LA TIJANIYA..DU MAROC VERS L’ AFRIQUE : LE PÉRIPLE D’UN SOUFISME DE PAIX

Vers la fin du XVIIIème siècle, une nouvelle voie Soufie a vu le jour venant compléter un tableau spirituel marocain, déjà garni de plusieurs couleurs de piété et d’adoration de Dieu.
Le maître de cette nouvelle voie est l’auguste personnage de Sidi Ahmed Tijani, né à Ayn Madi en 1737. Il a effectué son voyage définitif vers la ville de Fès en 1798, fuyant les mauvais traitements des ottomans en Algérie.
Le maître fondateur de la voie Tijaniya, Sidi Ahmed At Tijani, a vu le jour dans une famille pieuse du côté de son père et ses grands pères, qui étaient tous des hommes pieux et enseignants de la religion. Du côté de sa mère, ses oncles portaient le nom de Tijani.
Ce milieu familial lui a valu d’être formé dans les sciences de la religion. Il a appris le Coran quand il avait sept ans, ce qui semble être un record pour apprendre le livre saint dans les milieux traditionnels nord-africains.
Sa formation comprenait toute une panoplie de corpus, qui définissaient, pendant le 18éme siècle, le genre d’étude religieuse traditionnelle, que les parents réservaient à leurs enfants, durant les cycles de leur formation initiale. Les corpus traditionnels portaient sur les sciences coraniques, la tradition du Prophète, la langue arabe, la grammaire, la biographie du prophète, la jurisprudence et le droit islamique et d’autres sciences qui relèvent du savoir islamique traditionnel.
Lorsque Sidi Ahmed Tijani a perdu son père et sa mère en 1753, il a passé quelques années à compléter sa formation, avant de prendre la grande décision de quitter son lieu de naissance, pour s’installer à Fès en 1758, une première fois, visant lors de son déplacement, à obtenir une formation solide dans les sciences religieuses, sur les grandes figures scientifiques marocaines à cette époque.
A Fès, Il a fait de grandes rencontres, qui allaient, par la suite, changer entièrement sa vie et son itinéraire éducatif. Il a réussi à obtenir des licences qui lui permettaient d’entrer dans la cour des grands hommes de sciences, devenant lui-même un enseignant.
Parmi les grandes figures de la scène scientifique qu’il a rencontré à Fes , Moulay Tayeb Warzazi, Ahmed At Tawach , et d‘autres. Ce dernier lui a demandé de rester à Fès pour réaliser ses rêves, tout en lui donnant des formules bien particulières pour l’invocation de Dieu.
Après de longues années d’apprentissage à Fès, Sidi Ahmed Tijani pris la route vers la ville sainte, la Mecque pour faire son pèlerinage au Hijaz. Sur sa route, en Égypte, il a rencontré le maître Soufi Mohamed al-kurdi, avec qui, il a eu des entretiens sur le savoir soufi et ses particularités, puis il l’a quitté pour retourner à Fès.
A travers ses visions, Sidi Ahmed Tijani a déclaré, à ses proches et ses amis, qu’il allait devenir un grand maître soufi. Cette tradition de vision était reconnue chez les musulmans de tous les temps comme un signe de présage, qui préparait des personnages, à des missions pieuses de leadership, et de guidance religieuse. Sidi Ahmed Tijani a vu le prophète dans sa vision, et il a compris de suite, que c’était « un idne », c’est-à-dire la permission prophétique, de guider les disciples vers la voie, qui les aidera, à aimer Dieu, et à se parfaire sur le chemin de la repentance.
Dans toutes les visions qu’il a pu avoir, Sidi Ahmed Tijani observait plusieurs signes, qui lui révélaient qu’il allait devenir un grand homme pieux, suite à son parcours de musulman pieux, cherchant l’amour de Dieu et de son prophète. Il était sûr de lui, à telle envergure qu’il comprit qu’il allait devenir un « Qutb » et le dernier des saints.
Après cette période des Préludes, Sidi Ahmed Tijani s’est affirmé dans son univers de piété et de soufisme, quand il s’est assuré d’avoir vu le prophète.
Il a pris cela comme un signal de « fath » inspiration, qui lui a permis, d’annoncer aux gens sa nouvelle voie appelée la Tijaniya sans plus attendre.
Sidi Ahmed Tijani est retournée à Fès en 1798 pour y rester 17 ans jusqu’à 1815, date de sa mort. Son tombeau à Fès est devenu un lieu saint pour les tijanes du monde entier, et les tijanes de l’Afrique en particulier.
Sidi Ahmed Tijani a investi de la chefferie et vicegérance (Al Moqaddamia) Mohamed Al Hafid Ach Chengiti, qui est un grand personnage. Il a effectué son pèlerinage au Hijaz ou il a rencontré un grand Moqaddem de la tijaniya qui s’ appelle Sidi Ali Harazem Berrada, auteur de « Jawahir Al Maani ». Ce dernier a donné à sidi Al Hafid Ach Chengiti la permission de propager la Tijaniya en Afrique.
Sidi Al Hafid retourna vers Fès pour voir le cheikh sidi Ahmed Tijani, qui l’ a accueillie et lui a renouvelé la permission de diffuser la Tijaniya et l’a réinvesti de la chefferie, Moqaddemia, une nouvelle fois.
C’est ainsi Que s’est instaurée une tradition bénéfique, qui consistait, à ce que la visite de Fès, et du sanctuaire de Sidi Ahmed Tijani, devint un rituel exécuté par les pèlerins africains, chaque fois, qu’ils retournent du Hijaz, pour renouer les liens d’ amour et de respect avec leur maître.
Cette tradition a été vue d’un bon œil de tous les disciples. Sidi Al Hafid avait comme disciple, un certain homme pieux, qui s appelle Abdelkrim El Founjeli, qui était lui-même un disciple d’ un autre disciple du cheikh Al Hafid Ach Chengiti, qui s’appelle Mouloud Fal.
C’est à travers cette chaîne de transmission, que le grand maître de la Tijania en Afrique de l’Ouest, Haj Omar Al Futi, a pris la Tijaniya du précité Al Founjeli , qu’ il a rencontré au Hijaz et de Mohammed Al Ghali, qui est aussi un disciple de sidi Ahmed Tijani , en 1828. Al Futi avait accompagné sidi Mohammed Al Ghali pendant trois ans. Durant cette période, il a pu recevoir de lui, plusieurs sciences et enseignements sur la vie du cheikh sidi Ahmed Tijani. Cette formation lui a valu de s’ouvrir sur la culture de l‘islam et ses connaissances. Haj Omar, de retour en Afrique, se mit à écrire des ouvrages dans les divers secteurs de la science et la littérature islamique.
Haj Omar Al Futi a pris la permission de diffuser la Tidjaniya en Afrique avec beaucoup de conviction et un engagement solennel. Il a utilisé son pouvoir spirituel et la complicité des populations, pour confirmer son statut de cheikh de la Tijaniyaa, et à constituer un état islamique pour défendre les terres africaines, devant une montée grandissante des pouvoirs coloniaux, qui s’installaient en Afrique, défigurant son histoire et sa civilisation.
Grâce aux efforts de ce grand maître, qui est devenu, par la suite, un grand militant et chef d’État en Afrique de l’Ouest, la Tidjaniya s’est développée très vite parmi les populations, et elle est devenue une barrière devant les mouvances de christianisation accompagnant la pénétration coloniale dans la péninsule africaine.
Al Futi a constitué un état islamique tijane qui est devenu par la suite, un grand empire islamique en Afrique de l‘Ouest.
Cet Etat a développé une stratégie pour contrarier les plans du colon et une tactique militaire, qui a contribué à défendre le territoire de l’Empire.
Le cheikh Omar Al Futi s’est investi dans la construction des mosquées et écoles pour apprendre la langue arabe et les préceptes de la religion islamique, aux populations africaines, à telle enseigne, que des centres très dynamiques, ont vu le jour comme, Bamako, Ségou, Gêné et Timbuktu entre autres.
Haj Omar Al Futi était un grand homme, qui portait un projet de réforme. Les populations africaines réservaient beaucoup de respect à cet auguste personnage qui jouissait des grandes qualités d’un leader religieux et un charisme d’ homme d’état. Sa formation en sciences de la religion et son apprentissage du Coran, lui ont valu une grande estime. Il a effectué aussi le pèlerinage à la manière des grandes figures de l’Islam, pour couronner un itinéraire de piété.
Il a encouragé l’enseignement de la langue Arabe, qui est l’ emblème de l’islam en Afrique de l‘Ouest, depuis l’ avènement de l‘islam dans ce continent, avec l’empire songhay, au temps des Almoravides. Haj Omar Al Futi a organisé l’appel de l’Islam, qui va durer le long du 19ème et 20ème siècle, par le biais des grandes familles Tijanes, qui constituent les grandes ramifications de la voie en Afrique, notamment les familles Niyass, Hamaho allah, Sy et Tall qui est la famille de Haj Omar lui même.
Ces grandes familles ont joué un rôle décisif dans la lutte contre l’ hégémonie coloniale et ses efforts déployés pour réduire en servitude les populations indigènes. Les grands chefs spirituels de ces familles Tijanes ont joués un rôle important dans la stabilité et l’union des pays africains contre le pouvoir colonial, qui faisait tout pour dissiper les forces de l’ union et renforcer la division du territoire africain.
De nos jours, une grande partie de l’Afrique, est devenue tijane, grâce aux efforts de ces grands maîtres. Ils ont tous obéi, chacun , dans son territoire, aux grandes directives de cette voie soufie, qui met au centre des préoccupations du disciple, la piété et la bienfaisance dans un cadre communautaire, national et international. les tijanes sont une même communauté là où ils se trouvent. C’est l’engagement durable des uns envers les autres, qui continue à les souder. Rien ne doit entraver leur union spirituelle en Afrique et ailleurs.
C’est au Maroc, à travers les siècles, que le soufisme a pris ses formes éducatives avec l’adoption des Marocains, d’un style de piété et de soufisme pratique, qui est basé sur l’observance des préceptes de la morale , émanant des textes fondateurs du Coran et de la tradition prophétique. Cette morale a servi des siècles durant, comme un socle de l’identité spirituelle marocaine, qui est resté liée, depuis les débuts, au maître spirituel, Al Junayd ,qui se base sur l’éducation et l’expérience morale pour parfaire l’éducation du disciple, et rendre son âme pure sur la voie de la piété et l’amour de Dieu.
À côté du dogme ash’arite et la doctrine malikite, la spiritualité, selon l’école d’Aljunayd, fut l’un des grands piliers de l’État marocain depuis des siècles. Cette tendance spirituelle à vocation populaire, a permis aux voies Soufies marocaines de migrer vers l’Afrique, surtout la Qadiriya et la Tijaniya. Un intérêt primordial a été toujours concédé à la Tijaniya par les sultans et Rois du Maroc.
C’est dans cette lignée de conduite, que la Tijaniya a toujours eu une place de mérite dans les relations spirituelles entre le royaume chérifien et le restant de l’Afrique. Cette tendance commune de piété et de respect de l’Islam du juste milieu dans toutes ses formes pacifiques ont pu déjouer le dessin d’une mouvance qui s’inscrivait dans un registre de violence et d’extrémisme.
La réponse de la spiritualité et du soufisme à été imprégnée d’un ton de paix et de tractation, limitant les dégâts d’une démarche frivole, d’un extrémisme disproportionné, qui ne sait pas vraiment où il peut arriver sans boussole ni repère spirituel.
L’approche marocaine en matière de réagir à cette mouvance, a toujours été de privilégier le bon sens et la diffusion d’une paix spirituelle à travers les vecteurs des voies soufies, telle la Tijaniya.
De nos jours le commandeur des croyants, Amir Al Mouminine, le Roi Mohamed VI, que Dieu l’assiste et le glorifie, fait perdurer cette démarche de rapprochement entre le Maroc et l’Afrique, par le biais de cette énergie Soufie spirituelle dégagée par les voies telle que la Tijaniya , entre autres. La désignation d’un khalife général de la Tidjania au Maroc à travers le personnage du Cheikh Sidi Mohamed Al Kabir Tijani est une illustration parfaite de cette volonté de continuer sur la même trajectoire du passé. C’est aussi une façon de mieux confirmer les origines marocaine de laTijaniya, et son rayonnement dans les pays africains, grâce aux liens spirituels entre le royaume chérifien du Maroc avec l’Afrique en général et l’Afrique de l’Ouest, fief de laTijaniya, en particulier. Le nouveau khalife général de la Tidjania est un descendant d’une généalogie lié au Maître fondateur, Cheikh Sidi Ahmed Tijani. Le khalife général est sidi Mohammed Al kabir, ben Ahmed, ben Mohammed Al kabir, ben Mohammed Al Bachir, ben Mohammed Al Habib, ben Cheikh sidi Ahmed Tijani.
Sidi Mohamed Al Kabir tijani est né en 1948 au Maroc et a reçu sa première éducation dans sa famille, puis dans une école. Ayant atteint une certaine maturité dans le savoir soufi avec son père et les disciples de la zaouiya, il est devenu Moqaddam de la zaouiya de Berrima à Marrakech.
Cette fonction lui a permis d’avoir plus de contact direct avec les disciples, et de comprendre les rouages de la zaouïa ,et surtout de veiller sur la gestion des marches des disciples dans la voie.
Sidi Mohamed Al kabir Tijani était très proche de son père et de ses frères qui sont Sidi Al Ghali, Sidi Ben Amar, Sidi Hasan qui sont tous morts.
Le rapport de Sidi Mohamed Al kabir avec l’Afrique, remonte à son jeune âge, quand son père Sidi Ahmed, a passé une partie de sa vie au Sénégal. Si le destin a prédestiné Sidi Mohamed Al Kabir, à devenir le grand Moqaddam de la Tijaniya, aujourd’hui, c’est parce qu’il a toutes les qualités requises pour le devenir.
D’ordinaire le khalife général de la voie était nommé le « naqib » de la zaouïa. Il était choisi parmi les fils du cheikh. C’est l’aîné de la famille, qui est toujours investi de cette fonction sauf si un vice de procédure de choix s’interpose à cette règle générale, comme si l’ainé souffre de quelque maladie ou infirmité, qui puissent nuire à son état de santé mentale ou sa fonction de chef spirituel.
Les sultans et Rois du Maroc ont toujours promulgué des dahirs de respect aux personnes spirituelles distinguées, comme « naqib Al Achraf », autrement dit, chefs spirituels, pour leur permettre d’exercer leur fonction dans l’intégrité totale, et le rattachement permanent au Royaume, tout en prêtant allégeance au Souverain.
Après la désignation de Sidi Mohamed Al kabir, il a effectué plusieurs visites en Afrique depuis son investiture, pour consolider les rapports spirituels entre le Maroc et les pays de l’Afrique, à travers le rayonnement de la Tidjaniya.
L’institution de la Commanderie des croyants veille sur ces rapports spirituels entre le Maroc et l’Afrique, car cela entre dans le cadre de l’engagement moral du Maroc envers les pays de l’Afrique, sur le plan de la coopération inter-africaine, et le renforcement des politiques culturelles et spirituelles Sud- Sud.
C’est, Aujourd’hui, l’une des plus importantes prérogatives de l’État marocain, pour contrarier les tendances d’un extrémisme qui évolue intramuros, en Afrique, et extramuros, dans le monde. Joindre les efforts des différentes parts, du Maroc et de l’Afrique, est devenue de nos jours une nécessité absolue. Ce n’est que par l’affermissement et l’enracinement des tendances spirituelles soufies, telle que la Tijaniya et autres voies, qu’une tactique et une approche pacifique, seront d’une grande aide, pour éradiquer les phénomènes de radicalisation de la jeunesse africaine, en premier lieu.
Toutes Les grandes branches et familles Tijanes, là où elles sont, en Afrique, ont l’obligation historique, de combiner leurs efforts, pour former une synergie qui permettra de propager davantage, dans toute l’Afrique, la paix spirituelle et l’esprit de la Tijaniya. C’est un appel pour une reprise consciente du rôle de la Tijania, aujourd’hui dans la conjoncture actuelle. L’Afrique doit sérieusement faire face à des vagues de remise en question des grandes convictions pacifiques véhiculées, jusqu’à présent, par une voie Soufie, qui a toujours fait le grand bonheur d’une Afrique soudée, régie par la morale ancestrale d’un islam du juste milieu, qui est venu des confins du Sahara marocain.
La tendance extrémiste qui essaie de remettre en question les grands repères de la vie spirituelle africaine, ignore le rôle historique que les maîtres de la sagesse islamique ont joué depuis des siècles dans l’établissement d’un équilibre social dans la péninsule africaine. C’est parfois l’ignorance qui pousse ces groupuscules à commettre des crimes contre l’humanité, dénigrant ainsi, toutes les formes de la paix enseignées dans le soufisme et la spiritualité en Islam. Tous les malheurs qui ont frappé l’Afrique viennent de cette ignorance, malheureusement diffusée, par des groupes de jeunes qui sont dans la dérive, et qui ont perdu la foi en leurs patries et leurs identités. C’est une urgence, que de rappeler ces groupuscules à la raison, et les démettre de leur zèle qui est néfaste à la société. Un zèle qui se résume à semer le doute et la terreur parmi les membres de leurs communautés.
De nos jours, on est fier de voir que la voie Tijaniya est fortement présente dans les grands pays de l’Afrique comme le Sénégal , Le Mali ,Le Niger , Le Nigéria, La Côte d’ivoire, Le Burkina, la Guinée et plusieurs autres pays Africains, qui jouissent d’une présence assez significative de cette voie soufie qui demeure, comme tant d‘autres telles que la Chadhiliya, la Naciriya, la Quadiriya, et la Mouridiya, des soupapes de sécurité pour une Afrique qui aspire au développement et à une paix durable.
CONCLUSIONS
1- La présence forte et significative de la Tijaniya dans les grand pays de l’Afrique aujourd’hui, semble devenir un vrai signe de paix, de prospérité et de développement humain. Cette voie contribue de manière consistante à apaiser les tensions et consolider les liens spirituels entre les pays africains.
Les relations de coopération et de tourisme spirituel prospèrent en Afrique de l’Ouest grâce à cette parenté spirituelle partagée.
2- Dans un pays grand par sa population et par son histoire islamique dans le passé et sa civilisation et son développement au présent, comme le Nigeria, il est intéressant de dire que les musulmans dans ce pays, représentent de nos jours, une présence spirituelle assez consistante qui est en mesure de défendre les préceptes d’une morale et d’un soufisme pacifique. Ce dernier brave toutes les tentatives de dérive sectaire violente, grâce à la présence des deux fortes voies Qadiriya et Tijaniya, sur place.
La présence de la Tijania s’est confirmée, et a pris un nouvel élan au milieu du 20éme siècle avec la visite du petit-fils du Cheikh Sidi Ahmed Tijani ,Sidi Ben Amer en 1949 au Nigeria. Depuis ce temps-là se sont multipliées les visites des tijanes venant du Maroc et d’autres pays africains au Nigeria, pour consolider les liens de fraternité spirituelle entre les différentes communautés tijanes.
Ce qui semble être une caractéristique de la présence tijane au Nigeria; c’est l’abondance des écrits sur la voie et son maître fondateur.
Je mentionne ici entre autres les écrits traitant la relation du disciple avec le maître, les formules d’invocation, les poésies faisant l’éloge de la voie, et les différentes thématiques touchant les sciences du Coran la Sunna, ainsi que la biographie du maître fondateur. Les membres de la voie Tijaniya, se sont récemment investis dans des campagnes organisées contre les élans d’un extrémisme banni par toutes les voies Soufies africaines sans exception.
Cette implication dans la lutte contre la mouvance violente fondamentaliste devint une prérogative de la voie et continue de produire des effets positifs sur la jeunesse du Nigéria.
L’actuel khalife général de la Tidjaniya au Nigeria , l’émir Sanusi Lamido Sanusi, œuvre, avec une grande sagesse, pour consolider les liens historiques spirituels entre le Nigéria et le Maroc.
3- Au Mali avec la constitution du Conseil de l’Union des adeptes de la Tijania du Mali, une nouvelle page de l’histoire moderne de la Tijania a commencé depuis plus d’une décennie. Avec la bénédiction du commandeur des croyants Amir Al Mouminine, Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste- lors de la célébration de la 10éme cérémonie de la constitution du conseil, qui coïncide avec l’année 2021, l’accent a été mis sur les rapports de coopération bilatérale entre le Maroc et le Mali sur le plan spirituel, basé sur un islam du juste milieu et de tolérance.
La formation de quelques centaines d’imams maliens à l’université Al Quaraouiyine, au Maroc, dans l’institut Mohammed VI pour la formation des imams mourchidines et des mourchidates, témoignent de cette coopération spirituelle permanente.
4- En Côte d’Ivoire, la présence de la Tijaniya est d’une grande importance. Elle crée un équilibre spirituel dans un pays composite, fait d’une mosaïque de tendances religieuses et spirituelles, qui font sa richesse.
Plusieurs présences islamiques négocient l’espace public avec le reste des présences religieuses dans une entente générale, qui a toujours contribué, à un dialogue interreligieux, fructueux et apaisant en Côte d’Ivoire, comme l’a bien attesté, la déclaration d’Abidjan 2022, sur la paix et le dialogue interreligieux.
Une conscience lucide veille sur ce dialogue qui assure l’équilibre spirituel et religieux entre les différentes communautés religieuses, qui cohabitent, et se complètent dans un échange permanent. La Tijaniya jouit d’une présence assez significative, surtout, que le pays abrite une grande Zaouiya dirigée par le khalife général conscient pleinement de sa fonction. Il organise périodiquement la wadifa internationale de la tijaniya, qui est un événement spirituel incontournable en Afrique. C’est une occasion de rassemblement des disciples de la Tidjaniya, représentant les différentes parties du continent et d’autres pays islamiques, le Maroc notamment. Avec ce souffle et cette énergie du khalife général de la Tijaniya en Côte d’Ivoire, Cheikh Mostapha Sonta, un renouveau de la dynamique tijane voit le jour dans ce pays, qui entretient de très bons rapports spirituels avec le Royaume chérifien. À l’occasion de la dernière cérémonie et rencontre de la wadifa internationale et la visite de Sidi Mohamed Al Kabir Tijani, cheikh Mostafa Sonta a réitéré l‘attachement des disciples de la voie, au Maroc et au père fondateur de la Tijaniya, ainsi qu’à la commanderie des croyants, qui veille historiquement sur la vie spirituelle des disciples.
5- Les rapports entre le Maroc et le Sénégal sur le plan spirituel sont un exemple historique, et un modèle à suivre. La complicité spirituelle entre les deux pays s’est consolidée grâce à une présence de la Tijaniya au Sénégal avec une couleur marocaine assez particulière.
Cette couleur qui brille de plus en plus, d’autant plus que les milliers de pèlerins sénégalais, affluent, chaque année, sur la ville de Fès, pour savourer le plaisir de visiter le sanctuaire du maître fondateur de la voie, Sidi Ahmed Tijani.
Les voies de l’islamisation du Sénégal dans le passé sont liées à l’expansion de l’Islam grâce à l’œuvre grandiose des Almoravides, qui ont construit un grand empire marocain.
Le dogme Acha’arite, le rite malékite et les expressions confrériques de l’Islam du juste milieu sont des socles, sur lesquels, se sont érigées, les relations historiques entre le royaume chérifien et le Sénégal.
La confrérie Tijaniya s’est développée sur le territoire sénégalais, et a obtenu tous les mérites, grâce aux grands maîtres, qui ont construit de grandes et importantes Zaouiya dans le pays.
Je citerai en guise d’exemples saillants, des maîtres tel Haj Omar Futi, le premier représentant de la Tijaniya en Afrique. Sa descendance et ses disciples, n’ont jamais manqué au devoir de veiller sur la confrérie au Sénégal.
Une autre présence de la Tijaniya est assurée par la zawiya fondée par Haj Malik Sy, ses disciples et sa descendance à Tivaouane.
Une autre Zaouiya fortement présente au Sénégal, comme un fief dynamique de laTijaniya, est fondée par Cheikh Abdoullah Niass, le père de Cheikh Ibrahim Niass, installée à Kaolack.
Ces différents grands centres de la Tijaniya au Sénégal entretiennent toujours de très bonnes relations spirituelles avec le Maroc, comme pays, dont le rayonnement spirituel, couvre tout le continent.
Le soleil de la Tijaniya et de sa morale spirituelle, qui a brillé du Maroc, continuera à réchauffer les cœurs des disciples du Maître Sidi Ahmed Tijani, là où ils sont au Maroc en Afrique et dans le monde entier.
Dr Mohamed Adiouane, vice président de l’université Qaraouiyine Fès.



