Articles et Etudesslider

La Tijaniyya et ses ramifications en Afrique

Jillali El Adnani, Professeur à l’Université Mohamed V de Rabat

La recherche sur les origines d’une confrérie soufie, telle que la Tijâniyya, se trouve toujours confrontée à certaines difficultés et problématiques, particulièrement celles que pose le discours hagiographique à l’historien. Cela est d’autant plus vrai dans le cas de la confrérie tijâniyya qui se présente comme modèle singulier et particulier, qui englobe toutes les autres turuq soufies et s’en distingue en même temps.

C’est pourquoi son fondateur, Cheikh Ahmad at-Tijâni, s’est considéré comme le Sceau des saints. Et bien qu’il fût l’élève des maîtres de la confrérie khalwatiyya, dont Cheikh Mohammed al-Kurdî, il a tenu à s’engager dans une voie différente qui l’éloignât de cette confrérie comme de bien d’autres. Cela lui a valu, après son installation à Fès, la critique sévère des oulémas de cette ville, particulièrement, celles de Tayyeb Ben Kirâne (mort en 1802), et de Mohammad ben Abdesslam an-Nâsiri. Mais Ahmad at-Tijâni sortira vainqueur de ces controverses, grâce, à la fois, à sa grande érudition dans le domaine soufi et à sa pratique et sa maîtrise des sciences exotériques, particulièrement le fiqh.

La Tijâniyya est considérée comme l’une des confréries soufies modérées qui allient soufisme sunnite et simplicité dans l’exposé des questions et propositions, particulièrement pour les groupes de musulmans qui ont embrassé tardivement la religion musulmane et pour les peuples non arabes.

Pour le lecteur curieux comme pour le spécialiste, la force de la Tijâniya se donne à constater à travers trois aspects : le premier s’incarne dans la tentative de la Tijâniyya de se distinguer des autres confréries en proposant un modèle nouveau et singulier, fondé sur ce qu’on peut appeler le pouvoir de substitution ou de dépassement; le deuxième aspect concerne la focalisation de la croyance chez le disciple sur le principe de la baraka [la grâce divine du Fondateur], et ce, pour deux objectifs, à savoir, contenir les divergences internes et faire face aux menaces externes venant des autres confréries; le troisième aspect, enfin, réside dans le fait que les fondements de cette tarîqa se développeront et se consolideront en dehors d’Aïn Madi, lieu de naissance du fondateur. Car la notoriété d’Ahmad at-Tijâni atteindra son apogée à Bousemghûn, à Fès et dans la région de Souf en Algérie.

Ce n’est donc pas un hasard si les premiers disciples appartiennent à des régions éloignées d’Aïn Madi. D’où le fait aussi que les écrits hagiographiques tijanis, rédigés dans leur grande majorité par des Marocains tijânis, sont imprégnés de la personnalité du fondateur, qui exerçait une influence attractive sur l’esprit des disciples.

Par ailleurs, les plus grandes et plus importantes zawiyas tijanies se trouvent actuellement en Afrique, surtout les plus récentes, qui entreprirent de créer différentes branches de la confrérie à travers le monde; tout se passe comme si cette tarîqa était née avec la vocation à investir aussi bien l’espace musulman que l’espace non musulman. De fait, les wirds et l’esprit tijânis sont plus proches des musulmans de l’Afrique subsaharienne que ne le sont ceux des autres confréries. Car le wird et la chaîne de transmission tijanie sont perçus comme les seuls à pouvoir rapprocher le musulman africain, et même européen et américain, du prophète de l’islam, en raison du fait que la Tijâniya est mohammadienne et que son fondateur a entrepris sa fondation sur ordre du Prophète, comme le rappellent les sources tijanies.

A suivre

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page