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Polisario, insécurité régionale et réalignement diplomatique : vers une reconnaissance accrue de la marocanité du Sahara

Souhail Benkaddour

La dynamique diplomatique autour du Sahara marocain connaît, ces derniers mois, un tournant décisif. Alors que de nouvelles révélations du National Interest US Research Center mettent en lumière des liens entre le Polisario et des entités affiliées au terrorisme transnational, plusieurs puissances mondiales – dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni – renforcent leur reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Un consensus international, autrefois timide, semble désormais s’imposer comme une tendance lourde.

Un faisceau d’indices sécuritaires accablants
Le rapport du National Interest, un centre de recherche stratégique basé à Washington, attire l’attention sur l’évolution préoccupante du front séparatiste. Selon ce document, des connexions établies entre des éléments du Polisario et des représentants du Hezbollah en Syrie viennent corroborer des soupçons anciens de liens avec des réseaux terroristes opérant au Sahel et au Levant. Le Hezbollah – organisation désignée comme terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs pays arabes – offrirait au Polisario un relai idéologique et logistique à travers certains canaux iraniens en Syrie.
Ces révélations relancent les inquiétudes autour de la militarisation croissante des camps de Tindouf, sous contrôle algérien, et de leur transformation potentielle en foyer d’instabilité régionale. Dans un contexte marqué par la montée des groupes jihadistes sahéliens, l’argument sécuritaire devient un facteur clé dans la lecture internationale du dossier saharien.

Une reconnaissance diplomatique à géométrie renforcée
Les positions diplomatiques évoluent en conséquence. La reconnaissance par les États-Unis, en décembre 2020, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, suivie par l’ouverture d’un consulat américain à Dakhla, a ouvert la voie à un rééquilibrage profond.
En juillet 2024, la France a officiellement salué l’initiative marocaine d’autonomie comme « la seule base sérieuse et crédible » pour une solution politique, une position consolidée début 2025 par la déclaration du président Emmanuel Macron devant l’Assemblée nationale.
Plus récemment, en juin 2025, le Royaume-Uni a rejoint cette orientation. Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères David Lammy a déclaré que le plan marocain constitue « la solution la plus réaliste pour une paix durable dans la région ». Ainsi, trois membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU alignent désormais leurs positions sur celle de Rabat.

Chine et Russie : une neutralité stratégique en transition
Ni la Chine, ni la Russie n’ont exprimé d’opposition à cette dynamique. Pékin adopte une position de prudente neutralité, mais son attachement au principe d’intégrité territoriale laisse présager une orientation possible en faveur du Maroc. Moscou, historiquement aligné sur l’Algérie, observe également un silence diplomatique depuis que Paris, Londres et Washington ont réaffirmé leur soutien à l’initiative marocaine.

Le reflux du soutien au Polisario
L’évolution des alliances s’observe également au Proche-Orient. Le gouvernement syrien, en rupture avec son isolement diplomatique, a récemment fermé le bureau du Polisario à Damas, signe d’une volonté de repositionnement régional et d’une prise de distance face aux réseaux affiliés à l’Iran.
En Afrique, deux poids lourds diplomatiques ont renforcé leur soutien à la proposition marocaine : le Ghana, en mai 2025, et le Kenya, en juin, ont salué le plan marocain comme la base « la plus sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre le différend. Une évolution d’autant plus significative qu’elle concerne deux États influents dans les instances de l’Union africaine.

Un cap clair vers la consolidation
L’accumulation de ces signaux indique un réalignement géopolitique majeur, où les enjeux de sécurité, de stabilité régionale et de légitimité historique convergent en faveur du Maroc. Alors que le Polisario voit son socle diplomatique se réduire et son image entachée par des soupçons de dérive armée, le Maroc, fort de soutiens croissants, apparaît aujourd’hui comme le pôle de stabilité incontournable au Maghreb et au Sahel.

Souhail Benkaddour

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