L’Afrique, aire de prédilection du soft power marocain (5)

Croire fermement en l’intégration régionale
Le Maroc a toujours appelé à une plus grande intégration régionale politique et économique. En 1989, il a accueilli à Marrakech le sommet instituant l’Union du Maghreb arabe. Une décennie plus tard, le Maroc a rejoint la Communauté des États sahélo-sahariens (CENSAD). En 2016, le Maroc a officiellement demandé à adhérer à la CEDEAO et en 2019, il a ratifié l’Accord de libre-échange continental africain.
Après avoir développé des infrastructures modernes telles que le plus grand port d’Afrique (Tanger Med port), la plus grande centrale solaire du monde (Noor), le premier train à grande vitesse sur le continent et dans la région MENA, le Maroc se concentre désormais sur le développement de projets d’infrastructure intégrant la région.
À cet égard, le Nigeria et le Maroc ont convenu de construire un projet de gazoduc atlantique africain d’une valeur de 20 milliards d’USD pour transporter le gaz de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe. Le Maroc travaille également avec les pays du G5 Sahel et les aide à développer l’énergie solaire verte. Le Royaume développe la réhabilitation de la baie de Cocody en Côte d’Ivoire et assiste le Sud Soudan dans la planification urbaine de sa future capitale.
Une contribution à la paix et à la sécurité en Afrique
Maintien de la paix : En tant que pionnier africain des opérations de maintien de la paix des Nations unies, les troupes marocaines ont soutenu et continuent de soutenir la stabilité au Zaïre, en Somalie, en RDC, en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine et au Sud-Soudan. Elles ont également contribué à négocier des accords de paix tels que ceux conclus entre la Sierra Leone et le Liberia (Casablanca, 2000), la transition vers un régime civil en Guinée après le coup d’État de Daddis Camara (Rabat, 2009) et le seul accord politique inter-libyen à ce jour (Skhirat, 2015).
En tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies (2012-2013), le Maroc a joué un rôle clé dans la promotion des intérêts de l’Afrique. Le Maroc a été la tête de liste pour le Sahel, une région de première importance pour le Royaume. Sa déclaration présidentielle sur le Sahel a ouvert la voie à l’élaboration de la stratégie globale et intégrée des Nations unies pour le Sahel et à la désignation d’un envoyé spécial des Nations unies pour la région. Le Maroc a également été nommé président de la configuration de consolidation de la paix des Nations unies pour la République centrafricaine. Le Maroc est actuellement membre du Conseil de paix et de sécurité de l’UA.
En première ligne des défis urgents de l’Afrique
La migration : Le Maroc a été un leader régional en matière de migration, accueillant la première conférence euro-africaine sur la migration et le développement (2006) et le Pacte mondial des Nations unies sur les migrations (2018).

En 2017, le Roi Mohammed VI a été désigné pour diriger la question de la migration au sein de l’UA. Son rapport a proposé la création d’un envoyé spécial de l’UA sur la migration et la mise en place d’un Observatoire africain des migrations au Maroc pour suivre ce phénomène et ses causes profondes.
Le Maroc est le seul pays de la région à avoir adopté une réforme significative en matière de migration et d’asile. En 2013, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a officiellement annoncé un plan visant à adopter une « approche humanitaire » de la migration et de l’asile. Depuis lors, deux vagues de régularisation des personnes sans papiers ont eu lieu au Maroc, avec 40 000 personnes, principalement des Africains, recevant des permis de séjour ainsi que l’accès à des soins de santé gratuits et à des écoles publiques.
Lutte contre le terrorisme : Le Maroc est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent depuis les attaques terroristes de Casablanca en 2003. En tant que coprésident du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (GCTF) depuis 2015, le Maroc a fait pression pour qu’une plus grande attention soit accordée aux besoins des pays africains afin de renforcer leur capacité à faire face aux menaces du terrorisme et des mesures concrètes ont été adoptées à cet égard.
En outre, en tant que membre de la coalition internationale contre ISIS, le Maroc a pris l’initiative d’accueillir à Skhirate (2018) une réunion de la coalition avec un accent spécifique sur le Sahel, le bassin du lac Tchad et la corne de l’Afrique. La menace d’ISIS et la nécessité d’empêcher la création de nouveaux refuges en Afrique pour les combattants terroristes étrangers fuyant la Syrie et l’Irak ont été discutées en profondeur. Les membres africains n’appartenant pas à la coalition ont été invités à partager leurs points de vue et leur évaluation de la situation. Cette discussion a permis de mettre en lumière la dimension africaine de la menace de l’ISIS.
Lutte contre l’extrémisme violent : Fort de son expérience réussie en matière de déradicalisation, le Maroc a soutenu les pays africains dans la lutte contre les idéologies radicales et terroristes. L’Institut Mohammed VI de Formation des Imams, des Morchidines et des Morchidates a ouvert ses portes en 2012 à la formation d’imams étrangers originaires d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient, d’Europe et d’Asie centrale. Le centre de formation promeut la « marque marocaine » de l’islam dérivant de l’école juridique sunnite malikite, de la doctrine ash’aari et de l’acceptation du mysticisme « soufisme ». Ces trois éléments favorisent la modération, l’ouverture et le pragmatisme. Après la formation réussie de plus de 1200 imams maliens, le programme a été étendu aux citoyens du Burkina Faso, du Tchad, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Gabon, de la Guinée, de la Mauritanie, du Nigeria, du Sénégal, de la Tunisie et des Émirats arabes unis. Aujourd’hui, plus de 1000 ressortissants étrangers sont formés chaque année.
Changement climatique : Le Maroc est actuellement le leader africain en matière d’efforts de lutte contre le changement climatique et est classé deuxième au niveau mondial dans l’indice de performance en matière de changement climatique.
En 2016, le Maroc a accueilli le Sommet sur le changement climatique (COP22), un an après l’adoption de l’Accord de Paris. Ce sommet s’est attaché à faire avancer le programme d’action climatique et à répondre aux préoccupations pressantes des pays en développement. Le Maroc a appelé les dirigeants mondiaux à mettre davantage l’accent sur des plans concrets pour les petits agriculteurs africains touchés par le changement climatique. Il a également lancé le Centre de compétences sur le changement climatique au Maroc (4C Maroc), qui vise à développer la capacité des pays africains à s’adapter au changement climatique.
En marge de la COP22, le roi Mohammed VI a accueilli le premier Sommet de l’action pour l’Afrique qui a vu le lancement de projets transnationaux concrets et de trois commissions axées sur la Commission de base du Congo, le Sahel et les États insulaires. Ces commissions ont exploré des moyens novateurs pour relever les principaux défis liés au climat en Afrique et trouver des financements pour leurs projets.
Sécurité alimentaire : En tant que producteur agricole majeur, le Maroc a orienté une grande partie de ses investissements en Afrique vers le secteur agricole, aidant les pays africains à transformer et moderniser leur agriculture. Le groupe OCP, producteur marocain de phosphates et d’engrais, fournit des cartographies des sols et partage son expertise et ses conseils en matière de bonnes pratiques avec divers pays d’Afrique de l’Ouest, du Sahel et d’Afrique de l’Est.
En 2018, l’OCP a signé un contrat d’usine d’engrais d’une valeur de 3,7 milliards de dollars en Éthiopie. D’autres projets majeurs sont actuellement en cours au Nigeria, au Ghana et au Rwanda pour rapprocher les engrais personnalisés des exploitations agricoles africaines et accroître la productivité et la qualité.
La diplomatie du football
Le Maroc espère que ses exploits sans précédent lors de la Coupe du monde de football lui permettront de se faire des amis et d’influencer les gens, en particulier au sein d’un public arabe opposé à son rapprochement avec Israël en 2020. Les gains diplomatiques du Maroc vont bien au-delà de la cause palestinienne et du monde arabe. Le royaume avait déjà l’habitude d’utiliser la « diplomatie du football » pour renforcer ses liens avec les pays africains, en signant au moins 30 accords de coopération avec d’autres fédérations.
L’extraordinaire parcours du Maroc lors de la Coupe du monde a bien sûr redoré l’image du pays, qui utilise depuis des années le soft power pour se faire une place sur la scène internationale. La série de victoires du Maroc a attiré des supporters enthousiastes de l’Afrique du Sud à la Tunisie, où les supporters africains et autres ont ignoré la querelle diplomatique qui couvait avec Rabat au sujet du territoire contesté du Sahara occidental. Même dans l’Algérie rivale, où la question est encore plus brûlante, le public a pris les Lions de l’Atlas à cœur, bien que les médias officiels aient gardé le silence sur les réalisations de l’équipe.
Le succès inattendu de l’équipe a attiré l’attention des gens. Le Maroc a ainsi remporté une victoire symbolique majeure sur l’Algérie, mais aussi une revanche symbolique, sportive et politique sur ses voisins, entre autres, les victoires sur le Portugal et l’Espagne, deux pays voisins. Le Maroc rêve depuis des décennies de jouer avec les grandes équipes, et maintenant c’est devenu une réalité.
Le Maroc espère également convertir sa notoriété en gains économiques, notamment dans le domaine du tourisme. Ce secteur est l’un des principaux employeurs du pays, mais il a été mis à mal par la pandémie de Covid-19 et la récession économique mondiale exacerbée par la guerre de la Russie en Ukraine. Le royaume n’a pas encore retrouvé les 13 millions de visiteurs qu’il a accueillis en 2019.
Les succès de l’équipe de football a donné une grande visibilité, bien que le Maroc était familier pour les Européens de l’Ouest mais pas nécessairement parmi les touristes asiatiques ou latino-américains. Aujourd’hui, il est connu dans le monde entier, et il doit travailler dur pour tirer le meilleur parti de cette publicité inattendue.
Le soft power politique
Depuis l’accession au trône de Mohammed VI en 1999, les relations avec l’Afrique subsaharienne sont devenues une priorité de la politique étrangère, dans laquelle on a tenté de réévaluer le rôle du Maroc en tant que puissance continentale capable de diriger la coopération sud-sud de l’Afrique et de servir de pont entre le continent et l’Union européenne. Cette position a été mise en évidence en 2000 lorsque le monarque a annoncé, lors du sommet UE-Afrique, qu’il annulerait la dette extérieure des pays africains les moins développés.
L’idée que son absence des organes de décision de l’UA affaiblissait la position du Maroc, tant au niveau régional qu’international, a été le principal argument pour justifier une décision pragmatique qui impliquait le franchissement de certaines lignes rouges. L’adhésion à l’UA signifiait briser le tabou de la cohabitation avec la RASD, dans des conditions d’égalité.
Le projet de retour à l’UA a été annoncé par Mohammed VI en juillet 2016 dans une lettre adressée au 27e Sommet tenu au Rwanda, dans laquelle il justifie sa décision en déclarant que « quand un corps est malade, il est mieux soigné de l’intérieur que de l’extérieur ». Bien que le message du monarque n’ait pas posé la suspension de la RASD comme condition au retour de son pays, la diplomatie marocaine a suggéré aux 28 États membres de déposer, lors du sommet, une motion visant à geler la présence de la République sahraouie au sein de l’organisation panafricaine.
La demande formelle d’adhésion a été faite en septembre, bien que l’objectif de récupérer « la place naturelle du Maroc dans le continent africain » n’ait été atteint que quatre mois plus tard, lors de l’organisation du 28e sommet de l’UA qui s’est tenu à Addis-Abeba en janvier 2017, lorsque l’organisation panafricaine a approuvé l’entrée du Maroc avec le soutien de 39 de ses 54 membres.
Le retour du Maroc au sein de l’UA a été marqué par une diplomatie frénétique et intense qui a vu Mohammed VI se rendre dans un certain nombre de capitales africaines au cours du dernier trimestre 2016 et du premier trimestre 2017. Il convient de noter que cette tournée sur le continent a coïncidé avec la paralysie politique du pays durant les cinq mois qui ont suivi les élections législatives d’octobre 2016. En effet, la difficulté à former un nouveau gouvernement de coalition a conduit à une impasse interrompue seulement pour que le Parlement s’ouvre le 16 janvier 2017, face à la nécessité de ratifier la loi relative à l’acte constitutif de l’UA.
En rupture avec le passé, la tournée de Mohammed VI et de son entourage a inclus des pays d’Afrique de l’Est qui reconnaissent la RASD, comme le Rwanda, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Ghana, le Nigeria et le Sud-Soudan. Dans cette logique, l’ouverture de cinq nouvelles ambassades sur le continent (Rwanda, Tanzanie, Mozambique, Maurice et Bénin) et l’accueil par le royaume alaouite de dirigeants africains peu habitués à se rendre dans les pays maghrébins, comme Paul Kagamé, ainsi que son rapprochement avec Kigali, sont autant d’éléments qui s’inscrivent dans cette logique. Outre les outils diplomatiques classiques, l’approche de Rabat dans cette région, hors de sa zone de confort traditionnelle, s’est articulée autour de deux axes principaux : la coopération économique et la diplomatie religieuse et culturelle.
En effet, la tournée de Mohammed VI a débouché sur de nombreux accords de coopération, des promesses et une augmentation des investissements, ainsi que sur le lancement de plusieurs projets conjoints, tels que le gazoduc entre le Maroc et le Nigeria ou la construction d’une méga-usine d’engrais en Éthiopie. Outre les hydrocarbures et l’agriculture, les secteurs des télécommunications, de la finance et de l’assurance font également partie des intérêts du Maroc dans la région.
Pour accompagner le développement de ces projets, et comme nouvel outil au service de la diplomatie économique envers le continent africain, le Maroc a créé en novembre 2016 le fonds d’investissement souverain Ithmar Capital. Cette initiative s’ajoute aux actions de la Fondation Mohammed VI pour le développement durable, créée en 2008 et chargée de canaliser l’assistance et la coopération avec les pays africains dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement socio-économique.
La logique des actions étrangères repose sur la coopération sud-sud et sur la promotion du développement de la région. À cet égard, pour construire un tissu coopératif et relationnel plus large, ce ne sont pas seulement les institutions publiques qui doivent être activées, mais également les entreprises privées. Ainsi, menés par la présidente de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), Miriem Bensalah Chaqroun, du temps, plusieurs hommes d’affaires marocains ayant des intérêts sur le continent ont suivi le sillage du parti royal. Cette offensive économique a contribué à faire du Maroc le deuxième investisseur africain sur le continent derrière l’Afrique du Sud.
Le leadership religieux du Maroc en Afrique
Islam modéré (wasatiyyah) : En janvier 2016, environ 300 chefs religieux, théologiens et universitaires se sont réunis pour une conférence de deux jours à Marrakech afin de discuter de la manière de répondre à la montée de la violence religieuse dans le monde arabe et musulman. L’événement a abouti à la publication de la Déclaration de Marrakech, qui appelle à la « protection des droits et libertés de tous les groupes religieux » et au « traitement équitable des minorités religieuses dans les pays musulmans ». Cette déclaration s’inscrit dans le cadre de la revendication du Maroc en tant que leader religieux, le roi Mohammed VI cherchant à défendre un islam modéré pouvant servir de modèle à l’échelle internationale.
L’islam marocain mêle les traditions du sunnisme, du malikisme – une école islamique qui tient compte des contextes historiques et culturels – et du soufisme, largement apolitique. En tant que « Commandeur des Croyants » amîr al-mou’minîne, le roi Mohammed VI a souligné à plusieurs reprises que sa tâche consistait à protéger le Maroc et d’autres pays de l’extrémisme religieux. À cette fin, le Maroc est devenu un partenaire clé dans les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme menés par les États-Unis et les pays européens. Au-delà du renforcement des liens diplomatiques du Maroc avec l’Occident, les autorités ont également utilisé la religion comme un instrument de soft power pour étendre leur influence économique et sociale en Afrique du Nord et de l’Ouest.
La connexion soufie : Dans une grande partie du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, l’islam s’exprime à travers le soufisme, une forme mystique de religion qui a la réputation d’encourager le dialogue, la tolérance et la paix. La nomination en 2002 d’Ahmed Toufiq, adepte de l’ordre soufi Boutchichiyya, au poste de ministre des affaires islamiques, représente une tentative des autorités marocaines d’intensifier la diplomatie soufie dans la région. La confrérie Tijaniyyah, qui compte des millions de membres en Afrique de l’Ouest, est un pilier central de la politique étrangère du royaume à l’égard de cette région.
En ce qui concerne l’usage de la diplomatie de la foi par le Maroc, Ahmed Hamzaoui écrit :
‘’ Le cas du Maroc en ce qui concerne la gestion des questions religieuses internes dans certains pays africains peut avoir des effets considérables sur la réalisation des objectifs de politique étrangère. Contrairement à d’autres cas de sphère religieuse étrangère, le cas marocain a attiré l’attention des universitaires et des chercheurs car il a permis de faire progresser la stabilité économique et géopolitique du Maroc et de traiter la question du bloc occidental du Sahara marocain afin de trouver une solution à ce problème de longue date.’’
La diplomatie religieuse a également joué un rôle de plus en plus important dans les visites d’État régulières du roi Mohammed VI en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Bien que ces visites soient généralement axées sur la signature d’une série d’accords politiques et économiques, le roi a également rencontré des représentants soufis qui exercent une grande influence sur les questions politiques et sociales dans ces pays. Lors d’une tournée en Côte d’Ivoire, au Gabon, en Guinée et au Mali en 2014, le roi a signé des accords permettant à des centaines d’imams de ces pays de recevoir une formation religieuse au Maroc. Les liens politiques et religieux du royaume avec l’Afrique de l’Ouest ont récemment permis aux responsables marocains de renforcer leurs relations avec les membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) – une évolution qui a encore exacerbé les tensions avec l’Algérie, les deux pays s’efforçant d’affirmer leur influence régionale.
L’identité africaine du Maroc se reflète également dans ses efforts diplomatiques, à travers son leadership auprès des pays francophones, son statut d’observateur auprès de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), son rôle au sein du Forum mondial de lutte contre le terrorisme et du Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme, et ses vastes programmes culturels, sociaux et diplomatiques. En 2011, le Maroc a inscrit ces liens étroits dans sa nouvelle constitution, qui stipule que l’unité du Maroc
» État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. »
Plusieurs des objectifs énoncés dans le préambule de la nouvelle constitution soulignent spécifiquement les liens du Maroc avec l’Afrique, en insistant sur ses engagements envers l’Union du Maghreb arabe, la solidarité islamique, la coopération sud-sud et la solidarité avec l’Afrique subsaharienne. L’adhésion à l’Union africaine est donc l’aboutissement naturel de l’identité historique du Maroc aux yeux du roi et du pays.
Le retour du Maroc dans le giron africain a pour conséquence le partage de l’expérience marocaine dans la gestion du dossier religieux. Dans ce sens Yousra Abourabi écrit dans Le Point :
‘’Sur le plan religieux, le Maroc a entrepris la diffusion de son modèle d’encadrement de l’enseignement et des pratiques religieuses, présenté comme un levier contre l’extrémisme, dans le cadre d’une « diplomatie de sécurité religieuse ». Celle-ci s’est illustrée par la formation d’imams de différents pays d’Afrique de l’Ouest, parallèlement à la formation militaire dans ces mêmes pays, ainsi que par l’institutionnalisation du soufisme et des réseaux confrériques régionaux, entre autres choses.
Grâce à la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains, institution religieuse musulmane, le Maroc permet aux différents pays d’Afrique de former à l’encadrement scientifique et religieux des imams dans le dessein d’empêcher la radicalisation et de combattre l’idéologie salafiste et djihadiste.
L’implication du Maroc dans ce domaine n’a pu être possible que parce que le roi possède aussi le titre de « commandeur des croyants », au nom duquel on lui reconnaît un leadership africain dans le champ religieux. La particularité de cette diplomatie de sécurité religieuse réside dans sa dimension spécifiquement africaine, puisqu’elle a accompagné l’affirmation du royaume en tant que pays africain, au-delà de son caractère arabo-amazighe.’’
Dr Mohamed Chtatou



