\u00e9canismes par lesquels cette synth\u00e8se est rendue possible.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Commanderie des croyants constitue l\u2019un des fondements historiques, religieux et institutionnels les plus importants du syst\u00e8me politique marocain. Son importance ne r\u00e9side pas uniquement dans son caract\u00e8re religieux, mais dans sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9unir plusieurs sources de l\u00e9gitimit\u00e9 et plusieurs fonctions politiques au sein d\u2019une m\u00eame institution. Elle est \u00e0 la fois h\u00e9ritage historique, fonction constitutionnelle, m\u00e9canisme de gouvernance religieuse, instrument de coh\u00e9sion nationale, facteur de stabilit\u00e9 et ressource de diplomatie internationale. Sa singularit\u00e9 r\u00e9side dans cette combinaison entre spiritualit\u00e9 et politique, tradition et modernit\u00e9, autorit\u00e9 et arbitrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse du syst\u00e8me politique marocain montre cependant que la Commanderie des croyants ne peut \u00eatre isol\u00e9e du fonctionnement plus g\u00e9n\u00e9ral de la monarchie. La l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse s\u2019ins\u00e8re dans une architecture comprenant la <em>bay\u02bfa<\/em>, la l\u00e9gitimit\u00e9 ch\u00e9rifienne, le <em>Makhzen<\/em>, les r\u00e9seaux d\u2019\u00e9lites, les institutions repr\u00e9sentatives, les partis politiques et les m\u00e9canismes de cooptation. Mes propres travaux sur les r\u00e9formes sous Mohammed VI, la responsabilit\u00e9 politique, la cooptation, le n\u00e9o-tribalisme, le client\u00e9lisme et le processus politique marocain convergent sur un point essentiel : la r\u00e9silience du syst\u00e8me tient \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 <strong>absorber le changement sans perdre sa continuit\u00e9 institutionnelle<\/strong> (Chtatou, 2017, 2019, 2021, 2023, 2025, 2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> constitue \u00e0 cet \u00e9gard un m\u00e9canisme central de cette r\u00e9silience. Elle fournit \u00e0 la monarchie une l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse que les institutions partisanes ne peuvent concurrencer directement ; elle prot\u00e8ge l\u2019espace religieux contre sa fragmentation politique ; elle contribue \u00e0 pr\u00e9server un r\u00e9f\u00e9rentiel islamique national ; et elle conf\u00e8re \u00e0 la monarchie une dimension de continuit\u00e9 qui d\u00e9passe les alternances gouvernementales. Elle ne signifie toutefois pas immobilit\u00e9. Sa p\u00e9rennit\u00e9 d\u00e9pend pr\u00e9cis\u00e9ment de sa capacit\u00e9 \u00e0 accompagner les transformations de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le v\u00e9ritable enjeu contemporain est donc de transformer la <strong>continuit\u00e9 en adaptation<\/strong>, la <strong>stabilit\u00e9 en bonne gouvernance<\/strong>, l\u2019<strong>autorit\u00e9 en responsabilit\u00e9<\/strong> et la <strong>tradition en ressource pour la r\u00e9forme<\/strong>. La Commanderie des croyants ne saurait durablement reposer uniquement sur la profondeur de son h\u00e9ritage historique ; elle doit continuer \u00e0 produire une l\u00e9gitimit\u00e9 compatible avec les exigences d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 moderne, jeune, connect\u00e9e et de plus en plus attentive \u00e0 la justice, \u00e0 la responsabilit\u00e9 et \u00e0 la participation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, l\u2019<em>Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn<\/em> appara\u00eet moins comme une survivance du pass\u00e9 que comme une <strong>institution historique continuellement r\u00e9invent\u00e9e par le pr\u00e9sent<\/strong>. Elle constitue l\u2019un des principaux points de jonction entre la profondeur spirituelle du Maroc, son histoire politique, sa stabilit\u00e9 institutionnelle et sa capacit\u00e9 d\u2019adaptation. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette articulation entre <strong>spiritualit\u00e9, l\u00e9gitimit\u00e9, stabilit\u00e9 et continuit\u00e9<\/strong> qui permet de comprendre pourquoi la Commanderie des croyants demeure, au XXIe si\u00e8cle, au c\u0153ur de la singularit\u00e9 du syst\u00e8me politique marocain.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2017, May 25). <em>Reforming Morocco under Mohammed VI<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2017, November 7). <em>Political accountability the Moroccan way<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2019, May 28). <em>Co-optation, the Moroccan way<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2021, July 9). <em>Tribalism and neo-tribalism in the Maghreb<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2023, May 27). <em>Morocco: Politics, culture, society, and economy<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2025, October 7). <em>Aspects of clientelism due to neo-tribalism in Moroccan political system: Preeminence of this state of affairs and current protests by GENZ212 group<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2026, May 27). <em>The political process in Morocco: Monarchy, reform, and incremental democracy<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hibou, B., &amp; Tozy, M. (2025). <em>Weaving political time in Morocco: The imaginary of the state in the neoliberal age<\/em>. Oxford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tozy, M. (1999). <em>Monarchie et islam politique au Maroc<\/em>. Presses de Sciences Po.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Waterbury, J. (1970). <em>The Commander of the Faithful: The Moroccan political elite\u2014A study in segmented politics<\/em>. Weidenfeld &amp; Nicolson.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Royaume du Maroc. (2011). <em>Constitution du Royaume du Maroc<\/em>. Royaume du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>Mohamed Chtatou, Professeur d\u2019universit\u00e9, consultant international en \u00e9ducation et analyste politique pour la r\u00e9gion MENA<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Commanderie des croyants appara\u00eet moins comme une survivance du pass\u00e9 que comme une institution historique continuellement r\u00e9invent\u00e9e par le pr\u00e9sent. Elle constitue l\u2019un des principaux points de jonction entre la profondeur spirituelle du Maroc, son histoire politique, sa stabilit\u00e9 institutionnelle et sa capacit\u00e9 d\u2019adaptation. Pr. Mohamed Chtatou Introduction La Commanderie des croyants (Im\u0101rat al-Mu\u02bemin\u012bn) &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7749,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15,35],"tags":[59],"class_list":["post-7746","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes","category-slider","tag-mohamed-chtatou"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cso.png?fit=718%2C324&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pfJc35-20W","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7746","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7746"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7746\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7750,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7746\/revisions\/7750"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7749"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7746"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7746"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7746"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}