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Les conditions de la renaissance de Malek Bennabi (8)

La majorité des historiens – depuis Thucydide jusqu’à Guizot – s’est occupée de rassembler les faits historiques au lieu de chercher à les interpréter rationnellement dans un cadre défini. Depuis l’avènement de Guizot, l’histoire, en tant que science, a commencé depuis l’époque des  »lumières », à revêtir, avec lui, une certaine forme scientifique. Malgré tout, nous avons trouvé chez ce grand historien français une sorte de réserve cartésienne qui l’a empêché de formuler sa propre réflexion sous une forme méthodique complémentaire.
Bien avant, Ibn Khaldoun a pu découvrir la logique de l’histoire à travers le cours de ses évènements. Il est ainsi le premier historien qui a examiné cette logique, s’il ne l’a pas, effectivement, formulé. Il aurait pu avoir la primeur de formuler la  »loi du cycle » dans l’histoire, si la terminologie de son époque ne s’était pas arrêtée à un produit précis parmi les produits de la civilisation, à savoir l’Etat et non pas la civilisation, elle-même.
Aussi, nous n’avons trouvé dans ce qu’a laissé Ibn Khaldoun qu’une théorie sur l’évolution de l’Etat. Alors qu’il aurait été plus utile si sa théorie nous avait tracé l’évolution de la civilisation, ce qui aurait permis de trouver une richesse, d’un autre genre différent de ce qu’il nous a effectivement légué. Le génie d’Ibn Khaldoun n’était pas incapable, en effet, de nous esquisser cette évolution à travers une méthode propre.
Le XIXe siècle était le siècle qui a vu naître les premières interprétations du fait social pris dans les limites d’un phénomène précis qui est la  »civilisation ». Cependant lorsque Marx et son école ont appliqué la logique du matérialisme dialectique sur ce fait social, il était naturel qu’ils trouvèrent dans les conditions sociales propres à l’Europe, au cours de son ère victorienne, ce qui justifiait la tendance du matérialisme historique, selon eux.
Marx et son école considéraient que tout achèvement historique ne peut être que le résultat des nécessités matérielles et des besoins fondamentaux de l’homme, autrement dit, les moyens techniques créés et utilisés pour répondre à ces besoins.
Le besoin et l’art industriel représentent, ainsi, aux yeux de Marx les deux pôles des forces de la production. Les deux centres qui fixent les relations sociales propres à une civilisation bien déterminée sans qu’apparaisse aucun changement dans la nature des besoins et les moyens de production. Les civilisations de l’Amérique ancienne antérieures à l’ère colombienne et la civilisation roumaine ne se sont pas déchues pour avoir perdu les moyens industriels et les besoins.
Dans son interprétation des faits sociaux, la thèse marxiste est entachée, ainsi, d’une faille provoquée par l’analyse excessive, dans la méthode de ces faits, une analyse qui prend pour point de départ un déterminisme matériel, c’est-à-dire une opération mécanique involontaire pour édifier une civilisation.
Le XXe siècle a vu les signes avant-coureurs de l’apparition d’autres méthodes de l’interprétation, où le domaine de la « formation » d’une civilisation s’ouvre à d’autres facteurs, autres que les seuls éléments limités aux besoins matériels de l’homme et aux moyens de production .

A suivre

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