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À Rabat, experts et décideurs renforcent la réflexion sur la cybersécurité en Afrique

Les participants à une rencontre organisée mercredi 3 juin 2026 à Rabat, dans le cadre du Programme exécutif de leadership en cybersécurité de l’ANCA-CERT, ont appelé à l’adoption d’une approche proactive de la cybersécurité en Afrique.
Lors de cette session thématique consacrée aux “Technologies émergentes, risques stratégiques et géopolitique”, les intervenants ont souligné la nécessité de placer la cyber-résilience, la gouvernance et l’intégration de la sécurité dès la conception des systèmes (Security bu Design) au cœur des stratégies de cybersécurité en Afrique.
Ils ont, dans ce sens, relevé l’importance d’anticiper les mutations induites par l’intelligence artificielle (IA), les tensions géopolitiques et l’accélération de la transformation numérique, mettant en avant l’impératif de renforcer les capacités humaines et institutionnelles, de consolider les cadres réglementaires et de développer des infrastructures numériques souveraines et résilientes, capables de faire face à des cybermenaces de plus en plus complexes.

À cette occasion, Giulia Moschetta, responsable du rapport “Global Cybersecurity Outlook” du Forum économique mondial (WEF), a passé en revue les principaux enseignements de l’édition 2026 de cette publication de référence, notant que la géopolitique constitue désormais un facteur déterminant dans la définition des stratégies de cybersécurité.

Mme Moschetta a également mis en garde contre la progression de la fraude numérique, devenue l’une des principales préoccupations des dirigeants d’entreprises, ainsi que sur la vulnérabilité accrue des chaînes d’approvisionnement, considérée par 65% des organisations interrogées comme le principal frein à la cyber-résilience.

Abordant la situation du continent africain, l’experte a mis en exergue les défis liés à la disponibilité des compétences spécialisées en cybersécurité en Afrique subsaharienne, où 62% des organisations déclarent manquer de ressources humaines qualifiées pour atteindre leurs objectifs en matière de sécurité numérique. Cette situation se traduit par des niveaux de cyber-résilience jugés insuffisants par 32% des organisations de la région, contre une moyenne mondiale de 17%, a-t-elle signalé.

De son côté, Li Gang, directeur du département régional de cybersécurité et de protection de la vie privée chez l’équipementier Huawei, a souligné l’importance d’intégrer la sécurité dès la conception des infrastructures numériques (Security by Design). Dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique sur le continent, il a plaidé pour une approche axée sur la prévention et la défense proactive des systèmes, plutôt que sur des interventions correctives intervenant après la survenue des incidents.

L’expert a estimé que, malgré les nouveaux défis liés à l’IA, la priorité demeure la mise en place d’infrastructures robustes et résilientes capables de prévenir la majorité des cyberattaques dès leur origine, saluant, à cet égard, le Programme exécutif de leadership en cybersécurité de l’ANCA-CERT, visant à favoriser la réflexion collective autour des politiques et mécanismes nécessaires à la sécurisation de la transition numérique du continent.

M. Li Gang a, par ailleurs, mis en lumière la nécessité de renforcer les mécanismes de gouvernance et de protection des infrastructures d’information critiques, notamment dans les secteurs de l’énergie, des finances et des télécommunications, considérés comme des composantes essentielles de la sécurité nationale.

Pour sa part, Amine Chourak, directeur technique (CTO) de l’entreprise Devoteam Cyber Trust, a mis en relief l’émergence des “Agents IA”, capables non seulement de répondre à des requêtes, mais aussi de raisonner, de collaborer avec d’autres systèmes et d’exécuter de manière autonome des tâches complexes.

Selon lui, cette évolution marque un tournant majeur pour les centres opérationnels de sécurité (SOC), confrontés à des cyberattaques de plus en plus sophistiquées et imprévisibles. Les agents IA permettent de dépasser les limites des mécanismes traditionnels d’automatisation fondés sur des scénarios prédéfinis, en apportant des capacités avancées d’analyse, d’adaptation et de prise de décision face à des menaces inédites, a-t-il expliqué.

Pour tirer le meilleur parti de ces prouesses technologiques, M. Chourak a souligné l’impératif de jeter les bases d’une véritable gouvernance de l’IA, estimant que ces agents autonomes doivent être considérés comme de nouvelles identités numériques nécessitant des mécanismes de supervision, de contrôle et de sécurisation adaptés.

Organisé par l’ANCA-CERT, structure opérationnelle du Réseau africain des autorités chargées de la cybersécurité (ANCA), avec l’appui de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), le Programme exécutif de leadership en cybersécurité, qui se poursuit jusqu’au 5 juin, réunit des responsables gouvernementaux de haut niveau, des décideurs, des dirigeants d’entreprises, des experts en cybersécurité ainsi que des représentants d’organisations régionales et internationales.

Le programme bénéficie du concours de partenaires institutionnels de premier plan, notamment l’Union internationale des télécommunications (UIT), CREST et FIRST. Son contenu est aligné sur les cinq piliers du Global Cybersecurity Index de l’UIT, référence internationale en matière d’évaluation de la maturité des États dans le domaine de la cybersécurité.

Source: MAP

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