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La diplomatie religieuse marocaine : Promotion de la Paix et Rempart Immatériel contre l’Extrémisme – Par Mohammed Jelmad

La diplomatie religieuse du Maroc s’est imposée comme un atout géopolitique majeur, transformant le Royaume en un médiateur indispensable aussi bien en Afrique qu’en Europe.


La diplomatie religieuse s’affirme, de plus en plus, comme une forme de diplomatie non officielle, mais dont la légitimité est reconnue par les États et les institutions internationales. Mobilisant des valeurs spirituelles et des figures influentes, elle joue un rôle clé dans la médiation des conflits, le renforcement de la paix et du dialogue interculturel. Par son approche humaniste, elle complète les efforts diplomatiques officiels, répondant aux besoins de cohésion dans des contextes marqués par des tensions et des crises, et s’imposant comme un acteur incontournable des relations internationales modernes.

L’importance de la diplomatie religieuse est d’autant plus évidente à une époque où les religions, et les institutions qui les incarnent, continuent de jouer un rôle central dans la construction des identités collectives et dans l’élaboration des valeurs morales et sociales. Les autorités religieuses, en tant que leaders charismatiques et symboliques au sein de leurs communautés, ont une capacité non négligeable à favoriser la compréhension mutuelle entre des groupes souvent en conflit. Ce rôle va au-delà de la simple médiation, puisqu’il implique une influence directe sur la gestion des crises sociales et politiques, à travers des actions concrètes de pacification, de dialogue et de solidarité avec les populations vulnérables.

En ce sens, la diplomatie religieuse représente un levier essentiel pour résoudre les tensions internationales et régionales, en apportant une approche plus humaine et plus ciblée que les réponses institutionnelles classiques.

Elle  est plus qu’une réponse aux crises actuelles ; elle est un catalyseur pour la paix, la coopération et le développement durable.

1/ Fondements  de la diplomatie religieuse marocaine

Au Maroc, la diplomatie religieuse est  un outil fédérateur des expériences, pratiques et héritages religieux  ainsi qu’un incontournable support de prévention des logiques des extrémismes religieux de tous bords.  Les attentats terroristes qui ont frappés la ville de Casablanca en 2003 ainsi que la complexité de l’environnement  régionale et continental ont conduit à voir émerger une posture pragmatique qui consiste à sécuriser les risques, à endiguer les niches qui nourrissent les volontés de basculement dans la violence. Dans son message Royal adressé aux participants à la deuxième édition de la Conférence internationale sur le dialogue des cultures et des religions qui s’est tenu à Fés, Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu le préserve– a souligné que « La tenue de cette conférence au Royaume du Maroc constitue une reconnaissance, par la communauté internationale, de l’engagement constant de notre pays en faveur du dialogue des cultures et des religions ainsi que de la promotion des valeurs portées par ce dialogue. C’est également une confirmation du rôle de précurseur que notre pays a joué en tant que membre fondateur de l’Alliance des civilisations, organisme chargé de mobiliser les acteurs nationaux et internationaux autour de la paix et de porter ses valeurs. En abritant ces assises, notre pays confirme sa détermination à lancer une nouvelle dynamique propre à ouvrir des perspectives prometteuses et à proposer des moyens innovants pour garantir le respect du pluralisme culturel et cultuel et pour favoriser un engagement unanime en faveur des valeurs de dialogue, de coexistence et de respect de l’Autre ».

 Sa Majesté, dont les efforts en faveur de la paix recueillent une approbation internationale, a été le premier chef d’Etat à introduire une nouvelle notion dans le lexique du droit international public à savoir celle du nouvel ordre de paix mondiale, en soulignant que « Le nouvel ordre de paix mondiale est celui que nous souhaitons mettre en place ensemble en le structurant autour des principes de coexistence, d’acceptation de la pluralité et de l’altérité. C’est à cette condition qu’il sera possible de continuer à construire, à évoluer, à consolider sécurité, croissance et prospérité ».

Cette noble volonté Royale s’appuie sur l’exemplarité de l’Islam marocain basé sur la triptyque d’une réalité juridique avec l’école malékite, une réalité mystique avec le soufisme et une réalité dogmatique avec la dimension ach’arite. Le Souverain a précisé que « Fondé sur la Commanderie des Croyants et le rite sunnite malékite, ce modèle unique est le produit de réformes profondes visant à prémunir la société marocaine contre les risques liés à l’instrumentalisation idéologique de la religion et contre les courants subversifs ».   Le Maroc compte parmi les pays de la région qui ont élaboré une stratégie multidimensionnelle de lutte contre le terrorisme, incluant la prévention contre l’extrémisme violent en tant que fondement de sa stratégie sécuritaire. Pour ce faire, l’État va miser sur la prise en charge du champ religieux et de sa gestion, depuis la formation des cadres jusqu’à la dispense des liturgies au sein des mosquées et par le renforcement du cadre sécuritaire ciblant la promotion de la violence et de l’extrémisme religieux, à travers le discours ou le passage à l’acte.

Le succès de cette diplomatie repose sur sa capacité à offrir une alternative crédible et stable face aux idéologies radicales. En exportant son Islam du juste milieu, le Royaume du Maroc ne fait pas que du religieux : il sécurise son environnement régional et renforce ses alliances politiques et économiques.

Cette diplomatie est indissociable de la personnalité de Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine, dont la légitimité religieuse en tant que descendant du Prophète facilite l’acceptation de ce leadership spirituel au delà des frontières nationales.

2/ La diplomatie religieuse marocaine au service de la cause palestinienne :

L’engagement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en sa qualité de Président du Comité Al-Qods, dans la défense de la cause palestinienne  se caractérise par une approche multidimensionnelle. Loin des simples déclarations de principe, cet engagement se traduit par une stratégie alliant diplomatie politique et actions sociales concrètes sur le terrain.

L’Action Diplomatique et Politique

Le Souverain utilise le poids diplomatique du Maroc pour maintenir la question d’Al-Qods au centre de l’agenda international par un plaidoyer constant pour une solution basée sur les frontières de 1967 avec Al-Qods-Est comme capitale d’un État palestinien indépendant. Le Royaume du Maroc, ayant pour devise le maintien des canaux de communication, a toujours utilisé les leviers diplomatiques pour désamorcer les tensions lors des crises récurrentes sur l’Esplanade des Mosquées, en prônant le respect du statut juridique et historique des lieux saints. Rappelons dans ce cadre la portée internationale de l’Appel d’Al-Qods signé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le protège, en 2019,  conjointement avec le Pape François, et qui constitue un document historique insistant sur  la nécessité de préserver le caractère multi-religieux et l’identité plurielle de la Ville Sainte comme patrimoine commun de l’humanité. Mohamed Salem Echarkaoui, Directeur chargé de la gestion de l’Agence BMAQ, a affirmé dans son livre « Sa Majesté le Roi Mohammed VI , Président du Comité Al-Qods : Le dépôt sacré », publié en 2004, que la Maroc , sous la direction de Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine, demeure profondément attaché à la promotion de la paix et de la sécurité mondiale. Et que cette position de principe renforce la pertinence du rôle du Royaume face aux mutations mondiales et aux défis posés par l’extrémisme, le terrorisme, les crises transnationales, les mouvements séparatistes et les conflits confessionnels.«

L’Action de Terrain : L’Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif

Il s’agit bien du bras opérationnel du Comité d’Al-Qods. Sous l’impulsion directe du Souverain, qui assure la majeure partie de son financement, l’Agence mène des projets à fort impact social pour soutenir la résilience des habitants d’Al-Qods, notamment dans le domaine de l’éducation par la construction et rénovation d’écoles, et octroi de bourses d’études pour les jeunes Palestiniens afin de lutter contre la déscolarisation, de la santé par l’ équipement des hôpitaux locaux et la  fourniture d’unités médicales mobiles, ainsi que dans le domaine du  logement et de l’aide sociale à travers les Programmes de restauration de bâtiments historiques et les aides directes aux familles nécessiteuses, et enfin dans le domaine de la Culture et Jeunesse par l’organisation annuelle de colonies de vacances au Maroc pour les enfants d’Al-Qods, favorisant les échanges culturels et le soutien psychologique.

L’Aide Humanitaire d’Urgence

Au-delà des projets structurels, Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu l’assiste– ordonne régulièrement le déploiement d’aides d’urgence lors de crises humanitaires majeures par l’envoi de fournitures médicales, de nourriture et de couvertures, souvent acheminés par voie terrestre – ce qui est un exploit logistique rare,  pour atteindre directement les populations de Gaza et d’Al-Qods, de même que par l’installation d’hôpitaux de Campagne  qui permettent le déploiement régulier de structures médico-chirurgicales des Forces Armées Royales pour soigner les blessés et les malades sur place.

* La  préservation du patrimoine

Le Souverain veille également à ce que l’identité architecturale et spirituelle de la ville Sainte ne soit pas altérée. Il accorde ainsi une attention particulière à la  restauration du patrimoine en assurant le financement de travaux de rénovation au sein de la Mosquée Al-Aqsa et d’autres monuments historiques pour contrer les tentatives de modification du caractère islamique et arabe de la ville.

En définitif,  L’action de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le protège- se définit par la « diplomatie de l’action ». Il ne s’agit pas seulement de revendiquer des droits, mais de fournir aux Palestiniens les moyens de rester sur leur terre tout en gardant les portes du dialogue ouvertes pour une paix durable.

3/  le modèle religieux marocain : une réponse stratégique à la montée de l’instabilité et des idéologies radicales dans la zone sahélo-saharienne

     La diplomatie religieuse marocaine en Afriqueest un levier stratégique majeur, souvent qualifié de « soft power spirituel ». Elle repose sur l’autorité de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en tant qu’Amir Al-Mouminine (Commandeur des Croyants), un titre dont la légitimité dépasse les frontières du Royaume pour rayonner sur une grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Alors que les stratégies militaires conventionnelles peinent à contenir l’hydre djihadiste dans la bande sahélo-saharienne, une vérité s’impose avec force : on ne combat pas une idéologie avec des balles, mais avec une idée supérieure. Dans cette « guerre des sens », le Royaume du Maroc a su déployer une arme singulière, invisible mais profonde : la sécurité spirituelle. En s’appuyant sur la légitimité historique du Commandeur des Croyants, sur la doctrine du juste milieu s’appuyant sur   le rite Malékite, le soufisme d’al jounaid et  le dogme Ach’arite, présentant   l’Islam marocain comme un modèle de modération, de tolérance et d’adaptation aux contextes locaux africains et sur un réseau millénaire de confréries soufies, le Royaume du Maroc  projette désormais une solide architecture de défense immatérielle. Il faut dire qu’à  l’heure où le radicalisme se dématérialise sur les réseaux sociaux et où les rivalités géopolitiques s’intensifient,  ce « Soft Power » religieux marocain peut être considéré comme  le dernier rempart contre l’effondrement sécuritaire du Sahel.

La Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains : Une omniprésence institutionnelle au cœur de l’Afrique 

  La Fondation Mohammed VI des Ouléma africains, créée conformément aux Hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, est une instance destinée à unifier et à coordonner, les efforts des oulémas musulmans, au Maroc et dans les autres Etats africains, en vue de faire connaître les valeurs de l’Islam tolérant, de les diffuser et de les consolider.

Dans son Discours Royal à l’occasion de l’installation du Conseil Supérieur de la Fondation, Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu le protège- a déclaré à ce sujet que « c’est une initiative qui traduit la profondeur des liens spirituels qui unissent depuis toujours les peuples africains subsahariens au Roi du Maroc, Amir Al-Mouminine, peuples auxquels nous sommes liés par l’unité de la foi et du rite et par la communauté de patrimoine civilisationnel ».

Dans le préambule du Dahir portant création de cette Fondation, son explicités les motifs de cette création, en considération des liens religieux et culturels  qui unissent le Royaume du Maroc à de nombreux pays Africains et aux fins de préserver la religion contre les déviations et l’extrémisme de sorte que ses valeurs magnanimes soient au service de la stabilité et du développement dans ces pays.

  Monsieur Ahmed Taoufiq, ministre des habbous et des Affaires Islamiques, président délégué de cette Institution a souligné, le 13 Juillet 2015 à Casablanca, lors de la cérémonie d’annonce de sa création que  la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains» est un projet qui s’inscrit dans le cadre de la continuité et de l’accumulation historique, ainsi que dans l’engagement renouvelé dans l’exercice de la Haute responsabilité qui incombe au Souverain pour la promotion des relations entre le Royaume du Maroc et les pays d’Afrique particulièrement en ce qui a trait à la protection de la foi et du culte qui relève de Imarat Al Mouminine. Parmi les marques de cet engagement durant les dernières décennies a-t-il tenu à préciser, il y a lieu de mentionner la construction de mosquées dans ces pays, la présence régulière des Oulémas africains aux causeries hassaniennes du Ramadan, la création de la Ligue des Oulémas du Maroc et du Sénégal, la mise en place de l’Institut des Etudes Africaines et l’organisation de conférences sur les Tariqas soufies.

  Pour sa part, Cheikh Ibrahim Al Hussaini, président de l’Instance de la Fatwa et du Conseil Islamique au Nigéria, dans une allocution prononcé à la même occasion au nom  des oulémas africains que cette initiative Royale a constitué une réponse propice et  opportune aux attentes des pays Africains au moment où « nous vivons des heures de tristesse et de souffrance à cause des revers du sort qui ont frappé la Oumma, faits d’extrémisme et d’excès en religion dont souffrent nombre de pays».

  Consciente des enjeux imposés par des contextes régional, continental et international, marqués par les défis sécuritaires, sociaux et spirituels , la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains- qui compte aujourd’hui 48 sections réparties dans divers pays Africains- œuvre depuis sa création, à fédérer et coordonner les efforts des savants musulmans sur le continent Africain pour promouvoir les idéaux de paix et de tolérance et contribuer au développement et au rayonnement du patrimoine islamique africain commun.

L’Institut Mohammed VI de Formation des Imams, Mourchidines et Mourchidates : Temple  de formation des « émissaires de la Paix »

Il s’agit ici d’aborder un aspect opérationnel important de la diplomatie religieuse marocaine à savoir la formation d’hommes et femmes   qui portent le message religieux  sur le terrain. L’Institut Mohammed VI de formation des Imams, Mourchidines et Mourchidates a été crée  le 20 Mai 2014  et inauguré en Mars 2015 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste-. L’Institut est rattaché à l’Université Quaraouyine sous l’autorité directe du Ministre des Habous et des Affaires Islamiques.

 L’Institut est chargé de la formation des imams et des morchidines et morchidates dans les domaines de l’Imamat et de l’orientation religieuse afin de leur permettre d’acquérir les méthodes et les connaissances les rendant capables d’accomplir les missions qui leur sont dévolues.

  Il s’agit d’un  pilier de la stratégie marocaine pour promouvoir un « Islam du juste milieu »  basé sur le rite malikite et la doctrine ach’arite, qui prévalent au Maroc et dans une grande partie de l’Afrique et de l’Europe, ainsi que sur  la prévention de la radicalisation en fournissant aux étudiants  des outils intellectuels et religieux pour déconstruire les discours extrémistes, et enfin sur la conciliation entre les préceptes de la religion et les réalités du monde moderne.

Situé à Rabat,  l’Institut a une vocation mondiale. Il accueille des étudiants marocains, ainsi que des étudiants venant d’autres pays d’Afriques comme le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Nigeria, le Tchad, etc, et des étudiants venant de pays  Européens : Notamment de France, à la suite d’accords bilatéraux pour former des imams capables d’exercer dans le contexte européen.

L’une des grandes innovations du modèle marocain est la formation des Morchidates (femmes guides religieuses). Elles ne dirigent pas la prière (rôle réservé aux imams hommes), mais elles assurent un rôle essentiel d’éducation, de conseil spirituel et de soutien social auprès des femmes ;

L’Institut est devenu un outil de « Soft Power » pour le Maroc. Face à la montée de l’instabilité dans la région du Sahel et aux défis de l’intégration en Europe, de nombreux pays sollicitent l’expertise marocaine pour former leurs propres cadres religieux afin de garantir une pratique religieuse stable et pacifique. Les modules de formation (psychologie, histoire, citoyenneté) qui vont au-delà de la simple théologie ont érigé l’Institut en un véritable laboratoire de dé-radicalisation transformant  l’Imam en  agent de « Sécurité Humaine » capable d’intervenir dans la médiation de conflits tribaux et la prévention de l’extrémisme au niveau local. De fait,  la sécurité ne se garantit pas seulement par les armes, mais par la conquête des cœurs et des esprits.

 La diplomatie des confréries (Soufisme) : canaux de médiation et de stabilisation dans les zones de conflit

La diplomatie des confréries permet au Maroc de transformer une identité religieuse partagée en un outil de coopération politique et de stabilité régionale, faisant du Royaume un acteur incontournable de la sécurité spirituelle en Afrique.  . Il s’agit de l’une desdimensions les plus subtiles et les plus efficaces du « soft power » marocain. Elle s’appuie sur des liens spirituels séculaires qui transcendent les frontières politiques, particulièrement vers l’Afrique subsaharienne. Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste- entretient des relations privilégiées avec les grandes familles religieuses africaines, facilitant ainsi la médiation et la compréhension mutuelle. Le Souverain n’a pas dérogé à la tradition de ses Glorieux ancêtres qui manifestaient une grande bienveillance  aux savants et aux figures de proue du Soufisme. Dans un Message Royal  adressé le 14 mai 2014 aux participants aux troisièmes assises des adeptes de la Tarika Tijania  à Fès Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, a bien voulu préciser que l’ intérêt accordé au soufisme est dû « à cette particularité qui caractérise l’histoire du Maroc, à savoir la « Beïa » (allégeance) à « Imarat Al Mouminine » (Commanderie des croyants). En effet, cette institution a été un socle d’appui pour l’Islam sunnite médian dans Notre Royaume. Elle représente pour le peuple marocain un sanctuaire de sécurité, un havre de paix, et un pôle de convergence et de convivialité. Voilà pourquoi, dans le Nord-Ouest de l’Afrique, le Maroc a toujours été une citadelle inexpugnable, un phare balisant la voie du salut, éclairant les consciences dans toutes les contrées sub-sahariennes, sous l’impulsion de ses grands monarques et sous la direction de ses oulémas émérites et de ses soufis accomplis, qui joignaient à la maîtrise de la loi, l’orthodoxie de la méthode et la quête de la vérité ».

Cette politique éclairée, que Sa Majesté le Roi-que Dieu le protège– mène avec foi et détermination, s’inscrit dans une optique unitaire résolue et dans une stratégie ambitieuse fondée sur la dynamisation du rôle du soufisme dans la dissémination de la sécurité spirituelle et la diffusion des valeurs d’amour et de concorde, loin du fanatisme et de la haine.

Par ailleurs, les confréries soufies reconnaissent historiquement la légitimité spirituelle de Sa Majesté le Roi en tant que descendant du Prophète, ce qui établit une allégeance spirituelle au-delà du territoire marocain. Ainsi, eu égard à la charge suprême de la Commanderie des Croyants, dont Dieu l’a investit, Sa Majesté le Roi –que Dieu l’assiste– a constamment manifesté sa sollicitude aux confréries soufies qui veillent à inculquer à leurs adeptes les valeurs morales inspirées de la vertueuse Sunna du Prophète et de Sa tradition sublime. Ces égards leur sont montrés à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc, plus particulièrement dans les pays africains frères, dans le seul but  d’aider ces pays à assurer leur renaissance, à développer leurs potentialités et à disséminer les valeurs de tolérance, de coexistence, de concorde et de cohésion entre leurs différentes composantes.  En conclusion, on peut dire qu’en soutenant les confréries locales en Afrique, le Maroc aide à maintenir un tissu social solide et résilient face aux menaces sécuritaires étant donné que les liens confrériques sont souvent utilisés pour stabiliser des régions en crise. En période de tensions politiques dans certains pays du Sahel, les réseaux des confréries servent de canaux de discussion informels et de médiation, là où la diplomatie classique pourrait échouer.

Construction de Mosquées

La construction de mosquées par  Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste–  en Afrique s’inscrit  également dans cette  stratégie multidimensionnelle du « Soft Power spirituel » du Maroc.

Loin d’être de simples édifices de culte, ces mosquées – souvent rattachées à la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains-  sont les piliers d’une vision géopolitique et culturelle précise ayant pour objectifs :

  • Promouvoir  un Islam de « juste milieu » par la diffusion du  modèle religieux marocain, basé sur le rite malikite, la doctrine ach’arite et le soufisme.
  • Contrer l’extrémisme, puisqu’en  finançant ces lieux, le Maroc propose une alternative structurée aux idéologies radicales (wahhabisme ou salafisme) qui ont pu s’implanter dans certaines régions du Sahel ou de l’Afrique de l’Ouest.
  • Asurer  l’unité spirituelle  en garantissant que les prêches prônent la tolérance et la paix.

Ces mosquées ne sont pas seulement des lieux de culte, mais aussi des complexes intégrant des bibliothèques et des centres d’enseignement, illustrant la présence pérenne du Royaume.

4/ La diplomatie religieuse du Royaume du  Maroc en Europe

Il s’agit d’un autre pilier majeur du « soft power » du Maroc. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste– la stratégie religieuse vise à promouvoir un Islam modéré, du juste milieu (Al-Wassatiyya) pour stabiliser la pratique religieuse des marocains résidant à l’étranger et contrecarrer toutes les tendances extrémistes. Cette préoccupation Royale a été exprimée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu l’assiste- dans son discours à la Nation à l’occasion du 63 ème anniversaire de la révolution du Roi et du Peuple du 20 aout 2016, lorsque Sa Majesté a déclaré que  « Le monde entier parle de la problématique migratoire et des drames humains endurés par les immigrés. Cette situation ne cesse de s’aggraver en raison de la propagation du phénomène extrémiste et terroriste et de la tentative de le relier, à tort ou à raison, aux immigrés, surtout en Europe. Dans ce contexte, J’invite les Marocains résidant à l’étranger à rester attachés aux valeurs de leur religion et à leurs traditions séculaires face à ce phénomène qui leur est étranger. Je les exhorte également à préserver la bonne réputation qui fait leur notoriété, à s’armer de patience face à cette conjoncture difficile, à s’unir et à être toujours en première ligne parmi les défenseurs de la paix, de la concorde et du vivre-ensemble dans leurs pays de résidence respectifs ». Ainsi, c’est dans le cadre de la prise en considération des difficultés auxquelles est confronté la diaspora marocaine du fait de la perversion de l’image de l’Islam, tout en proposant un modèle d’Islam modéré aux Etats Européens, que la présence religieuse du Maroc en Europe s’est imposé en une nécessité stratégique pour contribuer à la garantie de la sécurité spirituelle

La Formation des Imams et des Mourchidates

L’Institut Mohammed VI pour la formation des Imams, Morchidines et Morchidates à Rabat est la pièce maîtresse de ce dispositif. Le Royaume du Maroc est devenu un partenaire incontournable pour plusieurs pays européens dans le domaine de la formation des cadres religieux via des accords bilatéraux. L’objectif est de former des Imams qui maitrisent  à la fois les textes sacrés tout en ayant la doigté de l’adapter au contexte socio-culturel européen. Par ailleurs, chaque année, le Maroc dépêche  des délégations d’Imams et de prédicateurs( hommes et femmes) dans les mosquées d’Europe pour encadrer les fidèles durant le mois sacré de Ramadan, renforçant ainsi le lien spirituel de la diaspora  marocaine avec  les constantes religieuses du Royaume. Pour le Ramadan 1447 (février-mars 2026), le Maroc a mobilisé une délégation de 320 oulémas et imams ;  La France reçoit traditionnellement le plus gros contingent (82 savants en 2026), suivie de l’Allemagne (51), de l’Espagne (51), de la Belgique (42) et des Pays-Bas (35).

Le Conseil Européen des Oulémas Marocains (CEOM)

Basé à Bruxelles, ce conseil joue un rôle d’encadrement et de régulation de la pratique religieuse de la diaspora marocaine en Europe. Son importance est manifeste sur un double plan :

 – Guidance spirituelle : Il sert de guide sur les questions de dogme et de pratique, en s’assurant que les fidèles restent attachés au rite malékite, et à la doctrine ach’arite.

-Intégration et adaptation du discours : le conseil veille à la promotion d’un Islam compatible avec les lois et les valeurs des sociétés européennes luttant contre l’isolement communautaire et la radicalisation et favorisant ainsi l’intégration tout en préservant l’identité spirituelle

  En conclusion, la diplomatie religieuse du Maroc s’est imposée comme un atout géopolitique majeur, transformant le Royaume en un médiateur indispensable aussi bien en Afrique qu’en Europe.

En Afrique, le Maroc est devenu le centre de gravité spirituel de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel. En formant les imams et en s’appuyant sur les réseaux soufis, Rabat sécurise ses alliances politiques et freine l’expansion des idéologies radicales à ses frontières sud. Cette « fraternité spirituelle » est le ciment qui facilite son ancrage durable au sein de l’Union Africaine.

Pour les États européens, le Maroc est considéré un partenaire de sécurité stratégique agissant  comme un rempart contre l’extrémisme. En proposant un encadrement religieux structuré à la diaspora et en formant des cadres cultuels capables de concilier foi et citoyenneté, le Royaume s’inscrit comme un partenaire clé de la stabilité sociale en Europe.

 Plus qu’un simple outil de promotion de la foi, cette diplomatie est une stratégie de sécurité préventive. Elle permet au Maroc de transformer son héritage historique en un instrument d’influence moderne, lui conférant un rôle de « stabilisateur régional » que peu d’autres pays de la zone peuvent revendiquer.

  • Bibliographie
  • Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains. https://www.fm6oa.org
  • Ministére des Habous et des Affaires Islamiques. https://www.habous.gov.ma
  • Mohamed Salem Echarkaoui, « Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Président du Comité Al-Qods : Le dépôt sacré », 2004,
  • Farid El Asri : « La diplomatie religieuse marocaine comme propédeutique préventive »  Academia.edu https://www.academia.edu
  • Brahim Mokhliss . le Matin.ma 19 Décembre  2024
  • Université Cheikh Anta Diop de Dakar : Argumentaire Actes du Colloque international sur la diplomatie religieuse ( 6 et 7 avril 2025) https://cidir.ucad.sn
  • Baylocq C., Hlaoua A. (2016), « Diffuser un « islam du juste milieu ? », Afrique contemporaine (1), 113-128.
  • Lacorne D., Vaïsse J., Willaime J.P. (2014), La Diplomatie au défi des religions : tensions, guerres, médiations,
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  • Moisseron J.Y., Daguzan J.F. (2019), « Les ambitions régionales marocaines en Afrique subsaharienne : une diplomatie royale », Maghreb-Machrek, 240(2), 77-91.
  • Poupart P. (2019), « Quand la puissance se disperse : les relations entre le Sahara-Sahel et le Maghreb depuis la chute du colonel Kadhafi (2011- 2018) », Hérodote.
  • Blandine Chelini-Pont : « L’Impact contrasté de la diplomatie interreligieuse catholique » in Etats, Religions et Sociétés : Le défi géopolitique, sous la direction de J.F. Bour – CERF2024

Mohammed Jelmad, Docteur en Droit

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