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Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (22)

Il ne suffit pas de proclamer les valeurs sacrées de l’Islam mais de leur donner de quoi faire face à l’esprit du temps. Il ne s’agit pas de faire des concessions au profane sur le compte du sacré mais de libérer celui-ci de certaines suffisances qui peuvent lui être fatales.


XII – IDÉES ET DYNAMIQUE SOCIALE(l)

Au siècle de la productivité, il ne suffit pas de dire vrai pour avoir raison. C’est mal porté aujourd’hui de dire deux et deux font quatre et de mourir de faim, à côté de quelqu’un qui dit  » Ça ne fait que trois  » et assure quand même son morceau de pain.
L’esprit souffieur du siècle donnera assurément tort au premier et raison au second.
Aujourd’hui, les preuves par neuf des idées ne sont pas d’ordre philosophique ou moral mais d’ordre pratique : elles sont justes si elles assurent le succès.
MAO TSE TOUNG dira :  » la meilleure preuve de la justesse de nos idées c’est leur réussite dans le domaine économique.  »
Il ne s’agit pas pour la société musulmane d’admettre ou de ne pas admettre ce pragmatisme mais de défendre son univers culturel contre l’esprit souffieur de l’époque.
Il ne suffit pas de proclamer les valeurs sacrées de l’Islam mais de leur donner de quoi faire face à l’esprit du temps. Il ne s’agit pas de faire des concessions au profane sur le compte du sacré mais de libérer celui-ci de certaines suffisances qui peuvent lui être fatales.
Au demeurant, il s’agit simplement de faire retour à l’esprit islamique lui-même. Le Prophète ne laissait pas passer l’occasion de mettre en garde contre de telles suffissances dont nous connaissons aujourd’hui les effets inhibiteurs sur le développement de la société islamique actuelle.
Au retour d’une expédition, en plein mois de ramadhan alors que la journée de jeûne avait été dure pour ceux qui l’avaient faite, le Prophète en dédia cependant le mérite à ceux qui s’en étaient dispensés ce jour-là (comme la loi le permet) pour vaquer aux besoins de la caravane.
Aujourd’hui plus que jamais, il est bon de rappeler cet enseignement qui, dans un cas précis, donne le pas à la vertu efficacité sur la vertu authenticité. Il convient de signaler cet aspect de la tradition islamique justement au moment où elle est sournoisement mise en confrontation avec les valeurs pragmatiques des pays industriels, pour montrer l’inadéquation de l’Islam au XX siècle.
La société musulmane doit récupérer ses hautes traditions et, avec elles, le sens de l’efficacité.
Pour établir aux yeux du monde  »la preuve par neuf » que ses idées sont justes, il n’y a qu’une seule manière : elle doit montrer qu’elle peut assurer à chacun le pain quotidien.
Le problème est à l’ordre du jour dans les pays musulmans. Tout au moins depuis la seconde guerre mondiale.
Il y a donc assez de recul pour juger de l’efficacité des moyens utilisés, des voies suivies. Et pour mettre en lumière, chemin faisant, les causes des retards ou de la stagnation dans ces voies.

Le panorama économique actuel du monde offre une image assez exacte de la situation des pays musulmans quand on considère leur évolution parallèlement à d’autres pays depuis un quart de siècle.
Il est clair que certains par111i eux, comme l’INDONÉSIE, étaient partie  » favoris de la course  » au lendemain de la seconde guerre mondiale , grâce à leurs fabuleuses ressources naturelles.
Ils sont aujourd’hui bien loin derrière d’autres pays, comme le JAPON ou l’ALLEMAGNE, qui partaient dans les conditions les plus défavorables.
Autrement dit, ce n’est pas – on ne le répètera jamais trop – une question de moyens, mais une question de méthodes donc d’idées.

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