
Asmaa Lamrabet, membre de l’Académie du Royaume du Maroc et responsable de la Chaire « Femmes, Droits et Société», a souligné que la création de cette Chaire s’inscrit dans une démarche intellectuelle en quête d’un « troisième chemin » pour appréhender les questions liées aux femmes et à la famille, au-delà d’une approche binaire qui oppose le référentiel universel des droits humains au référentiel culturel et religieux fondé sur l’islam.
Intervenant lors de la séance inaugurale de la Chaire, mardi 29 septembre 2026 au siège de l’Académie du Royaume du Maroc à Rabat, Lamrabet a rappelé les avancées juridiques et institutionnelles enregistrées par le Maroc au cours des dernières décennies, notamment la réforme du Code de la famille en 2004, la révision de la loi sur la nationalité et les dispositions constitutionnelles de 2011 relatives à l’égalité et à la non-discrimination.
Elle a également relevé l’évolution de la présence des femmes dans le champ religieux, à travers notamment leur accès aux institutions savantes et leur participation à l’encadrement religieux, estimant que ces avancées posent désormais le défi du passage des réformes juridiques et institutionnelles à leur traduction effective dans les pratiques sociales.
La responsable de la Chaire a, par ailleurs, évoqué plusieurs défis persistants, notamment les violences faites aux femmes, la persistance des stéréotypes et de certaines représentations traditionnelles, ainsi que les nouvelles problématiques liées aux transformations numériques et aux aspirations des jeunes générations.
Dans ce contexte, elle a estimé que l’enjeu intellectuel ne consiste pas à choisir entre l’universalité des droits humains et un référentiel culturel fondé sur l’islam, mais à dépasser la perception qui les place en opposition.
Elle a ainsi proposé le concept de « justice égalitaire » العدالة المساواتية comme un socle éthique commun articulant les principes moraux de l’islam et les droits humains. Cette approche vise, selon elle, à dépasser la dichotomie entre modernité et universalité d’une part, et spécificité culturelle d’autre part, tout en construisant une réflexion ouverte sur l’expérience humaine et ancrée dans le contexte marocain.
La Chaire « Femmes, Droits et Société» ambitionne, dans cette perspective, de renforcer la recherche scientifique et le débat académique sur les questions relatives aux femmes, à leurs droits et aux transformations sociales, à travers une approche multidisciplinaire mobilisant notamment les sciences humaines et sociales, le droit et les études religieuses.
La séance inaugurale, présidée par Mohamed Nour Eddine Afaya, membre de l’Académie, a également été marquée par les interventions d’Abdeljalil Lahjomri, Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, et de la chercheuse iranienne Ziba Mir-Hosseini, ainsi que par une présentation des structures et des objectifs de la Chaire par Hakima Fassi Fihri.



