Le Sceptre et la Vertu : L’impératif éthique sous le règne du Roi Mohammed VI (6) – par Mohammed Jelmad

Dans ses relations avec l’Algérie, la politique du Roi Mohammed VI est guidée par une éthique de la constance et de la patience stratégique. Face à la rupture et à la fermeture, Sa Majesté oppose systématiquement une rhétorique de paix, de réconciliation et de responsabilité historique, considérant que la géographie et l’histoire condamnent les deux nations à s’entendre.
Chapitre VII: La doctrine de la Main tendue : patience stratégique et éthique de la responsabilité face au différend régional.
Aborder la politique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste– envers l’Algérie sous l’angle de l’éthique revient à analyser une posture diplomatique constante, que la politologie et la diplomatie marocaine qualifient souvent de « doctrine de la main tendue »*.
Face à un différend régional complexe et de longue date, l’éthique royale se manifeste par le choix délibéré de la retenue, de la fraternité historique et du refus de l’escalade, privilégiant la morale de la responsabilité à celle de la confrontation.
* L’éthique de la fraternité historique et du bon voisinage : à maintes reprises, dans ses discours officiels (notamment ceux de la Fête du Trône), Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’adresse de manière constante au peuple algérien et à ses dirigeants avec un lexique de fraternité, refusant de laisser les tensions politiques altérer les liens humains et historiques. Sa Majesté le Roi a fait du refus de l’insulte et de l’invective une règle d’or de la diplomatie marocaine. Malgré les attaques médiatiques ou politiques directes, les discours royaux n’utilisent jamais de termes dégradants ou agressifs envers l’Algérie. L’éthique ici réside dans la préservation de la dignité des deux peuples.
Refusant également de sacrifier la sacralité des liens de sang, Sa Majesté le Roi rappelle régulièrement que le Maroc et l’Algérie sont plus que des voisins : ce sont des jumeaux séparés par une frontière artificielle. Il insiste sur le fait que la sécurité et la stabilité de l’Algérie sont intrinsèquement liées à celles du Maroc.
* La politique de « la main tendue » et l’appel au dialogue direct : l’une des manifestations les plus flagrantes de cette éthique est l’initiative royale de dépasser le statu quo par le dialogue, sans conditions préalables. Lors du discours de la Marche Verte en 2018, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a proposé de manière solennelle la création d’un « mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation » pour dépasser les différends. Le principe éthique était de mettre cartes sur table, de manière bilatérale, pour régler les blocages (notamment la question des frontières terrestres fermées depuis 1994) sans ingérence étrangère. Et alors même que les tensions étaient au plus haut niveau (rupture des relations diplomatiques décidée par Alger en août 2021), Sa Majesté le Roi a profité du discours du Trône de juillet 2022 pour rassurer les Algériens, affirmant que « jamais le Maroc ne fera de mal à l’Algérie » et invitant le président algérien à travailler main dans la main pour normaliser les relations.
* L’éthique de la solidarité face aux drames humains et environnementaux : pour Sa Majesté le Roi-que Dieu le protège-, l’éthique humanitaire doit immédiatement supplanter les calculs géopolitiques lorsque des vies sont en jeu. Ainsi, en août 2021, alors que la Kabylie et d’autres régions algériennes étaient ravagées par de gigantesques incendies de forêt faisant des dizaines de victimes, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a ordonné la mobilisation immédiate de deux avions bombardiers d’eau (Canadairs) des Forces Royales Air pour aider à éteindre les feux. Bien que l’offre soit restée sans réponse, le geste a illustré une éthique de la compassion immédiate face au drame d’un peuple frère.
* La vision éthique du co-développement ou l’idéal maghrébin : Sa Majesté le Roi Mohammed VI défend une éthique de l’avenir partagé, matérialisée par la construction de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), aujourd’hui en panne.
Dans la vision royale, maintenir les frontières fermées et les relations gelées est une faute éthique et économique envers les générations futures des deux pays. Le Souverain rappelle souvent que l’intégration économique (libre circulation des biens et des personnes) permettrait de gagner des points de croissance massifs, de créer des millions d’emplois pour la jeunesse marocaine et algérienne, et de peser ensemble face à l’Union européenne ou à l’Afrique subsaharienne.
Dans ses relations avec l’Algérie, la politique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI est guidée par une éthique de la constance et de la patience stratégique. Face à la rupture et à la fermeture, Sa Majesté oppose systématiquement une rhétorique de paix, de réconciliation et de responsabilité historique, considérant que la géographie et l’histoire condamnent les deux nations à s’entendre.
Chapitre VIII : L’éthique de la sollicitude et de la réconciliation : la Commanderie des Croyants face au drame humanitaire des camps de Tindoufs.
L’approche de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’égard des populations sahraouies retenues dans les camps de Tindouf (sud-ouest de l’Algérie) s’inscrit au croisement du droit international humanitaire, des responsabilités constitutionnelles liées à la Commanderie des Croyants (Amir Al-Mouminin) et de l’éthique de la main tendue.
Face à ce drame humanitaire qui dure depuis un demi-siècle, la posture royale se distingue par le refus de l’instrumentalisation politique et privilégie une éthique de la sollicitude, de la réconciliation et de la dignité.
* L’éthique du pardon et de la réconciliation : « La Patrie est clémente et miséricordieuse » : le socle éthique de la politique royale repose sur la formule historique, initialement prononcée par feu Sa Majesté le Roi Hassan II et consolidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI : « La Patrie est clémente et miséricordieuse »* (Inna al-watan ghafouroun rahim). Cette doctrine n’est pas un vain mot ; elle s’est traduite par l’accueil sans condition de milliers de ralliés (cadres civils, militaires ou simples familles) ayant fui les camps de Tindouf pour regagner le Maroc. Aucun d’entre eux n’a fait l’objet de poursuites ou de représailles judiciaires pour ses positions passées. On comprend que Sa Majesté le Roi oppose à la logique du conflit et du bannissement une éthique de la réconciliation nationale. Les personnes de retour sont immédiatement réintégrées dans le tissu social, économique et administratif du Royaume, se voyant restituer la plénitude de leurs droits citoyens.
* L’éthique de la sollicitude ou l’Initiative d’Autonomie comme solution de dignité : sur le plan géopolitique, l’Initiative marocaine d’autonomie (présentée en 2007) est souvent analysée sous l’angle juridique. Pourtant, elle procède fondamentalement d’une démarche éthique visant à mettre fin aux souffrances des populations séquestrées.
Le plan d’autonomie propose une solution politique réaliste et pragmatique qui permettrait aux populations de Tindouf de revenir vivre sur leurs terres ancestrales, au Sahara marocain, tout en gérant de manière démocratique leurs propres affaires locales (gestion politique, économique, culturelle) sous souveraineté marocaine.
Face au statu quo imposé par les autres parties, qui maintient les populations dans la précarité des camps pour en faire un levier de pression diplomatique, l’initiative Royale est guidée par le principe éthique du respect de la dignité humaine. Elle vise à substituer au statut de « réfugié permanent » dépendant de l’aide internationale celui de citoyen actif et digne.
* L’éthique de la vérité et du droit humanitaire ou le plaidoyer pour le recensement : le Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, mène un combat éthique constant au sein des instances onusiennes (HCR, Conseil de Sécurité) pour arracher ces populations à l’anonymat statistique. Dans ce cadre, la diplomatie marocaine exige systématiquement que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) procède au recensement formel des populations des camps de Tindouf, une procédure standard partout ailleurs dans le monde mais refusée par le pays hôte. Demander un recensement relève d’une éthique de la transparence et de la protection des droits humains. Cela vise à empêcher le détournement de l’aide humanitaire internationale par les milices et à s’assurer que chaque homme, femme et enfant reçoive l’assistance qui lui est due, tout en dénonçant les violations de leurs droits fondamentaux (restrictions de mouvement, absence de statut juridique clair).
* L’éthique du développement territorial : la politique Royale oppose à la détresse des camps de Tindouf une dynamique de prospérité globale dans les provinces du Sud (Laâyoune, Dakhla), matérialisée par le Nouveau Modèle de Développement des Provinces du Sud lancé en 2015.
C’est ainsi que des investissements massifs (infrastructures routières, ports, universités, stations de dessalement, hôpitaux) ont transformé la région, faisant du Sahara marocain un hub économique attractif. Il s’agit d’une éthique de la preuve. Sa Majesté ne se contente pas de contester le modèle des camps ; il édifie un modèle alternatif de développement inclusif. Le message éthique adressé aux sahraouis de Tindouf est clair : leur place et l’avenir de leurs enfants sont au cœur d’une dynamique de vie, de progrès et de prospérité, et non dans l’isolement d’un désert militarisé.
Envers les sahraouis séquestrés à Tindouf, Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le préserve- n’adopte pas une posture d’hostilité, mais de responsabilité morale et spirituelle. En sa qualité d’Amir Al-Mouminin, il considère ces populations comme des sujets séparés de leur patrie par les vicissitudes de l’histoire. Sa politique combine la fermeté souveraine face aux séparatistes et la compassion fraternelle envers les populations captives, maintenant les portes du Royaume constamment ouvertes à la réconciliation.
Références bibliographiques :
1. Ouvrages généraux et analyses politiques
Berdouzi, Mohamed.* (2012). Destinées démocratiques : Réformes, enjeux et perspectives au Maroc. Éditions du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH).
Vermeren, Pierre. (2011). Le Maroc de Mohammed VI : La transition inachevée. Éditions La Découverte.
El-Aoufi, Noureddine & Bensaïd, Mohammed.* (2010). Le Maroc social : Chantiers de développement humain et de protection sociale. Éditions de l’Association Marocaine des Sciences Économiques.
2. Articles académiques et analyses de la diplomatie humanitaire
Ghemari, Hatem.* (2024). « Dynamiques de migration et coopération internationale : Analyse de la politique migratoire marocaine et de sa collaboration avec l’Union Européenne ». Social and Media Studies Institute Journal, vol. 31, pp. 18-35.
Jaïdi, Larabi.* (2025). « La justice sociale en question : Politiques publiques, égalité et renouvellement de l’État social au Maroc ». Policy Brief – Policy Center for the New South, N° 12/25.
Mezene, Mohammed.* (2021). « Le Maroc et l’Afrique australe et de l’est : Les jalons d’une nouvelle coopération Win-Win ». Revue Économie, Gestion et Société, Vol. 1, N°29.
Dzaguiss, Abdoullah.* (2024). « La géopolitique marocaine en Afrique : un nouveau paradigme de coopération ». Revue Josooor de Droit public et de Sciences Politiques, pp. 1-22.
3. Recueils de discours et sources primaires officielles
Royaume du Maroc – Ministère de la Culture et de la Communication.* (Publications régulières). Discours et Messages de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Imprimerie Royale, Rabat.
Secrétariat Général du Gouvernement (SGG). (2011). Texte de la Constitution de la monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale du Royaume du Maroc. Bulletin Officiel.
Fondation Mohammed VI pour la Solidarité. Rapports annuels d’activité et bilans des campagnes humanitaires. Rabat.
Mohammed Jelmad, docteur en droit public



