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Les conditions de la renaissance de Malek Bennabi (2)

Le Monde musulman prend un comprimé contre l’analphabétisme par-ci, un cachet contre le colonialisme par-là, un médicament pour le soulager de la pauvreté, là-bas. Il construit une école ici, revendique son indépendance, là-bas, construit une usine dans un autre endroit.
A l’examen attentif de son état cependant, nous ne relevons pas le moindre indice de la guérison. En d’autres termes, nous ne trouvons pas de civilisation.


Il est nécessaire de garder à l’esprit la  »maladie » dans son acception médicale pour qu’on ait une idée juste sur le cas. Evoquer une maladie ou l’éprouver ne veut pas dire, en toute évidence,  »remède ».
Le point de départ, ce sont les cinquante dernières années*. Elles nous expliquent la situation présente dans laquelle évolue le Monde musulman, une situation qui peut être interprétée de deux façons antinomiques.
D’une part, le résultat probant des efforts fournis tout au long d’un demi-siècle au service de la Renaissance.
De l’autre, le résultat décevant d’une évolution qui a pris toute cette époque, alors que les jugements ne se sont ·guère accordés pour définir ses objectifs et ses tendances.
Il est possible d’examiner les annales de cette étape. Elle est foumie en documents, études, articles de presse et congrès sur le thème de la Renaissance. Ces études se penchent sur le colonialisme et l’analphabétisme par-ci, la pauvreté et le dénuement par-là, l’absence de l’organisation et des déséquilibres de l’économie et de la politique, en d’autres occasions. Une analyse méthodique du  »cas » lui fait, cependant, défaut.
Je parle ici d’une étude pathologique de la société musulmane et qui ne laisse pas de place au doute sur la maladie qui la ronge depuis des siècles.
Nous notons dans les documents que chaque réformateur décrit la situation suivant une opinion, une humeur ou une profession. De l’avis de l’homme politique, comme celui de Djamal Eddine Elafghani, le problème est d’ordre politique et se règle par des moyens politiques, alors que, de l’avis d’un religieux comme Cheikh Mohamed Abduh, le problème ne sera résolu qu’en réformant le dogme et le prêche … Alors qu’en fait, ces deux diagnostics n’abordent pas la maladie, mais attaquent ses symptômes.
Il en résulte que, depuis cinquante ans, ils ne soignent pas le mal mais les symptômes. Le résultat était proche de celui d’un médecin qui, faisant face au cas d’un patient atteint de tuberculose, s’attaque non pas aux agents pathogènes chez le patient, mais à sa fièvre.
Voilà cinquante ans que le malade, lui-même, veut se remettre de nombreuses douleurs: colonialisme, analphabétisme, apathie …
Il ne connaît pas la nature de sa maladie et n’essaye pas de la connaître. Tout ce qu’il y a, c’est qu’il sent des douleurs, accourt chez le pharmacien, n’importe quel pharmacien, pour acquérir des milliers de remèdes afin de calmer des milliers de douleurs.
En réalité, il n’y a que deux voies pour mettre fin à ce cas pathologique: mettre fin à la maladie ou en finir avec le malade.

Il nous revient de nous demander, à cet instant, si le malade qui est entré à la pharmacie connaît exactement sa maladie: est-il parti chez le pharmacien par le pur hasard pour en finir avec le mal ou avec lui-même?
C’est le cas du monde musulman: il est parti solliciter auprès de la pharmacie de la civilisation occidentale un rétablissement, mais de quelle maladie? Et par les vertus de quelle thérapie?
Il est évident, aussi, que nous n’avons aucune idée sur la durée, que va prendre ce remède. Mais un cas qui dure, ainsi, devant nos yeux, depuis un demi-siècle, revêt une portée sociale qui doit susciter réflexion et analyse.

Au moment où nous procédons à cette analyse, nous pouvons comprendre la signification réelle de cette époque historique dans laquelle nous vivons et nous pouvons concevoir l’adaptation qu’il lui faut.

Nous pouvons désigner cette étape comme une étape de  »précivilisation » ou, en termes scolastiques, une étape de prodromes dans laquelle le monde musulman a orienté ses efforts sociaux pour acquérir une civilisation.
Il a implicitement décidé, ainsi, que cette direction présente exactement le remède pour sa maladie. Nous adhérons à cette démarche.
Néanmoins, en procédant ainsi, nous voulons déterminé implicitement la maladie. Et comment laisser ensuite le soin au hasard de décider de la thérapie à suivre?

Le Monde musulman prend un comprimé contre l’analphabétisme par-ci, un cachet contre le colonialisme par-là, un médicament pour le soulager de la pauvreté, là-bas. Il construit une école ici, revendique son indépendance, là-bas, construit une usine dans un autre endroit.
A l’examen attentif de son état cependant, nous ne relevons pas le moindre indice de la guérison. En d’autres termes, nous ne trouvons pas de civilisation.

َA suivre

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