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Le choix religieux du Maroc : Un trait d’union spirituel avec l’Afrique de l’Ouest et un rempart contre l’extrémisme

L’identité religieuse du Maroc repose sur le triptyque doctrinal et jurisprudentiel indissociable: le rite jurisprudentiel (fiqh) malikite, l’école théologique ach’arite, et le soufisme sunnite (soufisme de l’imam al-Junayd). Cet édifice confessionnel est placé sous l’égide de l’Institution de l’Imarat al-Mouminin (la Commanderie des Croyants).

Loin de se limiter aux frontières géographiques du Royaume, ce modèle religieux a largement rayonné au-delà du Sahara, devenant le ciment d’une communauté de pratique et de pensée partagée avec les peuples d’Afrique de l’Ouest. Historiquement, cette alliance doctrinale a non seulement unifié la pratique religieuse transsaharienne, mais elle a également constitué un puissant bouclier contre les courants extrémistes.

​1. Unification de la pratique religieuse entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest

​L’expansion de l’Islam en Afrique de l’Ouest (dans des régions comme le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, le Niger ou le Nord du Nigeria) ne s’est pas faite par la conquête militaire, mais par les routes commerciales et les caravanes de savants et de soufis. C’est ainsi que le modèle maroco-andalou s’est naturellement implanté dans la région.

​Le rite malikite : Souplesse et pragmatisme jurisprudentiel

​Le malikisme se distingue par sa prise en compte des coutumes locales (Al-’Urf) tant qu’elles ne contredisent pas les textes sacrés. Cette flexibilité a permis une intégration harmonieuse de l’Islam au sein des structures sociales et culturelles ouest-africaines. En unifiant les règles du culte (prière, jeûne, transactions), le malikisme a créé un espace juridique et rituel commun de Marrakech à Tombouctou.

​ L’ach’arisme : La voie du juste milieu

Sur le plan de la croyance (Aqidah), la théologie ach’arite offre un cadre rationnel et modéré. En conciliant harmonieusement la révélation scripturaire (An-Naql) et la rationalité (Al-’Aql), l’ach’arisme récuse catégoriquement l’excommunication (Takfir) des musulmans pour de simples péchés. Cette approche inclusive fait écho au verset coranique définissant les croyants comme une communauté du juste milieu [1]. Elle a historiquement favorisé la coexistence pacifique et préservé la cohésion sociale au sein de sociétés ouest-africaines multiethniques.

​Les confréries soufies : Le canal de transmission

​Le soufisme (notamment à travers les voies Tijaniyya, Qadiriyya et Shadhiliyya) a donné une dimension spirituelle et humaine à cette unité. Les centres spirituels de Fès ou de d’autres villes marocaines sont restés des lieux de pèlerinage et de formation pour les oulémas (savants) subsahariens, consolidant des liens de fraternité indéfectibles.

​2. Un rempart historique et contemporain contre les mouvements extrémistes

​Tout au long de l’histoire, la conjugaison du malikisme et de l’acharisme a servi de système immunitaire contre les idéologies radicales et les dérives dogmatiques.

​Le rejet du Takfir (l’excommunication)

​Les mouvements extrémistes, qu’ils soient historiques (comme les courants kharijites) ou contemporains (les idéologies littéralistes et djihadistes), reposent souvent sur une vision binaire et l’exclusion de l’autre. L’école achyarienne, en interdisant de déclarer mécréant (Kafir) un croyant qui prie en direction de la Qibla [2, 3].

En désarmant scientifiquement la théologie de l’exclusion, elle protège le tissu social des violences fratricides légitimées au nom de la religion.

​La centralité de la Commanderie des Croyants (Imarat al-Mouminin)

​L’institution de la Commanderie des Croyants au Maroc offre une légitimité religieuse suprême qui transcende les clivages politiques. Historiquement, les sultans marocains ont utilisé cette autorité pour émettre des fatwas (avis juridiques) et envoyer des émissaires afin de contrer les rébellions extrémistes ou les lectures déviantes de la religion, tant au Maroc qu’en coordination avec les dirigeants et émirs d’Afrique de l’Ouest.

​ Les réponses face aux défis contemporains

​Aujourd’hui, face à la montée des menaces terroristes et du fanatisme dans la région sahélo-saharienne, cette alliance religieuse historique trouve une résonance moderne. À travers des institutions comme la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains ou l’Institut Mohammed VI pour la formation des Imams, Morchidines et Morchidates, le Maroc et ses partenaires ouest-africains s’appuient précisément sur ce patrimoine malikite-achyarien commun pour déconstruire les discours radicaux et former une nouvelle génération de leaders religieux porteurs des valeurs de paix et de juste milieu.

​Conclusion

​En somme, le choix religieux du Maroc, partagé avec l’Afrique de l’Ouest, va bien au-delà de la simple pratique cultuelle. Le malikisme et l’acharisme ont façonné une « civilisation de la tolérance » et une diplomatie spirituelle unique. En privilégiant la modération, le respect des contextes locaux et le refus de l’extrémisme, ce modèle demeure, hier comme aujourd’hui, un facteur indispensable de paix, de sécurité et de cohésion culturelle pour l’ensemble de la région transsaharienne.


[1] Le Coran – Sourate Al-Baqarah (2), Verset 143

وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَـٰكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِّتَكُونُوا شُهَدَآءَ عَلَى ٱلنَّاسِ وَيَكُونَ ٱلرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا

« Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de juste milieu pour que vous soyez témoins envers les gens, et que le Messager soit témoin envers vous. »

[2] Sahih al-Bukhari – Livre des bonnes manières, Hadith 6100

إِذَا قَالَ الرَّجُلُ لأَخِيهِ يَا كَافِرُ فَقَدْ بَاءَ بِهَا أَحَدُهُمَا

Le Messager d’Allah (SWS) a dit : « Si un homme dit à son frère : « Ô mécréant ! », alors l’un d’eux l’est certainement. »

[3 Sahih Muslim – Livre de la foi, Hadith 213

إِذَا كَفَّرَ الرَّجُلُ أَخَاهُ فَقَدْ بَاءَ بِهَا أَحَدُهُمَا

Il est rapporté sous l’autorité d’Ibn ‘Umar que l’Apôtre d’Allah (SWS) a dit : « Quand un homme qualifie son frère de mécréant, cela retombe sur l’un des deux. »

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