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L’ICESCO, institution islamique de paix, fraternité et convivialité dans un monde turbulent

L’ICESCO incarne, depuis Rabat, une tentative institutionnelle rare : celle de faire de la culture, de l’éducation et de la science les instruments d’une paix fondée non sur la neutralisation du fait religieux, mais sur sa réhabilitation comme ressource civilisationnelle positive.

Pr. Mohamed Chtatou

Le monde contemporain traverse une séquence de turbulences dont l’intensité et la simultanéité paraissent inédites : guerres prolongées au Moyen-Orient et au Sahel, polarisation identitaire croissante en Europe et en Amérique du Nord, résurgence des discours civilisationnels binaires, et instrumentalisation persistante du religieux à des fins de mobilisation violente. Dans ce contexte, la thèse du « choc des civilisations », popularisée par Huntington (1996), continue d’irriguer une partie du débat public et stratégique, en dépit des critiques nombreuses dont elle a fait l’objet. Face à cette lecture conflictuelle des rapports entre l’islam et le reste du monde, une organisation intergouvernementale basée à Rabat s’emploie, depuis plus de quatre décennies, à porter un contre-récit fondé sur la coopération, le dialogue et la convivialité : l’Organisation du Monde Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ICESCO). Cet essai se propose d’examiner la genèse, le mandat et les instruments de cette institution, d’analyser sa doctrine de paix et de fraternité humaine, de la resituer dans l’ancrage marocain de la convivialité islamo-judéo-chrétienne, avant d’en évaluer, avec la distance critique requise, les limites structurelles.

Genèse et mandat d’une institution civilisationnelle

L’ICESCO trouve son origine dans une décision de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), qui institue en 1979 une organisation spécialisée dédiée à l’éducation, à la science et à la culture, effectivement mise en place au début des années 1980 sous l’appellation d’Organisation Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture, ISESCO (ICESCO, s.d.). Le 30 janvier 2020, lors de la 40ᵉ session de son Conseil exécutif tenue à Abou Dhabi, l’organisation adopte son appellation actuelle, ICESCO, dans le but explicite de « clarifier les ambiguïtés concernant la nature de ses fonctions de non-prédication » et d’affirmer une mission civilisationnelle élargie aux domaines de l’éducation, des sciences, de la culture et de la communication (Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture, 2026). Ce changement sémantique n’est pas anodin : il marque le passage d’une organisation perçue comme potentiellement confessionnelle à une institution se revendiquant d’un multilatéralisme culturel comparable, dans son domaine, à celui de l’UNESCO. L’ICESCO compte aujourd’hui 54 États membres et trois États observateurs, et fonctionne en arabe, en anglais et en français (Commission Nationale pour l’Education, les Sciences et la Culture, s.d.). Son siège rabati n’est pas un simple accident géographique : il inscrit l’organisation dans la tradition diplomatique et religieuse marocaine, à laquelle nous reviendrons.

Sous la direction du Docteur Salim M. AlMalik, l’ICESCO a engagé depuis plusieurs années une modernisation structurelle significative, matérialisée par exemple par la création, lors de la 45ᵉ session de son Conseil exécutif tenue à Tunis en février 2025, d’un Secteur des Médias et de la Communication ainsi que de centres spécialisés dans la poésie, la calligraphie, les manuscrits et la formation, dans le but déclaré d’affirmer sa « vocation de phare culturel dans le monde islamique » (ICESCO, 2025a). L’organisation a également lancé, en juillet 2026, l’initiative « Riwaq de la langue arabe », destinée à renforcer la présence de cette langue dans le milieu universitaire international, et a organisé à Tachkent le premier Forum international « La civilisation islamique : la voie de la paix » (ICESCO, 2025a). Ces initiatives, en apparence disparates, convergent vers un même objectif stratégique : faire de la culture et du savoir des vecteurs de stabilisation régionale, dans une logique que la littérature en relations internationales qualifie de diplomatie culturelle ou de soft power.

Diplomatie civilisationnelle et architecture de la paix

Le concept nyeien de soft power, défini comme la capacité d’un acteur à obtenir ce qu’il souhaite par l’attraction plutôt que par la coercition ou la rémunération (Nye, 2004), offre une grille de lecture particulièrement pertinente pour comprendre la stratégie de l’ICESCO. L’organisation a en effet développé sa propre déclinaison du concept, qu’elle nomme « diplomatie civilisationnelle », visant à consolider l’action culturelle et éducative au sein de la diplomatie traditionnelle plutôt qu’à s’y substituer. Ce positionnement se traduit concrètement par l’initiative « Paix 360° », présentée par l’organisation comme une approche inclusive et multidisciplinaire de consolidation de la paix mobilisant simultanément les chefs religieux et traditionnels, les jeunes leaders et les femmes (ICESCO, 2025b). Le volet le plus structuré de cette initiative, le programme « Leadership pour la Paix et la Sécurité », revendique la formation et la mobilisation de 180 Ambassadeurs de la Paix issus de 68 pays différents, un effort qui lui a valu le Prix du Centre Roi Abdulaziz pour la communication civilisationnelle en Arabie saoudite (ICESCO, 2025b). Ces Jeunes Ambassadeurs pour la Paix ont par ailleurs rejoint l’Initiative Mondiale de la Jeunesse pour la Paix (WYPI) en Chine, ce qui illustre la volonté de l’organisation d’insérer son action dans des réseaux transnationaux dépassant le seul périmètre islamique (ICESCO, 2025b).

Cette architecture programmatique repose sur un pari implicite : celui que la construction de la paix ne peut se réduire à la sécurisation militaire ou policière des conflits, mais requiert un travail de longue haleine sur les représentations, les curricula éducatifs et les capacités de la jeunesse à résister aux discours de haine. Ce pari rejoint, sans nécessairement s’en réclamer explicitement, une partie substantielle de la littérature contemporaine sur la prévention de l’extrémisme violent, qui insiste sur le caractère multi-causal de la radicalisation et sur la nécessité d’interventions éducatives et communautaires précoces plutôt que strictement répressives. L’ICESCO se positionne ainsi moins comme un acteur de gestion de crise que comme un acteur de prévention structurelle, agissant en amont des logiques de rupture civilisationnelle que Huntington (1996) avait, en son temps, présentées comme quasi inévitables.

Il importe de ne pas réduire l’ICESCO à sa seule dimension de diplomatie de paix : son mandat statutaire demeure, à titre premier, celui de l’éducation, des sciences et de la culture, la dimension civilisationnelle et pacificatrice s’y greffant comme un prolongement naturel plutôt que comme une fonction substitutive. L’organisation a ainsi ouvert sa propre bibliothèque, conçue comme un espace de savoir moderne alliant ressources physiques et numériques, destiné aux chercheurs, aux étudiants et aux passionnés de savoir, et présenté comme « une plateforme dynamique de dialogue culturel et d’échange d’idées, où se rencontrent disciplines, langues et civilisations » (ICESCO, s.d.). Cette infrastructure documentaire, couplée aux initiatives déjà mentionnées en faveur de la langue arabe et du patrimoine manuscrit, complète l’architecture de paix par une architecture du savoir : la thèse implicite de l’organisation est que la résilience des sociétés face à l’extrémisme se construit autant dans les curricula, les bibliothèques et les laboratoires que dans les forums diplomatiques. Cette articulation entre mandat scientifique et mandat pacificateur distingue l’ICESCO d’organisations exclusivement dédiées au dialogue interreligieux : elle dispose, en théorie, de leviers éducatifs directs — révision de manuels scolaires, formation des enseignants, programmes universitaires — susceptibles de traduire dans la durée les principes qu’elle proclame sur le plan doctrinal.

Fraternité humaine et dialogue interreligieux : une doctrine en actes

L’un des marqueurs les plus constants du discours institutionnel de l’ICESCO est la référence explicite au Document sur la Fraternité Humaine pour la Paix Mondiale et la Coexistence Commune, signé le 4 février 2019 à Abou Dhabi par le Grand Imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed el-Tayeb, et le Pape François (Nations Unies, 2026). Ce texte, dont la portée symbolique a été consacrée par l’instauration d’une Journée internationale de la fraternité humaine par l’Assemblée générale des Nations Unies, est mobilisé par l’ICESCO comme fondement doctrinal de ses propres initiatives. Lors de la célébration de cette journée en février 2023, le Chef du Centre du Dialogue Civilisationnel de l’ICESCO, l’ambassadeur Khalid Fathalrahman, a ainsi affirmé que la paix mondiale incombait à chacun, par l’adhésion aux valeurs de fraternité et de miséricorde, et par l’acceptation des différences religieuses, ethniques et culturelles (ICESCO, 2023). Le vocabulaire employé — miséricorde, amour, adhésion — relève moins du registre diplomatique classique que d’un registre proprement théologique, ce qui distingue nettement le discours de l’ICESCO de celui des organisations multilatérales séculières traditionnelles.

Cette orientation trouve une traduction institutionnelle dans l’organisation régulière de conférences internationales dédiées à l’harmonie interreligieuse. En décembre 2024, l’ICESCO a ainsi accueilli une Conférence internationale sur l’harmonie interreligieuse, ouverte par la récitation de versets coraniques et par une allocution du Directeur général soulignant que les transformations traversées par le monde imposaient à chacun une responsabilité accrue dans la construction de la paix et la préservation de la sécurité (ICESCO, 2024). L’objectif affiché de cette conférence — souligner le rôle des religions dans l’édification de sociétés pacifiques et renforcer le dialogue interreligieux comme outil de résolution des conflits (ICESCO, 2024) — situe explicitement la religion non comme source du problème, ainsi que le suggèrent certaines lectures sécuritaires de l’islam contemporain, mais comme ressource de sa résolution. Cette conférence s’inscrit dans un partenariat stratégique plus large associant l’ICESCO au Forum interreligieux du G20, à l’Organisation de la Coopération Islamique, au Comité Supérieur de la Fraternité Humaine et au Conseil des Sages Musulmans (ICESCO, 2024), traduisant une volonté de mise en réseau institutionnelle plutôt que d’action isolée.

La lutte contre l’islamophobie constitue le pendant défensif de cette doctrine du dialogue. En mai 2025, l’ICESCO a participé à une conférence internationale sur ce thème en Azerbaïdjan, rappelant que cette manifestation s’inscrivait dans un partenariat réunissant plusieurs institutions internationales majeures engagées dans le dialogue interreligieux et interculturel (ICESCO, 2025c). Cette double focale — promotion positive de la fraternité et lutte défensive contre la stigmatisation — dessine une stratégie discursive cohérente : il ne s’agit pas seulement de défendre l’islam contre les caricatures qui en sont parfois faites en Occident, mais de proposer, depuis l’intérieur même de la tradition islamique, une théologie de l’altérité positive.

L’ancrage marocain : la Charte de Médine et la Déclaration de Marrakech

Le choix de Rabat comme siège de l’ICESCO ne relève pas du hasard diplomatique. Le Royaume du Maroc s’est construit, au fil de son histoire, une identité institutionnelle fondée sur la coexistence entre musulmans, juifs et chrétiens, identité que la monarchie chérifienne, en sa qualité de Commanderie des Croyants, a activement promue sur la scène islamique internationale. L’épisode le plus significatif de cette diplomatie religieuse demeure la Déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique, adoptée le 27 janvier 2016 à l’issue d’un congrès réunissant plus de 300 personnalités — oulémas, ministres, muftis et chefs religieux de 120 pays — sous le haut patronage du Roi Mohammed VI (Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, 2016).

Cette déclaration, dont l’analyse académique la plus aboutie demeure celle de Pisani (2017), constitue un exercice remarquable de réactualisation théologique. Elle mobilise la Charte de Médine (Sahifat al-Madina), document fondateur rédigé par le Prophète Muhammad pour organiser la coexistence entre les différentes composantes tribales et confessionnelles de la cité médinoise, comme « référence fondatrice de la citoyenneté » (Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, 2016) pour les sociétés musulmanes contemporaines. Pisani (2017) souligne avec justesse la portée de cette opération herméneutique : les signataires de la déclaration affirment l’affinité de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 avec l’esprit et les finalités de la Charte de Médine, alors que cette même Déclaration universelle avait été refusée en son temps par nombre de pays musulmans au nom de son incompatibilité supposée avec la šarīʿa. La Déclaration de Marrakech opère ainsi un geste de réconciliation entre humanisme islamique classique et droit international contemporain, geste qui préfigure, sur le plan théologique, la doctrine de fraternité humaine que l’ICESCO promeut aujourd’hui sur le plan institutionnel.

Pisani (2017) relève cependant, avec la rigueur critique propre à l’exercice académique, plusieurs limites de cet exercice herméneutique : l’absence de reconnaissance explicite de la liberté religieuse au sens strict — la déclaration invoquant la liberté de culte (ḥurriyyat al-taʿayyun) plutôt que la liberté religieuse pleine (ḥurriyya dīniyya) —, ainsi qu’un certain flou conceptuel dans l’articulation entre droits individuels et droits communautaires. Ces réserves scientifiques ne doivent pas conduire à sous-estimer la portée symbolique du texte : la Déclaration de Marrakech demeure, à ce jour, l’un des rares documents doctrinaux produits par l’establishment religieux musulman institutionnel à placer la protection des minorités religieuses au cœur d’un argumentaire théologique cohérent et daté. C’est précisément cette matrice marocaine de la convivialité — articulant mémoire historique de la coexistence judéo-musulmane, diplomatie religieuse royale et réinterprétation contextualisée des sources scripturaires — qui infuse aujourd’hui l’action de l’ICESCO depuis son siège rabati.

Diplomatie culturelle, soft power et contre-récit civilisationnel

L’action de l’ICESCO ne peut être pleinement comprise sans être resituée dans le débat théorique plus large sur la diplomatie culturelle. La littérature spécialisée souligne depuis plusieurs décennies le rôle croissant de la culture comme instrument d’influence internationale, complémentaire aux leviers économiques et militaires traditionnels (Nye, 2004). Une partie de cette littérature insiste sur les limites méthodologiques de l’évaluation de l’efficacité de la diplomatie culturelle, soulignant notamment la difficulté de mesurer ses effets à long terme sur les perceptions et les comportements des publics visés. Cette réserve méthodologique s’applique pleinement à l’ICESCO : si l’organisation communique abondamment sur le nombre de ses ambassadeurs de la paix, de ses conférences et de ses partenariats, l’impact réel de ces initiatives sur la réduction effective de la radicalisation ou sur l’amélioration durable des relations interreligieuses dans les sociétés membres demeure difficile à établir empiriquement, faute d’évaluations indépendantes publiées.

Il n’en demeure pas moins que la fonction de contre-récit assumée par l’ICESCO possède une valeur stratégique propre, indépendamment même de sa mesurabilité immédiate. Face à un espace discursif international où la sécurisation de l’islam — sa réduction à une variable de la menace terroriste — occupe une place disproportionnée dans les politiques publiques occidentales, l’existence d’une institution intergouvernementale islamique consacrée exclusivement à l’éducation, à la science, à la culture et à la paix constitue en elle-même un acte de reconquête narrative. Cette fonction s’inscrit dans une histoire plus longue de tentatives de repositionnement culturel du monde musulman sur la scène internationale, dont l’ICESCO, forte de son ancrage institutionnel au sein de l’OCI et de ses 54 États membres, représente aujourd’hui l’une des expressions les plus structurées.

Limites structurelles et défis persistants

Une évaluation honnête de l’action de l’ICESCO ne saurait ignorer plusieurs limites structurelles inhérentes à sa nature d’organisation intergouvernementale. La première tient au caractère déclaratoire de nombreux textes qu’elle promeut ou dont elle se réclame. Ainsi que le note Pisani (2017) à propos de la Déclaration de Marrakech elle-même, ce type de texte est « avant tout exhortatif » : il ne constitue pas une convention contraignante signée par des États et ne produit aucune obligation juridique directe. La force de ces déclarations réside dans leur portée symbolique et leur capacité mobilisatrice, non dans leur opposabilité juridique. Il en résulte un risque bien identifié dans la littérature sur les organisations intergouvernementales islamiques : celui d’un écart persistant entre la solennité du discours institutionnel sur la fraternité et la tolérance, et les pratiques effectives de certains États membres à l’égard de leurs propres minorités religieuses ou de leur société civile.

La deuxième limite tient à la dépendance de l’ICESCO, comme de toute organisation intergouvernementale, à l’égard de la volonté politique et des contributions financières de ses États membres. Une organisation de 54 pays aux régimes politiques, aux orientations doctrinales et aux priorités géopolitiques aussi hétérogènes que ceux qui composent l’OCI ne peut agir qu’à la mesure du consensus, nécessairement minimal, que ses membres acceptent de dégager. Cette contrainte structurelle limite mécaniquement l’ambition normative de l’organisation : elle explique en partie pourquoi ses initiatives privilégient le registre de l’incitation culturelle et éducative plutôt que celui de la contrainte normative, à la différence, par exemple, de mécanismes régionaux de protection des droits humains dotés de pouvoirs contraignants.

Une troisième limite, plus diffuse, concerne le risque d’instrumentalisation politique de la rhétorique de la paix et de la fraternité par des États membres dont l’engagement réel en faveur du pluralisme religieux demeure inégal. La mobilisation du registre théologique — miséricorde, fraternité adamique, charte de Médine — permet certes une légitimation endogène puissante des principes de tolérance, mais elle expose également l’organisation au risque d’être perçue, par certains publics, comme un instrument de soft power au service d’agendas nationaux particuliers plutôt que comme une institution véritablement multilatérale et impartiale. Cette tension n’est pas propre à l’ICESCO ; elle traverse l’ensemble des institutions de diplomatie culturelle contemporaines, qu’elles soient islamiques, occidentales ou asiatiques.

Conclusion

L’ICESCO incarne, depuis Rabat, une tentative institutionnelle rare : celle de faire de la culture, de l’éducation et de la science les instruments d’une paix fondée non sur la neutralisation du fait religieux, mais sur sa réhabilitation comme ressource civilisationnelle positive. En articulant la doctrine contemporaine de la fraternité humaine, héritée du Document d’Abou Dhabi de 2019, à la matrice historique et théologique marocaine de la convivialité — dont la Déclaration de Marrakech de 2016 demeure l’expression la plus aboutie —, l’organisation propose un contre-récit substantiel à la thèse du choc des civilisations. Ce contre-récit demeure, comme tout exercice de diplomatie culturelle, tributaire de limites structurelles bien identifiées : caractère non contraignant de ses textes fondateurs, dépendance à l’égard du consensus interétatique, écart possible entre rhétorique et pratique. Ces réserves n’invalident cependant pas la pertinence stratégique du projet. Dans un monde où la turbulence géopolitique s’accompagne trop souvent d’une turbulence des représentations mutuelles entre civilisations, l’existence même d’une institution islamique vouée, de manière programmatique et durable, à la paix, à la fraternité et à la convivialité constitue une contribution significative — quoique nécessairement partielle — à la construction d’un ordre international moins polarisé. Reste à transformer, dans la durée, l’architecture déclaratoire de cette diplomatie civilisationnelle en pratiques effectivement mesurables de coexistence, seule condition de sa crédibilité durable.

Références

Commission Nationale pour l’Education, les Sciences et la Culture. (s.d.). Présentation ICESCO. https://marocnatcom.ma/fr/presentation-icesco/

Huntington, S. P. (1996). The clash of civilizations and the remaking of world order. Simon & Schuster.

ICESCO. (s.d.). En bref. https://icesco.org/fr/who-we-are/about/in-brief/

ICESCO. (2023, 8 février). L’ICESCO appelle à adhérer aux valeurs de la fraternité humaine pour réaliser la paix mondiale. https://www.icesco.org/fr/2023/02/08/licesco-appelle-a-adherer-aux-valeurs-de-la-fraternite-humaine-pour-realiser-la-paix-mondiale/

ICESCO. (2024, 17 décembre). La Conférence internationale sur l’harmonie interreligieuse examine les moyens de promouvoir la coexistence pacifique à l’échelle mondiale. https://icesco.org/fr/2024/12/17/la-conference-internationale-sur-lharmonie-interreligieuse-examine-les-moyens-de-promouvoir-la-coexistence-pacifique-a-lechelle-mondiale/

ICESCO. (2025a, 1 mars). L’ICESCO poursuit la modernisation de sa structure organisationnelle pour accompagner les évolutions mondiales et les aspirations du monde islamique. https://icesco.org/fr/2025/03/01/licesco-poursuit-la-modernisation-de-sa-structure-organisationnelle-pour-accompagner-les-evolutions-mondiales-et-les-aspirations-du-monde-islamique/

ICESCO. (2025b, 21 septembre). Journée internationale de la paix : appel de l’ICESCO à une mobilisation pour les valeurs de paix et le dialogue. https://icesco.org/fr/2025/09/21/journee-internationale-de-la-paix-appel-de-licesco-a-une-mobilisation-pour-les-valeurs-de-paix-et-le-dialogue/

ICESCO. (2025c, 28 mai). L’ICESCO prend part à la Conférence internationale sur la lutte contre l’islamophobie en Azerbaïdjan. https://icesco.org/fr/2025/05/28/licesco-prend-part-a-la-conference-internationale-sur-la-lutte-contre-lislamophobie-en-azerbaidjan/

Ministère des Habous et des Affaires Islamiques. (2016, 27 janvier). Déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique. https://habous.gov.ma/fr/annonce-et-activités-ministère/3107-déclaration-de-marrakech-les-droits-des-minorités-religieuses-dans-le-monde-islamique-».html

Nations Unies. (2026). Journée internationale de la fraternité humaine. https://www.un.org/fr/observances/human-fraternity

Nye, J. S. (2004). Soft power: The means to success in world politics. PublicAffairs.

Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture. (2026, 28 janvier). Dans Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_monde_islamique_pour_l’éducation,_les_sciences_et_la_culture

Pisani, E. (2017). La Déclaration de Marrakech du 27 janvier 2016 : De la civilité au devoir de citoyenneté en islam. MIDÉO, 32, 267–293. https://journals.openedition.org/mideo/

Mohamed Chtatou, Professeur d’université, consultant international en éducation et analyste politique pour la région MENA

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