{"id":8179,"date":"2026-10-14T12:18:41","date_gmt":"2026-10-14T11:18:41","guid":{"rendered":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/?p=8179"},"modified":"2026-10-14T12:18:42","modified_gmt":"2026-10-14T11:18:42","slug":"l-exception-marocaine-a-lepreuve-de-lassimilation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/l-exception-marocaine-a-lepreuve-de-lassimilation\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00ab\u00a0exception marocaine\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019assimilation\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet essai examine pourquoi le \u00ab\u00a0mod\u00e8le d\u2019exception marocaine\u00a0\u00bb suscite des campagnes politiques et m\u00e9diatiques r\u00e9currentes qui cherchent \u00e0 assimiler la gouvernance du Royaume \u00e0 celle d\u2019autres r\u00e9gimes r\u00e9gionaux en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9. Mobilisant la litt\u00e9rature sur la r\u00e9silience des monarchies arabes, l\u2019histoire longue de l\u2019\u00c9tat marocain, la Constitution de 2011 et des \u00e9pisodes r\u00e9cents (r\u00e9solution 2797 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, r\u00e9solution du Parlement europ\u00e9en de janvier 2023, mobilisation GenZ 212), il soutient que cette singularit\u00e9 d\u00e9range parce qu\u2019elle d\u00e9ment trois r\u00e9cits concurrents, celui de la fatalit\u00e9 autoritaire, celui de l\u2019alternative r\u00e9volutionnaire et celui de l\u2019islam politique transnational, et parce qu\u2019elle modifie des rapports de force r\u00e9gionaux. L\u2019assimilation discursive vise, in fine, la neutralisation d\u2019un capital de l\u00e9gitimit\u00e9 compar\u00e9e. La meilleure r\u00e9ponse demeure la tenue des promesses sociales et institutionnelles\u00a0: l\u2019exception ne vaut que si elle est continuellement m\u00e9rit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531.jpg?resize=1024%2C768&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4806\" style=\"aspect-ratio:1.3333416007341452;width:300px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/IMG_20240912_115531-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr. Mohamed Chtatou <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu de formules ont connu en science politique un destin aussi ambivalent que celle d\u2019\u00ab&nbsp;exception marocaine&nbsp;\u00bb. Forg\u00e9e dans le sillage des soul\u00e8vements de 2011, elle d\u00e9signe, dans son acception courante, la capacit\u00e9 du Royaume \u00e0 avoir travers\u00e9 la s\u00e9quence du \u00ab&nbsp;printemps arabe&nbsp;\u00bb sans effondrement de l\u2019\u00c9tat ni basculement dans la violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. D\u00e8s f\u00e9vrier 2011, Charai (2011) relevait que la presse fran\u00e7aise avait elle-m\u00eame qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;exception marocaine&nbsp;\u00bb un scrutin l\u00e9gislatif jug\u00e9 plus cr\u00e9dible que les consultations truqu\u00e9es d\u2019une grande partie de la r\u00e9gion. Trois ans plus tard, Mengad (2014) d\u00e9crivait le Maroc comme un \u00ab&nbsp;pays-mod\u00e8le&nbsp;\u00bb de changement pacifique, dont la singularit\u00e9 s\u2019\u00e9tait consolid\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9preuve m\u00eame des bouleversements voisins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la formule est devenue, du m\u00eame mouvement, un champ de bataille discursif. Pour ses d\u00e9fenseurs, elle condense une trajectoire historique, une architecture institutionnelle et un pacte de l\u00e9gitimit\u00e9 qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e9quivalent exact dans le monde arabe. Pour ses contempteurs, elle ne serait qu\u2019un r\u00e9cit commode, entretenu par le pouvoir et ses alli\u00e9s pour diff\u00e9rer les r\u00e9formes, et que les mobilisations sociales du Rif en 2016-2017 puis de l\u2019automne 2025 auraient invalid\u00e9. Entre ces deux p\u00f4les, une position plus nuanc\u00e9e soutient que le Maroc n\u2019est peut-\u00eatre pas \u00ab&nbsp;l\u2019exception&nbsp;\u00bb que l\u2019on proclame, mais qu\u2019il est ind\u00e9niablement singulier, cette singularit\u00e9 tenant \u00e0 la continuit\u00e9 de sa trajectoire historique et \u00e0 la stabilit\u00e9 de ses institutions (Benabdelkader, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce contexte que s\u2019inscrivent les campagnes politiques et m\u00e9diatiques r\u00e9currentes qui, de part et d\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e et au sein m\u00eame du voisinage maghr\u00e9bin, tendent \u00e0 assimiler le mode de gouvernance marocain \u00e0 celui de r\u00e9gimes r\u00e9gionaux en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9&nbsp;: amalgame des monarchies et des r\u00e9gimes de s\u00e9curit\u00e9, des \u00c9tats rentiers et des \u00c9tats sans hydrocarbures, des transitions avort\u00e9es et des r\u00e9formes incr\u00e9mentales. Deux questions structurent le pr\u00e9sent essai. Pourquoi le \u00ab&nbsp;mod\u00e8le d\u2019exception marocaine&nbsp;\u00bb d\u00e9range-t-il certains acteurs de l\u2019environnement r\u00e9gional et international&nbsp;? Et quel est l\u2019objectif v\u00e9ritable de ces tentatives de porter atteinte \u00e0 cette sp\u00e9cificit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hypoth\u00e8se d\u00e9fendue est que la singularit\u00e9 marocaine d\u00e9range moins par ses imperfections, que ses promoteurs les plus lucides ne nient pas, que par ce qu\u2019elle d\u00e9montre&nbsp;: qu\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 adoss\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire longue, au pluralisme identitaire et \u00e0 la r\u00e9forme graduelle peut produire de la stabilit\u00e9 sans les ressources de la rente ni le seul appareil de la contrainte, et que cette d\u00e9monstration fragilise des r\u00e9cits et des int\u00e9r\u00eats concurrents. L\u2019assimilation discursive viserait d\u00e8s lors la neutralisation d\u2019un capital de l\u00e9gitimit\u00e9 compar\u00e9e, aux effets tr\u00e8s concrets sur les rapports de force. L\u2019analyse proc\u00e8de d\u2019une lecture documentaire et comparative, qui mobilise la litt\u00e9rature sur la r\u00e9silience des monarchies arabes, des sources constitutionnelles et onusiennes et des \u00e9pisodes r\u00e9cents. Elle s\u2019articule en cinq temps&nbsp;: une clarification conceptuelle, l\u2019examen des fondements de la singularit\u00e9, celui des \u00e9preuves de la r\u00e9forme, l\u2019analyse des logiques de la contestation, puis le d\u00e9cryptage de l\u2019objectif v\u00e9ritable de l\u2019assimilation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Clarifier le concept&nbsp;: exception, singularit\u00e9, exemption<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La notion d\u2019exception exige d\u2019abord d\u2019\u00eatre d\u00e9lest\u00e9e de sa charge normative. La litt\u00e9rature compar\u00e9e sur le Moyen-Orient et l\u2019Afrique du Nord s\u2019est longtemps structur\u00e9e autour d\u2019un \u00ab&nbsp;exceptionnalisme arabe&nbsp;\u00bb postulant une incompatibilit\u00e9 culturelle entre l\u2019islam, ou la r\u00e9gion, et la d\u00e9mocratisation. Bellin (2004) a d\u00e9mont\u00e9 cette th\u00e8se en montrant que la robustesse de l\u2019autoritarisme r\u00e9gional tient moins \u00e0 la culture qu\u2019\u00e0 la coh\u00e9sion des appareils coercitifs, adoss\u00e9s au patronage international et \u00e0 la rente. D\u2019autres travaux ont substitu\u00e9 \u00e0 l\u2019exceptionnalisme culturel des typologies institutionnelles&nbsp;: l\u2019\u00ab&nbsp;autocratie lib\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb de Brumberg (2002), qui d\u00e9crit des r\u00e9gimes ouvrant des soupapes sans c\u00e9der le contr\u00f4le&nbsp;; l\u2019\u00ab&nbsp;autoritarisme monarchique&nbsp;\u00bb de Lucas (2004), qui souligne la capacit\u00e9 des monarchies \u00e0 r\u00e9former pour se maintenir&nbsp;; l\u2019analyse des monarchies dynastiques par Anderson (1991) et Herb (1999), qui rattachent leur long\u00e9vit\u00e9 \u00e0 des facteurs familiaux et \u00e0 des coalitions sociales plus larges que celles des r\u00e9publiques militaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, Yom et Gause (2012) distinguent deux voies de la r\u00e9silience royale&nbsp;: celle des monarchies p\u00e9troli\u00e8res, qui disposent de la rente pour acheter la loyaut\u00e9, et celle des monarchies sans rente, comme la Jordanie et le Maroc, qui s\u2019appuient sur la construction de coalitions, sur la l\u00e9gitimit\u00e9 et sur le soutien ext\u00e9rieur. Cette distinction est pr\u00e9cieuse, car elle interdit l\u2019amalgame&nbsp;: elle s\u00e9pare des r\u00e9gimes dont la stabilit\u00e9 d\u00e9pend d\u2019une rente distributive de r\u00e9gimes dont la stabilit\u00e9 exige un travail politique constant. L\u2019assimilation du Maroc \u00e0 des cas dissemblables m\u00e9conna\u00eet donc, d\u2019embl\u00e9e, les acquis de la science politique compar\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00ab&nbsp;exception&nbsp;\u00bb doit en cons\u00e9quence s\u2019entendre \u00e0 trois niveaux, qu\u2019il importe de ne pas confondre. Au niveau historique, elle d\u00e9signe une continuit\u00e9 \u00e9tatique et dynastique singuli\u00e8re dans le Maghreb. Au niveau institutionnel, elle renvoie \u00e0 un syst\u00e8me o\u00f9 la monarchie, tout en conservant des pr\u00e9rogatives \u00e9tendues, a accept\u00e9 depuis 1999 des r\u00e9formes successives et des alternances de majorit\u00e9. Au niveau relationnel, enfin, elle qualifie la position du Royaume dans un environnement r\u00e9gional marqu\u00e9 par des effondrements (Libye, Syrie, Y\u00e9men), des restaurations autoritaires et des crises prolong\u00e9es. Aucune de ces dimensions n\u2019implique l\u2019absence de tensions, de contestations ou de critiques l\u00e9gitimes&nbsp;: l\u2019exception n\u2019est pas une exemption. Les observateurs favorables au mod\u00e8le ne l\u2019ont d\u2019ailleurs pas toujours pr\u00e9sent\u00e9 autrement. Charai (2011) reconnaissait ainsi que le gouvernement marocain est imparfait et que beaucoup reste \u00e0 faire, tout en le jugeant fondamentalement stable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient enfin de pr\u00e9ciser ce que l\u2019on entend par \u00ab&nbsp;assimilation&nbsp;\u00bb. Elle consiste \u00e0 traiter des cas distincts comme des instances d\u2019une m\u00eame cat\u00e9gorie, qu\u2019il s\u2019agisse du \u00ab&nbsp;r\u00e9gime autoritaire arabe&nbsp;\u00bb, de la \u00ab&nbsp;monarchie absolue&nbsp;\u00bb ou du \u00ab&nbsp;r\u00e9gime en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9&nbsp;\u00bb, et \u00e0 en d\u00e9duire que les diff\u00e9rences observables ne seraient qu\u2019apparentes. Or, comme l\u2019enseigne la m\u00e9thode comparative, une cat\u00e9gorie n\u2019est pertinente que si elle discrimine entre les cas. Une cat\u00e9gorie si large qu\u2019elle englobe \u00e0 la fois le Maroc, des r\u00e9publiques militaires, des monarchies p\u00e9troli\u00e8res et des \u00c9tats effondr\u00e9s ne dit plus rien de leurs m\u00e9canismes de stabilit\u00e9, de leurs co\u00fbts ni de leurs perspectives. L\u2019assimilation est donc, avant d\u2019\u00eatre une strat\u00e9gie politique, une paresse analytique, dont l\u2019efficacit\u00e9 tient \u00e0 ce qu\u2019elle se pr\u00e9sente sous les traits de la lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les fondements de la singularit\u00e9 marocaine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une profondeur \u00e9tatique et un tr\u00f4ne adoss\u00e9 au mouvement national<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier fondement est la profondeur historique de l\u2019\u00c9tat. Fond\u00e9e \u00e0 la fin du VIIIe si\u00e8cle avec les Idrissides, la tradition \u00e9tatique marocaine s\u2019est prolong\u00e9e \u00e0 travers des dynasties successives jusqu\u2019aux Alaouites, au pouvoir depuis 1666 (Sheline, 2019). \u00c0 la diff\u00e9rence de ses voisins maghr\u00e9bins, le Maroc n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019Empire ottoman, ce qui lui a \u00e9pargn\u00e9 la greffe d\u2019une r\u00e9gence militaire et lui a permis de conserver ses formes propres de gouvernement et son propre rapport au religieux (Pennell, 2000). Cette continuit\u00e9 nourrit une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019ant\u00e9riorit\u00e9&nbsp;: l\u2019\u00c9tat pr\u00e9c\u00e8de le pouvoir colonial, il lui survit, et la communaut\u00e9 politique s\u2019est pens\u00e9e comme Royaume avant de se penser comme nation moderne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9pisode colonial a renforc\u00e9 ce trait plus qu\u2019il ne l\u2019a effac\u00e9. Mengad (2014) souligne que le colonisateur a trouv\u00e9 au Maroc un \u00c9tat d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9, articul\u00e9 autour du <em>makhzen<\/em> et de la fonction sultanienne, ce qui a conf\u00e9r\u00e9 au tr\u00f4ne un r\u00f4le central dans la dynamique nationaliste. Burke (2014) a montr\u00e9 combien la connaissance coloniale fran\u00e7aise, qu\u2019il d\u00e9signe comme un \u00ab&nbsp;\u00c9tat ethnographique&nbsp;\u00bb, a cherch\u00e9 \u00e0 fabriquer un \u00ab&nbsp;islam marocain&nbsp;\u00bb fragment\u00e9 et \u00e0 opposer groupes arabophones et amazighophones, dont le dahir berb\u00e8re de 1930 fut l\u2019expression la plus c\u00e9l\u00e8bre. La riposte nationaliste a, par r\u00e9action, consolid\u00e9 l\u2019unit\u00e9 autour du tr\u00f4ne. L\u2019exil de Mohammed V en 1953, puis son retour, ont scell\u00e9 l\u2019alliance entre le sultan et le mouvement national (Mengad, 2014), de sorte que l\u2019ind\u00e9pendance de 1956 fut acquise sous la banni\u00e8re de la monarchie et non contre elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Imarat al-Mu\u2019min\u00een&nbsp;: une l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse et contractuelle<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me fondement est religieux et contractuel. Le titre d\u2019<em>Am\u00eer al-Mu\u2019min\u00een<\/em>, historiquement associ\u00e9 aux sultans marocains, a \u00e9t\u00e9 codifi\u00e9 dans la Constitution de 1962 (Sheline, 2019), et la d\u00e9volution du pouvoir repose sur la <em>bay\u2019a<\/em>, acte d\u2019all\u00e9geance qui, en \u00e9change de la protection de la religion, de la nation et de l\u2019ordre public, conf\u00e8re au souverain sa l\u00e9gitimit\u00e9. Waterbury (1970) a analys\u00e9 le r\u00f4le d\u2019arbitre du Commandeur des croyants au sein d\u2019\u00e9lites segment\u00e9es, qu\u2019il \u00e9quilibre plut\u00f4t qu\u2019il ne les \u00e9crase, tandis que Tozy (1999) a montr\u00e9 comment la monarchie a articul\u00e9 le champ religieux et le champ politique de fa\u00e7on \u00e0 priver l\u2019islam politique du monopole de la symbolique religieuse. Cette configuration explique que le d\u00e9bat sur la place de l\u2019islam dans l\u2019espace public se soit d\u00e9roul\u00e9, au Maroc, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre commun et non contre le tr\u00f4ne&nbsp;: les islamistes marocains ont d\u00fb, selon Zeghal (2005), n\u00e9gocier leur participation avec la monarchie plut\u00f4t que de la d\u00e9fier frontalement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Constitution de 2011 consacre cette double fonction. L\u2019article 41 dispose que \u00ab&nbsp;le Roi, <em>Am\u00eer Al Moumin\u00eene<\/em>, veille au respect de l\u2019Islam&nbsp;\u00bb et qu\u2019il est \u00ab&nbsp;le Garant du libre exercice des cultes&nbsp;\u00bb, tandis que l\u2019article 42 le d\u00e9signe comme \u00ab&nbsp;Symbole de l\u2019unit\u00e9 de la Nation, Garant de la p\u00e9rennit\u00e9 et de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et Arbitre supr\u00eame entre ses institutions&nbsp;\u00bb (Royaume du Maroc, 2011, art. 41-42). L\u2019article premier, de son c\u00f4t\u00e9, fonde le r\u00e9gime constitutionnel sur \u00ab&nbsp;la s\u00e9paration, l\u2019\u00e9quilibre et la collaboration des pouvoirs&nbsp;\u00bb ainsi que sur \u00ab&nbsp;la corr\u00e9lation entre la responsabilit\u00e9 et la reddition des comptes&nbsp;\u00bb (Royaume du Maroc, 2011, art. 1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette architecture a ses critiques. Hammoudi (1997) a d\u00e9crit, \u00e0 partir de la relation entre ma\u00eetre et disciple, les fondements culturels d\u2019un autoritarisme marocain que la modernisation institutionnelle ne dissoudrait pas, et la persistance d\u2019une asym\u00e9trie entre les pr\u00e9rogatives royales et la responsabilit\u00e9 des \u00e9lus demeure l\u2019objection la plus s\u00e9rieuse adress\u00e9e au mod\u00e8le. Elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise au s\u00e9rieux. Elle n\u2019invalide pas l\u2019id\u00e9e de singularit\u00e9&nbsp;; elle en d\u00e9limite la port\u00e9e&nbsp;: une l\u00e9gitimit\u00e9 traditionnelle ne dispense jamais de produire de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Le pluralisme identitaire constitutionnalis\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me fondement est la constitutionnalisation du pluralisme. Le pr\u00e9ambule de 2011 d\u00e9clare que l\u2019unit\u00e9 du Royaume, \u00ab&nbsp;forg\u00e9e par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s\u2019est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, h\u00e9bra\u00efque et m\u00e9diterran\u00e9en&nbsp;\u00bb (Royaume du Maroc, 2011, pr\u00e9ambule). La reconnaissance de l\u2019amazighe comme langue officielle, inscrite dans le m\u00eame texte, a consacr\u00e9 une revendication longtemps port\u00e9e par le mouvement identitaire berb\u00e8re, que Maddy-Weitzman (2011) a \u00e9tudi\u00e9 comme un d\u00e9fi lanc\u00e9 aux \u00c9tats nord-africains. Ceux-ci y ont r\u00e9pondu de fa\u00e7ons contrast\u00e9es&nbsp;; le Maroc l\u2019a fait davantage par l\u2019int\u00e9gration institutionnelle que par la r\u00e9pression. De m\u00eame, la m\u00e9moire juive marocaine, dont Boum (2013) \u00e9tudie les modalit\u00e9s de rem\u00e9moration par les musulmans, est d\u00e9sormais trait\u00e9e comme une composante de l\u2019identit\u00e9 nationale (Chtatou, 2023), et la diversit\u00e9 culturelle et linguistique du pays appara\u00eet comme une source de coh\u00e9sion plut\u00f4t que de division (Chtatou, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pluralisme n\u2019est pas un ornement. Il prive les discours de fragmentation, qu\u2019ils soient ethniques, linguistiques ou confessionnels, d\u2019un levier d\u2019action facile, et il alimente un <em>soft power<\/em> que le Royaume exploite sur le continent africain et dans le monde musulman. S\u2019y ajoute ce que l\u2019on appelle le \u00ab&nbsp;mod\u00e8le religieux&nbsp;\u00bb marocain, que Chtatou (2014) a pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le pour l\u2019islam, et que Sheline (2019) analyse comme un levier de l\u00e9gitimation religieuse du souverain autant que de projection internationale, le Maroc ayant de longue date constitu\u00e9 une source de leadership religieux en Afrique du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La r\u00e9forme incr\u00e9mentale \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des crises<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La singularit\u00e9 marocaine n\u2019est pas un \u00e9tat de fait&nbsp;; c\u2019est une pratique de gouvernement qui s\u2019\u00e9prouve \u00e0 chaque crise. Trois s\u00e9quences en t\u00e9moignent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re est la r\u00e9forme du statut de la famille en 2004, qui a remplac\u00e9 l\u2019ancienne Moudawana par un Code de la famille relevant la situation juridique des femmes. Cavatorta et Dalmasso (2009) y voient un cas de \u00ab&nbsp;r\u00e9sultats lib\u00e9raux obtenus par des moyens non d\u00e9mocratiques&nbsp;\u00bb&nbsp;: la monarchie a arbitr\u00e9, au nom de sa fonction religieuse, un conflit que les acteurs partisans n\u2019avaient pu trancher. Dans le m\u00eame registre, l\u2019Instance \u00c9quit\u00e9 et R\u00e9conciliation (2004-2005) a ouvert, dans le monde arabe, un travail in\u00e9dit sur les violations pass\u00e9es des droits humains, dont Slyomovics (2005) a analys\u00e9 la dimension performative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me s\u00e9quence est celle de 2011. Face au Mouvement du 20 f\u00e9vrier, le roi a annonc\u00e9 d\u00e8s le 9 mars un train de r\u00e9formes constitutionnelles (Mohammed VI, 2011), soumis \u00e0 r\u00e9f\u00e9rendum le 1er juillet et suivi d\u2019\u00e9lections anticip\u00e9es qui ont port\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du gouvernement le Parti de la justice et du d\u00e9veloppement, premier parti issu de la mouvance islamiste \u00e0 diriger l\u2019ex\u00e9cutif, jusqu\u2019en 2021. Dalmasso et Cavatorta (2013) ont compar\u00e9 les processus constitutionnels marocain et tunisien et la mani\u00e8re dont chacun a trait\u00e9 la place de la religion et des libert\u00e9s civiles. Benchemsi (2012) a toutefois estim\u00e9 que ces r\u00e9formes avaient permis au pouvoir de d\u00e9jouer l\u2019opposition davantage que de partager r\u00e9ellement ses pr\u00e9rogatives. Cette th\u00e8se rappelle que le d\u00e9bat demeure ouvert, et que la singularit\u00e9 ne se confond pas avec l\u2019unanimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les scrutins de 2021 ont fourni une illustration suppl\u00e9mentaire. Le Parti de la justice et du d\u00e9veloppement, qui avait domin\u00e9 le paysage politique depuis 2011, a subi une d\u00e9faite \u00e9lectorale s\u00e9v\u00e8re au profit du Rassemblement national des ind\u00e9pendants, sans que cette alternance ne provoque de rupture institutionnelle. On y lira, selon les sensibilit\u00e9s, la preuve d\u2019une comp\u00e9tition r\u00e9elle ou celle d\u2019une ing\u00e9nierie politique efficace&nbsp;; mais le fait que la question puisse \u00eatre pos\u00e9e dans ces termes, et d\u00e9battue publiquement, distingue d\u00e9j\u00e0 ce cas de ceux o\u00f9 le r\u00e9sultat des urnes est connu \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me s\u00e9quence, celle des \u00e9preuves sociales, est la plus instructive. Le Hirak du Rif (2016-2017), d\u00e9clench\u00e9 par la mort tragique du poissonnier Mouhcine Fikri, puis la mobilisation de la jeunesse \u00ab&nbsp;GenZ 212&nbsp;\u00bb \u00e0 partir du 27 septembre 2025, ont rappel\u00e9 que la stabilit\u00e9 n\u2019est pas l\u2019assentiment. Cette derni\u00e8re, n\u00e9e du d\u00e9c\u00e8s de plusieurs femmes dans un h\u00f4pital public et organis\u00e9e sur la plateforme Discord, a r\u00e9clam\u00e9 sant\u00e9, \u00e9ducation et lutte contre la corruption (Arab Center Washington DC, 2025). Deux \u00e9l\u00e9ments m\u00e9ritent l\u2019attention du comparatiste. D\u2019une part, ses animateurs ont dirig\u00e9 leur critique contre les responsables gouvernementaux et ont appel\u00e9 le roi \u00e0 superviser les r\u00e9formes, distinguant ainsi l\u2019institution monarchique de l\u2019action des gouvernants (Arab Center Washington DC, 2025). D\u2019autre part, le discours royal d\u2019ouverture du Parlement, le 10 octobre 2025, a affirm\u00e9 que la justice sociale n\u2019est pas une priorit\u00e9 passag\u00e8re, sans pour autant r\u00e9pondre directement au mouvement, dont une partie des animateurs s\u2019est dite peu convaincue (Associated Press, 2025). Les violences constat\u00e9es dans certaines villes et les arrestations qui ont suivi rappellent, elles aussi, que la singularit\u00e9 ne dispense pas du d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces s\u00e9quences dessinent un sch\u00e9ma r\u00e9current&nbsp;: la monarchie arbitre, le gouvernement paie le prix politique de l\u2019insatisfaction, et le syst\u00e8me se reconfigure sans rupture. Ce sch\u00e9ma peut \u00eatre critiqu\u00e9&nbsp;; il ne peut \u00eatre confondu avec le blocage de r\u00e9gimes dont le seul recours, devant la contestation, est la r\u00e9pression ou l\u2019effondrement. Cette diff\u00e9rence de nature, et non de simple degr\u00e9, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que les strat\u00e9gies d\u2019assimilation cherchent \u00e0 effacer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi l\u2019exception d\u00e9range&nbsp;: cinq logiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une singularit\u00e9 d\u00e9range lorsqu\u2019elle d\u00e9place des \u00e9quilibres. On peut identifier cinq logiques, qui ne s\u2019excluent pas et dont l\u2019enchev\u00eatrement explique la persistance des campagnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une logique de l\u00e9gitimit\u00e9 compar\u00e9e<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9gimes de la r\u00e9gion qui fondent leur l\u00e9gitimit\u00e9 sur l\u2019origine r\u00e9volutionnaire, l\u2019appareil s\u00e9curitaire ou la rente distributive se trouvent, face au Maroc, devant une comparaison embarrassante. Willis (2012) a montr\u00e9, pour l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et le Maroc, comment les trajectoires postcoloniales ont produit des configurations de pouvoir diff\u00e9rentes, la l\u00e9gitimit\u00e9 alg\u00e9rienne reposant sur la guerre de lib\u00e9ration et sur l\u2019arm\u00e9e, par contraste avec le compromis marocain entre le tr\u00f4ne et le mouvement national. Volpi (2013) a d\u00e9crit comment l\u2019Alg\u00e9rie a affront\u00e9 le printemps arabe en s\u2019appuyant sur la m\u00e9moire de la guerre civile, sur la redistribution de la rente et sur la coh\u00e9sion de ses services de s\u00e9curit\u00e9 plut\u00f4t que sur une r\u00e9forme en profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, un Maroc dont la stabilit\u00e9 s\u2019adosse \u00e0 des r\u00e9formes graduelles et \u00e0 une l\u00e9gitimit\u00e9 historique, sans rente p\u00e9troli\u00e8re, souligne a contrario le co\u00fbt d\u2019un mod\u00e8le alternatif. La comparaison est d\u2019autant plus inconfortable qu\u2019elle sugg\u00e8re que l\u2019alternative n\u2019est pas entre l\u2019autoritarisme stable et le chaos r\u00e9volutionnaire, ce qui sape la rh\u00e9torique de plusieurs pouvoirs&nbsp;: \u00ab&nbsp;apr\u00e8s nous, le d\u00e9luge&nbsp;\u00bb. L\u00e0 r\u00e9side sans doute la premi\u00e8re raison pour laquelle l\u2019exception doit, pour certains, \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 la norme r\u00e9gionale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trajectoires de plusieurs \u00c9tats de la r\u00e9gion apr\u00e8s 2011, entre effondrement, guerre civile et restauration autoritaire, ont par ailleurs rendu plus difficile l\u2019argument selon lequel la rupture serait le chemin le plus court vers la d\u00e9mocratie. Le cas marocain, qui a privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019adaptation, constitue un contre-exemple vivant, dont la seule existence suffit \u00e0 troubler les r\u00e9cits de l\u00e9gitimation fond\u00e9s sur le caract\u00e8re in\u00e9luctable de leur propre mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une logique territoriale&nbsp;: le Sahara et la rivalit\u00e9 maghr\u00e9bine<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me logique est g\u00e9opolitique, et son n\u0153ud est la question du Sahara. En 1975, la Cour internationale de Justice a relev\u00e9 l\u2019existence, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la colonisation espagnole, de liens juridiques d\u2019all\u00e9geance entre le sultan du Maroc et certaines tribus du territoire, sans constater de lien de souverainet\u00e9 territoriale de nature \u00e0 affecter l\u2019application du principe d\u2019autod\u00e9termination (Cour internationale de Justice, 1975). Cet avis, que chaque camp lit \u00e0 sa mani\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part d\u2019un conflit que Zoubir et Volman (1993) ont \u00e9tudi\u00e9 dans ses dimensions r\u00e9gionales et internationales, et que Zunes et Mundy (2010) ont analys\u00e9 sous l\u2019angle de l\u2019autod\u00e9termination, dans une perspective critique de la position marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or la singularit\u00e9 marocaine est un atout dans cette confrontation. Le plan d\u2019autonomie pr\u00e9sent\u00e9 en 2007 est devenu, avec la r\u00e9solution 2797 du 31 octobre 2025, la base propos\u00e9e pour des n\u00e9gociations&nbsp;: le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 y estime qu\u2019une autonomie v\u00e9ritable sous souverainet\u00e9 marocaine pourrait constituer la solution la plus r\u00e9alisable (Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies, 2025). Parrain\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, la r\u00e9solution a recueilli onze voix, trois membres s\u2019\u00e9tant abstenus et l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019ayant pas pris part au vote. Elle prolonge une \u00e9volution des positions occidentales, qu\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e la reconnaissance am\u00e9ricaine de 2020 et le rapprochement de plusieurs capitales europ\u00e9ennes, et qui refl\u00e8te un soutien croissant au cadre de l\u2019autonomie parmi des \u00c9tats occidentaux, arabes et africains (Konrad-Adenauer-Stiftung, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, un Maroc per\u00e7u comme un \u00c9tat stable, pr\u00e9visible et institutionnellement solide est un interlocuteur plus cr\u00e9dible pour accueillir et garantir une autonomie&nbsp;; \u00e0 l\u2019inverse, pr\u00e9senter le Royaume comme fragile, ou comme un r\u00e9gime parmi d\u2019autres, affaiblit la cr\u00e9dibilit\u00e9 de son projet. La rupture des relations diplomatiques d\u00e9cid\u00e9e par Alger en ao\u00fbt 2021 a inscrit cette rivalit\u00e9 dans la dur\u00e9e. L\u2019adversaire de la th\u00e8se marocaine a donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 contester non seulement ses arguments juridiques, mais la qualit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat qui les porte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une logique id\u00e9ologique et religieuse<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me logique est id\u00e9ologique. Le mod\u00e8le religieux marocain concurrence directement deux pr\u00e9tentions&nbsp;: celle des mouvements islamistes transnationaux, qui contestent aux \u00c9tats le monopole de la repr\u00e9sentation de l\u2019islam, et celle d\u2019autres centres d\u2019influence religieuse d\u00e9sireux d\u2019exporter leur propre lecture. Tozy (1999) et Zeghal (2005) ont \u00e9tabli comment la monarchie a verrouill\u00e9 le champ religieux de fa\u00e7on qu\u2019aucune force ne puisse lui contester l\u2019interpr\u00e9tation l\u00e9gitime, tout en int\u00e9grant, sous conditions, les courants islamistes dans le jeu institutionnel. L\u2019effet est double&nbsp;: \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la marginalisation durable de l\u2019extr\u00e9misme violent&nbsp;; \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, une diplomatie religieuse qui s\u2019adosse au titre d\u2019Amir al-Mu\u2019minin et au r\u00f4le historique du Maroc comme source de leadership religieux (Sheline, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ceux dont la l\u00e9gitimit\u00e9 s\u2019adosse \u00e0 une lecture concurrente du religieux, un mod\u00e8le qui associe orthodoxie, institutions et ouverture constitue une contradiction vivante. Il rend plus difficile le r\u00e9cit selon lequel l\u2019islam serait in\u00e9vitablement porteur soit d\u2019extr\u00e9misme, soit d\u2019autoritarisme, et il sape l\u2019argument selon lequel seule une rupture radicale permettrait de r\u00e9concilier foi et modernit\u00e9. Cette dimension, souvent sous-estim\u00e9e dans les analyses de la \u00ab&nbsp;pression&nbsp;\u00bb exerc\u00e9e sur le Maroc, explique la vigueur avec laquelle certains courants de la mouvance islamiste, comme certains discours s\u00e9culiers hostiles \u00e0 toute r\u00e9f\u00e9rence religieuse dans l\u2019\u00c9tat, s\u2019accordent paradoxalement pour d\u00e9nier au mod\u00e8le sa coh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette dimension s\u2019\u00e9tend au continent. L\u2019histoire des confr\u00e9ries soufies, au premier rang desquelles la Tijaniyya, dont le fondateur repose \u00e0 F\u00e8s, a tiss\u00e9 de longue date des liens spirituels entre le Maroc et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest. Ces liens, que le Royaume cherche \u00e0 r\u00e9activer, conf\u00e8rent \u00e0 sa diplomatie religieuse une \u00e9paisseur historique que n\u2019ont pas toutes les formes d\u2019influence concurrentes, et expliquent que le terrain religieux africain soit devenu, lui aussi, un espace de rivalit\u00e9 feutr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une logique europ\u00e9enne&nbsp;: influence, droits humains et rapports de force<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La quatri\u00e8me logique est europ\u00e9enne. Le 19 janvier 2023, le Parlement europ\u00e9en a adopt\u00e9, par 356 voix contre 32 et 42 abstentions, une r\u00e9solution sur la situation des journalistes au Maroc, notamment le cas d\u2019Omar Radi. Elle appelait au respect de la libert\u00e9 d\u2019expression, \u00e0 la fin de la surveillance des journalistes, y compris par le logiciel Pegasus, et exprimait sa pr\u00e9occupation devant des all\u00e9gations selon lesquelles les autorit\u00e9s marocaines auraient cherch\u00e9 \u00e0 corrompre des d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens (Parlement europ\u00e9en, 2023). Ces all\u00e9gations, que Rabat a toujours cat\u00e9goriquement rejet\u00e9es, ont ouvert un contentieux politique durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il serait intellectuellement malhonn\u00eate d\u2019y voir un simple complot&nbsp;: de tels textes s\u2019appuient sur des organisations de d\u00e9fense de la presse et sur des affaires judiciaires r\u00e9elles, et la libert\u00e9 de la presse est un sujet l\u00e9gitime de d\u00e9bat dans tout \u00c9tat. Mais il serait tout aussi na\u00eff d\u2019ignorer la fonction que peut remplir un tel cadre dans des rapports de force plus vastes. L\u2019invocation des droits humains, l\u00e9gitime en soi, peut devenir un levier dans des n\u00e9gociations migratoires, commerciales ou m\u00e9morielles entre le Royaume et certaines capitales europ\u00e9ennes, et se pr\u00eater \u00e0 une instrumentalisation par des acteurs dont l\u2019int\u00e9r\u00eat est de peser sur la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine. Said (1978) avait montr\u00e9 comment des discours occidentaux sur l\u2019Orient ont souvent repos\u00e9 sur des cat\u00e9gories homog\u00e9n\u00e9isantes qui dispensent d\u2019examiner la diversit\u00e9 des trajectoires. L\u2019\u00e9quation selon laquelle \u00ab&nbsp;tous les r\u00e9gimes arabes se valent&nbsp;\u00bb en est un avatar contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une logique g\u00e9o\u00e9conomique et de repositionnement diplomatique<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cinqui\u00e8me logique est g\u00e9o\u00e9conomique. La reconnaissance am\u00e9ricaine de la souverainet\u00e9 marocaine sur le Sahara, proclam\u00e9e le 10 d\u00e9cembre 2020 (The White House, 2020) dans le m\u00eame mouvement que la normalisation avec Isra\u00ebl, a marqu\u00e9 un tournant&nbsp;: le Maroc a d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 diversifier ses partenariats, \u00e0 articuler ses relations avec Washington, Bruxelles et les capitales africaines, et \u00e0 valoriser sa stabilit\u00e9 comme actif de n\u00e9gociation. Sa position sur la fa\u00e7ade atlantique, ses ambitions industrielles et logistiques et son r\u00f4le de co-organisateur de la Coupe du monde de football de 2030 en font un concurrent pour des partenaires et des investissements que d\u2019autres puissances r\u00e9gionales entendaient capter. Un Maroc stable est un Maroc plus influent, et un Maroc plus influent redistribue les cartes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette concurrence s\u2019ajoute un effet de visibilit\u00e9. L\u2019organisation de la Coupe d\u2019Afrique des nations en d\u00e9cembre 2025 (Arab Center Washington DC, 2025), puis l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de 2030, placent le Royaume sous des projecteurs inhabituels, et plus un pays gagne en visibilit\u00e9, plus il devient la cible de comparaisons et de campagnes de d\u00e9nigrement. La pression est, d\u2019une certaine mani\u00e8re, un indice de mont\u00e9e en puissance&nbsp;: on ne s\u2019emploie pas \u00e0 assimiler ce qui n\u2019attire aucune attention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019objectif v\u00e9ritable&nbsp;: de l\u2019assimilation discursive \u00e0 la neutralisation strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les cinq logiques expliquent pourquoi le mod\u00e8le d\u00e9range, elles ne disent pas encore ce que cherche l\u2019assimilation. Celle-ci est d\u2019abord une op\u00e9ration discursive, dont on peut discerner quatre fonctions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle vise, en premier lieu, \u00e0 effacer la diff\u00e9rence de nature entre types de l\u00e9gitimit\u00e9. En classant le Maroc parmi les \u00ab&nbsp;r\u00e9gimes en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9&nbsp;\u00bb, on postule que sa l\u00e9gitimit\u00e9 est fragile par hypoth\u00e8se, alors m\u00eame qu\u2019elle proc\u00e8de d\u2019une profondeur historique (Pennell, 2000), d\u2019un titre religieux codifi\u00e9 (Sheline, 2019) et d\u2019un cadre constitutionnel \u00e9volutif (Royaume du Maroc, 2011) dont les \u00e9quivalents sont rares. L\u2019assimilation fonctionne comme une cat\u00e9gorisation&nbsp;: ce qui est class\u00e9 ne m\u00e9rite plus examen.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle vise, en deuxi\u00e8me lieu, \u00e0 affaiblir le pouvoir de n\u00e9gociation du Royaume. Dans tous les dossiers \u00e9voqu\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse du Sahara, des relations avec l\u2019Union europ\u00e9enne, des migrations ou des partenariats \u00e9conomiques, la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat est un actif. L\u2019assimilation cherche \u00e0 le convertir en passif&nbsp;: un \u00c9tat pr\u00e9sent\u00e9 comme fragile ou ill\u00e9gitime est un \u00c9tat sur lequel il est plus ais\u00e9 d\u2019exercer des pressions, de poser des conditions ou de diff\u00e9rer des reconnaissances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle vise, en troisi\u00e8me lieu, \u00e0 contenir le rayonnement du mod\u00e8le. Il s\u2019agit d\u2019emp\u00eacher que la trajectoire marocaine soit per\u00e7ue comme reproductible, que ce soit dans la gestion du champ religieux, dans celle de la diversit\u00e9 ou dans la r\u00e9forme graduelle. Un mod\u00e8le replac\u00e9 dans la cat\u00e9gorie du \u00ab&nbsp;cas particulier irr\u00e9p\u00e9table&nbsp;\u00bb ou de l\u2019\u00ab&nbsp;autoritarisme d\u00e9guis\u00e9&nbsp;\u00bb perd sa valeur d\u2019exemplarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle vise, en dernier lieu, \u00e0 nourrir la polarisation interne. Toute mobilisation sociale est susceptible d\u2019\u00eatre lue, voire amplifi\u00e9e, par des acteurs ext\u00e9rieurs \u00e0 des fins qui ne sont pas les siennes. Le mouvement GenZ 212 est n\u00e9 de griefs authentiques et tr\u00e8s largement partag\u00e9s, concernant la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation et la corruption (Arab Center Washington DC, 2025)&nbsp;; aucune preuve d\u2019une manipulation ext\u00e9rieure n\u2019est ici avanc\u00e9e. La distinction entre revendication endog\u00e8ne et exploitation exog\u00e8ne n\u2019en demeure pas moins un imp\u00e9ratif m\u00e9thodologique, car la confusion des deux, dans un sens ou dans l\u2019autre, nuit \u00e0 l\u2019analyse comme \u00e0 l\u2019action publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On observera enfin que ces campagnes pr\u00e9sentent une temporalit\u00e9 qui m\u00e9rite examen. Les all\u00e9gations relatives \u00e0 Pegasus, la r\u00e9solution parlementaire europ\u00e9enne de janvier 2023 et l\u2019intensification des pol\u00e9miques r\u00e9gionales se sont succ\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s des avanc\u00e9es diplomatiques marocaines notables, qu\u2019il s\u2019agisse de la reconnaissance am\u00e9ricaine de d\u00e9cembre 2020 ou de l\u2019\u00e9largissement des soutiens \u00e0 l\u2019autonomie. Une corr\u00e9lation temporelle ne vaut pas preuve de causalit\u00e9, et il serait abusif d\u2019en tirer une d\u00e9monstration. Elle invite n\u00e9anmoins \u00e0 traiter les pics de pression comme des variables \u00e0 expliquer, plut\u00f4t que comme des \u00e9v\u00e9nements isol\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les effets de ces strat\u00e9gies sont, jusqu\u2019ici, incertains, voire contre-productifs. La r\u00e9solution 2797, la multiplication des soutiens europ\u00e9ens et le d\u00e9placement du d\u00e9bat vers l\u2019autonomie (Konrad-Adenauer-Stiftung, 2025) montrent que la pression n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 le Royaume d\u2019\u00e9largir ses appuis. La mobilisation de 2025 a elle-m\u00eame vis\u00e9 l\u2019action gouvernementale plut\u00f4t que l\u2019institution monarchique et a pris la forme d\u2019un appel au roi (Arab Center Washington DC, 2025), ce qui rejoint l\u2019observation de Benabdelkader (2024) selon laquelle les tentatives de provocation visant la monarchie ont souvent renforc\u00e9 l\u2019attachement des Marocains \u00e0 celle-ci, m\u00eame si cette lecture, issue d\u2019une tribune d\u2019opinion, doit \u00eatre mani\u00e9e avec prudence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il reste que l\u2019argument du \u00ab&nbsp;complot&nbsp;\u00bb ne saurait tenir lieu d\u2019analyse. Une exception qui se d\u00e9fendrait uniquement en d\u00e9non\u00e7ant ses adversaires serait fragile. La diff\u00e9rence entre une pression instrumentale et une critique l\u00e9gitime ne se tranche pas par l\u2019identit\u00e9 de l\u2019\u00e9metteur, mais par la v\u00e9rifiabilit\u00e9 des faits et la coh\u00e9rence des crit\u00e8res. Un \u00c9tat qui applique \u00e0 lui-m\u00eame les standards qu\u2019il revendique pour autrui, et qui accepte l\u2019examen de ses pratiques, d\u00e9sarme \u00e0 la fois la critique de bonne foi et l\u2019instrumentalisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion&nbsp;: ni exemption, ni assimilation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exception marocaine n\u2019est ni un mythe ni un acquis. Elle est une construction historique, constitutionnelle et politique, qui doit sa singularit\u00e9 \u00e0 une continuit\u00e9 \u00e9tatique rare, \u00e0 une l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse et contractuelle codifi\u00e9e, \u00e0 un pluralisme identitaire constitutionnalis\u00e9 et \u00e0 une pratique de r\u00e9forme incr\u00e9mentale. Elle d\u00e9range parce que, dans un environnement r\u00e9gional o\u00f9 les r\u00e9cits dominants opposaient la stabilit\u00e9 autoritaire au chaos r\u00e9volutionnaire, elle sugg\u00e8re une troisi\u00e8me voie&nbsp;; parce qu\u2019elle bouleverse l\u2019\u00e9quilibre maghr\u00e9bin autour du dossier saharien&nbsp;; parce qu\u2019elle concurrence des projets id\u00e9ologiques sur le terrain du religieux&nbsp;; et parce qu\u2019elle s\u2019affirme comme un acteur autonome dans les relations euro-m\u00e9diterran\u00e9ennes et africaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019objectif v\u00e9ritable des tentatives d\u2019assimilation est donc de neutraliser un capital de l\u00e9gitimit\u00e9 compar\u00e9e&nbsp;: en rangeant le Maroc parmi des r\u00e9gimes interchangeables, on cherche \u00e0 r\u00e9duire son pouvoir de n\u00e9gociation, \u00e0 entraver son rayonnement et \u00e0 rouvrir des dossiers que le droit et la diplomatie tendent \u00e0 refermer. Mais la parade n\u2019est pas seulement discursive. Les enseignements de 2011, de 2016-2017 et de 2025 convergent&nbsp;: la stabilit\u00e9 ne vaut que si elle s\u2019accompagne d\u2019une justice sociale perceptible, d\u2019une reddition des comptes effective et d\u2019espaces d\u2019expression garantis. C\u2019est \u00e0 cette condition que la singularit\u00e9 marocaine, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre d\u00e9fendue, sera reconnue, non comme une exemption de la critique, mais comme la preuve qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 peut r\u00e9former son syst\u00e8me de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 son rythme et selon ses propres ressources historiques, culturelles et religieuses (Chtatou, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux pistes de recherche prolongent cette r\u00e9flexion. La premi\u00e8re consisterait \u00e0 mesurer, par des enqu\u00eates comparatives, la perception effective du mod\u00e8le marocain aupr\u00e8s des opinions publiques r\u00e9gionales et europ\u00e9ennes, afin de distinguer ce qui rel\u00e8ve des \u00e9lites et des m\u00e9dias de ce qui rel\u00e8ve des soci\u00e9t\u00e9s. La seconde serait de confronter syst\u00e9matiquement les trajectoires de l\u00e9gitimit\u00e9 maghr\u00e9bines, en int\u00e9grant les variables de rente, de coercition et de m\u00e9moire historique, pour tester l\u2019hypoth\u00e8se d\u00e9fendue ici&nbsp;: que la diff\u00e9rence entre le Maroc et les r\u00e9gimes auxquels on l\u2019assimile est une diff\u00e9rence de nature.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Anderson, L. (1991). 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(2024, 14 octobre). <em>Moroccan uniqueness under Mohammed VI<\/em>. Atalayar. https:\/\/www.atalayar.com\/en\/opinion\/mohamed-benabdelkader\/moroccan-uniqueness-under-mohammed-vi\/20241014120000206240.html<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Benchemsi, A. (2012). Morocco: Outfoxing the opposition. <em>Journal of Democracy, 23<\/em>(1), 57-69.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boum, A. (2013). <em>Memories of absence: How Muslims remember Jews in Morocco<\/em>. Stanford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brumberg, D. (2002). The trap of liberalized autocracy. <em>Journal of Democracy, 13<\/em>(4), 56-68.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Burke, E., III. (2014). <em>The ethnographic state: France and the invention of Moroccan Islam<\/em>. University of California Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cavatorta, F., et Dalmasso, E. (2009). Liberal outcomes through undemocratic means: The reform of the Code de Statut Personnel in Morocco. <em>Journal of Modern African Studies, 47<\/em>(4), 487-507.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Charai, A. (2011, 2 f\u00e9vrier). <em>The Moroccan exception<\/em>. Foreign Policy Research Institute. https:\/\/www.fpri.org\/article\/2011\/02\/the-moroccan-exception\/<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2014, 23 novembre). <em>Morocco: Model for Islam<\/em>. Gatestone Institute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2022, 7 juillet). <em>Le Maroc, pays du multiculturalisme<\/em>. Amadal Amazigh.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chtatou, M. (2023, 28 mars). <em>Salient aspects of Moroccan Judaism<\/em>. Eurasia Review.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies. (2025). <em>R\u00e9solution 2797 (2025)<\/em> (S\/RES\/2797). Organisation des Nations Unies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cour internationale de Justice. (1975). <em>Sahara occidental&nbsp;: Avis consultatif<\/em>. Recueil C.I.J. 1975, 12.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dalmasso, E., et Cavatorta, F. (2013). Democracy, civil liberties and the role of religion after the Arab awakening: Constitutional reforms in Morocco and Tunisia. <em>Mediterranean Politics, 18<\/em>(2), 225-241.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hammoudi, A. (1997). <em>Master and disciple: The cultural foundations of Moroccan authoritarianism<\/em>. University of Chicago Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Herb, M. (1999). <em>All in the family: Absolutism, revolution, and democracy in the Middle Eastern monarchies<\/em>. State University of New York Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Konrad-Adenauer-Stiftung. 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Royaume du Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parlement europ\u00e9en. (2023). <em>R\u00e9solution du 19 janvier 2023 sur la situation des journalistes au Maroc, notamment le cas d\u2019Omar Radi<\/em> (2023\/2506(RSP)) (P9_TA(2023)0014).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pennell, C. R. (2000). <em>Morocco since 1830: A history<\/em>. Hurst &amp; Company.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Royaume du Maroc. (2011). <em>Constitution du Royaume du Maroc<\/em> (Dahir n\u00b0 1-11-91 du 27 chaabane 1432 [29 juillet 2011]). Bulletin officiel, n\u00b0 5964 bis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Said, E. W. (1978). <em>Orientalism<\/em>. Pantheon Books.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sheline, A. (2019). <em>Royal religious authority: Morocco\u2019s \u00ab&nbsp;Commander of the Faithful&nbsp;\u00bb<\/em>. 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Mobilisant la litt\u00e9rature sur la r\u00e9silience des monarchies arabes, l\u2019histoire longue de l\u2019\u00c9tat marocain, la Constitution de 2011 et des \u00e9pisodes r\u00e9cents (r\u00e9solution &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4380,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"advanced_seo_description":"","jetpack_seo_html_title":"","jetpack_seo_noindex":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[15,35,34],"tags":[59],"class_list":["post-8179","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-etudes","category-slider","category-trending","tag-mohamed-chtatou"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/oulemag.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/maroc.jpg?fit=575%2C322&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pfJc35-27V","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8179","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8179"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8179\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8180,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8179\/revisions\/8180"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8179"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8179"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8179"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}