Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (1)

Le Problème des Idées dans le Monde Musulman est un Essai du penseur algérien Malek Bennabi, à travers lequel il montre la primordialité de l’idée, en tant que force, en tant que dynamique. Sans l’idée, il n’y a que déchéance, et c’est ce qui a fait défaut à l’homme musulman qui a préféré s’attacher au monde des choses plutôt qu’au monde des idées.
Dans cet ouvrage, Malek Bennabi inscrit le besoin nécessaire du retour à la pensée, à l’enrichissement intellectuel dynamique, vivant, et non sclérosant et pompeux. Il rappelle que le souffle de la révélation coranique a été intimement lié à la notion d’idée, de rappel à l’esprit, à l’intellect, à travers les premiers versets révélés : « Lis ! ». Ainsi l’homme est-il fait pour se construire un monde basé sur des idées, avant de se construire un monde fixé sur l’obsession de la chose.
I. LES DEUX RÉPONSES AU VIDE COSMIQUE
Abandonné à sa solitude, l’homme se sent assailli d’un sentiment de vide cosmique.
C’est sa façon de remplir ce vide qui détertninera le type de sa culture et de sa civilisation, c’est-à-dire tous les caractères internes et externes de sa vocation historique.
Il y a essentiellement deux manières de le faire : regarder à ses pieds, vers la terre, ou lever les yeux vers le ciel.
L’un peuplera sa solitude de choses. Son regard dominateur veut posséder.
L’autre peuplera sa solitude d’idées. Son regard interrogateur est en quête de vérité.
Ainsi naissent deux types de culture: une culture d’empire, aux racines techniques et une culture de civilisation aux racines éthiques et métaphysiques.
Le phénomène religieux apparaît là où l’homme dirige son regard vers le ciel. C’est là qu’apparaît le prophète : l’homme de la mission, du message, l’homme qui a des idées à communiquer,
comme Jérémie, Jésus, Mohamed.
L’Europe, berceau de tant de grands hommes, semble exclue cependant du phénomène religieux au niveau de ces messagers,
comme si la nature de !’Européen, trop plein de son humanité, ne laisse pas de place au divin.
Par contre, le sémite semble voué à la métaphysique. Le divin laisse en lui peu de place aux préoccupations terrestres.
A mi-chemin, entre le Sémite et l’Aryen nordique, le grec peuplera son univers de formes. Il remplira sa solitude du sentiment du Beau qu’il finira par appeler le Bien comme le notait TOLSTOI dans ses profondes réflexions sur l’art.
En gros, l’Europe fera, dans sa culture, la synthèse des choses et des formes, de la technique et de l’Esthétique.
Tandis que l’Orient musulman fera la synthèse des deux idées : du vrai et du bien.
Ce schéma ne correspond pas à une certaine phase de l’histoire mais à toute l’histoire, dont le pendule marque de ses deux battements, les diastoles et les sistoles de la civilisation universelle.
Tantôt, c’est l’apogée d’une culture et le périgé de l’autre et tantôt c’est l’inverse, en marquant dans les phases inter·médiaires les moments de fécondation mutuelle qui sont aussi des moments de confusion, aux époques des Babels historiques comme la Babel du XXe.
C’est tantôt l’apogée de la civilisation où les choses sont centrées autour de l’idée et tantôt l’apogée de la civilisation où les idées sont centrées sur la chose.
Cet aspect apparaît nettement là où l’esprit s’exprime le plus librement, le plus spontanément, sans détours, ni souterrains rhétoriques, en communication directe avec les racines d’une culture.
C’est surtout la littérature populaire qui est révélatrice à cet égard. Ou bien, une littérature même sophistiquée qui garde néanmoins ce caractère populaire par la nature de son thème.
Rien n’est plus révélateur, dans le genre littéraire que le conte.
On peut, pour illustrer ce qui précéde, en prendre deux : celui de ROBINSON CRUSOE et celui de HA YY IBAN YAQDHAN .
A suivrre



