Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (18)
On peut constater aujourd’hui que le programme « Moussalaha» lancé en 2017 par la délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion a acquis une place éminente parmi les programmes de réhabilitation pour la réinsertion des détenus radicaux en complément de la stratégie nationale dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, selon Moulay Driss Aguelmam, directeur de l’action socioculturelle et de la réinsertion des détenus au sein de la DGAPR. Célébrant le 23 février 2023, sa onzième édition, le programme « Moussalaha » est devenu un modèle à suivre dans plusieurs pays du monde, selon le même responsable.
4/ La Stratégie Royale face à l’extrémisme religieux
« Ce combat sera gagné grâce à Notre stratégie globale, intégrée et multidimentionnelle. Dans son volet politique, institutionnel et sécuritaire, cette stratégie vise à plus de rigueur et d’efficacité dans le cadre de la démocratie et de la suprématie de la loi. Elle tend, dans son aspect économique et social, à libérer les initiatives et à mobiliser les énergies, au service du développement et de la solidarité.
Enfin, dans sa dimension religieuse, éducative, culturelle et médiatique, cette stratégie se propose d’éduquer, de former le citoyen en l’imprégnant des vertus de l’ouverture, de la modernité, de la rationalité, du sérieux dans ce qu’il accomplit, de la droiture, de la modération et de la tolérance. »
Extrait du Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le préserve suite aux attentats de Casablanca du 16 mai 2003
Outre les difficultés relatives au décryptage du mode d’organisation des cellules terroristes, au déchiffrement des méthodes de recrutements, au traçage des modes de financement, auxquelles les services de sécurité notamment ceux de la DGST, de la DGSN1 par le biais du BCIJ, ont dû faire face avec un succès mondialement reconnu, je considère que les véritables défis auxquels ces services ont été confrontés et su relever avec une grande efficacité se situent à deux niveaux :
D’abord, celui de la difficulté d’établir le profil des terroristes : ce n’est pas une tâche facile malgré l’illusion d’accessibilité qu’elle offre. L’exercice est encore plus difficile avec la complexité de la radicalisation religieuse qui a pris une dimension internationale avec des orientations idéologiques multiples, des objectifs de grande nuisance et des moyens d’action à effet médiatique planétaire. C’est pour ainsi dire que le profil islamiste radical se caractérise par une perpétuelle mutation et une insaisissable évolution. On le retrouve dans les composantes de toutes les couches sociales bien entendu avec une prédilection pour les jeunes victimes de la marginalisation, les délinquants, les repris de justice, bref, des personnes qui n’ont que la violence comme unique réponse face à la fragilité dont elles souffrent à cause de l’exclusion sociale. Cette réalité exige des services de sécurité une vigilance accrue et un investissement total dont ils ne cessent de faire preuve.
-Ensuite, au niveau de la détection des velléités terroristes avant qu’elles ne se traduisent concrètement par des actes criminels. Surtout qu’on ne se trouve plus en face de la forme traditionnelle d’endoctrinement et de recrutement, mais plutôt confronté à un mode qui ne privilégie plus le contact direct et où l’Imam internet, selon l’expression du professeur de criminologie Alain Bauer, joue un rôle extrêmement dangereux et efficace. Fahrad Khosrokhavan, directeur d’études à l’EHESS, et chercheur au centre d’analyse et d’intervention sociologique, déduit que” le problème du passage au terrorisme est lié à une certaine conjoncture, à des amis, à la fréquentation d’un milieu, au passage éventuel en prison. Cette conjoncture de ce que l’on peut appeler des “pré-conditions” et sa constitution individuelle aboutit à la création du terroriste, même s’il ne faut pas nier une part de liberté chez ces individus, sauf chez ceux qui ont des problèmes mentaux aigus et qui peuvent facilement passer sous influence dans un certain cadre qui varie”.
Pour se rendre à l’évidence que le profil islamiste radical est insaisissable, il suffit de se rappeler l’attentat du 14 Juillet 2016 à Nice, en France, qui a révélé l’existence du risque d’une radicalisation rapide. En effet, le mode de vie du chauffeur livreur tunisien de 31 ans semblait très éloigné du rigorisme islamiste. L’auteur ne faisait pas sa prière, ne jeunait pas, buvait de l’alcool et se droguait même selon les procès verbaux de la police. Quant à l’attentat perpétré dans l’église Saint-Etienne de Rouvray, il signifie que le fanatisme religieux peut “ frapper à tout moment, en tout lieu et en toutes circonstances, telle est la propagande de DAECH qui touche particulièrement ses sympathisants pour en faire des “loups solitaires”, imprévisibles et difficile à contrôler. La preuve semble en avoir été apportée au Maroc lorsque le BCIJ a arrêté un présumé sympathisant de Daech le lundi 24 octobre dans la ville de Tiflet, prés de Rabat.
Selon un communiqué du Ministère de l’intérieur, le prévenu, élève ingénieur, aurait cherché à collecter les informations nécessaires à la fabrication d’explosifs pour commettre un attentat terroriste contre une cible sensible dans le Royaume.
Et au communiqué d’ajouter que des documents dans ce sens ont été saisis chez l’intéressé, en plus de fils électriques, d’une machine de mesure de la densité du courant électrique et plusieurs bouteilles contenant des mixtures suspectes.
Il ne faut pas oublier, aussi, le cas de la cellule terroriste démantelée par le Bureau Central des Investigations Judiciaires le 3 octobre 2016 et qui était composée exclusivement de femmes, dont sept mineures. Cette opération a mis les services de sécurité spécialisés devant un nouveau défi relatif au genre et à l’âge précoce des recrues.
Intervenant, le 19 Octobre 2016 à Rabat lors des travau du 10éme Congrès de l’Organisation de Solidarité avec les Peuples d’Afrique et d’Asie, l’ancien directeur du BCIJ avait expliqué que les efforts déployés par le Maroc dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ont permis le démantèlement de 164 cellules terroristes depuis 2002, ainsi que l’arrestation de 2933 personnes et l’avortement de 324 projets terroristes. D’un point de vue sécuritaire, ces résultats valorisent l’efficacité des services de sécurité.
Pourtant L’objectivité nous incite à reconnaitre que les services de sécurité, ceux de la justice et les services pénitentiaires ne sont que des réponses relatives aux manifestations de l’extrémisme religieux et non à ses causes. Il a donc fallu s’intéresser aux origines du mal pour pouvoir le vaincre et adopter une politique de sécurité multidimensionnelle à caractère socio-éducatif.
Ce n’est donc pas un hasard si Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le préserve- s’est attelé dans son discours du 20 Août 2016 à déstructurer l’idéologie du radicalisme religieux et à démontrer l’imposture de ses théoriciens qui interprètent l’Islam en fonction de leurs sombres intérêts. Le Souverain a indiqué que ceux qui incitent au meurtre et à l’agression, qui excommunient indûment les gens et qui font du Coran et de la Sunna une lecture conforme à leurs intérêts, ne font que colporter le mensonge au nom de Dieu et du Prophète. Dans son discours, Sa Majesté le Roi-Que Dieu le protège- a abordé, à plusieurs reprises, la notion du Jihad « envisageable que par nécessité d’autodéfense, et non pour commettre un meurtre ou une agression », en dénonçant l’instrumentalisation des jeunes dont la méconnaissance de la langue arabe et de l’Islam est exploitée à outrance. « La raison admet-elle que le jihad soit récompensé par la jouissance d’un certain nombre de houris ?
Le bon sens admet-il que quiconque écoute de la musique est voué à être englouti dans les entrailles de la terre, et bien d’autres mystifications ? » poursuivit Sa Majesté le Roi-Que Dieu le protège qui a dévoilé que les terroristes et les radicaux mettent tout en oeuvre pour amener les jeunes à les rejoindre et à s’attaquer aux sociétés imprégnées des valeurs de liberté, d’ouverture et de tolérance. Commentant le discours royal, Bernard Henry Levy a écrit que le Roi du Maroc, en sa qualité de commandeur des croyants, est entré dans “les voies du dispositif théologicopolitique qui confère au nouveau terrorisme son ascendant et son efficacité- et renversant ce théologico-politique, le jouant contre lui même et le prenant à son propre piège, il assèche la source de la légitimité dont se prévalaient les fous de Dieu; il les isole au sein d’une communauté de croyants dont ils ne sont plus que des excroissances lamentables; et il rompt, ce faisant, l’emprise terrifiante et sacrée qu’ils exerçaient sur les âmes faibles”.2.
Abdelkrim Chadli, l’un des anciens ténors de la salafia jihadia, cité par le journal ‘’Akhbar Al Yaoum’’ avait déclaré que des salafistes libérés de prison avaient menacés de rejoindre les foyers de tension et l’organisation terroriste de Daech à cause des conditions matérielles difficiles et de la précarité de leurs situations sociales. D’où le fait que le pays avait besoin également « d’une analyse approfondie des besoins des groupes dangereux ou vulnérables pour évaluer le degré de privation qu’ils ressentent, la déception et le découragement dans lequel ils vivent.»3
Ils constituent l’illustration de l’explication que le chercheur Abraham Kaplan a donné du terroriste. Selon Kaplan, le terroriste ne possède pas un égo fort pour pouvoir affronter toutes les difficultés de l’existence ; par conséquent, il devient victime d’attaque et d’humiliation. Celui qui souffre d’un choc psychologique s’identifie à celui qui l’attaque, se montre violent vis-à-vis des tracas de la vie et se rallie aux personnes qui souffrent des mêmes problèmes afin de reprendre confiance en lui-même.

S’intéresser aux causes du mal en accordant plus d’importance aux préoccupations du citoyen, c’est justement ce que Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le préserve a demandé aux élus du peuple d’inscrire comme priorité dans leurs activités au cours de son discours hautement significatif du 15 octobre 2016 au Parlement. Le Souverain a tout simplement donné la solution adéquate au mal être qui peut nourrir les déviations sociales : la prise en considération du citoyen, sa valorisation et sa protection des vicissitudes bureaucratiques souvent à l’origine de la frustration et de la marginalisation.
Autrement dit, le remède à l’extrémisme dans la société marocaine réside dans la mise en valeur de la notion de ‘’Citoyenneté’’. L’intérêt que Sa Majesté le Roi Mohammed VI Que Dieu le préserve- a accordé à la nécessaire valorisation du citoyen peut parfaitement être inscrit dans le cadre de la lutte contre les causes de la radicalité puisque le Souverain a ainsi adopté une nouvelle culture politique basée essentiellement sur la réconciliation de l’administration avec le citoyen. C’est l’esprit des directives royales adressées à toutes les institutions de l’Etat, et à l’exécutif notamment, de ‘’se pencher sérieusement sur les questions et les préoccupations réelles des citoyens’’. Or ces préoccupations ne sont pas d’ordre idéologique ou religieux, mais plutôt social, économique et culturel. Il s’agit de rassurer le citoyen dans ses sentiments et dans son appartenance à une communauté qui respecte sa dignité et qui établit des structures de communication capables de gérer ses réactions, d’éviter sa colère et de répondre à ses attentes, dans un cadre de droit , de justice, d’équité et de solidarité nationale.
L’exemplarité et la pertinence de la stratégie de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le protège- en matière de lutte anti-terroriste a été saluée par la communauté internationale à New York à l’occasion de la 7éme réunion ministérielle du Forum Mondial de lutte contre le terrorisme(GCTF), qui s’était tenue en marge des travaux de la 71éme Assemblée générale des Nations Unies. Et d’évidence, l’approche du Souverain, en la matière, force le respect en considération de son caractère multiforme. Il s’agit en effet d’une approche qui place en tête de ses priorités la concrétisation des objectifs économiques et du développement humain, selon le département d’Etat américain qui avait salué « la réforme du champ religieux par Sa Majesté le Roi, l’accélération du déploiement des programmes d’éducation et d’initiatives visant la promotion du marché de l’emploi en faveur des jeunes, ainsi que l’autonomisation des femmes à travers l’élargissement de leurs droits juridiques, politiques et sociaux ». Il n’y a aucun doute sur la volonté de Sa Majesté le Roi de cultiver l’espoir par la formation et l’emploi pour les jeunes afin de les inciter à préparer et à prendre soin de leurs avenirs au lieu de le détruire. La dimension humaine n’est pas absente dans la stratégie royale ; et c’est dans ce cadre que s’inscrivent les multiples initiatives royales d’accorder
la grâce à des détenus de la mouvance islamiste condamnés dans le cadre de la loi antiterroriste.
Au-delà de l’exercice d’une compétence qui lui est reconnue par la constitution, le Souverain leur a confirmé la clémence de la Patrie en leur offrant l’occasion d’une réinsertion sociale, à charge pour eux d’en tirer les enseignements et d’intégrer le processus d’édification de l’Etat de droit. Par ailleurs, le discours du 20 août 2016, a révélé une dimension exégétique et intellectuelle dans la mesure où Sa Majesté le Roi a procédé à une déconstruction systématique du discours obscurantiste véhiculé par les fanatiques religieux ‘’en mettant en garde contre les amalgames et les raccourcis qui cherchent à identifier le terrorisme à une religion ou encore à une ethnie en particulier, chose que cherchent exactement les terroristes pour mieux semer la division et la sédition’’4.
Dans la lignée de cette logique royale qui consiste à déconstruire pour mieux contrer le discours extrémiste à travers la sensibilisation et l’éducation, le secrétaire général de la Rabita Mohamedia des Oulémas, Mr Ahmed Abbadi, a indiqué que le Maroc a élaboré une stratégie à trois points dont le but prioritaire est de contrer le message d’extrémisme. Il s’agit d’abord de consolider les connaissances et les capacités des éducateurs, puis de les sensibiliser et de bien les armer pour être capables de déconstruire le discours extrémiste et enfin occuper l’espace public, physique et virtuel.5
Monsieur Abbadi a également insisté sur l’importance de la sensibilisation des familles afin de les doter des moyens nécessaires pour qu’elles puissent, à leur tour, protéger leurs enfants contre les risques de dérives extrémistes. Il a déclaré que ‘’L’éducation se fait d’abord au sein des familles, et les Etats se doivent d’équiper celles-ci des outils et des connaissances nécessaires pour détecter ces types de menaces et en protéger leur progéniture’’.6 L’importance de l’éducation pour lutter contre la radicalisation s’est traduite, également, par le lancement par la DGAPR et le PNUD le 23 mai 2016 à la prison de Tiflet du projet d’appui à la réforme du système pénitentiaire pour une meilleure réinsertion sociale’’. Ce projet- qui s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie royale pour contrecarrer l’idéologie fanatique- comprend, selon Monsieur Mohamed Salah Tamek, délégué général à la DGAPR, un programme de formation du personnel et de groupes d’éducateurs-pairs, composés d’une sélection de détenus, pour promouvoir un discours de tolérance en milieu carcéral à travers des activités de sensibilisation. Monsieur Ahmed Abbadi, Secrétaire Général de la Rabita Mohammadia des Oulémas a mis en relief les actions multidimensionnelles adoptées par la Rabita pour lutter contre l’extrémisme religieux en indiquant que les prisons peuvent être des incubateurs pour l’extrémisme violent mais elles peuvent offrir un point de départ approprié pour construire des programmes de dé-radicalisation.
On peut constater aujourd’hui que le programme « Moussalaha» lancé en 2017 par la délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion a acquis une place éminente parmi les programmes de réhabilitation pour la réinsertion des détenus radicaux en complément de la stratégie nationale dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, selon Moulay Driss Aguelmam, directeur de l’action socioculturelle et de la réinsertion des détenus au sein de la DGAPR. Célébrant le 23 février 2023, sa onzième édition, le programme « Moussalaha » est devenu un modèle à suivre dans
plusieurs pays du monde, selon le même responsable.
1- Le 15 Mai 2015 , Monsieur Abdellatif Hammouchi a été nommé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI –que Dieu l’assiste- Directeur Général de la Direction Générale de la Sureté Nationale, tout en conservant son poste de Directeur Général de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire. Cette décision Royale a répondu à la nécessité d’insuffler un nouveau souffle dans l’action des services de police et instaurer une synergie répondant aux exigences de la transparence et de l’efficacité. Monsieur Abdellatif Hammouchi qui s’est montré à la hauteur
de la confiance Royale, a fait preuve d’un savoir faire et d’un professionnalisme qui lui ont valu une reconnaissance internationale. Décoré par Sa Majesté le RoiMohammed VI- que Dieu le protège- du Wissam d’officier de du Trône en 2011,Monsieur Abdellatif Hammouchi a été également décoré , par la République Française en 2015, du titre de chevalier de l’ordre de la légion d’honneur, et par l’Espagne de la « Croix honorifique de mérite policier avec distinction rouge » ; et le 23 Septembre 2019, le gouvernement espagnol a décidé de lui attribuer la Grand Croix de la garde civile ». Les services de sécurité américains le considèrent comme un interlocuteur et un partenaire incontournable.
2- www.barlamane.com 14.01.2016
3- Rachid Ringa « Le combat du Maroc contre le terrorisme » Digi Editions, 2006, p 36
4- Déclaration de Mr Bert Koenders, ministre néerlandais des affaires étrangères
5- www.maroc.ma mercredi 21 septembre 2016 134
6- Idem
A suivre
Mohammed Jelmad



