
L’universalité du récit de grand voyageur Ibn Battuta et les enjeux de sa traduction ont été au cœur d’une conférence, tenue vendredi 1 mai 2026 dans le cadre de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat.
Organisée sous le thème “Ibn Battuta dans les langues du monde”, cette rencontre, qui a réuni des universitaires et traducteurs de différentes nationalités, a été l’occasion de mettre en lumière la pérennité de l’œuvre du “Prince des voyageurs”, érigée en véritable pont culturel entre les civilisations.
À l’image des pérégrinations d’Ibn Battuta à travers plus de quarante pays, son célèbre récit de voyage “Rihla” a lui aussi traversé les frontières linguistiques, étant traduit dans des dizaines de langues. Sous le nom de Shams al-Din al-Tanji, le grand voyageur s’est ainsi imposé comme l’une des figures les plus marquantes ayant porté l’image du Maroc à travers l’Histoire, a précisé l’universitaire Abdennabi Dakkir en guise d’introduction de la rencontre.
Les nombreuses traductions de son œuvre témoignent de sa portée universelle et de la richesse de ses écrits, grâce auxquels le monde a pu, déjà il y a huit siècles, mieux se découvrir lui-même, a-t-il estimé.
L’écrivain et traducteur britannique Tim Mackintosh-Smith a souligné, pour sa part, qu’il s’est employé dans sa traduction d’Ibn Battuta à offrir une version condensée et adaptée afin de rendre le récit plus accessible au public anglophone.
La traduction constitue un passage à la fois concret et vivant entre les cultures et les époques, a relevé M. Mackintosh-Smith, soulignant la capacité d’Ibn Battuta à rendre intelligibles des réalités étrangères – tels les rituels hindous – en les éclairant à travers des références familières pour ses contemporains.
De son côté, le chercheur et traducteur turc Abdulsait Aykut est revenu sur sa traduction intégrale en turc du récit de voyage, fruit de huit années de recherche et de consultation de plus de 600 références.
Selon lui, Ibn Battuta constitue une source incontournable pour appréhender l’Histoire de l’Anatolie et les racines de l’Empire ottoman, mettant en avant l’intérêt du grand voyageur pour l’organisation sociale turque, en particulier la place singulière de la femme au sein de la société anatolienne de l’époque.
A son tour, l’universitaire et traductrice italienne Claudia Tresso, qui a traduit le récit d’Ibn Battuta en italien, a mis l’accent sur le défi de préserver la musicalité poétique originelle du texte.
Elle s’est, dans ce sens, penchée plus particulièrement sur deux thématiques majeures : le témoignage unique sur la Peste noire à travers trois continents ainsi que la condition des femmes et des enfants.
L’éditeur chilien, Patricio Gonzalez, a, quant à lui, apporté un regard sud-américain sur le récit, établissant un lien entre les chroniques de voyage anciennes et la littérature plus contemporaine.
Il a ainsi relevé l’importance de la dimension poétique et narrative du texte, laquelle continue d’influencer les récits de voyage actuels.
Cette année, le Salon connaît la participation de 891 exposants issus du Maroc et de 60 pays arabes, africains, européens, asiatiques et américains. Un fonds documentaire riche et varié y est présenté, couvrant l’ensemble des champs de la connaissance et les différentes formes de création et de savoir, avec plus de 130.000 titres et plus de 3 millions d’exemplaires.
Source: MAP



