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Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (16)

L’institution des congés payés n’est que le prix payé à cette situation de choses, le palliatif à ce mal d’instabilité qui mène la société de consommation. La société denuée réagit à la hantise du monde de choses qu’elle n’a pas; la société gorgée réagit à son obsession.

IX – DIALECTIQUE IDÉE-CHOSE
L’univers culturel a une structure dynamique dont les aspects successifs correspondent à des rapports variables entre les éléments structurés : les choses, les personnes, les idées.
Nous avons essayé de montrer, dans un précédant chapitre ; les moments de crise pour une société quand il y a dans son univers culturel rupture d’équilibre au profit d’un despote.
Les autres moments sont les intemédes marqués par les tendances qui correspondent à l’âge de la société, à la phase de sa civilisation.
Un intermède, c’est le duel à trois au sein de l’univers culturel.
Une crise c’est l’aboutissement de ce duel avec le triomphe d’un des trois protagonistes et l’apparition d’un despote qui s’empare du pouvoir au sein de l’univers culturel.
Ici on va essayer d’isoler, à cause de sa signification sociologique particulière, l’intermède du duel idée-chose.
Ce rapport n’est pas seulement significatif par rapport à la société musulmane qui fait face en ce moment au  » choséïsme  » et à toutes ses conséquences psycho-sociologiques.

D’autant plus qu’une pensée élaborée en Europe, et plus ou moins directement centrée sur notre sujet, pourrait nous éclairer et nous enrichir, parfois même malgré ses contradictions.
En effet, le problème a un double aspect. Dans un pays sous-développé la chose impose son despotisme par sa rareté. Elle y engendre le complexe de frustration et la tendance à l’entassement qui devient sur le plan économique un pur gaspillage.
Dans un pays développé et selon son degré de développement elle domine par sa surabondance en produisant un effet de saturation. Elle impose l’insupportable sentiment du  » déjà trop vu » qui engendre cette tendance à l’évasion, cette fuite en avant qui pousse l’homme civilisé à changer son cadre de vie et ses modes fréquemment ou qui le pousse à aller respirer d’ailleurs.

L’institution des congés payés n’est que le prix payé à cette situation de choses, le palliatif à ce mal d’instabilité qui mène la société de consommation. La société denuée réagit à la hantise du monde de choses qu’elle n’a pas; la société gorgée réagit à son obsession.
Mais avec ces deux réactions, elles font face au même mal.
Le despotisme de la chose éprouvé différemment mais dont les conséquences psychologiques sont les mêmes : la chose chasse l’idée de la cité en la chassant de la conscience aussi bien des repus que des affamés.
Ces conséquences dans la société musulmane prennent parfois des formes caricaturales quand la chose se substitue naïvement à l’idée pour constituer les fausses solutions à des problèmes vitaux.
On le constate parfois même dans les structures supérieures des états nouvellement indépendants. Même au niveau de l’enseignement supérieur qui est censé fixer l’orientation générale de leur intelligentsia.

A suivre

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