L’ICESCO célèbre le 900e anniversaire d’Ibn Rochd

L’Organisation du Monde Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture a organisé, vendredi 13 février 2026 à son siège à Rabat, une table ronde intitulée « Les héritages d’Ibn Rochd : repères pour penser demain », en partenariat avec l’Institut français du Maroc, afin de célébrer le neuvième centenaire de la naissance du philosophe Ibn Rochd.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du programme « Les Rendez-vous de la Philosophie », lancé par le Centre de Prospective et d’Intelligence artificielle de l’ICESCO, conçu comme un espace de dialogue et d’échange autour des grandes questions philosophiques et scientifiques contemporaines, tout en approfondissant la réflexion sur l’héritage intellectuel et ses prolongements actuels.
Dans son allocution d’ouverture, Kais Hammami, directeur du Centre, a souligné que la commémoration du 900e anniversaire d’Ibn Rochd constitue une opportunité de redécouvrir une pensée d’une modernité saisissante. Il a rappelé que certaines figures intellectuelles forment un patrimoine humain vivant, appelant à leur réinterprétation pour mieux appréhender les défis technologiques, environnementaux et sociaux du présent.
Hammami a insisté sur la nécessité de faire de la raison un outil central de compréhension du monde, affirmant que la prospective dépasse la simple prévision technique pour devenir une véritable culture intellectuelle orientée vers le long terme.
De son côté, Jean-Baptiste Brenet, professeur de philosophie arabe à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a indiqué que l’œuvre d’Ibn Rochd, encore partiellement éditée et authentifiée, a exercé une influence majeure sur de nombreuses traditions intellectuelles et religieuses. Il a souligné que chaque époque relit le philosophe andalou à l’aune de ses propres questionnements, y compris ceux liés à l’intelligence artificielle.
La table ronde était animée par Pauline Koetschet, directrice du département d’études arabes de l’Institut français du Proche-Orient. Parmi les interventions scientifiques, Fouad Ben Ahmed, professeur à la Fondation Dar Al-Hadith Al-Hassania, a proposé une lecture critique de la thèse du « déclin de la philosophie dans l’islam après Ibn Rochd », estimant qu’elle repose sur une vision historique réductrice et appelant à dépasser les interprétations simplistes de l’histoire de la pensée.
Safia Zghal, chercheuse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a pour sa part évoqué les usages modernes de la pensée d’Ibn Rochd, notamment à travers le débat du début du XXe siècle entre Mohammed Abdo et Farah Antun, montrant comment chacun a mobilisé la figure du philosophe pour défendre une conception spécifique des rapports entre religion, raison et modernité.
Source: ICESCO



