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Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (7)

2/ Le Commandeur des Croyants : Garant de la liberté des cultes

« Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, nous nous portons Garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les Croyants. En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc » Extrait du discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le préserve- à
l’occasion de la visite de Sa Sainteté le Pape François au Maroc La tolérance religieuse implique la reconnaissance et la conscience que nous avons tous le droit de penser différemment et de professer des croyances différentes ou de renoncer complètement à la foi religieuse; tout cela signifie également
pouvoir comprendre que toutes les croyances sont également valables et respectables, sans, en elles-mêmes, représenter un réel obstacle à une coexistence harmonieuse, fondée sur la liberté, le respect et la justice. La tolérance religieuse est donc essentielle à la vie en société.1

L’importance de la tolérance religieuse est une réalité à laquelle souscrivent toutes les religions monothéistes. Pour les chrétiens, elle évoque la possibilité que tous les hommes, sans distinction de
classe ou de religion, puissent coexister et interagir sans imposer leurs convictions aux autres; d’ailleurs John Lock(1632-1704) avait affirmé, dans sa lettre sur la tolérance, l’incompatibilité entre la foi en Jésus Christ et toute forme d’intolérance envers les autres religions.

Et pour Voltaire, la tolérance est l’apanage de l’humanité, « Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature».2

Pour le président du Congrès juif canadien, région du Québec, Joseph Gabay, la tolérance est l’essence de la Pâque juive. «Le mot «Pessah» signifie la bouche qui raconte. Notre rituel est basé sur une série de questions et de réponses, car la qualité première de l’homme est d’avoir la capacité de questionner.
On célèbre donc la libération de la parole, fondement même de la tolérance» ; Et il précise que «Le terme «tolérance» doit justement être compris comme le droit à la différence dans le respect de la vie de l’autre».3

La tolérance religieuse est ainsi perçue comme une vertu morale qui suppose le respect de l’intégrité humaine et spirituelle de l’autre, et à laquelle l’islam accorde une importance cruciale aussi bien dans le Coran que dans la sunna.

Ces deux sources, sacrées, sont opposées à l’extravagance et plaident pour la modération et le respect du droit à la différence.

– Le Coran :
Le Coran a cultivé une image nette et objective à l’égard de la tolérance religieuse. Depuis l’aube de sa descente, la parole divine n’a pas contenu de propos exclusionniste ou abolitionniste des religions précédentes, conformément au respect du droit à la différence : « à vous, votre religion et à moi
ma religion »4.

Ce verset reconnaissait ainsi le polythéisme des Quoraïchites, comme une religion, et en dépit de son absurdité, l’idolâtrie est perçue comme une religion, car elle constitue la véritable conviction selon la foi installée dans les coeurs de ses adeptes païens5

Le Coran qui informe l’humanité de la différence entre les Hommes en langage et en couleur : « Parmi ces signes : la création des cieux et de la terre ; la diversité de vos idiomes et de vos couleurs»6, ne pouvait pas ignorer la différence entre les coutumes, les cultures, rites et opinions : « Ô hommes ! Nous
vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entre connaissez »7

Une lecture attentive de ce verset permet de relever la diversité existentielle entre les peuples voulue par Dieu, car « Si ton seigneur l’avait voulu, il aurait rassemblé tous les Hommes en une seule communauté»8. Cette diversité n’a pas été conçue pour être un facteur de désaccord ou de rejet mutuel, mais plutôt pour être un sentiment pour la reconnaissance d’autrui, de solidarité et de dialogue enrichissant.

Le Coran glorifie, dans plusieurs versets, Abraham, la religion juive et le christianisme et ordonne de respecter les chrétiens et les juifs. Le verset 69 de la sourate V «la table servie » dit : « ceux qui croient(les musulmans), les juifs, les sabéens, les chrétiens, tous ceux qui croient en Dieu et au jour dernier seront à l’abri de toute crainte et ne seront point affligés ».

Dans le même ordre d’idées, le livre sacré interdit à ses adeptes de dénigrer les idoles des païens pour que Dieu, par réaction ne soit pas insulté : « N’insultez pas ceux qu’ils invoquent en dehors de Dieu, car ils insulteront Dieu par hostilité et par ignorance » 9

Il recommande aussi à ses fidèles de traiter les autres avec bonté et justice : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons ; Dieu aime ceux qui sont équitables»10

Bien que la suprématie de la religion musulmane soit reconnue en tant que vérité absolue, le Coran recommande le respect des adeptes des autres religions qui ne doivent nullement être accusés d’athéisme ou d’hérésie. L’objectif principal est de réaliser la coexistence entre les peuples dans un respect mutuel et total des différences d’idéologies et d’opinion.

Dans ce domaine religieux, l’analyse faite par le théologien, savant et philosophe allemand NICOLAS DE CUSE ou DEKUES, mérite une attention particulière. Partant du constat de la diversité marquant les confessions et les rites dans le christianisme, l’Islam et le Bouddhisme, il est arrivé à la conclusion
selon laquelle Dieu a envoyé à des nations diverses, et à des époques différentes, des messagers pour enseigner et répandre la vérité.

Les dissensions sont apparues du fait que chaque communauté a gardé la foi qu’elle avait initialement reçue. Il n’existe au fait qu’un seul Dieu, et il ne peut y avoir qu’une religion, et qu’un culte d’adoration. Les religions de l’histoire ne sont que l’expression multiforme d’une seule vraie et unique religion11 Selon cette conception, la religion se trouve réduite à un minimum dogmatique qui constitue seul, le fondement de la foi.

C’est justement cette théorie qui a été développée par Spinoza, auteur du « traités des autorités théologiques et politiques ». Selon cette théorie, les dogmes de la foi sont relatifs à la reconnaissance de l’existence de Dieu unique. 12

Au-delà de ce minimum dogmatique, la croyance est libre et chaque individu pourra adapter sa mentalité à sa croyance13

1- https://fr.encyclopedia-titanica.com)
2- Voltaire, «Traité sur la tolérance.p235»
3- https://www.ledevoir.com
4- «Les incrédules », sourate IX,6
5- Mohamed Toumi, « La liberté religieuse dans le Coran »,in Islam, revue trimestrielle
d’histoire et de théologie musulmane ,n°2,Novembre 2002,p 4 .
6- «Les roumains », sourate XXX,22
7- «Les appartements privés », sourate,XIIX ,13.
8- « Houd », sourate XI ,118)
9- « Le repentir », sourate IX.6
10- « Les abeilles »,sourate XVI.125
11- Mohamed Toumi ,op cit , p 6 .
12- Mohamed Mouaquit, « La liberté de conscience et de pensée comme porte d’accès à la démocratie », in Revue Prologues, n°22/23, 2001, p 16.
13- Idem, ,p 90

A suivre

Mohammed Jelmad 

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