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Les conditions de la renaissance de Malek Bennabi (5)

 Le Coran a formulé un principe biohistorique qu’il faudrait considérer de près, non pas à la lumière de la foi, mais à celle de la raison:  »Dieu ne change rien à l’état d’un peuple que celui-ci  n’ait, auparavant transformé son âme. »


L’ETERNEL RETOUR : La loi de l’Eternel retour est le point solsticial de l’histoire. Nietszche

L’histoire a des retours cycliques. Elle marque, parfois, les grandes dates d’une nation et ses gloires brillantes.

Il lui arrive de plonger d’autres nations dans un profond sommeil. Cette remarque prise en considération nous impose de comprendre notre situation faite de décadence et de chances de progrès et de résoudre nos problèmes sociaux en fonction cette phase dans laquelle nous nous trouvons dans le cycle de l’histoire.

Notre plus grande dérive du cheminement de l’histoire est sans doute notre ignorance de sa genèse. La plus grande erreur des élites est, peut-être, qu’elles escamotent cette considération de leurs calculs.

C’est là que commence notre désastre et notre égarement.

Rien d’étonnant, les désastres de l’histoire qui égarent le peuple de sa voie ne sont pas une exception, ils sont assez fréquents.

Notre histoire musulmane en compte au moins un: la bataille de Siffin qui a transformé l’ambiance de Médine chargée de piété et de motivation de progrès, en ambiance de Damas où se sont réunis les facteurs de la vie luxuriante et du ramollissement de la foi.

Il ne s’agit donc pas, à un instant déterminé, de dire n’imrorte quoi, de faire n’importe quel pas, mais d’approprier les sentiments, les pensées et les actes à la phase historique que l’on vit soi-même et non à celle que vit le voisin.

Dans ce domaine, tout plagiat est un suicide ou un assassinat: Le remède de n’importe quel problème est lié aux facteurs psycho-temporels, nés d’une certaine idée qui marque la naissance le processus de l’évolution sociale, dans les limites du cycle étudié. La différence est grande entre des problèmes que nous étudions dans le cadre du cycle temporel occidental et des problèmes engendrés à l’intérieur du cycle islamique.

C’est sur un problème qui se pose en 1367 et non en 1948 que j’essaye de me pencher ici.

Je sais que cette mise au point répugne aux gens qui aiment se griser de mots séduisants et qui s’accommodent de solutions toutes faites empruntées chez le voisin.

Je ne veux pas dire toutes les raisons de cette répugnance à une mise au point pourtant nécessaire et capitale.

Le peuple algérien, répétons-le, est en 1367, c’est-à-dire au point de son cycle où toute son histoire est encore une simple virtualité.

Le fait est d’ailleurs commun à tous les peuples de l’Islam. Le problème est celui d’une civilisation à sa genèse.

Il ne se pose pas, il est vrai, mais se repose, comme jadis il y a 1367 ans, avec les mêmes conditions sociales, morales et matérielles. Celles-ci sont aggravées, il est vrai, par toutes les données de l’homme post-almohadien, c’est-à-dire par les séquelles d’une décadence.

On l’a dit en un mot: le monde musulman renaît.

Disons: le peuple algérien, en particulier, doit renaître

En a-t-il les possibilités, les moyens?

C’est la question capitale.

Le  »Oui » ou le  »Non » qui y répondent ne doivent pas être dus, au caprice, mais aux normes de l’histoire: les  »sunnans immuables’ soulignées par le Coran lui-même et traduites en langage humain grâce au génie d’lbn Khaldoun.

Pour un peuple qui émerge du néant, comme le peuple algérien encore tout engourdi de son sommeil archiséculaire, il s’agit de savoir d’abord s’il dispose du levier nécessaire pour soulever son destin.

 Le Coran a formulé un principe biohistorique qu’il faudrait considérer de près, non pas à la lumière de la foi, mais à celle de la raison:  »Dieu ne change rien à l’état d’un peuple que celui-ci  n’ait, auparavant transformé son âme. »

Si cela était historiquement vrai, on pourrait répondre  »Oui » à la question posée, à condition, toutefois, que le peuple algérien soit capable d’utiliser le levier de son destin: son âme. Il y a donc deux conditions à vérifier: s’assurer que le  »principe coranique est historiquement vrai et que son application au problème algérien demeure possible.

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