La Guerre du Rif, un soulèvement emblématique au miroir du temps (2)

Aujourd’hui, les leçons de la Guerre du Rif devraient également inspirer les dirigeants de la contre-insurrection contemporaine, notamment en ce qui concerne l’application des principes de Lyautey et la conduite simultanée d’actions politiques et militaires.
L’émir Ben Abdelkrim
Le conflit entre le peuple du Rif et les Espagnols a éclaté au cours de l’été 1921. Inspiré par les débats sur la réforme sociale et religieuse de l’Islam, Ben Abdelkrim rejette la domination française et espagnole et aspire à un État indépendant dans le Rif, qui éventuellement s’étendra au reste du Maroc, par la suite. [i]
« Je voulais faire du Rif un pays indépendant comme la France et l’Espagne, et fonder un État libre avec une souveraineté totale« ,
expliquait-il.
« Une indépendance qui nous assurait une liberté totale d’autodétermination et de gestion de nos affaires, et de conclure les traités et les alliances qui nous conviendraient.«

Leader charismatique, Ben Abdelkrim [ii] a recruté des milliers de Rifains dans une armée disciplinée et motivée. Les Rifains avaient le double avantage de se battre pour protéger leurs foyers et leurs familles des envahisseurs étrangers et de le faire sur leur propre terrain montagneux et traître. Entre juillet et août 1921, les forces de Ben Abdelkrim ont décimé l’armée espagnole au Maroc, tuant quelque 10 000 soldats et en faisant des centaines de prisonniers. L’Espagne envoie des renforts et, au cours de l’année 1922, parvient à réoccuper le territoire tombé aux mains des forces de Ben Abdelkrim. Cependant, les Rifains continuent de remporter des victoires contre les troupes espagnoles et parviennent à capturer plus de 20 000 fusils, 400 canons de montagne et 125 canons, qui sont rapidement répartis entre leurs combattants. [iii]
Le chef rifain rançonne ses prisonniers pour que les Espagnols subventionnent son effort de guerre. En janvier 1923, Ben Abdelkrim obtient plus de quatre millions de pesetas du gouvernement espagnol pour la libération des soldats faits prisonniers par les Rifains depuis le début de la guerre. Cette somme énorme a permis de financer les plans ambitieux de Ben Abdelkrim, qui souhaitait s’appuyer sur sa révolte pour créer un État indépendant. [iv]
En février 1923, Ben Abdelkrim jette les bases d’un État indépendant dans le Rif. Il accepte les promesses d’allégeance des tribus du Rif et assume le leadership politique en tant qu’émir (commandant suprême du Jihad) de la région montagneuse. [v] Les Espagnols ont répondu en mobilisant une autre force de campagne pour reconquérir le Rif. Entre 1923 et 1924, les Rifains infligent aux Espagnols un certain nombre de défaites, couronnées par la conquête de la ville montagneuse de Chefchaouen en automne 1924. Les Espagnols perdent encore 10 000 soldats dans cette bataille. De telles victoires donnèrent à Ben Abdelkrim et à ses légions rifaines plus de confiance que de prudence. Si les Espagnols pouvaient être vaincus si facilement, pourquoi pas les Français ? Erreur, les Français avait une armée coloniale aguerrie et plus d’expérience militaire sans oublier pour autant son matériel de guerre moderne et efficace.
La Guerre du Rif suscite une vive inquiétude en France. [vi] Lors d’une tournée de son front nord en juin 1924, Lyautey est alarmé de voir comment la défaite des forces espagnoles laisse les positions françaises vulnérables aux attaques des Rifains. Le Rif est une terre pauvre et montagneuse qui dépend fortement des importations de nourriture en provenance des vallées fertiles de la zone française. Lyautey doit renforcer la région située entre Fès et la zone espagnole afin d’empêcher les Rifains d’envahir la région pour assurer leurs besoins alimentaires.
Pour Romain Ducoulombier, Ben Abdelkrim a gagné cette guerre d’indépendance grâce à son sens inné d’organisation et son charisme démesuré : [vii]
“Abdelkrim gagne la guerre grâce à un redoutable outil militaire : il organise les bandes tribales traditionnelles autour d’un noyau de réguliers bien armés, bien encadrés et bien entraînés. Mais il manque la paix. Aucune puissance européenne, même vaincue comme le sont à nouveau les Espagnols en décembre 1924, lors du désastre de Chechaouen, ne peut accepter ce que demande Abdelkrim : « Nous considérons que nous avons le droit, comme toute autre nation, de posséder notre territoire, et nous considérons que le parti colonial espagnol a usurpé et violé nos droits, sans que sa prétention à faire de notre gouvernement rifain un protectorat ne soit fondée. […] Nous voulons nous gouverner par nous-mêmes et préserver entiers nos droits indiscutables ». La radicalité de sa déclaration des droits condamne la République du Rif à l’anéantissement. “
Impact
Lyautey retourne à Paris en août pour informer le premier ministre, Edouard Herriot, et son gouvernement de la menace que représente l’état insurrectionnel de Ben Abdelkrim. Cependant, les Français sont débordés par l’occupation de la Rhénanie et par la mise en place leur administration en Syrie et au Liban, et ne peuvent épargner ni les hommes ni le matériel que Lyautey estime être le minimum absolu pour préserver sa position au Maroc. Alors qu’il demande l’envoi immédiat de quatre bataillons d’infanterie, le gouvernement ne peut en réunir que deux. Conservateur de longue date, Lyautey sent qu’il n’a pas le soutien du gouvernement radical d’Herriot. Âgé de soixante-dix ans et en mauvaise santé, il retourne au Maroc sans avoir la force physique ou politique de contenir les Rifains.
En avril 1925, les forces de Ben Abdelkrim se tournent vers le sud et envahissent la zone française. Elles recherchent le soutien des tribus locales qui revendiquent les terres agricoles au sud du Rif. Les commandants de Ben Abdelkrim rencontrent les chefs de ces tribus pour leur expliquer la situation telle qu’ils la voient. “La guerre sainte avait été proclamée par Ben Abdelkrim pour chasser les infidèles, et notamment les Français, au nom de la plus grande gloire de l’Islam régénéré. » L’occupation de tout le Maroc par les forces de Ben Abdelkrim, expliquent-ils, « n’était plus qu’une question de jours. » Abdelkrim considère de plus en plus son mouvement comme une guerre de religion (Jihad) contre les non-musulmans qui occupent la terre musulmane, et il revendique le sultanat du Maroc dans son ensemble, et pas seulement la petite République du Rif.
Comme Lyautey l’avait craint, les Rifains envahissent rapidement ses terres agricoles du nord, mal défendues. Les Français sont contraints d’évacuer tous les citoyens européens et de retirer leurs troupes de la campagne vers la ville de Fès, avec de lourdes pertes. En deux mois seulement, les Français avaient perdu quarante-trois postes militaires et subi 1 500 morts et 4 700 blessés ou disparus au combat contre les Rifains.
En juin 1925, alors que ses forces campaient à seulement 40 kilomètres de Fès, Ben Abdelkrim a écrit aux érudits islamiques de la célèbre mosquée-université Qaraouiyyin de la ville pour les rallier à sa cause :
« Nous vous disons à vous et à vos collègues qui êtes des hommes de bonne foi et qui n’avez aucune relation avec les hypocrites ou les infidèles, de l’état de servitude dans lequel est plongée la nation désunie du Maroc », écrit-il.
Ben Abdelkrim demande aux chefs religieux de Fès de lui apporter leur soutien par devoir religieux. Il s’agit d’un argument convaincant, présenté en termes théologiques solides, étayé par de nombreuses citations du Coran sur la nécessité du djihad. Mais les savants religieux arabes de Fès n’ont pas apporté leur soutien aux Amazighs rifains. Lorsqu’elle atteint les faubourgs de Fès, l’armée de Ben Abdelkrim se heurte au « Maroc utile », solidement contrôlé par les Français, créé par le système Lyautey. Confrontés à un choix entre l’aspirant mouvement de libération nationale du Rif et les instruments solidement établis de la domination impériale française, les érudits musulmans de Fès croyaient clairement que le système Lyautey était le plus fort des deux et le plus utile pour leurs intérêts personnels.
Le mouvement de Ben Abdelkrim s’est arrêté devant les murs de Fès en juin 1925. Si les trois piliers de la domination française dans les campagnes étaient les confréries musulmanes mystiques, les grands notables tribaux et les Amazighs, Lyautey en avait obtenu deux sur trois. « La plus grande raison de mon échec« , se disait plus tard Ben Abdelkrim, « était le fanatisme religieux« . L’affirmation est incongrue à la lumière de la propre utilisation de l’Islam par Ben Abdelkrim pour rallier le soutien à une guerre sainte contre les puissances impériales. Mais le leader rifain faisait en fait référence aux confréries mystiques musulmanes. « Les shaykhs des tariqas étaient mes ennemis les plus acharnés et les ennemis de mon pays à mesure qu’il progressait« , croyait-il. Il n’a pas eu plus de succès auprès des grands qaids. « J’ai d’abord essayé de rallier les masses à mon point de vue par l’argumentation et la démonstration, “ écrit Ben Abdelkrim, “mais j’ai rencontré une grande opposition de la part des principales familles puissamment influentes. » À une exception près, affirme-t-il, « les autres étaient tous mes ennemis« .
Dans leur opposition à Ben Abdelkrim, les grands caïds et les shaykhs des confréries avaient tous soutenu la domination française au Maroc comme Lyautey l’avait prévu. Quant aux Amazighs, Ben Abdelkrim et ses combattants rifains étaient eux-mêmes amazighs, ils ont poussé la politique de séparatisme amazighe de Lyautey plus loin que Lyautey lui-même ne l’avait jamais voulu. Ainsi, il ne fait aucun doute que l’identité amazighe des Rifains a contribué à décourager les Arabes marocains de se joindre à leur campagne contre les Français.
Bien que son système de gouvernement colonial ait tenu bon, Lyautey lui-même est tombé face au défi des Rifains. Pour ses détracteurs à Paris, le débordement de la Guerre du Rif dans le protectorat français prouvait l’échec des efforts de Lyautey pour obtenir la soumission totale du Maroc. Alors que d’importants renforts français inondaient le Maroc en juillet 1925, Lyautey, épuisé par des mois de campagne contre les Rifains et par une mauvaise santé, demanda qu’un autre commandant l’assiste. Le gouvernement français envoie le maréchal Philippe Pétain, héros de la bataille de Verdun pendant la Première Guerre mondiale, pour l’assister. En août, Pétain prend le contrôle des opérations militaires françaises au Maroc. Le mois suivant, Lyautey présente sa démission. Il quitte définitivement le Maroc en octobre 1925.
Ben Abdelkrim ne survit pas longtemps à Lyautey, non plus. Les Français et les Espagnols combinent leurs forces pour écraser l’insurrection rifaine. L’armée rifaine s’était déjà repliée sur ses terres montagneuses du nord du Maroc, où elle fut assiégée sur deux fronts par des armées françaises et espagnoles massives en septembre 1925. En octobre, les armées européennes avaient complètement encerclé les montagnes du Rif et imposé un blocus complet pour affamer les Rifains et les soumettre. Les efforts de Ben Abdelkrim pour négocier une solution ont été repoussés et, en mai 1926, les montagnes du Rif ont été envahies par une force européenne conjointe de quelque 123 000 soldats. La résistance rifaine s’effondre, surtout après l’usage massif des armes chimiques pour la première fois dans une guerre coloniale, et Ben Abdelkrim se rend aux Français le 26 mai 1926 pour éviter d’être exécuté par les Espagnols revanchards. Il est ensuite exilé sur l’île de la Réunion, dans l’océan Indien, où il reste jusqu’en 1947.

Avec la fin de la Guerre du Rif, la France et l’Espagne ont repris leur administration coloniale du Maroc sans être gênées par une nouvelle opposition intérieure. Bien que la Guerre du Rif n’ait pas engendré une résistance soutenue aux Français ou aux Espagnols au Maroc, Ben Abdelkrim et son mouvement ont stimulé l’imagination des nationalistes du monde arabe. Ils voyaient les Rifains comme un peuple arabe (et non comme des Amazighs) qui avait mené une résistance héroïque à la domination européenne et avait infligé de nombreuses défaites aux armées modernes pour défendre leur terre et leur foi. Leur insurrection de cinq ans (1921-1926) contre l’Espagne et la France a inspiré certains nationalistes syriens à monter leur propre révolte contre les Français en 1925.
Pour la gauche de par le monde Ben Abdelkrim était un héros international en lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et la droite fasciste. En quelque sorte il incarnait les idéaux de la gauche américaine et européenne, des luttes ouvrières socialistes ainsi que du communisme des pays de l’est. Cette idée est soutenue par William Dean dans son article intitulé : “ Des Américains dans la guerre du Rif“ : [viii]
“Aux États-Unis, (particulièrement à gauche), Abd el-Krim était considéré comme un brave républicain nationaliste, opposant une résistance héroïque à une domination européenne rétrograde. Il était également le héros des gauches françaises et espagnoles et la Confédération générale du travail (CGT) lui avait manifesté sa solidarité en organisant une marche de protestation à Paris en novembre 1925. L’Union soviétique, Staline et le Kominterm lui exprimèrent aussi leur sympathie. Même s’ils devaient travailler pour le sultan, ce fut Paul Painlevé qui décida des grades de ces aviateurs américains (la plupart d’entre eux souhaitaient conserver leur grade porté pendant la Première Guerre mondiale). Le ministère de la Guerre assura le transport des hommes et des avions de la France au Maroc via l’Espagne et celui des Affaires étrangères adressa à Lyautey le dossier de chacun des membres de l’escadrille afin de limiter leur isolement administratif. Deux journalistes furent envoyés avec eux pour rédiger la propagande « profrançaise » et « proaméricaine » (ce sont exactement les mots employés dans le télégramme) à partir de leurs éventuels exploits héroïques. “
Ben Abdelkrim en couverture de Time le 17 août 1925
Les tactiques de guérilla de Ben Abdelkrim al-Khattabi auraient influencé plusieurs révolutionnaires de renom, tels que Ho Chi Minh et Mao Zedong. Il existe des preuves que Che Guevara a également utilisé au moins certaines des tactiques et méthodes conçues par les Rifains. Après tout, Alberto Bayo, l’entraîneur de guérilla très respecté du Che, avait combattu pendant sa carrière militaire pendant une période relativement longue contre les Rifains. Fidel Castro, un autre modèle pour le Che, mentionne dans sa biographie que la bataille d’Anoual, était indéniablement l’une des attaques les plus réussies contre les Espagnols lancés par Ben Abdelkrim en 1921. On prétend également que le Che a rencontré Ben AbdelKrim en 1959 au Caire. Fidel Castro ne mentionne pas qu’il a discuté avec le Che de ses lectures sur la guerre du Rif, mais il affirme clairement que Bayo avait l’habitude d’enseigner dans son camp les méthodes de guérilla qu’il avait apprises lors de ses missions au Maroc.
Cependant, ni Bayo ni le Che (ou leurs biographes) ne mentionnent que les tactiques enseignées pendant la formation des révolutionnaires de l’Amérique latine étaient celles de l’époque de la lutte de Ben Abdelkrim. La seule personne dont les deux hommes font l’éloge est le chef rebelle nicaraguayen Augusto César Sandino.
[i] Ayache, Germain. Les origines de la Guerre du Rif. Paris : Editions de la Sorbonne, & Rabat : SMER, 1981.
[ii] Stora, Benjamin, et Akram Ellyas. “Abdelkrim. (Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi) (Maroc, 1882-1963, figure historique), “ Les 100 portes du Maghreb. L’Algérie, le Maroc, la Tunisie, trois voies singulières pour allier islam et modernité, sous la direction de Stora Benjamin, Ellyas Akram. Ivry-Sur-Seine, France : Éditions de l’Atelier (programme ReLIRE), 1999, pp. 49-50.
[iii] Benchabane, Mehdi. Abdelkrim Al Khattabi (1882-1963) et la Guerre du Rif. Paris : Albouraq, 2016.
“Célèbre pour sa lutte durant la Guerre du Rif (1921-1926), Abdelkrim Al Khattabi est l’une des plus grandes figures de la résistance maghrébine et musulmane à la colonisation européenne. À la tête de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, l’émir rifain a construit un État et une armée moderne qui fit face à la France et à l’Espagne réunies. Fin lettré, fidèle à une éthique islamique et homme de dialogue, il consacra toute sa vie à la libération du Maghreb dans le combat ou dans l’exil. Inspirateur des leaders de la décolonisation, Abdelkrim fut un modèle mondial de résistance et son œuvre suscita de nombreux débats jusqu’à nos jours. “
[iv] Chtatou, M. 1996. “Aspectos de la organizacion politica en el Rif durante el reinado de Ben Abdel-Krim El-Khattabi. “In Fundamentos de Antropologia, n° 4 y 5, 1996, pp.61-70.
[v] Pennell, C. R. A country with a government and a flag : the Rif War in Morocco, 1921–1926. Outwell, Wisbech, Cambridgeshire, England: Middle East & North African Studies Press Ltd, 1986; (University of Melbourne – University Library Digital Repository)
[vi] Courcelle-Labrousse, Vincent & Nicolas Marmié. La guerre du Rif, Maroc, 1921-1926. Paris :
Tallandier, 2008.
“Trop souvent négligée par l’historiographie contemporaine, l’histoire de la guerre dite du Rif suscite ces toutes dernières années un regain d’intérêt. « Coincée » entre les deux guerres mondiales et victime pendant longtemps de son statut de « petite guerre », le conflit du Rif révèle pourtant une facette nouvelle de l’histoire militaire, diplomatique et coloniale non seulement de la France, mais d’une manière plus large de l’Europe. Cet ouvrage s’inscrit dans la redécouverte d’un conflit qui marque à la fois l’un des derniers épisodes européens de pacification coloniale mais également l’une des premières secousses devant amener à un début de prise de conscience de la part des populations autochtones. Construit selon un plan chronologique qui s’impose, l’ouvrage de Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié débute par l’évocation de l’installation des administrations françaises et espagnoles au Maroc pour s’intéresser ensuite à la difficile conquête du Rif par les Espagnols est leur quasi retrait de la zone en 1924. La majeure partie du livre concerne ensuite directement les opérations militaires françaises et les tractations politico-militaires autour des opérations dans le Rif. Si les auteurs ont entrepris de brosser au mieux les « affaires » rifaines et leurs multiples ramifications, on peut toutefois regretter la place peu importante laissée à l’action déterminante de l’aviation française et notamment à celle de son chef le colonel Armengaud. Loin de se cantonner aux rôles traditionnels de l’aviation, telle que définie à la sortie de la Grande Guerre, l’intervention des Breguet XIV et des Farman Goliath permet, pour la première fois, à une armée terrestre d’échapper à la défaite stratégique et à ses lourdes conséquences politiques. Mais surtout, l’ouvrage manque cruellement d’un appareil critique et d’un état des sources et ressemble, par plusieurs côtés à une chronique des opérations militaires et diplomatiques plutôt qu’à un travail de fond. Les auteurs, respectivement avocat et journaliste, en voulant faire preuve de pédagogie ont délibérément sacrifié à la clarté de leur propos. Cependant, cet ouvrage synthétique a le mérite de proposer enfin une histoire accessible à un large public du conflit rifain et ce n’est pas son moindre mérite. “ (Gilles Krugler, « Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmié, La guerre du Rif, Maroc, 1921-1926 », Revue historique des armées [Online], 255 | 2009, Online since 17 June 2009, connection on 21 July 2021. URL : http://journals.openedition.org/rha/6776).
[vii] Ducoulombier, Romain. “ Une guerre coloniale oubliée : le Rif, 1921-1926, “La Vie des Idées du 8 octobre 2008. https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20081008_rif.pdf
[viii] William Dean, « Des Américains dans la guerre du Rif », Revue historique des armées [Online], 246 | 2007, Online since 29 August 2008, connection on 21 July 2021. URL : http://journals.openedition.org/rha/2393
“Les Américains dans la guerre du Rif“ (Americans in the Rif Rebellion). Ce document examine le rôle des Américains dans la guerre du Rif en tant qu’observateurs et opérateurs. Le capitaine Charles Willoughby des services de renseignement de l’armée américaine a étudié la guerre à titre officiel et a tenté d’analyser le conflit pour en tirer des leçons. Les aviateurs mercenaires américains ont servi au Maroc contrairement aux souhaits du Département d’État américain. Au cours de l’été 1925, le gouvernement français a fait appel aux aviateurs américains en raison d’une pénurie de personnel dans l’aviation militaire française et dans l’espoir d’améliorer les relations franco-américaines. Bien que les aviateurs américains aient obtenu de bons résultats au Maroc, les Américains, tant au niveau officiel que populaire, étaient opposés à la présence de mercenaires américains au Maroc. Une grande variété de forces, allant de l’amélioration de la situation stratégique au Maroc à la mauvaise réaction de l’opinion publique américaine, militait contre la poursuite de l’existence de l’Escadrille Chérifienne. Les militaires français ont tiré peu d’enseignements pratiques de cette campagne et les relations franco-américaines n’ont pas été gravement affectées. On pourrait dire que la variété des réactions contradictoires de cette campagne illustre un éventail de points de vue sur la guerre coloniale. “



