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Le Sceptre et la Vertu : L’impératif éthique sous le règne du Roi Mohammed VI (1) – par Mohammed Jelmad

En mettant en relief la cohérence entre les discours royaux fondateurs se ressourçant des valeurs religieuses et des principes universels des droits de l’homme d’une part et les actes du Roi Mohammed VI, entreprend pour traduire ces valeurs et principes dans la réalité, tant au Maroc qu’à l’étranger, ce travail souhaite modestement enrichir le corpus de la littérature Monarchique, pour que vive et rayonne la mémoire de notre modèle de gouvernance.


L’étude des institutions politiques ne saurait se limiter à la froide exégèse des textes juridiques ou à la simple chronique des dynamiques de pouvoir. Elle exige, pour être pleinement féconde, d’en saisir l’âme, les ressorts éthiques et la continuité historique. C’est cette conviction profonde qui guide mon engagement scientifique et citoyen en faveur du développement d’une littérature monarchique renouvelée, dédiée à la promotion et à la mise en lumière de la singularité de la monarchie marocaine, une institution unique dans le paysage constitutionnel et spirituel contemporain.

La production d’une telle littérature ne répond pas à une simple démarche de célébration ; elle s’impose comme une nécessité académique pour décrypter la trajectoire d’un État-nation qui a su ancrer sa modernité dans la sacralité de ses traditions. Comprendre le Maroc d’aujourd’hui, c’est appréhender la plasticité d’une gouvernance capable de mener des réformes sociétales d’envergure tout en préservant le ciment spirituel qui unit le Trône et le Peuple. Une telle littérature s’impose également, à mon humble avis, comme une nécessité stratégique et objective, pour faire face à la floraison d’écritures subjectives pour ne pas dire autre chose, marquées par l’obsession d’une critique gratuite d’un régime politique qui a toujours fait montre d’une grande stabilité et d’une unité indéniables.

Mon cheminement de chercheur au cœur de cette thématique est marqué par deux initiatives majeures. En 2023, la publication de mon ouvrage intitulé : « Le Commandeur des Croyants : visions éclairées et perspectives prometteuses »,  m’a permis d’analyser la dimension programmatique et prospective de l’action royale, en montrant comment la vision du  Souveraine anticipe les mutations du siècle. Plus récemment, en 2026, mon second ouvrage, « La Commanderie des Croyants : singularité Marocaine », est venu prolonger cette réflexion en se focalisant sur l’exceptionnalité de ce concept institutionnel, véritable clé de voûte de notre architecture nationale, garant du pluralisme et d’un Islam du juste milieu.

Ce nouvel écrit s’inscrit dans la continuité directe de ce triptyque en construction. Il ambitionne d’offrir aux chercheurs, aux praticiens du droit et aux citoyens une grille de lecture rigoureuse de la doctrine royale. En mettant en relief la cohérence entre les discours royaux fondateurs se ressourçant des valeurs religieuses et des principes universels des droits de l’homme d’une part et les actes de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le protège- entreprend pour traduire ces valeurs et principes dans la réalité, tant au Maroc qu’à l’étranger, ce travail souhaite modestement enrichir le corpus de la littérature Monarchique, pour que vive et rayonne la mémoire de notre modèle de gouvernance.

INTRODUCTION

L’éthique et la démocratie entretiennent une relation de dépendance mutuelle. Si la démocratie fournit le cadre juridique et institutionnel permettant l’expression des libertés, l’éthique en constitue la sève morale et le garant de sa pérennité. En effet, si la démocratie ne peut fonctionner sans la confiance des citoyens envers leurs représentants et leurs institutions, l’éthique est l’outil principal de construction et de préservation de cette confiance. Celle-ci se construit à travers deux éléments majeurs :

*La moralisation de la vie publique qui présume l’existence de règles éthiques strictes (transparence des patrimoines, lutte contre les conflits d’intérêts, interdiction de la corruption) garantissant que les décideurs agissent pour le bien commun et non pour la réalisation  d’intérêts personnels.

 *La culture de la redevabilité puisque l’éthique démocratique impose le principe de reddition de comptes. Un dirigeant n’est pas seulement jugé sur la légalité de ses actes, mais sur leur exemplarité morale et leur alignement avec les promesses d’équité sociale.

Les institutions constitutionnelles (séparation des pouvoirs, justice indépendante) sont indispensables, mais elles restent insuffisantes si les acteurs politiques ne sont pas animés par une  éthique de la responsabilité vue qu’une démocratie saine repose sur l’autolimitation. L’éthique empêche l’utilisation perverse des lois à des fins partisanes et préserve la civilité du débat public. Sans elle, la compétition politique se transforme en une guerre de tous contre tous où la fin justifie les moyens. Malheureusement, l’observateur de la scène politique marocaine ne peut que constater, à la veille des élections de septembre 2026, une absence presque totale de l’éthique dans l’action partisane.

Face aux doutes et aux incertitudes qu’inspirent les partis politiques qui craignent que le taux d’abstention électoral, n’atteigne un seuil très bas, l’institution monarchique, porteuse de l’éthique de la vérité et de la probité politique, constitue une véritable digue face à la démagogie et le seul antidote durable face aux discours populistes et à la manipulation des émotions populaires. En sacralisant des valeurs immuables comme la vérité, la dignité humaine et le respect de l’autre, l’éthique transforme la démocratie d’un simple mode de gouvernement en un idéal de civilisation.

 Chapitre 1 : La parole et la doctrine : l’impératif éthique comme clé de voute du Discours Royal 

L’analyse de la présence de l’éthique dans les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste-  révèle que celle-ci n’est pas une simple clause de style ou un supplément d’âme rhétorique. Elle constitue la colonne vertébrale doctrinale et la clé de voûte de la légitimation des choix politiques, économiques et sociaux du Royaume.

Dans la tradition politique marocaine, le discours royal est programmatique: il fixe les orientations stratégiques de l’État. L’éthique y est mobilisée à travers un triple référentiel  religieux, constitutionnel et universel pour justifier l’action publique.

Le discours royal opère ainsi une synthèse permanente entre trois sources de moralité, évitant  le piège d’une modernité déracinée ou d’un traditionalisme figé.

 1/ Le référentiel islamique réformateur ( Maqasid al-Shari’ah): En tant qu’Amir Al-Mouminin, Sa Majesté  le Roi utilise l’éthique finaliste de l’Islam. Le discours ne se limite pas à un rappel dogmatique ; il invoque les Maqasid (les finalités supérieures de la religion : préservation de la vie, de la dignité, de la justice) pour légitimer les réformes modernisatrices, notamment le Code de la famille.

 2/ Le référentiel des Droits de l’Homme et des valeurs universelles: Les notions de dignité (Karama), d’équité (Insaaf) et de justice sociale sont omniprésentes. Le discours royal s’approprie le lexique international des droits humains pour l’intégrer au logiciel national.

 3/ L’éthique de la responsabilité et du devoir patriotique: Sa Majesté le Roi s’adresse souvent à la nation en insistant  sur le civisme et la probité, liant la citoyenneté à un engagement moral envers la collectivité.

L’analyse des allocutions royales permettent par ailleurs de dégager les grands axes thématiques de l’éthique discursive à savoir :

a- L’éthique de la Solidarité et de l’Équité Sociale :

Le discours royal rejette explicitement un capitalisme sauvage ou une croissance économique déconnectée du bien-être humain. La formule de « l’État social » est devenue le leitmotiv des discours de la fête du Trône et de l’ouverture du Parlement ; La lutte contre les disparités territoriales et de classe est présentée comme un devoir éthique de justice, et non comme une simple régulation budgétaire. Les chantiers de l’INDH ou de la protection sociale universelle sont ainsi introduits sous l’angle du droit à la dignité pour chaque Marocain.

b- L’éthique de la Tolérance, de l’Altérité et de la Paix :

 L’éthique de la coexistence présente dans les discours Royaux  définit parfaitement le positionnement international et spirituel du Maroc. Elle est fondée sur deux principes importants :

 – La modération religieuse que promeut le discours royal condamnant de manière constante le fanatisme et l’extrémisme, en opposant à la violence idéologique l’éthique de la Wassatiyya (le juste milieu) et de l’ouverture.

– Et  le Pluralisme identitaire consacré par le discours fondateur de la Constitution de 2011 qui a consacré l’identité plurielle (affluents hébraïque, andalou, amazigh, africain), posant l’éthique de la reconnaissance culturelle comme ciment de la cohésion nationale.

 c-  L’éthique de la Responsabilité Globale :

Le discours royal projette également cette éthique à l’échelle internationale, particulièrement dans la politique africaine du Royaume notamment à travers :

 -Le co-développement humain sur lequel Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait insisté à l’occasion du retour du Maroc au sein de l’Union Africaine. Le discours Royal sur l’Afrique- qui doit faire confiance à l’Afrique- traduisait une éthique de la fraternité et du partenariat sud-sud, loin des logiques mercantilistes ou post-coloniales.

 – et  la Justice climatique puisque  devant les instances de l’ONU ou lors des COP, le discours Royal plaide pour une éthique environnementale globale, insistant sur la responsabilité morale des pays industrialisés envers le continent africain, principal affecté  par le réchauffement de la planète.

Il est important de souligner que la centralité de l’éthique dans la parole royale en traduit la pertinence  politique et sociologique puisqu’elle remplit  trois fonctions majeures :

-D’abord une  fonction d’arbitrage et de consensus: Le Maroc étant une société traversée par des courants conservateurs et progressistes, l’éthique royale sert de dénominateur commun. En enveloppant une réforme moderne (comme l’égalité homme-femme ou les libertés) dans une éthique islamique éclairée, le discours désamorce les clivages idéologiques.

– Ensuite une  fonction d’exemplarité et de reddition de comptes: les discours royaux de ces dernières années ont introduit une éthique de la gouvernance stricte (critique de l’administration, appels à la compétence, principe de corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes). L’éthique devient ici un outil de moralisation de la vie publique.

– Enfin, une fonction de résilience nationale: face aux crises (comme la pandémie de Covid-19 ou le séisme d’Al Haouz), le discours royal a réactivé immédiatement l’éthique de la solidarité historique des Marocains (Tadamoun), transformant une valeur morale en une force de mobilisation logistique et humaine sur le terrain.

 En définitive, l’éthique dans les discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le protège-  n’est pas périphérique : elle est le  vecteur d’une modernité endogène.  Elle postule que le développement politique, économique et social, du Maroc n’a de sens que s’il est indexé sur des valeurs humaines immuables, garantissant que le progrès matériel ne se fasse jamais au détriment de la cohésion spirituelle, sociale et culturelle du pays.

Chapitre II : L’éthique vécue : l’empreinte humaine de Amir Al Mouminin au cœur de la cité.

L’éthique de la gouvernance du roi Mohammed VI s’appuie largement sur des valeurs manifestées dans son comportement personnel et ses interactions directes avec les citoyens. Au-delà des protocoles officiels, ces attitudes dessinent les contours d’une éthique de la proximité, de la modestie et de l’engagement direct.

*L’éthique de la proximité, Le Roi des pauvres (Malik al-Fouqara) : dès le début de son règne, le comportement personnel de Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rompu avec certaines rigidités protocolaires pour instaurer une culture de contact direct avec les populations les plus vulnérables.

 Sa Majesté a choisi la simplicité des interactions, et  lors de ses déplacements à travers le Royaume, le Souverain va régulièrement à la rencontre des citoyens, acceptant les salutations spontanées, les lettres de doléances et les photographies personnelles (selfies). Ce comportement a désacralisé la distance entre le gouvernant et le gouverné au profit d’une éthique de l’écoute.

 L’attention accordée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI  aux exclus est un autre aspect de l’éthique Royale.  D’ailleurs, le lancement de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) en 2005 procède de cette éthique personnelle. Sa Majesté Roi visite régulièrement des centres pour personnes âgées, des orphelinats et des quartiers informels, inscrivant la solidarité non pas comme une simple politique publique, mais comme un devoir moral personnel.

*L’éthique de la sollicitude et de l’empathie face à la détresse : dans les moments de crise nationale ou de drames individuels, le comportement du Souverain est marqué par une présence physique et un soutien moral immédiat. Qu’il s’agisse des attentats terroristes à Casablanca en 2003 ou à Marrakech en 2011, du séisme d’Al Hoceima en 2004 ou de celui d’El Haouz en 2023,  Sa Majesté le Roi s’est rendu sur place, au plus près des décombres et des rescapés. Les images de Sa Majesté embrassant le front de blessés ou faisant don de son propre sang au centre de transfusion de Marrakech illustrent une éthique de la compassion partagée, où le chef de l’État s’associe physiquement à la douleur de son peuple.

 Notons également que de manière très régulière, Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste-  prend en charge, sur ses deniers personnels, les frais médicaux de citoyens sans ressources atteints de maladies graves, d’artistes en fin de vie ou d’intellectuels en détresse, manifestant ainsi la dimension protectrice et paternelle attachée à sa fonction.

* L’éthique de la fidélité et de la reconnaissance humaine : un autre trait marquant du comportement personnel de Sa Majesté le Roi réside dans sa fidélité envers ceux qui ont servi la Nation, ainsi que son respect pour le pluralisme culturel et intellectuel.

  Qu’ils soient de hauts commis de l’État, des militants des droits de l’homme, des oulémas, ou des figures de la scène artistique et sportive, Sa Majesté veille à exprimer la reconnaissance de la Nation. Cela se traduit par des messages de condoléances particulièrement personnalisés lors des décès, ou par des décorations royales (Ouissams) remises pour saluer le mérite et l’exemplarité.  Le comportement de Sa Majesté le Roi exprime une éthique de la réconciliation avec l’histoire. En encourageant les travaux de l’Instance Équité et Réconciliation (IER) au début de son règne et en acceptant publiquement ses conclusions, le Souverain a fait preuve d’une probité morale rare, indispensable pour consolider la transition démocratique du pays.

* L’éthique de la modération et de l’authenticité : en tant qu’Amir Al-Mouminin, le comportement de Sa Majesté le Roi  Mohammed VI reflète un attachement aux valeurs d’un islam du juste milieu (Wassatiyya), fondé sur la tolérance et la sobriété. Au fait, il vit la piété dans la dignité. Ceci est parfaitement visible notamment  lors des causeries religieuses du Ramadan (Al-Dourous Al-Hassania) qu’il préside, Sa Majesté  écoute les savants – hommes et femmes – venus du monde entier dans une attitude d’humilité et de recueillement. De même, lors des prières du vendredi dans les différentes mosquées du Royaume, il s’inscrit dans la communauté des croyants sans distinction de rang.

 Le comportement personnel de Sa Majesté le Roi témoigne d’une ouverture d’esprit cosmopolite. Ses liens d’amitié avec des figures culturelles et intellectuelles d’horizons divers, ainsi que son action pour la réhabilitation du patrimoine judéo-marocain, illustrent une éthique vécue du respect de l’autre et de l’altérité.

En réalité, le comportement personnel de Sa Majesté le  Roi Mohammed VI- que Dieu le protège- humanise la fonction monarchique. En associant la rigueur de l’action politique à la sensibilité de la fibre humaine, il a su transformer le concept de pouvoir en un concept de service de la Nation. Pour le chercheur et l’observateur, ces attitudes ne sont pas de simples éléments de communication, mais l’expression d’une éthique comportementale cohérente qui fonde la légitimité affective et historique de la Monarchie marocaine.

A suivre

Mohammed Jelmad, docteur en droit public

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