Articles et Etudesslider

L’Oumma : Unité, Identité et Solidarité dans la Culture et la Conscience Islamiques –par Mohamed Chtatou

L’Oumma perdure non pas parce qu’elle a été institutionnellement couronnnée de succès — à cette mesure, elle n’a que trop souvent failli à ses propres idéaux — mais parce qu’elle touche à quelque chose de fondamental dans l’expérience humaine de la communauté, de l’appartenance et de la responsabilité morale


Pr. Mohamed Chtatou

Le concept d’Oumma — la communauté mondiale des croyants musulmans unie par une foi partagée plutôt que par l’ethnicité, la nationalité, la langue ou les frontières territoriales — constitue l’une des idées les plus significatives sur le plan théologique et les plus lourdes de conséquences sociales dans la pensée islamique. Émergeant de la révélation coranique et de la tradition prophétique, l’Oumma a servi tout au long de l’histoire islamique à la fois comme communauté morale idéale et comme cadre pratique de solidarité sociale. Cet essai examine les fondements théologiques de l’Oumma dans les Écritures et les hadiths, sa formation historique et son évolution institutionnelle à travers les premiers califats, ses expressions dans la pratique rituelle et l’éthique sociale — notamment la zakat, la sadaqa, la prière du vendredi, le Ramadan et le Haj — ainsi que les tensions et défis auxquels le concept est confronté dans le monde contemporain des États-nations, du sectarisme, des fractures géopolitiques et de la connectivité numérique. S’appuyant sur des travaux relevant de la théologie islamique, de la sociologie des religions, des sciences politiques et de l’anthropologie, cet essai soutient que l’Oumma demeure un concept vivant, contesté et adaptatif, ancré simultanément dans des valeurs religieuses transcendantes et façonné par les réalités matérielles complexes des communautés musulmanes à travers le globe. L’analyse démontre que le pouvoir durable de l’Oumma ne réside pas dans une quelconque unité politique qu’elle aurait réalisée, mais dans l’imagination morale, la mémoire collective et la solidarité spirituelle qu’elle continue d’inspirer au sein de populations musulmanes diverses.

Introduction

Parmi les concepts fondamentaux qui structurent la vie religieuse islamique et la conscience collective, l’Oumma occupe une position d’une importance théologique et sociologique singulière. Dérivé de la racine arabe umm, signifiant « mère » ou « origine », le terme Oumma dans son usage islamique désigne la communauté mondiale des croyants musulmans, une communauté définie non pas par le sang, le sol, la langue ou l’allégeance politique, mais par la soumission partagée au Dieu unique (Allah) et l’adhésion aux enseignements du Prophète Mahomet (Denny, 1975). Cette communauté trans-ethnique, transnationale et transhistorique est, selon les termes du Coran, « la meilleure communauté que l’on ait fait surgir pour les hommes » (Coran, 3 :110), investie de la double responsabilité de prescrire le bien (amr bil-ma’ruf) et d’interdire le mal (nahy ʿan al-munkar). Le concept fonctionne ainsi simultanément comme catégorie sociologique descriptive, idéal théologique normatif et puissant imaginaire politique.

La signification de l’Oumma dépasse de loin la simple définition doctrinale. Elle a façonné la jurisprudence islamique, informé la philosophie politique à travers les siècles, structuré l’éthique de la charité et de l’aide sociale, et fourni le vocabulaire moral par lequel les musulmans narrent leurs souffrances collectives, leurs aspirations et leurs responsabilités. Depuis la première communauté musulmane de Médine, que Watt (1956) identifie comme la première Oumma historique, en passant par l’ère des califats, la perturbation coloniale, les mouvements d’indépendance nationale et jusqu’à l’ère de la communication numérique mondiale, l’idée d’Oumma a été continuellement invoquée, contestée, renégociée et réimaginée.

Cet essai entreprend un examen complet du concept d’Oumma dans ses dimensions théologiques, historiques, rituelles, éthiques et contemporaines. Il part des fondements scripturaires du concept dans le Coran et la Sunna pour aborder son institutionnalisation dans la première politique islamique, puis se tourne vers ses expressions rituelles dans le culte et la pratique caritative, avant de s’attaquer aux formidables défis posés par la modernité, le nationalisme, le sectarisme et le conflit géopolitique. L’essai soutient que l’Oumma doit être compris non pas comme une réalité institutionnelle monolithique, mais comme ce que Benedict Anderson (1983) pourrait appeler, dans un contexte apparenté mais importamment distinct, une « communauté imaginée » — dont le pouvoir réside précisément dans sa capacité à générer une solidarité authentique, une identité partagée et une obligation éthique au-delà des frontières de la géographie, de la culture et du temps. L’Oumma, dans cette lecture, est moins un projet politique qui a réussi ou échoué qu’un horizon moral qui continue d’animer la vie musulmane à travers le monde.

Fondements Théologiques : l’Oumma dans le Coran et la Sunna

Les racines théologiques du concept d’Oumma sont profondément ancrées dans les sources primaires de la révélation islamique — le Coran et le corpus des Hadiths — où le terme apparaît avec une fréquence et une richesse sémantique remarquables. Denny (1975), dans son analyse lexicale et théologique exhaustive, a identifié soixante-quatre occurrences d’Oumma dans le Coran, notant que le mot est utilisé avec des significations différentes mais interreliées tout au long de ses apparitions : désignant parfois une communauté religieuse de croyants, parfois un peuple défini par sa réponse à la révélation prophétique, parfois une période ou une génération, et parfois un individu exemplaire qui incarne les qualités d’une communauté entière. Cette polyvalence sémantique reflète l’ambiguïté fondatrice du concept — une ambiguïté qui a, paradoxalement, contribué à sa générativité durable dans la pensée islamique.

En son cœur théologique, la vision coranique de l’Oumma est universaliste et supra ethnique. Le verset « Ô humanité, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, aux yeux d’Allah, est le plus pieux » (Coran, 49 :13) établit le principe fondateur selon lequel la diversité humaine en ethnicité et en tribu est une création divine destinée à faciliter la connaissance et la reconnaissance mutuelle, et non la hiérarchie ou l’exclusion. L’appartenance à l’Oumma est donc fondée non pas sur des liens de parenté primordiaux, mais sur l’acte volontariste de foi et l’engagement éthique continu envers le commandement divin. Comme l’observe Esposito (1988), cela représente une rupture révolutionnaire avec les structures tribales de la société arabe préislamique, dans laquelle l’identité et la loyauté étaient organisées autour de l’affiliation clanique et des liens du sang.

La littérature des Hadiths développe davantage le caractère social et éthique de l’Oumma avec des métaphores mémorables qui ont profondément façonné l’imaginaire moral musulman. Le Prophète Mahomet aurait dit : « Les croyants, dans leur bienveillance mutuelle, leur compassion et leur sympathie, sont comme un seul corps. Lorsque l’un des membres souffre, tout le corps répond avec veille et fièvre » (Sahih al-Bukhari, cité dans Nasr, 2002). Cette métaphore somatique de la communauté-comme-corps a été largement citée au cours de quatorze siècles d’érudition islamique pour exprimer l’idéal de solidarité organique — le principe selon lequel la souffrance de tout membre de l’Oumma est une blessure pour l’ensemble, exigeant une réponse collective empreinte de compassion. Un autre hadith célèbre compare les croyants à « un seul bâtiment, chaque partie soutenant l’autre » (Sahih al-Bukhari, cité dans Rahman, 1966), renforçant la métaphore architecturale de soutien mutuel et d’interdépendance structurelle.

La Constitution de Médine (Sahifat al-Madinah), rédigée dans les premières années du calendrier hégirien sous l’autorité directe du Prophète, représente la première institutionnalisation historique du concept d’Oumma. Watt (1956) et Hamidullah (1941) ont tous deux analysé ce remarquable document en détail, notant qu’il désignait les groupes divers de Médine — notamment les émigrants musulmans de La Mecque (Muhajirûn), les auxiliaires musulmans de Médine (Ansar) et plusieurs tribus juives — comme formant « une seule communauté » (Oumma wâhida) dans le cadre de leurs arrangements politiques et sécuritaires communs. Bien que les chercheurs débattent de la portée précise du document et du statut des signataires non musulmans au sein de l’Oumma qu’il définissait, la Constitution représente un moment historique critique où l’Oumma est devenue non plus seulement un concept théologique, mais un arrangement politique et social vécu, fondé sur des obligations de défense mutuelle, de justice et de solidarité (Serjeant, 1978).

Il est important de reconnaître, cependant, que les sources coraniques et prophétiques contiennent également des tensions internes concernant les frontières de l’Oumma. Bien que l’impulsion universaliste soit constamment exprimée, les textes formulent également des distinctions claires entre la communauté des croyants et des non-croyants, et entre ceux qui se soumettent à la guidance divine et ceux qui la rejettent. L’Oumma est, en ce sens, simultanément ouverte — accueillant tous ceux qui professent la foi indépendamment de leur origine — et limitée — constituée précisément par l’acte de foi et les obligations qu’il implique. Cette tension entre universalisme et particularisme, entre l’invitation ouverte de l’islam et les engagements moraux spécifiques requis de l’Oumma, a suscité des débats riches et complexes à travers les siècles de jurisprudence et de théologie islamiques (Izutsu, 1966).

Formation Historique et Évolution Politique

L’histoire de l’Oumma en tant que communauté politique et sociale vivante est inséparable de l’histoire plus large de la civilisation islamique, englobant l’expansion spectaculaire des premiers califats, la fragmentation de l’autorité politique, la rencontre avec le colonialisme et la formation des États-nations musulmans modernes. Cette histoire est à la fois celle d’une remarquable réalisation et d’une profonde rupture, et elle a laissé un héritage complexe qui continue de façonner les attitudes musulmanes envers la communauté, l’autorité et la solidarité à l’heure actuelle.

Les quatre premiers califes — Abu Bakr, Umar, Uthman et Ali, collectivement connus dans la tradition sunnite sous le nom de Rashidun ou « califes bien guidés » — sont largement considérés dans l’historiographie islamique comme ayant gouverné l’Oumma conformément à ses principes fondateurs de justice, de consultation (shura) et de responsabilité éthique. Sous leur direction, la communauté musulmane s’étendit considérablement au-delà de la péninsule arabique vers les territoires byzantins et sassanides, mettant des peuples et des cultures divers en contact avec la gouvernance islamique (Kennedy, 2004). Cette période fut cependant aussi le théâtre de la première grande crise politique de l’Oumma : les guerres civiles (fitna) entourant l’assassinat d’Uthman et le califat contesté d’Ali, qui produisirent finalement le schisme sunnite-chi ’ite durable. Madelung (1997) a montré que ces conflits n’étaient pas de simples désaccords politiques, mais de profondes controverses sur la nature de l’autorité légitime, la relation entre l’Oumma et son leadership, et les critères d’appartenance à la communauté des fidèles.

Les califats omeyyade et abbasside continuaient d’invoquer le langage de l’Oumma tout en gouvernant des entités politiques de plus en plus complexes et diversifiées, qui s’écartaient souvent considérablement des idéaux égalitaires de l’ère prophétique. Lapidus (2002) soutient que sous les Abbassides en particulier, la civilisation islamique atteignit un épanouissement culturel, intellectuel et scientifique extraordinaire, générant une culture mondiale musulmane cosmopolite qui transcendait les frontières ethniques et linguistiques. Les grandes villes de Bagdad, du Caire et de Cordoue devinrent des centres d’une civilisation islamique partagée dans laquelle des érudits, des marchands et des pèlerins de tout le monde musulman participaient à des réseaux de connaissance, de commerce et de dévotion. Cette unité culturelle, fondée sur l’héritage commun du Coran, de l’arabe comme langue du discours religieux et du droit islamique (Charia), constituait une expression pratique de l’idéal d’Oumma même en l’absence de toute autorité politique unifiée.

Le colonialisme européen à partir du XVIIIe siècle posa un défi sans précédent à la cohérence et à l’autogouvernance de l’Oumma. Le démembrement du califat ottoman — la dernière institution revendiquant une autorité politique musulmane universelle — à la suite de la Première Guerre mondiale et l’abolition du califat par la Grande Assemblée nationale turque en 1924 représentèrent, pour de nombreux musulmans, une rupture catastrophique dans le tissu institutionnel de l’Oumma (Hourani, 1991). La réponse à cette crise généra certains des mouvements politiques les plus influents de l’histoire islamique moderne, notamment le pan-islamisme réformiste de Jamal al-Din al-Afghani, les Frères musulmans fondés par Hassan al-Banna en Égypte en 1928, et le Jamaat-e-Islami fondé par Mawdudi en Inde britannique en 1941. Chacun de ces mouvements chercha, à différentes façons, à reconstruire la solidarité et l’agence politique musulmanes sur la base du concept d’Oumma, réimaginé pour les conditions de la modernité coloniale (Mitchell, 1993 ; Nasr, 1996).

La période postcoloniale apporta l’indépendance politique formelle à la plupart des territoires à majorité musulmane, mais sous la forme d’États-nations dont les frontières territoriales, les arrangements constitutionnels et les alignements internationaux entretenaient souvent peu de rapport avec les contours de l’Oumma telle que traditionnellement conçue. L’Organisation de la coopération islamique (OCI), fondée en 1969 à la suite d’un incendie criminel contre la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, représente la tentative institutionnelle contemporaine la plus importante de donner une forme politique à l’idéal de l’Oumma au niveau des relations inter-Étatiques. Des chercheurs comme Piscatori (1986) et Acharya (2014) ont cependant noté les graves limites de l’OCI en tant qu’instrument de solidarité musulmane authentique, soulignant le rôle souvent prédominant des intérêts nationaux, des grandes puissances et des divisions intra-musulmanes dans le comportement de ses États membres. L’Oumma comme réalité politique au niveau étatique est ainsi demeurée largement aspirationnelle, tandis que sa réalité morale et culturelle au niveau de l’individu et de la communauté est restée vivante et significative.

Pratique Rituelle et Incarnation de la Solidarité de l’Oumma

Si les expressions politiques de l’idéal de l’Oumma ont été marquées par la fragmentation et la déception, ses expressions rituelles et dévotionnelles ont fourni aux musulmans de puissantes expériences récurrentes d’unité et de solidarité transcendant les frontières de la nation, de l’ethnicité et de la classe. Les cinq piliers de l’islam — les actes fondamentaux de culte et de pratique requis de tout musulman — comportent chacun une dimension de solidarité communautaire qui met en acte l’idéal de l’Oumma en termes corporels et expérientiels. C’est à travers ces pratiques rituelles, autant qu’à travers toute institution politique, que l’Oumma prend vie dans l’existence des musulmans ordinaires.

La prière du vendredi (Salât al-Jum’a) constitue peut-être l’expression rituelle la plus régulière et universelle de la solidarité de l’Oumma. Le Coran ordonne aux croyants de « se hâter vers le rappel d’Allah et de laisser tout commerce » lorsque l’appel à la prière du vendredi se fait entendre (Coran, 62 :9), et le rassemblement hebdomadaire de la communauté à la mosquée sert d’affirmation régulière et puissante de l’identité collective et de la dévotion partagée. Eickelman et Piscatori (1996) notent que l’espace de la mosquée, lors de la prière du vendredi, devient un nivellement social dans lequel les distinctions de richesse, de statut et de pouvoir sont au moins symboliquement suspendues lorsque les fidèles se lèvent, s’inclinent et se prosternent ensemble en rangées identiques face à La Mecque. Le sermon (khutba) qui accompagne la prière a historiquement servi de véhicule pour aborder les préoccupations et les responsabilités de l’Oumma locale, et dans les sociétés musulmanes contemporaines, il continue de fonctionner comme un site où le rapport entre foi, communauté et vie publique est activement négocié.

Le mois de Ramadan, au cours duquel les musulmans du monde entier jeûnent de l’aube au coucher du soleil, représente une autre mise en acte annuelle puissante de la solidarité de l’Oumma. L’expérience partagée de la faim et de la soif, des repas pré-aube (suhur) et de la rupture du jeûne du soir (iftar), de la récitation intensifiée du Coran et des prières nocturnes (Tarawih), crée un rythme collectif distinctif auquel les musulmans du monde entier participent simultanément, quelle que soit leur situation ou leurs circonstances. Starrett (1995) et Hafez (2011) ont exploré comment la temporalité partagée du Ramadan — ses rythmes mondialement synchronisés de jeûne et de festin, d’autodiscipline et de célébration communautaire — fonctionne comme un puissant mécanisme d’identité de l’Oumma, rappelant aux musulmans qu’ils font partie d’une communauté s’étendant bien au-delà de leur monde social immédiat. La visibilité croissante du Ramadan dans les sociétés à majorité non musulmane, notamment l’illumination des lanternes, l’ouverture des iftârs communautaires aux voisins non musulmans et la large couverture médiatique des pratiques du jeûne musulman, a également fait du Ramadan un lieu de rencontre et de dialogue interculturels (Gökariksel et McLarney, 2010).

Le pèlerinage du Haj — la convergence annuelle de musulmans du monde entier vers les lieux saints de La Mecque — représente la mise en acte rituelle la plus spectaculaire et théologiquement résonnante de l’Oumma. L’obligation du Haj, incombant à tout musulman qui en a les moyens, rassemble des millions de pèlerins qui s’habillent identiquement dans le vêtement blanc sans couture (ihram), accomplissent les mêmes rituels dans la même séquence et se tiennent ensemble dans la plaine d’Arafat dans ce que Malcolm X, dans sa célèbre lettre de La Mecque de 1964, décrivait comme « un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences en Amérique m’avaient conduit à croire ne pouvait pas exister » (X et Haley, 1965, p. 346). Von Grunebaum (1951) et Wolfe (1997) ont tous deux analysé les dimensions sociologiques du Haj comme expérience vécue de l’idéal de l’Oumma, notant comment la convergence de musulmans de tous les coins du monde — d’Afrique subsaharienne, d’Asie centrale, d’Asie du Sud-Est, d’Europe, des Amériques et du Moyen-Orient — vers un centre rituel unique dramatise l’universalité et la solidarité de la communauté musulmane en termes étrangement vivants.

La signification du pèlerinage pour la conscience de l’Oumma s’étend au-delà du rituel lui-même. Les pèlerins rentrent chez eux en tant que Hajis, marqués par leur expérience et investis d’un nouveau sens de solidarité et de responsabilité mondiales. Fischer et Abedi (1990) ont documenté comment le Haj fonctionne comme un mécanisme de réseautage musulman transnational, permettant aux pèlerins de rencontrer des coreligionnaires d’autres parties du monde, d’échanger des idées et des préoccupations, et de forger des liens qui transcendent les communautés locales et nationales. À l’ère contemporaine des médias sociaux et de la communication numérique, la diffusion mondiale des rituels du Haʤj a étendu cette conscience d’appartenance bien au-delà des pèlerins eux-mêmes, permettant aux musulmans qui ne peuvent effectuer le pèlerinage de participer par procuration à l’expérience de solidarité de l’Oumma.

Zakat, Sadaqa et l’Éthique de la Solidarité

Les dimensions éthiques du concept d’Oumma s’expriment peut-être le plus concrètement dans les institutions islamiques de don caritatif et d’aide sociale. La zakat — la dîme annuelle obligatoire sur la richesse accumulée, constituant l’un des cinq piliers de l’islam — et la sadaqa — don caritatif volontaire de toute nature — représentent les mécanismes pratiques par lesquels l’idéal de solidarité de l’Oumma se traduit en redistribution matérielle et en aide sociale. Ces institutions reflètent une théologie de la richesse dans laquelle la propriété est comprise non pas comme un droit individuel absolu, mais comme une fiducie détenue au nom de la communauté, et dans laquelle les nantis sont considérés comme ayant une obligation prescrite divinement envers les pauvres et les vulnérables.

La jurisprudence islamique classique établit un cadre sophistiqué pour la collecte et la distribution de la zakat, précisant les catégories de richesse soumises à la dîme, le seuil minimum (nisâb) en deçà duquel l’obligation ne s’applique pas, et les huit catégories de bénéficiaires éligibles identifiées dans le Coran : les pauvres, les démunis, les percepteurs de zakat, ceux dont les cœurs sont à réconcilier, ceux en servitude, les endettés, ceux dans la voie d’Allah et les voyageurs dans le besoin (Coran, 9 :60). Ce cadre reflète une compréhension de l’Oumma comme une communauté ayant des obligations redistributives positives — une communauté dans laquelle les nantis ne peuvent, en bonne conscience, rester indifférents à la souffrance matérielle de leurs coreligionnaires. Comme l’observent Benthall et Bellion-Jourdan (2003), la zakat a historiquement fonctionné comme une forme d’assurance sociale, fournissant un filet de sécurité aux pauvres et aux marginalisés tout en renforçant les liens sociaux de la communauté.

La sadaqa, la catégorie plus large du don caritatif volontaire, a généré une histoire institutionnelle également riche. Le waqf (pl. awqâf) — la fondation ou fiducie caritative islamique — devint l’une des institutions sociales les plus importantes de la civilisation islamique classique, financement des mosquées, des écoles (madrasas), des hôpitaux (bimaristans), des bibliothèques, des ponts et des approvisionnements en eau potable à travers le monde musulman. Hodgson (1974) et Singer (2008) ont documenté la portée extraordinaire du système waqf à son apogée dans le monde islamique médiéval et prémoderne, notant comment il fournissait un mécanisme aux riches pour s’acquitter de leurs obligations sociales tout en créant des biens publics durables servant la communauté à travers les générations. Le système waqf a incarné l’éthique de l’Oumma de responsabilité collective sous une forme institutionnelle, traduisant l’idéal théologique de solidarité dans l’environnement bâti de la civilisation islamique.

Dans le monde contemporain, les institutions de la philanthropie islamique ont subi d’importantes transformations et adaptations. Le réseau mondial d’organisations caritatives islamiques — incluant de grandes organisations telles qu’Islamic Relief Worldwide, Muslim Aid et l’Aga Khan Development Network — achemine chaque année des centaines de millions de dollars en aide humanitaire, aide au développement et secours d’urgence aux communautés musulmanes et au-delà (Benthall, 1999). Ces organisations invoquent explicitement l’Oumma comme fondement de leur mandat, présentant leur travail comme l’expression pratique de la solidarité musulmane dans un monde mondialisé. La croissance de ces organisations reflète à la fois la résonance durable de l’éthique de l’Oumma et la capacité de la culture philanthropique islamique à s’adapter aux formes institutionnelles et aux exigences opérationnelles du système humanitaire international moderne.

Pourtant, l’éthique de la solidarité de l’Oumma dans la pratique caritative n’est pas sans tension ni complexité. Des critiques à l’intérieur et à l’extérieur du monde musulman ont soulevé des questions sur la distribution équitable de la zakat entre les différents secteurs de la société, la gouvernance et la responsabilité des organisations caritatives islamiques, et la possibilité que les dons caritatifs soient orientés selon des clivages sectaires ou politiques qui renforcent les divisions au sein de l’Oumma plutôt que de les guérir. Salih (2004) et Clark (2004) ont examiné comment les réseaux caritatifs islamiques au Moyen-Orient fonctionnent parfois comme des instruments de contrôle social ou de mobilisation politique, compliquant l’image idéalisée de la zakat et de la sadaqa comme expressions purement spirituelles de fraternité et de solidarité. Ces tensions reflètent le défi plus large de la traduction d’un idéal éthique transcendant dans le terrain complexe et contesté de la réalité sociale et politique.

L’Oumma dans le Monde Moderne : Défis et Reconfigurations

L’environnement mondial contemporain pose à la fois des défis sans précédent et de nouvelles opportunités pour le concept d’Oumma. La consolidation du système international d’États-nations souverains, la persistance des divisions sectaires et ethniques au sein des sociétés musulmanes, la montée de l’islam politique dans ses multiples manifestations, et l’impact transformateur des médias numériques sur les sphères publiques musulmanes ont chacun, de différentes façons, façonné les termes dans lesquels l’Oumma est vécu, imaginé et débattu. Comprendre ces dynamiques est essentiel à toute évaluation précise de l’état actuel et de la trajectoire future de la solidarité communautaire musulmane.

Le système des États-nations représente, à bien des égards, le défi structurellement le plus fondamental à l’idéal de l’Oumma dans sa forme classique. L’ordre international des États souverains, consolidé par les processus de décolonisation et de construction nationale au XXe siècle, organise la loyauté politique, l’obligation juridique et la solidarité sociale autour de la nation territoriale plutôt que de la communauté religieuse trans-territoriale. Roy (1994) a soutenu de manière influente que le projet de l’islam politique — la tentative de reconstituer l’Oumma comme fondement de l’ordre politique — a été fondamentalement façonné et contraint par le système étatique, produisant ce qu’il appelle « l’échec de l’islam politique » dans son ambition de transcender l’État-nation. Les gouvernements des pays à majorité musulmane ont systématiquement priorité l’intérêt national sur la solidarité musulmane transnationale dans leurs politiques étrangères, et les appels à la solidarité de l’Oumma par des acteurs non étatiques ont fréquemment été regardés avec suspicion par les autorités nationales comme des menaces à la cohésion et à la souveraineté de l’État (Kepel, 2002).

Les divisions sectaires au sein du monde musulman, notamment la fracture durable sunnite-chi ‘ite, représentent un autre défi redoutable à l’unité de l’Oumma. Ce qui a commencé comme un différend sur la succession politique au VIIe siècle s’est développé, au cours de quatorze siècles d’histoire, en un ensemble complexe de différences théologiques, juridiques et culturelles qui ont fréquemment été mobilisées à des fins politiques. Le conflit sectaire post-2003 en Irak, les guerres par procuration en cours au Yémen et en Syrie impliquant l’Arabie saoudite et l’Iran comme champions concurrents des intérêts sunnites et chi’ites, et les éruptions périodiques de violence anti-chi’ite au Pakistan et ailleurs démontrent le potentiel destructeur de la mobilisation sectaire au sein de l’Oumma (Hashemi et Postel, 2017). Il est cependant important de ne pas réduire la diversité interne de l’Oumma à un simple binaire sunnite-chi’ite : le monde musulman englobe un vaste éventail de traditions théologiques, d’écoles juridiques (madhabs), d’ordres soufis et de pratiques culturelles régionales qui constituent ensemble le riche pluralisme de l’Oumma mondiale, même s’ils génèrent parfois des conflits et des divisions.

La montée des mouvements djihadistes, notamment al-Qa’ida et le soi-disant État islamique (Daech), a profondément compliqué le discours mondial sur l’Oumma en s’appropriant son langage de solidarité et d’obligation collective au service de programmes d’extrémisme violent. Ces mouvements ont invoqué la souffrance des musulmans dans les zones de conflit incluant la Palestine, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie et le Cachemire comme preuve d’une « guerre contre l’islam » à l’échelle mondiale nécessitant une réponse défensive violente de l’Oumma dans son ensemble (Hegghammer, 2010). Gerges (2016) et McCants (2015) ont analysé comment l’idéologie djihadiste déforme le concept classique de l’Oumma — transformant un concept de communauté morale et de solidarité spirituelle en cadre mobilisateur pour la violence — tout en exploitant les véritables griefs et les sentiments de solidarité des communautés musulmanes du monde entier. L’association de la rhétorique de l’Oumma avec la violence extrémiste a créé de sérieux défis pour les érudits, les dirigeants communautaires et les militants musulmans cherchant à réapproprier le concept pour ses significations authentiques de compassion, de justice et de solidarité pacifique.

Les médias numériques et les réseaux sociaux ont, au cours des dernières décennies, créé de nouvelles modalités pour l’expérience et l’expression de la solidarité de l’Oumma qui auraient été inimaginables pour les générations précédentes de musulmans. Internet a permis la diffusion mondiale rapide d’informations sur les souffrances des musulmans dans les zones de conflit, générant des vagues de dons caritatifs, de plaidoyer politique et de solidarité émotionnelle au sein de la diaspora et des sociétés à majorité musulmane. Lynch (2006) et Mandaville (2001) ont analysé comment les sphères publiques musulmanes transnationales facilitées par la télévision par satellite, les forums Internet et ensuite les plateformes de médias sociaux ont créé de nouveaux espaces pour l’articulation de l’identité de l’Oumma et le débat de questions concernant les musulmans du monde entier. Le Printemps arabe de 2010-2011 a démontré à la fois le potentiel mobilisateur des médias numériques pour les publics musulmans et ses limites comme outil de transformation politique, alors que l’euphorie du soulèvement populaire cédait la place à la contre-révolution, à la guerre civile et à la restauration autoritaire dans une grande partie du monde arabe.

La diaspora musulmane en Europe occidentale et en Amérique du Nord est devenue un site de plus en plus important pour la négociation et la reconfiguration de l’identité de l’Oumma à la période contemporaine. Les musulmans vivants en tant que minorités dans des sociétés à majorité non musulmane font face au défi particulier de maintenir leur identité religieuse et leur solidarité communautaire dans des environnements sociaux souvent indifférents ou hostiles à la pratique islamique. Modood (2005) et Cesari (2004) ont examiné comment les communautés musulmanes minoritaires en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et aux États-Unis ont développé des formes distinctives de conscience de l’Oumma façonnées par leurs expériences de discrimination, leur engagement dans la politique démocratique libérale et leur navigation à travers l’intersection complexe des identités musulmane, ethnique et nationale. Pour de nombreux musulmans de la diaspora, le sentiment d’appartenir à une Oumma mondiale constitue une source cruciale de sens, de dignité et de solidarité face à la marginalisation et à l’islamophobie.

Débats Savants et Perspectives Théoriques

L’étude académique du concept d’Oumma a généré un corpus d’érudition riche et diversifié, puisant dans les ressources méthodologiques de la théologie islamique, de la sociologie des religions, des sciences politiques, de l’anthropologie et des études culturelles. Ces disciplines ont abordé le concept sous différents angles, générant des débats féconds sur sa nature, ses trajectoires historiques et sa signification contemporaine.

Les approches théologiques et d’études islamiques, représentées par des chercheurs comme Denny (1975), Izutsu (1966) et Nasr (2002), se sont concentrées principalement sur les fondements scripturaires et doctrinaux du concept d’Oumma, traçant ses significations à travers une analyse philologique et herméneutique minutieuse des textes coraniques et de la littérature des hadiths. Ces travaux ont établi une base rigoureuse pour la compréhension du contenu théologique du concept, tout en mettant souvent entre parenthèses la question de la façon dont ce contenu a été historiquement mis en œuvre ou socialement vécu.

Les approches sociologiques et anthropologiques se sont concentrées sur l’Oumma comme réalité sociale vécue, examinant comment le concept est expérimenté, pratiqué et reproduit dans la vie quotidienne des communautés musulmanes. L’étude influente d’Eickelman et Piscatori (1996) sur la politique musulmane a soutenu que la politique de l’Oumma est mieux comprise comme une forme de « politique identitaire » dans laquelle des revendications concurrentes sur la signification et l’expression de la communauté islamique sont constamment négociées de manières complexes et spécifiques au contexte. L’analyse par Mandaville (2001) des réseaux musulmans transnationaux s’est appuyée sur le concept de « mondes imaginés » d’Arjun Appadurai pour soutenir que l’identité musulmane mondiale à l’ère numérique est construite à travers la circulation de textes culturels, d’images et de discours au sein de réseaux ne correspondant à aucune communauté politique ou géographique unique.

Les approches de science politique ont eu tendance à se concentrer sur les implications politiques de l’idéologie de l’Oumma, examinant si et comment les appels à la solidarité musulmane façonnent le comportement des acteurs étatiques et non étatiques dans les relations internationales. Piscatori (1986) a soutenu que les États musulmans participent à une « société internationale » dans laquelle les normes islamiques et le concept d’Oumma façonnent, sans nécessairement déterminer, le comportement des États à côté de considérations de réalpolitik plus conventionnelles. Des travaux plus récents de Cesari (2014) et Roy (2004) ont examiné la « mondialisation de l’islam » — le processus par lequel une forme individualisée et souvent numérique d’identité musulmane émerge à la fois dans des contextes à majorité musulmane et minoritaires, créant de nouvelles formes de conscience de l’Oumma moins liées aux institutions traditionnelles et plus expressives du choix religieux individuel et de l’appartenance mondiale.

Les perspectives féministes et de critique du genre ont examiné les dimensions genrées du discours de l’Oumma, notant que si le concept englobe formellement tous les musulmans indépendamment du genre, les institutions et pratiques par lesquelles la solidarité de l’Oumma s’exprime ont historiquement été dominées par les hommes. Wadud (1999) et Ahmed (1992) ont soutenu que la pleine réalisation du potentiel égalitaire de l’Oumma exige une refonte fondamentale des relations de genre au sein des communautés musulmanes, remettant en question les structures patriarcales qui ont historiquement limité la participation des femmes à la gouvernance des mosquées, à l’érudition religieuse et au leadership communautaire. Ces chercheurs ont montré que les prétentions universalistes du concept d’Oumma ne peuvent être maintenues sans l’inclusion complète et l’autonomisation des femmes musulmanes dans tous les domaines de la vie communautaire.

Conclusion

Le concept d’Oumma, comme cet essai a cherché à le démontrer, est un idéal théologique et social d’une profondeur, d’une complexité et d’une vitalité durables remarquables. Ses racines dans la révélation coranique et la tradition prophétique lui confèrent une autorité transcendante qu’aucun échec historique ni fragmentation politique n’a pu éteindre. Ses mises en acte rituelles dans les cinq piliers de la pratique islamique — avant tout dans la solidarité hebdomadaire de la prière du vendredi, la temporalité partagée du Ramadan et la convergence transnationale spectaculaire du Haj — lui confèrent une réalité expérientielle récurrente dans la vie des 1,8 milliard de musulmans du monde. Ses expressions éthiques dans la zakat, la sadaqa et le système waqf traduisent l’idéal de solidarité communautaire en pratiques matérielles de redistribution et de soin social. Et sa capacité à générer une identification passionnée, une obligation morale et une mémoire collective au-delà des frontières de la culture, de la langue et de la géographie en fait un fait social de premier ordre, indépendamment de la fragmentation politique et de la faiblesse institutionnelle qui caractérisent le monde musulman au niveau des États.

En même temps, comme cet essai l’a également montré, l’Oumma est un concept contesté et pluraliste, traversé par de réelles tensions et divisions que toute analyse honnête doit reconnaître. Le schisme sunnite-chi ‘ite, la diversité des traditions juridiques et théologiques, les nationalismes concurrents des États à majorité musulmane, les inégalités de genre enracinées dans de nombreuses formes traditionnelles d’organisation communautaire, et l’appropriation de la rhétorique de l’Oumma par des mouvements extrémistes représentent tous des défis authentiques à la cohérence et à l’inclusivité de la communauté musulmane. Ces défis ne diminuent pas la signification du concept, mais ils exigent qu’il soit abordé avec honnêteté critique plutôt qu’idéalisation romantique.

Les comptes rendus savants les plus convaincants de l’Oumma — ceux de Denny (1975), Eickelman et Piscatori (1996), Mandaville (2001) et Esposito (1988), entre autres — partagent la reconnaissance que l’Oumma est mieux compris non pas comme une forme institutionnelle fixée qui existe ou échoue à exister, mais comme un projet moral et social en cours — un horizon d’aspiration vers lequel les communautés musulmanes s’orientent, même si les formes concrètes de leur solidarité sont façonnées par les contextes historiques, culturels et politiques particuliers dans lesquels elles se trouvent. En ce sens, le concept d’Oumma joue un rôle analogue à d’autres grands idéaux de la vie morale et politique humaine — la liberté, la justice, l’égalité — qui ne sont jamais entièrement réalisés mais qui exercent néanmoins une puissante force pratique dans la formation du comportement humain, l’organisation de l’identité collective et la génération des liens sociaux à travers lesquels les communautés persistent et s’épanouissent.

Dans le monde contemporain de la mondialisation rapide, de la connectivité numérique et des conflits géopolitiques intenses, le concept d’Oumma fait face à la fois à ses plus grands défis et peut-être à ses plus grandes opportunités. Les défis sont réels : le système des États-nations contraint la solidarité politique ; le conflit sectaire fracture l’unité communautaire ; les mouvements extrémistes déforment et instrumentalisent la rhétorique de l’Oumma ; et la logique commerciale des médias numériques menace de réduire la solidarité musulmane à une forme d’identité consumériste plutôt que d’engagement éthique. Mais les opportunités sont également importantes : les plateformes numériques permettent de nouvelles formes de solidarité et d’entraide musulmane transnationale ; les communautés de la diaspora développent de nouvelles synthèses créatives de l’identité musulmane et de la citoyenneté démocratique libérale ; et une nouvelle génération d’érudits, militants et dirigeants communautaires musulmans s’efforcent de réapproprier le concept d’Oumma pour ses significations les plus profondes de justice, de compassion et de solidarité inclusive.

En définitive, l’Oumma perdure non pas parce qu’elle a été institutionnellement couronnnée de succès — à cette mesure, elle n’a que trop souvent failli à ses propres idéaux — mais parce qu’elle touche à quelque chose de fondamental dans l’expérience humaine de la communauté, de l’appartenance et de la responsabilité morale. La vision d’une communauté unie par des valeurs partagées et un soin mutuel plutôt que par le sang, le sol ou le pouvoir ; l’aspiration à un ordre social fondé sur la justice et la compassion ; la reconnaissance que la souffrance de tout membre de la famille humaine est un appel à la réponse collective — ces ne sont pas de simples idéaux islamiques, bien qu’ils trouvent leur expression distinctive dans la foi et la pratique islamiques. Ce sont des idéaux qui résonnent à travers toute l’étendue de l’expérience morale humaine, et c’est peut-être pour cette raison que le concept d’Oumma, ancré qu’il soit dans une tradition religieuse particulière, continue d’inspirer non seulement les musulmans mais tous ceux qui partagent la conviction qu’une communauté humaine plus juste et plus compatissante est à la fois nécessaire et possible.


Références

Acharya, A. (2014). The end of American world order. Polity Press.

Ahmed, L. (1992). Women and gender in Islam: Historical roots of a modern debate. Yale University Press.

Al-Coran. (s. d.). Sourate Ali ‘Imran (3 :110). Dans M. A. S. Abdel Haleem (trad.), Le Coran. Oxford University Press. (Révélation originale v. 610–632 de l’ère chrétienne)

Al-Coran. (s. d.). Sourate Al-Hujurat (49 :13). Dans M. A. S. Abdel Haleem (trad.), Le Coran. Oxford University Press. (Révélation originale v. 610–632 de l’ère chrétienne)

Al-Coran. (s. d.). Sourate Al-Jumu’ah (62 :9). Dans M. A. S. Abdel Haleem (trad.), Le Coran. Oxford University Press. (Révélation originale v. 610–632 de l’ère chrétienne)

Al-Coran. (s. d.). Sourate Al-Tawbah (9 :60). Dans M. A. S. Abdel Haleem (trad.), Le Coran. Oxford University Press. (Révélation originale v. 610–632 de l’ère chrétienne)

Anderson, B. (1983). L’imaginaire national : Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme. La Découverte.

Benthall, J. (1999). Financial worship: The Qur’anic injunction to almsgiving. Journal of the Royal Anthropological Institute, 5(1), 27–42. https://doi.org/10.2307/2660961

Benthall, J., et Bellion-Jourdan, J. (2003). The charitable crescent: Politics of aid in the Muslim world. I.B. Tauris.

Cesari, J. (2004). When Islam and democracy meet: Muslims in Europe and in the United States. Palgrave Macmillan.

Cesari, J. (2014). The awakening of Muslim democracy: Religion, modernity and the state. Cambridge University Press.

Clark, J. A. (2004). Islam, charity, and activism: Middle-class networks and social welfare in Egypt, Jordan, and Yemen. Indiana University Press.

Denny, F. M. (1975). The meaning of Ummah in the Quran. History of Religions, 15(1), 34–70. https://doi.org/10.1086/462733

Eickelman, D. F., et Piscatori, J. (1996). Muslim politics. Princeton University Press.

Esposito, J. L. (1988). Islam: The straight path. Oxford University Press.

Fischer, M. M. J., et Abedi, M. (1990). Debating Muslims: Cultural dialogues in postmodernity and tradition. University of Wisconsin Press.

Gerges, F. A. (2016). ISIS: A history. Princeton University Press.

Gökariksel, B., et McLarney, E. (2010). Muslim women, consumer capitalism, and the Islamic culture industry. Journal of Middle East Women’s Studies, 6(3), 1–18. https://doi.org/10.2979/mew.2010.6.3.1

Hafez, S. (2011). An Islam of her own: Reconsidering religion and secularism in women’s Islamic movements. New York University Press.

Hamidullah, M. (1941). The first written constitution in the world: An important document of the time of the Holy Prophet. Sh. Muhammad Ashraf.

Hashemi, N., et Postel, D. (Éds.). (2017). Sectarianization: Mapping the new politics of the Middle East. Oxford University Press.

Hegghammer, T. (2010). Jihad in Saudi Arabia: Violence and pan-Islamism since 1979. Cambridge University Press.

Hodgson, M. G. S. (1974). The venture of Islam: Conscience and history in a world civilization (vol. 1–3). University of Chicago Press.

Hourani, A. (1991). A history of the Arab peoples. Harvard University Press.

Izutsu, T. (1966). Ethico-religious concepts in the Qur’an. McGill University Press.

Kennedy, H. (2004). The Prophet and the age of the caliphates: The Islamic Near East from the sixth to the eleventh century (2e éd.). Longman.

Kepel, G. (2002). Jihad : Expansion et déclin de l’islamisme. Gallimard.

Lapidus, I. M. (2002). A history of Islamic societies (2e éd.). Cambridge University Press.

Lynch, M. (2006). Voices of the new Arab public: Iraq, Al-Jazeera, and Middle East politics today. Columbia University Press.

Madelung, W. (1997). The succession to Muhammad: A study of the early caliphate. Cambridge University Press.

Mandaville, P. (2001). Transnational Muslim politics: Reimagining the umma. Routledge.

McCants, W. (2015). The ISIS apocalypse: The history, strategy, and doomsday vision of the Islamic State. St. Martin’s Press.

Mitchell, R. P. (1993). The society of the Muslim Brothers. Oxford University Press.

Modood, T. (2005). Multicultural politics: Racism, ethnicity and Muslims in Britain. Edinburgh University Press.

Nasr, S. H. (2002). The heart of Islam: Enduring values for humanity. HarperSanFrancisco.

Nasr, S. V. R. (1996). Mawdudi and the making of Islamic revivalism. Oxford University Press.

Piscatori, J. P. (1986). Islam in a world of nation-states. Cambridge University Press.

Rahman, F. (1966). Islam. University of Chicago Press.

Roy, O. (1992). L’échec de l’islam politique. Seuil.

Roy, O. (2004). L’islam mondiarisé. Seuil.

Salih, R. (2004). The backward and the new: National, transnational and post-national Islam in Europe. Journal of Ethnic and Migration Studies, 30(5), 995–1011. https://doi.org/10.1080/1369183042000245622

Serjeant, R. B. (1978). The Sunnah Jami‘ah, pacts with the Yathrib Jews, and the Tahrim of Yathrib. Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 41(1), 1–42. https://doi.org/10.1017/S0041977X00057761

Singer, A. (2008). Charity in Islamic societies. Cambridge University Press.

Starrett, G. (1995). The hexis of interpretation: Islam and the body in the Egyptian popular school. American Ethnologist, 22(4), 953–969. https://doi.org/10.1525/ae.1995.22.4.02a00130

Von Grunebaum, G. E. (1951). Muhammadan festivals. Henry Schuman.

Wadud, A. (1999). Qur’an and woman: Rereading the sacred text from a woman’s perspective. Oxford University Press.

Watt, W. M. (1956). Muhammad at Medina. Oxford University Press.

Wolfe, M. (1997). One thousand roads to Mecca: Ten centuries of travelers writing about the Muslim pilgrimage. Grove Press.

X, M., et Haley, A. (1965). L’autobiographie de Malcolm X. Grove Press.

Mohamed Chtatou, Professeur d’université, consultant international en éducation et analyste politique pour la région MENA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page