Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (5)

III – LA SOCIÉTÉ ET LES IDÉES –
Les biologistes considèrent que l’embryologie du foetus reproduit les étapes morphologiques de l’espèce.
Il n’y a aucune raison doctrinale, du point de vue islamique, de confirmer ou de révoquer en doute cette thèse sur laquelle comme sur d’autres, la pensée coranique a voulu rester allégorique comme toute pensée religieuse.
Sur le plan historique, par contre, il est perrnis de signaler des similitudes entre certains traits du développement mental de l’individu et le développement psycho-sociologique de la société. Celle-ci semble passer aussi par les trois âges :
- Celui de la chose
- Celui de la personne
- Celui de l’idée
Les transitions ne sont pas néanmoins marquées, ici, comme chez l’individu. Toute société, quel que soit son niveau de développement, possède un univers culturel complexe.
Dans son action concertée il y a interférence de l’univers des choses avec celui des personnes et celui des idées
Il va sans dire que le schéma de cette action, aussi rudimentaire fût-elle, inclut nécessairement des motivations et des modalités opératoires: des mobiles d’ordre moral et des idées techniques. Mais il y a toujours prépondérance de l’un des trois facteurs.
C’est par cette prépondérance – dans sa façon d’agir et de penser- qu’une société se distingue d’une autre.
Une société sous-développée n’est pas fatalement marquée par une pénurie de moyens matériels (les choses) mais par carence d’idées qui se manifeste notamment dans sa façon d’utiliser, plus ou moins efficacement, les moyens dont elle dispose déjà, dans son incapacité à en créer de nouveaux. Et surtout
dans sa façon de poser ses problèmes ou de ne pas les poser du tout quand elle abando11ne toute velléité de les aborder.
Ainsi la terre est le moyen le plus sûr pour assurer le décollage » – comme disent aujourd’hui les économistes qui étudient les problèmes du Tiers-monde – d’une société au stade primaire
qui veut passer au secondaire, comme la Chine Populaire depuis 1951
Il y a là une véritallle carence d’idées qui se traduit sur le plan politique et économique sous for1ne d’inhibitions freinatrices qui correspondent du point de vue sociologique aux caractères psycho-sociologiques distinctifs du monde musulman actuel.
Ce tableau pourrait être expliqué par les historiens, par les économistes, par les sociologues de différentes manières. Nous croyons en donner, ici, une explication psychosociologique en nous reférant à. la théorie des trois âges qu’on essayera de justifier par les antécédants des sociétés contemporaines.



