Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (2)

1/ Le Commandeur des Croyants : Une restructuration du champ religieux au profit de l’unité et de la paix spirituelle
« Depuis que Nous avons assumé les charges d’Amir Al Mouminine, Nous astreignant au pacte sacré de l’allégeance et aux devoirs qui en découlent d’assurer la protection de la religion et de ses adeptes, Nous avons constamment porté la plus haute attention aux
affaires religieuses, veillant à ce que les institutions qui s’en occupent s’acquittent au mieux des missions qui leur sont dévolues et que la situation des personnes qui en ont la charge reçoive toute l’attention voulue. Notre démarche s’inscrit dans le prolongement de la voie que Nos vénérés ancêtres avaient empruntée pour préserver la sécurité spirituelle du Maroc et l’unité du rite Malékite ».
Extrait du discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le préserve le 30 Avril 2004 relatif à la restructuration du champ religieux au Maroc.
L’engagement royal à réformer le champ religieux traduit un souci d’attachement à l’unité doctrinale de la Oumma qui n’a d’égal que l’impératif constitutionnel de préservation de l’unité nationale. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les réformes
relatives à la rénovation des structures du Conseil Supérieur des Oulémas, la mise à niveau des Imams, la valorisation du rôle des mosquées et l’intérêt accordé aux savantes dans le domaine de la vie familiale et de la prise en charge des questions
propres à la femme.
Sur le plan des médias, les chaines de radio et de télévision Mohammed VI du saint Coran, créées à l’initiative de Sa Majesté le Roi-Amir Al Mouminine-connaissent
un succée incontestable et un rayonnement qui dépasse les frontières du Royaume. Sa Majesté le Roi Mohammed VI –Que Dieu le protège- s’est également intéressé à la réhabilitation de l’enseignement originel et des écoles coraniques en termes de consécration solennelle de leur rôle important en matière d’encadrement religieux.
Les causeries religieuses que préside –chaque mois de Ramadan- Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine, démontrent également la sollicitude dont le Souverain entoure
le culte musulman.
Ces causeries ont confirmé la singularité du Royaume en tant que pays de rayonnement d’un Islam tolérant et modéré; De même qu’elles ont connu sous l’ère de Sa Majesté
le Roi Mohamed VI –Que Dieu le garde- un renouveau qualitatif avec la mise à contribution de la femme savante.
Fidèle à cette approche novatrice en matière religieuse, Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu l’assiste- a présidé le vendredi 12 juin 2014 la cérémonie de présentation du «plan de soutien» à l’encadrement religieux au niveau local. Ce plan met davantage en relief l’exceptionnalité du modèle marocain de gestion de la chose religieuse, et qui suscite l’intérêt au double plan continental et international. Un communiqué du Cabinet
Royal souligne que ce plan vise à prémunir les mosquées de toute exploitation et à améliorer le niveau de qualification au service des valeurs religieuses notamment celle relatives à la citoyenneté, et ce en conformité avec les principes du rite Malékite que les marocains ont adoptés.
Le professeur Mohamed Tozy lie l’hégémonie de la Monarchie, d’abord au monopole de la production de la symbolique religieuse, et ensuite à la capacité de l’Etat à diffuser le sens des concepts politiques imprégnés d’une connotation religieuse.
Par ailleurs, l’occupation du champ religieux par la Monarchie est marquée par une gestion rationnelle et plus ouverte du fait religieux.
Les fondements de la légitimité religieuse : Le modèle califale et le pacte d’allégeance démontrent la centralité de la religion dans le dispositif de légitimation de la monarchie.1 L’existence de l’institution califale est indispensable pour éviter la fitna,
synonyme d’anarchie politique et religieuse.2 D’ou la nécessité de son omnipotence dans la mesure où il s’agit d’un vicariat de Dieu3.
Le Roi : Amir Al Mouminine :
Il s’agit de l’un des attributs fondamentaux de la Royauté
qui fait de son titulaire, le Monarque, le support d’une légitimité
religieuse. Il est le chef d’une communauté des croyants, qui
est, essentiellement et conformément à la vision islamique, une
communauté politique.
A ce titre, il est le gardien actif du consensus des musulmans, qui attribue un sens à la vie d’une collectivité, dont l’invariant culturel fondamental, est le sunnisme.
Il dispose donc de pouvoirs qui ne sont pas illimités parce que devant être exercés conformément au Coran, à la Sunna mais dont l’interprétation qui en a été globalement donnée est assez large.
C’est en ces derniers termes qu’Abdellatif Mennouni commente le qualificatif « Amir Al Mouminine » attribué au Roi du Maroc et qui consolide la tradition marocaine en matière de culte musulman4.
L’article 41 de la constitution est ainsi rédigé « Le Roi Amir Al Mouminines, veille au respect de l’Islam. Il est le garant du libre exercice des cultes. Il préside le conseil supérieur des Oulémas, chargé de l’étude des questions qu’il lui soumet. Le conseil
est la seule instance habilitée à prononcer les consultations religieuses(Fatwas) officiellement agréées, sur les questions dont il est saisi et ce, sur la base des principes, préceptes et desseins tolérants de l’Islam. Les attributions, la composition et les modalités de fonctionnement du conseil sont fixées par dahir.
Le Roi exerce par dahirs les prérogatives religieuses inhérentes à l’institution d’Imarat Al Mouminine qui lui sont conférées de manière exclusive par le présent article. »
Cette disposition constitutionnelle est chargée d’une symbolique religieuse très puissante qui place le Souverain dans la constitution et au dessus d’elle, en lui assurant la sacralité de ses pouvoirs spirituel et temporel. Cette sacralité concerne également la personne physique du Souverain5, qui est ainsi à l’abri de toute atteinte physique et morale et de toute poursuite judiciaire sous peine de sanctions prévues par le code pénale.
Il ne peut faire l’objet de critique ni être représenté d’une façon caricaturale. Les actes et les édits royaux (Dahirs et messages) ne doivent, sous aucune forme, être critiqués et sont inattaquables pour excès de pouvoir.
L’essence de cette sacralité d’Amir Al Mouminine trouve ses origines dans l’acte d’allégeance qui unit le peuple marocain à son Roi. Cet acte n’admet aucune atteinte au risque d’enfreindre une loi divine et de désacraliser une figure de piété islamique
Cette conception est confortée par l’unanimité des grands Imams et de la communauté musulmane sur la légitimité juridique de l’intronisation de l’Imam et de l’installation du Califat6. Ils se sont référés à la parole de Dieu : « Et lorsque le seigneur dit aux anges: Je vais designer un lieutenant sur la terre ».
La parole du prophète met également en relief l’importance des imams et le respect qui leur est dû. Ceci se trouve dans plusieurs hadiths tels : « Le sultan est l’ombre de Dieu sur terre ». Ou encore celui qui rend hommage au Sultan sur cette terre, Dieu l’honorera au jour du jugement dernier » ; de même que « Celui qui manque au respect du Sultan retrouvera Dieu le jour du jugement dernier sans aucune preuve en sa faveur, celui qui
meurt sans avoir prêté allégeance, meurt dans l’obscurité ».
Le prophète a également dit que « celui qui ne supporte pas un acte de son prince, qu’il prenne patience, car celui qui se met un tant soi peu en dehors de l’autorité du Sultan, meurt dans l’ignorance ».
Par ailleurs, ce qui caractérise le système politique marocain par rapport à d’autres, c’est la désignation du chef de l’Etat qui n’obéit pas à des élections au suffrage universel mais plutôt au facteur principal de la « Chérifibilité ». Certains légistes affirment que le chef de l’Etat doit appartenir à la tribu des Koraïchites, et qu’il s’agit d’une loi valable en tous lieux et en tous temps7.
La dynastie Alaouite jouit d’un référent généalogique impliquant une relation directe avec le prophète qui fait l’unanimité de la Umma. La désignation du Commandeur des
Croyants ne pose aucun problème au Maroc. Elle participe de l’adhésion de la communauté au pacte d’allégeance qui unit le Roi au peuple et qui est compatible avec les principes de la sharià.

Le statut d’Amir Al Mouminine confère à Sa Majesté le Roi l’exercice de plusieurs compétences dans le domaine religieux.
Outre le fait d’assurer la continuité de la confessionnalité islamique de l’Etat, de diriger la prière et le pèlerinage, le Souverain qui «veille au respect de l’Islam » définit par dahir, et non par décrets, l’organisation et les attributions du ministère des Habous et des Affaires Islamiques, et il est la seule autorité habilitée à créer des institutions religieuses (Conseil Supérieur des Oulémas). Du point de vue sociologique, Le statut de
Commandeur des Croyants répond également au besoin de la collectivité d’entretenir le sentiment de cohésion et d’unité.
C’est dans cette approche unificatrice, pacifiste et pacifiante que s’inscrit l’adoption par le Royaume du rite Malékite qui constitue un patrimoine civilisationnel et social et une identité religieuse unifiante.8
Avec l’intronisation de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI -que Dieu le préserve- ayant apporté un lot de changement, l’institution de la Bey’a, qui fût le premier acte d’investiture du nouveau Souverain, a subi une évolution remarquable.
L’immédiateté, la forte codification, le rang hiérarchique de ceux qui viennent procéder à la Bey’a au nouveau Monarque, son contenu, tout montre alors le sens particulier qu’elle revêt: un sens novateur parce que les corps constitués, l’armée, les
partis, les mouvements de femmes prennent rang avant les oulémas. En somme, la Bey’à sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le protège- traduit l’évolution et la modernisation de la société. Elle n’est pas survivance protocolaire et archaïque.9
On ne pouvait mieux décrire l’apparente émergence d’une nouvelle conception de l’allégeance. La Bey’à qui revêt, toujours, un caractère contractuelle, n’est pas exclusivement religieuse. Son impact et son sens se sont trouvés davantage
renforcés par la proximité du Roi au peuple- revigoré par l’espoiret les visites du Souverain dans plusieurs villes du Royaume.
Les signes d’une volonté progressive d’affranchissement des comportements imposés par les interprétations religieuses vont se multiplier. Le désintéressement – certes relatif – du Souverain pour le rituel du baisemain, traduisant un pouvoir paternaliste et
un serment de fidélité, la célébration de la cérémonie du mariage de Sa Majesté et surtout l’apparition au public de l’épouse du Roi, ont été autant de signes vite assimilés à une rupture avec les procédés makhzeniens, marqués par une religiosité rigoureuse,
et l’amorce d’une modernité annonciatrice d’une véritable transition démocratique. Le Souverain a bien signifié d’une manière claire et sans équivoque son intention et sa volonté de gouverner selon ses propres convictions et entend imposer son style. Et pour bien montrer la voie, Sa Majesté avait déclaré à Charles Lombroschini: « Mon rythme est celui du Maroc. Ce n’est pas nécessairement le même que celui que veulent nous imposer, avec arrogance et ignorance, certains observateurs transformés en procureurs. Depuis leurs cafés du commerce, ces gens veulent mettre le Maroc et son Roi au diapason de leur propre fantasme. Ce temps est révolu ».10
Cette évolution, interprétée en termes d’adaptation de l’orthodoxie religieuse à la modernité, ne peut en aucun cas altérer le caractère sacré, et la solidité du lien d’allégeance placé à l’unanimité au dessus de toute considération politique et de toute surenchère. Abdelkbir Alaoui Mdaghri en donne l’illustration extrême en se référant à l’histoire récente du Maroc, lorsque feu Sa Majesté le Roi Mohammed V s’était sacrifié lui, sa famille, et son trône , pour ne pas trahir le serment qui le liait à ses sujets; de même que le peuple a préféré la souffrance, et la mort, pour ne pas trahir, non plus, le serment qui le liait à son Roi légitime, auquel il avait prêté allégeance selon le livre de Dieu, et la tradition de son prophète.
1- Mohamed Tozy:” Réformes politiques et transition démocratique” in Maghreb-
Machrek n° 164 Avril-Juin 1999 p 66
2- Idem p 71
3- Mohamed Tozy:” Monarchie ..” op cit p 32
4- Abdellatif Mennouni : « Le recours à l’article 19, une nouvelle lecture de la
constitution » RJPEM n° 15, 1989, p 30.
5- Code pénal, article 163 à 180.
6- Abdellah Hammoudi, « Maitre et Disciple »,Ed.Larose et Ed Toubkal,2001,p 33
7- Abdelkébir Alaoui M’daghri, « Principes de droit islamique », conférences
religieuses du mois de Ramadan. Publication du ministère des habbous et des
affaires islamiques ,1998 p 28.
8- Idem P28
9- www .habous .gov.ma
10- Interview accordée par SM le Roi Mohammed VI au quotidien français « le figaro » 26 Mars 2013
A suivre
Mohammed Jelmad



