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Les conditions de la renaissance de Malek Bennabi (11)

Alors que la crise du monde musulman n’est pas la conséquence d’un  »mouvement » plus ou moins mal contrôlé, mais celle de la stagnation et de  »l’immobilité ».
Dans le premier cas, il s’agit de besoins non satisfaits et d’une dynamique désordonnée, alors qu’il s’agit, dans le second, d’habitudes statiques condamnant l’individu à un équilibre statique, à une immobilité totale, au moment où la civilisation a fait des pas de géant.

Il y a deux problèmes différents dans leur nature et leurs conséquences: d’une part, un problème de structures nouvelles, tandis que de l’autre, il faut renouveler l’homme.
C’est le problème de l’homme qui se pose dans le monde musulman.
La question est donc, ici, de créer d’abord des hommes qui marchent dans l’histoire, utilisant le sol, le temps et leurs capacités pour atteindre leur but.


Le premier facteur: L’HOMME
Les problèmes de l’homme varient selon les conditions sociohistoriques de son milieu.
L’humanité ne fait pas face à un problème, mais à des problèmes dont l’éventail correspond à celui des divers stades d’évolution de l’humanité actuelle.
Il n’est pas permis, sous peine d’assumer les conséquences théoriques pénibles d’une vision monolithique de l’histoire, de considérer du même regard les problèmes de l’homme colonisateur de l’Europe et ceux de l’homme colonisable du Tiers-monde.
Dans un pays européen, la Belgique par exemple, l’homme fait face à un problème économique aux conséquences sociales et morales fâcheuses, par suite d’un déséquilibre entre les besoins normaux et un rythme de production accéléré qui sont ceux du peuple belge.
C’est un problème d’équilibre  »dynamique » dont les conséquences ne sont, en aucune façon, ressenties par l’homme qui vit dans une autre aire de production.
Alors que la crise du monde musulman n’est pas la conséquence d’un  »mouvement » plus ou moins mal contrôlé, mais celle de la stagnation et de  »l’immobilité ».
Dans le premier cas, il s’agit de besoins non satisfaits et d’une dynamique désordonnée, alors qu’il s’agit, dans le second, d’habitudes statiques condamnant l’individu à un équilibre statique, à une immobilité totale, au moment où la civilisation a fait des pas de géant.
Donc, il y a deux problèmes différents dans leur nature et leurs conséquences: d’une part, un problème de structures nouvelles, tandis que de l’autre, il faut renouveler l’homme.
C’est le problème de l’homme qui se pose dans le monde musulman.
La question est donc, ici, de créer d’abord des hommes qui marchent dans l’histoire, utilisant le sol, le temps et leurs capacités pour atteindre leur but.
Dans un pays colonisé, comme l’Algérie, il n’y a pas de classes sociales, mais deux catégories d’hommes.
La première, qui habite les agglomérations urbaines, est faite de l’homme chômeur qui n’a rien à faire, du petit boutiquier qui vend quelques épices et de la pacotille bon marché et du  »Chaouch » d’une administration coloniale et enfin de quelques rares avocats, cadis ou pharmaciens.
La seconde, qui peuple nos campagnes, est faite de l’homme nomade et du fellah sans charrue, ni lopin de terre.
Le premier est le minus-habens (Personne d’une intelligence faible, d’une grande médiocrité intellectuelle), petit en tout.
Le second, c’est l ‘homo-natura, pauvre en tout.
Mais bien souvent la pauvreté est plus saine et plus noble que la petitesse.
Le citadin a accepté sa condition de minus-habens, assimilant par là à sa nature tous les facteurs de décadence qui ont causé le déclin des civilisations qui se sont succédé sur le sol de son pays, depuis l’époque carthaginoise.
Il porte en lui l’esprit du déclin. Il a toujours vécu le déclin d’une civilisation toujours à mi-chemin de quelque chose, à mi-chemin d’une étape, à mi-chemin d’une idée, à mi-chemin d’une évolution.
Il est celui qui n’atteindra pas son but.
Parce qu’il n’est ni le point de départ dans l’histoire, comme l’homo-natura, ni le point final comme l’homme de civilisation.
Il est un point de suspension dans l’évolution, dans l’histoire,dans la civilisation.
Il est le minus-habens en tout, l’homme du demi des choses qui s’est introduit dans une idée, l’lslah, il en a fait une demi-idée qu’il a nommée  »politique » parce qu’il n’était capable que d’un demi-effort, que d’une demi-réflexion, que d’une demi-étape.
Et aujourd’hui, ce  »demi-habens » s’évertue à mettre le problème algérien sur la voie de la demi-solution, devant la demi-assemblée algérienne dont l’autre moitié est européenne, colonisatrice, et dont ce colonialisme a fait une lice des joutes oratoires des demi-intellectuels.
Il est nécessaire de mettre devant nos yeux le problème intégral et de prendre en considération, d’abord et avant tout, sa donnée fondamentale: l’homme.

Il faut tout d’abord envisager de quelle manière l’être humain peut être efficace dans la synthèse de l’histoire dont la loi a été étudiée au chapitre précédent.
Or, il n’y a que trois efficacités pour l’homme, dans un milieu social donné au XXe siècle:
1) L’efficacité de sa pensée;
2) l’efficacité de son travail;
3) l’efficacité de son argent.
Mais il faut que ces trois efficacités s’adaptent à une synthèse dont l’origine coïncide, nous l’avons vu, avec une idée religieuse.
Par conséquent, il faut intégrer au problème de l’homme celui de trois orientations:
a) Orientation de la culture;
b) orientation du travail;
c) orientation du capital

*Ce livre a été écrit en 1947 et publié en 1948.

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