Tamaghrabit face aux intempéries : Quand la solidarité marocaine se révèle dans l’épreuve – par Mohamed Chtatou

Les inondations de l’hiver 2025 resteront gravées dans la mémoire collective marocaine. Elles ont causé des souffrances, des pertes, des traumatismes qui mettront du temps à cicatriser. Mais elles ont aussi révélé la profondeur des ressources humaines et morales du royaume. Le Tamaghrabit, loin d’être une relique du passé, s’est affirmé comme une force moderne, capable de se conjuguer avec les technologies contemporaines et les mécanismes institutionnels pour produire une réponse efficace et humaine.

Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Maroc durant l’hiver 2025 ont rappelé avec une force implacable la vulnérabilité des sociétés face aux caprices de la nature. Des provinces du nord aux confins du sud, des villes côtières aux vallées intérieures, le royaume a affronté des inondations d’une ampleur rarement observée, transformant des oueds habituellement tranquilles en torrents furieux et des quartiers entiers en lacs boueux. Pourtant, au milieu de cette adversité, un phénomène aussi ancien que profondément ancré dans l’âme marocaine a ressurgi avec éclat : Tamaghrabit, cette solidarité traditionnelle qui transcende les clivages et unit la nation dans les moments critiques.

Définir Tamaghrabit
Tamaghrabit est un concept culturel et civilisationnel qui désigne l’identité marocaine profonde, forgée au fil des siècles par l’interaction continue entre plusieurs héritages historiques, culturels, linguistiques et spirituels. Elle ne se réduit ni à une appartenance ethnique unique ni à une idéologie figée ; elle exprime plutôt une manière marocaine d’être au monde, fondée sur la coexistence, l’adaptation et la synthèse. Tamaghrabit est ainsi le produit d’un long processus historique où se sont entremêlées les composantes amazighe, arabe, africaine, andalouse, juive et méditerranéenne.
Sur le plan culturel et social, Tamaghrabit renvoie à un socle de valeurs partagées : le respect de l’autre, la solidarité communautaire, l’hospitalité, la modération religieuse et la primauté du lien social. Elle s’exprime dans les pratiques quotidiennes, les formes de sociabilité, les traditions orales, les arts, la gastronomie et les usages linguistiques marqués par le plurilinguisme. Cette identité vécue repose sur une logique d’inclusion plutôt que d’exclusion, où la diversité n’est pas perçue comme une menace mais comme une richesse constitutive de la société marocaine.
Enfin, Tamaghrabit possède une dimension spirituelle et politique implicite, incarnée notamment par l’islam marocain de rite malikite, la théologie acharite et le soufisme, qui ont contribué à façonner un rapport équilibré entre foi, raison et autorité. Elle soutient une conception de la nation fondée sur la continuité historique, la légitimité symbolique et la cohésion sociale. En ce sens, Tamaghrabit n’est pas seulement une mémoire du passé, mais un cadre vivant de référence permettant de penser le présent et d’envisager l’avenir du Maroc dans le respect de son pluralisme et de son unité.

Origine amazighe du concept de Tamaghrabit
Tamaghrabit, en tant que concept d’origine amazighe, trouve l’une de ses racines les plus profondes dans Twiza, pratique sociale ancestrale fondée sur l’entraide collective et la solidarité communautaire. Dans les sociétés amazighes, Twiza désigne le travail coopératif volontaire accompli au profit d’un membre du groupe ou de la communauté entière : construction de maisons, travaux agricoles, récoltes ou gestion des ressources communes. Tamaghrabit, enfouie dans cette logique, hérite ainsi d’une vision du monde où l’individu n’existe pleinement qu’à travers son appartenance au collectif et sa contribution au bien commun.
Sur le plan anthropologique, Tamaghrabit issue de Twiza traduit une éthique de la responsabilité partagée et de la réciprocité. Elle repose sur des valeurs amazighes fondamentales telles que l’honneur (nnif), la parole donnée, la dignité et la justice sociale. Cette conception communautaire a permis aux sociétés rurales marocaines de résister aux aléas naturels, économiques et politiques en développant des mécanismes internes d’autorégulation et de cohésion. Tamaghrabit, dans ce sens, n’est pas une abstraction idéologique, mais une pratique vécue, transmise oralement et incarnée dans les gestes du quotidien.
Enfin, en se diffusant au-delà de son berceau amazigh, Tamaghrabit s’est progressivement nationalisée, tout en conservant l’esprit de Twiza comme matrice invisible. Elle a nourri une culture marocaine de la solidarité, du compromis et du vivre-ensemble, intégrant d’autres apports culturels sans renier son fondement originel. Tamaghrabit peut ainsi être comprise comme la traduction élargie de Twiza à l’échelle de la société marocaine : un principe d’unité fondé sur l’entraide, la coopération et la primauté du lien social sur l’individualisme.
L’origine morphologique amazighe de Tamaghrabit
Sur le plan morphologique, Tamaghrabit est un terme amazigh construit selon les règles de dérivation nominale propres aux langues berbères. Il est formé à partir de la racine MɣR (ou Mghr), associée à l’idée d’« être du pays », d’« appartenir à l’Ouest » ou au Maghreb, et encadrée par le schème nominal ta–…–t, caractéristique des noms abstraits, collectifs ou qualitatifs en amazigh. Ce procédé morphologique confère au terme une valeur non pas individuelle, mais globale et englobante : Tamaghrabit ne désigne pas une personne, mais une essence, une manière d’être ou une qualité partagée.
Le préfixe ta- et le suffixe -t jouent un rôle fondamental dans la signification du concept. En amazigh, ce double marquage sert fréquemment à former des notions abstraites liées à l’état, à la condition ou à l’identité collective (par exemple tadla – justice, taslitt – tradition). Appliqué à Maghrab ou Ameghrabi (le Marocain), ce schème transforme une appartenance géographique ou humaine en principe identitaire structurant. Morphologiquement, Tamaghrabit exprime donc le passage du concret à l’abstrait, de l’individuel au collectif, du factuel au normatif.
Enfin, cette structure morphologique révèle la dimension inclusive et dynamique du concept. Contrairement à un ethnonyme figé, Tamaghrabit, par sa forme dérivée, suggère un processus continu de construction et de réappropriation. Elle ne définit pas une origine biologique ou ethnique stricte, mais une identité façonnée par l’expérience historique, la pratique sociale et le partage de valeurs. La morphologie même du mot traduit ainsi son contenu conceptuel : une identité collective ouverte, enracinée dans la matrice amazighe, mais capable d’englober la pluralité constitutive du Maroc.
L’ampleur d’une catastrophe annoncée
Les premiers signes sont apparus dès le mois de janvier, lorsque des systèmes dépressionnaires successifs ont commencé à déverser des quantités exceptionnelles de précipitations sur un territoire déjà fragilisé par des années d’oscillation entre sécheresse et irrégularité pluviométrique. Les provinces de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, du Rif, de Béni Mellal-Khénifra et même certaines régions présahariennes ont enregistré des cumuls pluviométriques dépassant parfois en quelques jours les moyennes annuelles habituelles.
Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Routes coupées, ponts emportés, habitations effondrées, cultures dévastées : le bilan matériel s’est alourdi d’heure en heure. Les images relayées par les médias et les réseaux sociaux ont montré des scènes déchirantes : des familles évacuées en pleine nuit, des véhicules emportés par les crues, des enfants secourus par hélicoptère, des douars isolés privés d’électricité et de communications. Le tribut humain, bien que limité grâce à la rapidité de l’intervention, a néanmoins marqué les esprits, chaque vie perdue rappelant la fragilité de l’existence face aux éléments déchaînés.
Cette catastrophe naturelle n’est pas survenue dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte de changement climatique qui multiplie les phénomènes météorologiques extrêmes à travers le bassin méditerranéen. Les scientifiques alertent depuis des années sur l’intensification des épisodes pluvieux concentrés sur de courtes périodes, alternant avec des sécheresses prolongées. Le Maroc, pays de contrastes géographiques et climatiques, se trouve en première ligne de ces bouleversements.
La mobilisation exemplaire des forces de sécurité
Dès les premières alertes météorologiques, les autorités marocaines ont activé leurs dispositifs de gestion de crise. Les Forces Armées Royales, la Protection Civile, la Gendarmerie Royale, les Forces Auxiliaires et les services de police se sont déployés avec une coordination impressionnante sur l’ensemble du territoire national. Cette réactivité témoigne d’une préparation méthodique et d’un professionnalisme acquis au fil des années d’expérience face aux catastrophes naturelles.
Les opérations de sauvetage ont mobilisé des moyens considérables : hélicoptères, embarcations pneumatiques, équipements de plongée, matériel de désincarcération. Les forces de sécurité ont travaillé jour et nuit, souvent dans des conditions extrêmement périlleuses, pour évacuer les populations piégées. À Chefchaouen, des gendarmes ont formé une chaîne humaine pour extraire une famille coincée dans une maison cernée par les eaux. Dans la région de Béni Mellal, des soldats ont bravé un oued en crue pour porter secours à des habitants isolés depuis quarante-huit heures.
Au-delà des opérations spectaculaires, c’est toute une logistique complexe qui s’est mise en branle. L’acheminement de l’aide humanitaire vers les zones sinistrées, la distribution de vivres, de couvertures et de médicaments, l’installation de groupes électrogènes, le rétablissement des communications : autant de tâches accomplies avec méthode et détermination. Les autorités locales, en première ligne, ont servi de relais indispensables entre les populations et les centres de commandement régionaux.
Cette mobilisation des forces de sécurité a également révélé une dimension profondément humaine. Nombreux sont les témoignages de citoyens évoquant la compassion et l’empathie dont ont fait preuve les intervenants. Un pompier partageant son repas avec une famille évacuée, un gendarme rassurant des enfants traumatisés, un soldat transportant sur son dos une personne âgée : ces gestes, aussi simples soient-ils, ont marqué durablement les esprits et renforcé les liens de confiance entre les institutions et les citoyens.
Tamaghrabit : L’âme solidaire du Maroc
Si la réponse institutionnelle a été remarquable, elle n’aurait pas suffi sans l’extraordinaire élan de solidarité populaire qui a parcouru l’ensemble du pays. Le concept de Tamaghrabit, terme amazigh désignant l’entraide communautaire et la solidarité collective, a trouvé dans cette crise une expression contemporaine d’une puissance rare.
Tamaghrabit n’est pas un simple mot, c’est une philosophie de vie, un code moral profondément enraciné dans l’histoire et la culture marocaines. Héritage des traditions amazighes et arabes, enrichi par les valeurs islamiques de l’entraide et de la miséricorde, ce principe a traversé les siècles en s’adaptant aux évolutions de la société. Dans les villages de montagne, Tamaghrabit régit depuis toujours les travaux collectifs, les moissons partagées, la construction des maisons. En milieu urbain, elle se manifeste dans les réseaux de voisinage, les associations de quartier, les œuvres caritatives.
Face aux inondations, cette tradition millénaire a revêtu des formes multiples et modernes. Sur les réseaux sociaux, des groupes se sont spontanément constitués pour coordonner l’aide. Des hashtags ont permis de géolocaliser les zones les plus touchées et d’orienter les secours. Des particuliers ont ouvert leurs portes pour héberger des familles sinistrées. Des commerçants ont offert gratuitement vivres et équipements. Des entrepreneurs ont mis à disposition leurs véhicules et leur matériel pour le déblaiement et la reconstruction.
À Tanger, une chaîne de restaurateurs a préparé des milliers de repas distribués aux évacués et aux secouristes. À Fès, des artisans ont collecté des sommes importantes pour acheter des matelas, des vêtements et des produits de première nécessité. À Casablanca, des associations étudiantes ont organisé des convois de bénévoles vers les régions sinistrées. Partout, la jeunesse marocaine a démontré son engagement citoyen, démentant les stéréotypes d’une génération désengagée.
Cette solidarité a également transcendé les frontières socio-économiques. Des villas cossues de Rabat aux modestes appartements de quartiers populaires, des bureaux feutrés de Casablanca Finance City aux ateliers poussiéreux des zones industrielles, la mobilisation a été générale. Les Marocains résidant à l’étranger ont également contribué massivement, organisant des collectes dans leurs pays de résidence et transférant des fonds vers leurs régions d’origine.
Les leçons d’une épreuve collective
Au-delà de l’urgence immédiate, ces inondations ont mis en lumière des réalités structurelles qu’il serait dangereux d’ignorer. L’urbanisation rapide et parfois anarchique de certaines zones, l’imperméabilisation croissante des sols, la construction dans des lits d’oueds asséchés, le sous-dimensionnement de certains systèmes de drainage : autant de facteurs qui ont amplifié l’impact des précipitations.
La vulnérabilité particulière de l’habitat précaire est apparue crûment. Des milliers de familles vivant dans des constructions sommaires ont tout perdu en quelques heures. Cette réalité soulève des questions fondamentales sur les politiques de logement, l’aménagement du territoire et la justice sociale. Comment accepter qu’en 2025, des citoyens marocains vivent encore dans des conditions les exposant mortellement à chaque épisode pluvieux important ?
Les autorités ont tiré plusieurs enseignements de cette crise. D’abord, la nécessité de renforcer les systèmes d’alerte précoce et de communication avec les populations. Si la météorologie marocaine dispose de moyens techniques avancés, la transmission des alertes aux citoyens, particulièrement en milieu rural, doit être améliorée. L’utilisation des nouvelles technologies, notamment les applications mobiles et les SMS d’alerte, représente une piste prometteuse.
Ensuite, l’importance d’une planification urbaine intégrant systématiquement le risque d’inondation. Les Plans de Prévention des Risques d’Inondation doivent être généralisés et rigoureusement appliqués. Les projets de développement, qu’il s’agisse de zones résidentielles, commerciales ou industrielles, doivent faire l’objet d’études hydrologiques approfondies. L’expérience des pays ayant maîtrisé ces questions, comme les Pays-Bas ou le Japon, peut inspirer des solutions adaptées au contexte marocain.
La protection de l’environnement apparaît également comme un enjeu crucial. La déforestation, le surpâturage, l’artificialisation des sols réduisent la capacité naturelle des territoires à absorber les précipitations. Les programmes de reboisement, de conservation des sols et de restauration des écosystèmes aquatiques doivent être intensifiés. Le Plan National de l’Eau et la Stratégie Nationale de Développement Durable trouvent dans ces événements une justification supplémentaire.
Vers une résilience collective
La reconstruction après les inondations ne saurait se limiter à la remise en état de l’existant. Elle doit être l’occasion d’une refondation selon des principes de durabilité et de résilience. Le concept de « reconstruire mieux » (build back better), développé par les organisations internationales, offre un cadre pertinent : il s’agit non seulement de réparer les dommages mais de réduire la vulnérabilité future.
Cela implique des choix architecturaux et urbanistiques nouveaux. L’habitat doit être pensé pour résister aux inondations : surélévation des structures, matériaux résistants à l’eau, systèmes de drainage intégrés. Les infrastructures publiques, particulièrement les écoles et les hôpitaux, doivent respecter des normes de sécurité renforcées. Les réseaux routiers doivent inclure des itinéraires alternatifs permettant de maintenir la connectivité même en cas d’inondation majeure.
La dimension sociale de la résilience ne doit pas être négligée. Les communautés les plus solidaires, celles où existent des réseaux d’entraide actifs, ont mieux résisté et se relèvent plus rapidement.
Favoriser Tamaghrabit, non comme une réponse d’urgence ponctuelle mais comme un mode d’organisation sociale permanent, constitue un investissement majeur dans la résilience nationale. Les associations de quartier, les coopératives, les organisations communautaires méritent d’être soutenues et renforcées.
L’éducation joue également un rôle central. Familiariser les populations, dès le plus jeune âge, avec les risques naturels et les comportements adaptés peut sauver des vies. Des exercices réguliers d’évacuation, des formations aux gestes de premier secours, la diffusion d’une culture de la prévention : autant d’initiatives qui, sur le long terme, réduiront significativement le bilan humain des catastrophes futures.
Le défi du changement climatique
Ces inondations s’inscrivent dans une tendance plus large : le dérèglement climatique qui affecte l’ensemble de la région méditerranéenne. Le Maroc, signataire de l’Accord de Paris et hôte de la COP22 en 2016, a démontré son engagement en faveur de la transition écologique. La stratégie énergétique du royaume, avec ses ambitieux objectifs en matière d’énergies renouvelables, témoigne d’une vision à long terme.
Toutefois, l’adaptation au changement climatique exige des efforts redoublés. La gestion de l’eau, déjà complexe dans un pays semi-aride, devient encore plus cruciale face à l’irrégularité croissante des précipitations. Les barrages, piliers de la stratégie hydraulique marocaine, doivent être complétés par des solutions innovantes : recharge des nappes phréatiques, réutilisation des eaux usées traitées, dessalement de l’eau de mer, techniques agricoles économes en eau.
L’agriculture, secteur vital employant une large part de la population et contribuant significativement au PIB, doit se transformer. Les cultures doivent être adaptées aux nouvelles réalités climatiques, les techniques d’irrigation modernisées, les variétés végétales résistantes à la sécheresse et aux inondations développées. L’accompagnement des agriculteurs dans cette transition, par la formation, le financement et le conseil technique, est indispensable.
Une fierté nationale forgée dans l’adversité
Au-delà des pertes matérielles et humaines, ces inondations ont révélé une vérité profonde : dans l’adversité, le Maroc trouve les ressources morales pour se dresser et faire face. Tamaghrabit n’est pas qu’une tradition folklorique, c’est une force vivante, capable de mobiliser des énergies considérables et de transformer l’épreuve en opportunité de renforcement du lien social.
Les images de citoyens de tous horizons travaillant côte à côte pour déblayer les décombres, de jeunes gens partageant leurs repas avec des familles sinistrées, de bénévoles parcourant des kilomètres sous la pluie pour apporter des secours : ces scènes constituent le véritable visage du Maroc, celui d’un peuple uni par des valeurs communes de dignité, de générosité et de résilience.
Cette solidarité s’est également manifestée dans la transparence et la responsabilité. Les médias ont joué leur rôle d’information, les autorités ont communiqué régulièrement sur l’évolution de la situation, les associations ont publié leurs comptes. Cette culture de la redevabilité, encore perfectible mais en progression, renforce la confiance et l’efficacité de l’action collective.
La communauté internationale a également salué la gestion de cette crise. Les messages de soutien et les offres d’assistance sont venus de nombreux pays amis, témoignant de la place du Maroc dans le concert des nations. Le professionnalisme des équipes de secours marocaines, formées selon les standards internationaux, a été particulièrement remarqué.
Conclusion : De l’épreuve à l’espérance
Les inondations de l’hiver 2025 resteront gravées dans la mémoire collective marocaine. Elles ont causé des souffrances, des pertes, des traumatismes qui mettront du temps à cicatriser. Mais elles ont aussi révélé la profondeur des ressources humaines et morales du royaume. Le Tamaghrabit, loin d’être une relique du passé, s’est affirmé comme une force moderne, capable de se conjuguer avec les technologies contemporaines et les mécanismes institutionnels pour produire une réponse efficace et humaine.
L’engagement des forces de sécurité, leur professionnalisme et leur dévouement, ont inspiré le respect et la reconnaissance. Ces hommes et ces femmes, qui ont risqué leur vie pour en sauver d’autres, incarnent les valeurs les plus nobles du service public. Leur action, combinée à l’élan populaire de solidarité, a permis de limiter considérablement le bilan humain de cette catastrophe.
Désormais, le défi est celui de la reconstruction, mais d’une reconstruction intelligente, durable et inclusive. Il s’agit de tirer les leçons de cette épreuve pour bâtir un Maroc plus résilient, mieux préparé aux chocs climatiques futurs, et surtout plus solidaire. Le Tamaghrabit doit devenir un principe d’action permanent, guidant les politiques publiques comme les initiatives privées.
Dans un monde marqué par l’individualisme et la fragmentation sociale, le Maroc a montré qu’une autre voie est possible, celle d’une modernité enracinée dans les valeurs traditionnelles de solidarité et d’entraide. Déjà Tamaghrabit s’est manifestée magistralement et grandement sur le plan populaire et gouvernemental durant la période du Covid 19 et le tremblement tragique du Haouz. Cette voie, exigeante mais porteuse d’espérance, trace l’horizon d’une nation unie dans la diversité, forte de ses traditions et tournée vers l’avenir. Les inondations de 2025/2026, malgré leur caractère tragique, auront ainsi contribué à raviver la flamme de Tamaghrabit, rappelant à tous que le véritable trésor d’une nation réside dans la qualité des liens qui unissent ses citoyens entre eux et avec leur gouvernement et monarchie.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur X : @Ayurinu



