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L’ISLAM, RELIGION UNIVERSELLE DE PAIX ET DE COMPASSION – par Salem Abid

Dr Salem Abid

Londres, Royaume Uni

Cet article examine les fondements théologiques, éthiques et civilisationnels de l’islam en tant que religion universelle de paix et de compassion. À travers une analyse rigoureuse des sources scripturaires — le Coran et la Sunna — ainsi que des apports des grands penseurs musulmans classiques et contemporains, il démontre que la rahma (miséricorde), la salâm (paix) et la ‘adl (justice) constituent le triptyque axiologique central de la civilisation islamique. Contre les réductionnismes orientalistes et les instrumentalisations politiques, l’islam se révèle comme un système de sens global articulant le spirituel, le social et l’universel. Les écrits du Dr Chtatou publiés sur Oumma.com constituent la trame analytique principale de cette étude.


Fondements scripturaires, éthique prophétique et horizons civilisationnels

 I. Introduction : L’Islam dans le miroir de l’universel

Dans un monde contemporain traversé par les tensions identitaires, les crispations géopolitiques et les malentendus civilisationnels, l’islam — deuxième religion mondiale avec près de deux milliards de fidèles — demeure souvent l’objet de représentations réductrices, voire hostiles. Après les événements du 11 septembre 2001, une rupture symbolique majeure s’est produite : l’islam a été perçu de manière négative et injustement associé aux terroristes. Comme l’écrit le Dr Mohamed Chtatou, « les véritables enseignements de l’islam, tels qu’ils sont compris et pratiqués par quelque deux milliards de musulmans dans le monde, ont été déformés » (Chtatou, L’islam, religion de paix et de compassion humaine, Oumma.com, 7 avril 2026). Face à cette déformation, il devient impératif d’énoncer clairement la position de l’islam par rapport à la montée du radicalisme et de l’islamophobie.

L’étymologie même du mot islâm est riche d’enseignement : dérivé de la racine arabe s-l-m, il désigne à la fois la soumission à Dieu et la paix (salâm). Cette dualité sémantique n’est pas fortuite. Elle révèle une architecture conceptuelle où la paix n’est pas l’absence de conflit, mais l’accomplissement d’un ordre divin fondé sur la miséricorde, la justice et la solidarité.

L’objectif de cet article est, comme le formule Chtatou, de « promouvoir l’islam en tant que religion de paix et de compassion » et de montrer que la Oummah islamique devrait donner l’exemple au monde en pratiquant le concept de rahmatan li al-‘âlamîn — une miséricorde envers toutes les créations (Chtatou, ibid.). Nous articulerons cette démonstration autour de quatre axes : les fondements coraniques de la paix et de la compassion ; la structure de la foi musulmane et son lien à l’éthique ; la dimension civilisationnelle ; et la question du jihâd et de la non-violence.

II. Fondements Coraniques : Paix, Rahma et Justice

2.1. Rahmatan li al-‘âlamîn : le Prophète comme miséricorde universelle

Le pivot de toute réflexion sur l’islam et la compassion est le verset 21:107 du Coran, que le Dr Chtatou place en épigraphe de son analyse principale :

« Nous ne t’avons envoyé que comme Miséricorde pour l’humanité » (Sourate 21, Verset 107).

وَمَا أَرْسَلْنَاكَ إِلاَّ رَحْمَةً لِّلْعَالَمِينَ

Ce verset est complété par un hadith prophétique rapporté par Ibn Sa’d et authentifié par le cheikh Albânî, où le Prophète déclare : « Ô vous les gens ! Certes je ne suis qu’une miséricorde qui a été donnée » « يَا أَيُّهَا النَّاسُ، إِنَّمَا أَنَا رَحْمَةٌ مُهْدَاةٌ » (Silsila Sahîha, n°490). Chtatou souligne que le concept de rahmatan li al-‘âlamîn « englobe des valeurs universelles positives, qui ne sont pas spécifiquement destinées aux seuls musulmans. Il signifie la miséricorde envers toute l’humanité. L’Islam n’enseigne pas aux croyants à blesser, mépriser ou à opprimer les autres » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

2.2. La Rahma divine : universalité et structure cosmique

Parmi les noms propres d’Allah, on trouve ar-Rahmân et ar-Rahîm (compatissant et miséricordieux). Chtatou note qu’un musulman « commence tout en récitant Bismi Allah ar-Rahmân ar-Rahîm » et qu’il « n’invoque pas les autres noms d’Allah comme il l’invoque comme Miséricordieux et Compatissant » (Chtatou, ibid.). Cette insistance structurelle signifie que la compassion n’est pas un attribut secondaire mais le principe organisateur de la révélation.

Le Coran atteste de l’ampleur cosmique de la rahma dans la sourate 40:7, que Chtatou cite pour montrer que cette miséricorde embrasse l’univers entier :

« Seigneur ! tu étends sur toute chose Ta miséricorde et Ta science. Pardonne donc à ceux qui se repentent et suivent Ton chemin… » (Sourate 40, Verset 7).

رَبَّنَا وَسِعْتَ كُلَّ شَيْءٍ رَّحْمَةً وَعِلْمًا فَاغْفِرْ لِلَّذِينَ تَابُوا وَاتَّبَعُوا سَبِيلَكَ وَقِهِمْ عَذَابَ الْجَحِيمِ

Chtatou en tire la conclusion suivante : « La rahma est si centrale à l’existence d’Allah qu’elle englobe tout ce qui existe dans l’univers (wasi`at koulla chay’in). La compassion représente le véritable esprit de l’Islam et est bien plus vitale pour les enseignements islamiques que toute autre chose » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026). Ce constat doctrinal est confirmé par l’identification de quatre mots-clés fondamentaux du Coran : rahmah, ihsân, ‘adl et hikmah — compassion, bienveillance, justice et sagesse.

2.3. La paix et ses trois cercles imbriqués

La vision coranique de la paix est d’une sophistication remarquable. Chtatou l’articule à travers le concept de sakînah (tranquillité divine) et identifie une structure à trois dimensions :

« Dans la perspective coranique, la paix s’exprime dans trois cercles imbriqués : la première est la paix du cœur, qui nourrit à son tour, en deuxième lieu, la paix avec Dieu et la foi en Lui, s’étendant au troisième cercle : la paix avec le monde extérieur. Ces trois cercles interagissent et s’influencent mutuellement en permanence » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

Cette architecture tripolaire est fondée sur deux versets coraniques que Chtatou mobilise. D’abord, la sourate 48:4 qui révèle que Dieu « fait descendre la tranquillité dans les cœurs des croyants afin qu’ils ajoutent une foi à leur foi » ; puis la sourate 9:26 : « Puis, Allah fit descendre Sa quiétude sur Son messager et sur les croyants ». Il en déduit que « la paix ne se trouve donc pas en dehors du cœur de l’homme, mais principalement en son sein, et de là, elle se répand vers le monde extérieur » (ibid.).

La sourate 25:63 complète ce tableau en décrivant le vrai croyant comme celui qui « parcourt la terre avec humilité, et quand les ignorants s’adressent à lui, répond salâm (Paix) » وَعِبَادُ الرَّحْمَٰنِ الَّذِينَ يَمْشُونَ عَلَى الْأَرْضِ هَوْنًا وَإِذَا خَاطَبَهُمُ الْجَاهِلُونَ قَالُوا سَلَامًا. Ce verset définit la paix non comme passivité, mais comme posture active d’un être transformé par la foi.

III. La Foi Musulmane (Îmân) : Entre Dogme, Spiritualité et Éthique

3.1. Les six piliers de la foi

La foi islamique (îmân) ne se réduit pas à une adhésion intellectuelle à des dogmes. Dans son étude sur les fondements de la foi musulmane, Chtatou rappelle que l’enseignement prophétique définit la foi par six piliers fondamentaux. Citant le hadith de Ṣaḥîh Muslim (Livre de la foi, hadith 1) :

« La foi, c’est que tu croies en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses messagers, au Jour dernier et au destin, bon ou mauvais. »

« الإيمانُ أنْ تؤمنَ باللهِ، وملائكتِهِ، وكُتُبِهِ، ورُسُلِهِ، واليومِ الآخرِ، وتؤمنَ بالقَدَرِ خيرِهِ وشرِّهِ »

Ce cadre doctrinal est indissociable d’une dimension spirituelle profonde. Chtatou cite Al-Ghazâlî, grand théologien soufi, pour illustrer que « la foi n’est pas une simple parole prononcée ; c’est une lumière jetée dans le cœur par Dieu » (Iḥyâ’ ‘Ulûm ad-Dîn, livre 1). La foi est donc à la fois confession intellectuelle et expérience intérieure, ce que le Coran exprime par la distinction entre islâm (soumission extérieure) et îmân (foi véritable) en 49:14.

3.2. La foi comme engagement éthique et social

Ce qui distingue la conception islamique de la foi est son articulation systématique avec l’action morale. Chtatou souligne que « l’Islam ne sépare pas la croyance du comportement, ni la spiritualité de l’engagement éthique » (Chtatou, Les aspects fondamentaux de la foi musulmane, Oumma.com, 7 juin 2025). Le Coran répète plus de soixante fois la formule « Ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres », établissant une corrélation structurelle entre foi et acte.

Le hadith rapporté par Muslim et cité par Chtatou est particulièrement éclairant sur cette dimension : « La foi a soixante-dix branches ; la plus haute est l’attestation qu’il n’y a de dieu qu’Allâh, et la plus basse est d’enlever un obstacle du chemin » « الإيمانُ بضعٌ وسبعون شُعبةً، فأفضلُها قولُ لا إلهَ إلا الله، وأدناها إماطةُ الأذى عن الطريق، والحياءُ شُعبةٌ من الإيمان ». Ce hadith révèle que l’îmân comprend des comportements sociaux concrets — justice, miséricorde, honnêteté — et que la foi « se présente comme un cheminement intérieur et extérieur, une dynamique vivante entre le cœur, l’intellect et l’action » (Chtatou, Les aspects fondamentaux, 2025).

Chtatou conclut son analyse en affirmant que la foi musulmane peut être, face aux défis contemporains, « un levier puissant pour un engagement éthique, spirituel et social, à condition d’être débarrassée de ses réductions légalistes ou identitaires », et qu’elle invite chacun à « réconcilier raison, cœur et main — croyance, intériorité et action » (ibid.).

IV. L’Islam comme Civilisation de la Paix

4.1. Une religion progressiste, tolérante et civilisatrice

L’affirmation que l’islam est une religion de paix ne relève pas du vœu pieux mais s’inscrit dans une lecture historique rigoureuse. Chtatou souligne que « dans le récit historique musulman, l’Islam est considéré comme une force progressiste, tolérante et civilisatrice, avec des règles contraignantes qui limitent l’injustice et la violence gratuite » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026). L’identité de l’islam comme « religion de paix » repose sur sa capacité à s’attaquer aux causes profondes de la violence humaine.

Le Coran désigne les musulmans comme une communauté de la voie moyenne — oummatan wasatan — avec le concept parallèle de ta’arouf (reconnaissance mutuelle) pour l’amitié avec d’autres communautés et nations. Cette désignation, explique Chtatou, « visualise les musulmans comme des agents et des facilitateurs de la paix » (ibid.). Le Coran est également riche en mécanismes de résolution pacifique des conflits : la paix par le conseil (nasîhah), la conciliation (soulh, islâh), l’arbitrage (tahkîm) et le pardon (‘afw).

4.2. La justice sociale et la charité comme structures de paix

L’islam est un fervent défenseur de la justice (‘adl) et de la bienveillance (ihsân). Chtatou insiste : « Il est intrinsèquement moral lorsqu’il privilégie les obligations, ou le devoir envers les autres, par rapport à ses propres droits. L’Islam met l’accent sur la justice sociale, l’abolition de toutes les formes de racisme et de discrimination, qui sont également propices à la paix et à l’harmonie sociale » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

La charité — zakat, sadaqa — est un pilier structurel de cette vision. Chtatou rappelle que « la charité est prescrite dans plus de 25 endroits du Coran, tous encourageant les fidèles à aider les défavorisés et à contribuer à la suppression de l’injustice dans la société. La justice et le bien doivent prévaloir dans toutes les interactions avec les autres humains, qu’ils soient musulmans ou non » (ibid.). C’est dans cet esprit que Chtatou identifie le chemin difficile de la vertu islamique — le ‘aqaba — comme celui de la charité désintéressée : libérer l’esclave, nourrir l’orphelin, secourir l’indigent.

4.3. L’Islam au miroir des autres civilisations

Une comparaison historique s’impose pour relativiser l’association islam-violence. Chtatou l’articule avec clarté : « Les faits montrent que l’Islam n’a pas été témoin de plus de violence que ce que l’on trouve dans d’autres civilisations, en particulier celle de l’Occident, comme en témoignent le colonialisme, les première et deuxième guerres mondiales, l’occupation et les conflits en Irak, en Afghanistan, en Libye et ailleurs » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026). Il note par ailleurs que les mémoires collectives de la conquête de l’Espagne et de la domination ottomane ont laissé en Occident une association tenace entre islam et pouvoir, renforcée par les instrumentalisations politiques contemporaines du jihâd.

V. Le Jihâd : Réhabilitation d’un Concept Mal Compris

La question du jihâd est sans doute la plus chargée symboliquement dans les représentations contemporaines de l’islam. Une lecture textuelle rigoureuse impose une révision radicale. Chtatou rappelle d’abord que le prophète Muhammad a défini le vrai pouvoir non comme la capacité à frapper autrui, mais « dans la capacité à garder le contrôle de soi lorsque la colère surgit » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

Sur le jihâd lui-même, Chtatou est explicite : « Malgré les interprétations abusives du jihâd, celui-ci est aussi un instrument d’auto-éducation et d’amélioration. » Il s’inscrit dans un continuum de valeurs pacifiques que l’islam prône : « non-violence, une résistance digne à la provocation et une vision généralement positive de la nature et du potentiel humains » (ibid.).

L’islam de Chtatou reconnaît cependant une nuance essentielle : « Si l’islam est synonyme de paix, il ne souscrit pas au pacifisme. La guerre est clairement autorisée en cas de légitime défense et contre une agression manifeste. L’usage limité de la force est autorisé dans des conditions qui visent principalement à contenir et à contrôler la violence » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026). Cette distinction entre paix comme valeur et pacifisme comme doctrine révèle la sophistication de l’éthique islamique de la guerre et de la paix.

La patience (sabr) joue un rôle central dans cette éthique. Chtatou précise qu’elle « n’est pas une simple passivité, mais d’importants instruments de maîtrise de soi ». Elle est « la plus louable lorsqu’elle vient de ceux qui sont capables de se venger mais qui choisissent de faire preuve de retenue » (ibid.). L’islam prône aussi l’émigration (hijrah) comme alternative à la violence, la volonté de saisir les opportunités de rétablissement de la paix, et des prières spéciales en temps de conflit.

VI. La Compassion comme Programme Éthique : Rahmah, Ihsân, ‘Adl

6.1. La compassion : fondement universel

Le Dr Chtatou s’inscrit dans une réflexion sur le fondement universel de la compassion qui transcende les frontières religieuses. Reprenant Karen Armstrong, il note que « le principe de compassion est en fait au cœur de toutes les traditions religieuses, éthiques et spirituelles, nous appelant à toujours traiter tous les autres comme nous souhaitons être traités nous-mêmes » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

Dans cette perspective universaliste, la compassion islamique a une double exigence. D’une part, une exigence positive : « La compassion nous pousse à travailler sans relâche pour soulager la souffrance de nos semblables, à nous détrôner du centre de notre monde pour y placer un autre, et à honorer le caractère sacré inviolable de chaque être humain. » D’autre part, une exigence négative : il est nécessaire « de s’abstenir systématiquement et avec insistance d’infliger des souffrances. Agir ou parler violemment par dépit, par chauvinisme ou par intérêt personnel, appauvrir, exploiter ou refuser des droits fondamentaux à quiconque, et inciter à la haine en dénigrant les autres – même nos ennemis – est un déni de notre humanité commune » (Chtatou, ibid.).

6.2. Contemplation et imitation divine

La compassion islamique n’est pas seulement une règle de conduite ; elle est un appel à imiter la générosité divine. Chtatou formule ce programme spirituel avec force : « Les musulmans doivent contempler les signes (âyât) de la bienveillance de Dieu dans toutes les merveilles du monde créé. Grâce à la générosité d’Allah, l’ordre et la fécondité étaient là où il aurait pu y avoir du chaos et de la stérilité. En apprenant à apprécier l’immense bonté de Dieu, les musulmans ont été inspirés à l’imiter ; ils ont voulu donner avec grâce à toutes les créatures de Dieu et se couvrir des vertus de la compassion, en développant un esprit bienveillant et responsable, en particulier pour les membres faibles et vulnérables de la société » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

Cette imitation divine — que la tradition spirituelle islamique appelle al-takhalluq bi-akhlâq Allâh, se parer des attributs divins — constitue le programme moral le plus ambitieux de l’éthique islamique. Elle transforme chaque geste quotidien — nourrir un orphelin, enlever un obstacle du chemin, répondre avec douceur à l’insolent — en acte théologique.

6.3. Les valeurs fondatrices de la paix islamique

Chtatou recense plusieurs valeurs fondamentales que l’islam promeut pour construire la paix intérieure et sociale. Il cite notamment « l’amour du Créateur, l’humilité, la patience, la facilité et la facilitation (taysîr, samâhah) dans les relations avec les autres et la responsabilité (mouhasabah) » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026). Ces valeurs sont soutenues par d’innombrables versets coraniques.

Les cinq piliers de l’islam — la croyance en Dieu, la prière obligatoire (salâh), la charité (zakâh), le jeûne (sawm) et le pèlerinage (haj) — sont, note Chtatou, « tous non-violents, humanitaires et pacifiques ». Ils ne constituent pas un corpus rituel fermé mais un programme de construction de la personne éthique, orientée vers la paix avec soi-même, avec Dieu et avec le monde.

VII. Islam et Lumières : Une Rencontre Complexe

Une dimension souvent négligée dans les débats contemporains sur l’islam est sa relation aux idées des Lumières européennes. Dans son article sur l’Islam vu par les penseurs du XVIIIe siècle, Chtatou montre que cette relation fut complexe et ambivalente. Si certains philosophes des Lumières — Voltaire en tête — véhiculèrent des images négatives de l’islam, d’autres, comme Leibniz, Goethe ou Montesquieu, manifestèrent un intérêt sincère pour la civilisation islamique et ses apports à la pensée universelle (Chtatou, L’Islam vu par les penseurs du siècle des Lumières, Oumma.com, 28 octobre 2025).

Cette lecture nuancée est précieuse : elle rappelle que la rencontre entre l’islam et la modernité n’a jamais été un simple face-à-face entre tradition et raison, mais une interaction dialectique riche, traversée de fascinations, d’emprunts et de malentendus réciproques. La modernité islamique, loin d’être une contradiction dans les termes, est une exigence inscrite dans la dynamique même de l’ijtihâd (effort d’interprétation) que la tradition réformatrice islamique n’a cessé de pratiquer.

VIII. Le Message Politique et Social de l’Islam : Justice, Gouvernance et Paix

Dans ses analyses de la gouvernance islamique, Chtatou rappelle que l’islam a développé, dès ses origines, une pensée politique sophistiquée articulant le spirituel et le temporel. La notion de khilâfah — vice-régence de Dieu sur Terre — implique une responsabilité globale : environnementale, sociale, politique. La paix dans l’islam n’est pas seulement « une absence de guerre. C’est l’élimination des motifs de violence et de conflit, de gaspillage, d’oppression et de corruption. La paix, et non la guerre ou la violence, est le véritable but de la vie humaine et de la vice-présidence (khilafah) de Dieu sur la Terre » (Chtatou, L’islam, religion de paix, 2026).

Dans son étude sur les aspects de la gouvernance islamique, Chtatou démontre que les fondements théoriques islamiques de la gouvernance — la choura (consultation), la ‘adâla (justice) et la maslaḥa (intérêt public) — constituent un cadre éthique robuste pour penser l’organisation politique. Ces principes, loin d’être figés dans le passé, ont des applications contemporaines directes dans les débats sur la démocratie, les droits de l’homme et la bonne gouvernance dans les sociétés à majorité musulmane (Chtatou, Aspects de la gouvernance islamique, Oumma.com, 22 octobre 2025).

IX. Conclusion : La Rahma comme Horizon Civilisationnel

Au terme de cette analyse, nourrie principalement des écrits du Dr Mohamed Chtatou publiés sur Oumma.com, il apparaît que l’islam est profondément structuré par une éthique de la paix, de la compassion et de la justice. La rahma n’est pas un idéal lointain mais le principe organisateur d’une vision du monde où chaque être humain porte une dignité inviolable.

L’effort académique de Chtatou — professeur spécialisé en linguistique et anthropologie culturelle, analyste de la région MENA — s’inscrit précisément dans ce programme de restitution. Contre les distorsions qui proviennent aussi bien des extrémistes qui trahissent le texte que des islamophobes qui le caricaturent, ses travaux rappellent avec constance que l’islam est « une religion de paix et de compassion » (Chtatou, 2026), structurée par un triptyque axiologique — rahmah, ‘adl, hikmah — qui résiste à toutes les instrumentalisations.

Les cinq piliers sont non-violents. La foi est une lumière dans le cœur. La paix se construit de l’intérieur vers l’extérieur. Le jihâd est d’abord maîtrise de soi. La charité est prescrite en vingt-cinq endroits du Coran. La communauté islamique est désignée comme oummatan wasatan — communauté du juste milieu. Ces réalités textuelles et doctrinales, que la recherche de Chtatou illumine avec rigueur, constituent le socle d’une contribution islamique indispensable au dialogue des civilisations et à la construction d’une paix mondiale durable.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

A. Écrits du Dr Mohamed Chtatou (sources primaires — Oumma.com)

Chtatou, M. (7 avril 2026). « L’islam, religion de paix et de compassion humaine ». Oumma.com. Récupéré de https://oumma.com/lislam-religion-de-paix-et-de-compassion-humaine/

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Chtatou, M. (5 mars 2026). « La véritable signification du mois de Ramadan (1/2) ». Oumma.com. Récupéré de https://oumma.com/la-veritable-signification-du-mois-sacre-du-ramadan-1-2/

Chtatou, M. (27 février 2026). « Ramadan, un mois de piété, d’humanisme et de solidarité agissante (2/2) ». Oumma.com.

Chtatou, M. (25 février 2026). « Ramadan, un mois de piété, d’humanisme et de solidarité agissante (1/2) ». Oumma.com.

Chtatou, M. (21 février 2026). « Ramadan : mois de sobriété et de solidarité, pas de surconsommation ». Oumma.com.

Chtatou, M. (22 décembre 2025). « Donner au nom de la religion ». Oumma.com.

Chtatou, M. (28 octobre 2025). « L’Islam vu par les penseurs du siècle des Lumières ». Oumma.com. Récupéré de https://oumma.com/lislam-vu-par-les-penseurs-du-siecle-des-lumieres/

Chtatou, M. (22 octobre 2025). « Aspects de la gouvernance islamique : fondements théoriques, applications historiques et manifestations contemporaines ». Oumma.com.

Chtatou, M. (7 juin 2025). « Les aspects fondamentaux de la foi musulmane îmân ». Oumma.com. Récupéré de https://oumma.com/les-aspects-fondamentaux-de-la-foi-musulmane-iman/

Chtatou, M. (7 juillet 2025). « Climat et géopolitique de l’eau : vers un nouveau contrat social au Maghreb ? ». Oumma.com.

B. Sources scripturaires et classiques

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Al-Ghazâlî, A.H. (XIe s.). Iḥyâ’ ‘Ulûm ad-Dîn (La Revivification des sciences de la religion). Le Caire : Dâr al-Ma’ârif. (Trad. G.-H. Bousquet, 1955).

Ibn Sa’d, M. (IXe s.). Al-Ṭabaqât al-Kubrâ. Beyrouth : Dâr Ṣâdir.

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C. Sources académiques secondaires

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Nasr, S.H. (2002). The Heart of Islam: Enduring Values for Humanity. New York : HarperCollins.

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