Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (9)

Le traité de Médine a initié une liberté religieuse responsable, respectueuse de l’intégrité des personnes et de leurs sentiments.
Le prophète : Précurseur de la coexistence pacifique :
Le traité de Médine conclu entre le prophète et les musulmans d’une part, les juifs et les minorités d’autre part, illustre le principe de la coexistence pacifique des musulmans avec les adeptes des autres religions, puisqu’il a proclamé la légalité de la différence et a garanti à chaque religion son intangibilité et le respect du caractère sacré de ses spécificités26
Ce document a initié une liberté religieuse responsable, respectueuse de l’intégrité des personnes et de leurs sentiments. On retrouve dans cet esprit, la préoccupation de garantir la paix sociale au sein d’une même société sans aucune considération pour la croyance en tant que choix personnel qui doit être soustrait à toute forme de contrainte. la prise de la Mecque, le prophète a traité d’une manière humaine, et indulgente, les idolâtres Quoraïchites. Proclamant le salut pour tous ceux qui entreraient dans la maison de Abou Soufiane, ou dans le temple, ainsi que ceux qui se tiendraient renfermés dans leurs propres maisons, le prophète a assuré le pardon à tous.
L’Islam n’est pourtant pas la seule religion à prêcher la tolérance ; le christianisme recommande : « Celui qui t’a giflé sur la joue droite, tends lui l’autre »27. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous calomnient » (…) « et c’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous »28Faut-il rappeler qu’à son arrivée à Médine, le prophète a voulu dissiper l’inquiétude des Juifs en leur accordant les garanties nécessaires pour leur sécurité. Les Juifs qui se trouvaient dans la ville et sa région, vivaient auparavant menacés dans leur religion et leur existence, inquiétés par les païens et persécutés par les Byzantins. Le prophète en fit de même pour les chrétiens de Najran, lorsque l’Islam fut introduit au Yémen pour leur faire oublier ce qu’ils avaient subi au temps du pouvoir Juif dans ce pays29
Ces deux évènements confirment l’attachement de l’Islam universel à la coexistence pacifique entre les communautés. Car, la constitution As- Sahifa a été conçue en tant qu’accord entre les différentes franges de Médine sans distinction aucune de leur origine ethnique et de leur confession religieuse.

Ce document reconnaissait aux juifs leur liberté religieuse et l’autonomie économique.
Les garanties accordées par le prophète à ces derniers pour une coexistence en paix entre l’Islam et le Judaïsme, ont été également données aux Chrétiens dès l’arrivée de l’Islam à Najran où dominait une communauté Chrétienne alliée à une minorité païenne.
Ils se virent accorder des garanties concernant leurs biens, leur sécurité, leur confession, qu’ils soient présents ou absents, ou qu’il s’agisse de leurs parents, leurs églises ou de tout ce qui était en leur possession, sans qu’aucun de leurs hommes de religion ne soit déplacé, ni qu’ils puissent eux-mêmes faire l’objet d’humiliation ou que leur territoire soit franchi par des troupes islamiques, ni enfin qu’aucune immixtion ne soit tentée dans leurs affaires intérieures30. Par ailleurs, les principes de morale et de dignité humaine édictés par l’Islam s’appliquent au même titre aux ressortissants musulmans et non musulmans de l’Etat Islamique.
L’inviolabilité de la personne humaine est le fondement de la justice exigée par Dieu pour tous les Etres humains. La liberté d’opinion, la liberté de culte, d’association de choix d’une profession, est garantie à tous les citoyens, qu’ils soient musulmans ou non musulmans.
Ce droit découle du principe de la responsabilité complète de chaque individu devant lui-même et devant Dieu31
Ainsi se confirme le statut particulier réservé par l’Islam aux gens du livre en tant que communautés reconnues dans l’Etat islamique.
Cette position idéologique de l’Islam vis à vis des gens du livre allait trouver sa consécration juridique sous la forme d’un recueil de mesures légales connue sous le nom de « Pacte D’Omar ».
Le pacte a été considéré par les ulémas comme le fondement idéologique et juridique qui définit le rapport de l’Islam aux peuples du livre32.Cependant, les difficultés auxquelles les principes de la tolérance sont confrontés, ne résident pas dans les religions elles mêmes, mais plutôt au niveau des conceptions que s’en font ceux qui se présentent, sans aucune légitimité, comme des députés de Dieu, et qui s’opposent aux initiatives pratiques, efficientes et efficaces, établissant la pluralité sociale et confortant la reconnaissance de l’opinion différente.
24- Mohamed Toumi ,op cit, p 8
25- Mohamed Toumi ,op cit, p 8
26- Idem p 8
27- Evangile Mathieu Chapitre 7 Verset 2
28- Idem., Verset 12
29- Abdelhadi Boutaleb, « Pour mieux comprendre l’Islam », Edition Afrique Orient, 1998, p 98.
30- Idem , p 101. .
31- Said Ramadan, « La Shari’a : Le droit islamique ,son envergure et son équité»,Paris ,Ed Al Qalam,1997, p 178.
32- Meir M .Bar-asher, « Le statut des juifs chez les malékites du Maroc », in « Perception et réalités au Maroc», Actes du congrès Marrakech-Paris 14/22 Octobre 1995, CRJM,1995,p 259
A suivre
Mohammed Jelmad



